Généralités sur la Toponymie et la Patronymie (Onomastique)

La patronymie a pour objectif d’étudier les noms de famille et leur signification. La réalisation de cet objectif a un intérêt historique indiscutable : nos noms de famille portent la marque des civilisations passées. Elle peut contribuer à donner une idée de la société, de ses structures et de son évolution.

- Tous les patronymes ont une signification. Les hommes ne se sont jamais désignés par des suites de syllabes dénuées de sens. Si un patronyme semble n’avoir aucun sens c’est parce qu’il a subi des transformations ou parce qu’il vient de mots oubliés ou encore qu’il est issu d’une langue dont nous avons perdu la clé.

- La patronymie est avant tout une branche de la linguistique. Pour expliquer les noms de personnes, il importe avant tout de faire une déduction linguistique correcte.

- Un nombre considérable de patronymes sont des toponymes : les hommes se désignent souvent par le nom de leur maison ou par le nom de leur localité d’origine. Statistiques par catégories de noms Les patronymes peuvent se répartir en catégories. Sommairement, on peut distinguer: les noms de baptême ou prénoms devenus patronymes; les noms d’origine (région, ville ou village d’origine); les noms de métiers; les surnoms et sobriquets; les noms de maisons. Par noms de maison, il faut entendre tous ceux qui désignent la maison par une caractéristique queIconque tirée de son statut social, de son aspect, de son environnement géographique ou végétal (ainsi Castagné est un nom de maison, la maison étant ici désignée par l’arbre qui la signale aux regards). On s’aperçoit que ces diverses catégories sont diversement représentées selon les aires culturelles: ainsi, en pays d’oïl, la proportion des noms de métiers et de sobriquets est considérablement plus grande qu’en pays occitan. En pays basque, la presque totalité des patronymes sont des noms de maisons.

Histoire du nom de famille

Article de Michel Grosclaude

A quelques nuances près le système de désignation des individus est le même dans tous les pays européens.. Chacun d’entre nous a d’abord un ou plusieurs noms individuels, (en français prénom, en allemand Vornamen, en anglais christian name, en castillan nombre de pila). Nous avons ensuite un nom de famille que nous appelons patronyme car, le plus généralement, il indique notre filiation en lignée paternelle. II ne saurait être question ici de faire une histoire des anthroponymes.
On se contentera de rappeler un certain nombre de données élémentaires. D’abord, il semblerait que la plupart des peuples n’aient connu à I’origine que le nom individuel: remarquons qu’un nom individuel seul est largement suffisant dans des sociétés de petite dimension où on ne risque pas les confusions. Ainsi, les Hébreux de la Bible ne sont désignés que par un nom individuel (Gédéon, Samson, David, Sarah, Judith). Ce nom a un sens objectif (Adam: I’argile, la terre; Josué: Yahweh sauve) ou imaginé selon les conceptions onomastiques de l’époque (ainsi Moïse qui, à en croire le rédacteur de l’Exode, signifierait  » sauvé des eaux « ).
Un système un peu plus complexe consiste à ajouter au nom individuel le nom du père accompagné d’une mention (suffixe ou préfixe) signifiant  » fils de « . Ce système a dû être assez largement répandu si nous en jugeons par les traces qui en subsistent à l’état de fossiles dans les patronymies actuelles. Ainsi le nom-suffixe anglais -son (Johnson, fils de Jean; Peterson, fils de Pierre); le nom-suffixe scandinave -sen (Andersen, fils d’André); la terminaison slave -itch (Mikhailovitch, fils de Michel) ou le mot sémitique ben (Ben Gourion, Ben Youssef).
Chez les Grecs de I’Antiquité, le nom individuel a été d’abord accompagné d’un nom suffixé marquant I’appartenance à une dynastie noble (Les Atrides: la famille d’Atrée). Puis, très vite à l’époque classique, pour les citoyens libres, on imagina un système à trois noms: nom individuel, mention de la filiation et indication du dôme (circonscription géographique): ainsi le nom complet de I’orateur Démosthène était: Dèmosthenès Dèmosthenous Paianieus (Démosthène, fils de Démosthène du dôme de Péania). Les noms individuels étaient soient des surnoms, soit des métaphores (Démosthène, dêmos-sthenos, la force du peuple; Platon, Platon, large d’épaules; Andreas, andreios, viril; Basile, basileus, roi; Anatole, ana-tolê, le levant. Georges, geôrgos, le travailleur de la terre).
Dans l’aristocratie romaine, on passa d’un système à deux noms à un système à trois, puis parfois à quatre. D’abord le nom individuel ou prénom (Marcus, Caïus, etc) accolé au gentilice ou nom de la gens (grande famille ou clan). Puis très vite, pour éviter les homonymies il fallut y adjoindre un surnom individuel le cognomen: ainsi l’écrivain Cicéron se nommait en entier Marcus Tullius (de la gens Tullia) Cicero (cognomen signifiant  » pois chiche  » sans doute à cause d’une verrue). Mais le cognomen devint héréditaire et se mit à désigner les familles restreintes à l’intérieur de la grande famille ou gens. On fut alors souvent contraint de lui adjoindre un second surnom (exemple: Publius Cornelius Scipio Africanus).

L’arrivée du christianisme bouleverse ce système en important la philosophie biblique du nom. Le nom d’un homme, dans la Bible, n’est pas une simple étiquette, mais fait partie de son être. Donner un nom à un homme c’est prendre possession de son être: c’est pourquoi chaque fois que Dieu choisit un homme pour le charger d’une mission, il lui donne un nom nouveau. Ainsi Abram devient Abrahaml. Ainsi fait Jésus-Christ quand il choisit ses disciples:  » Tu es Simon, fils de Jonas, désormais tu seras appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre « ‘. C’est pourquoi chez les premiers chrétiens, le changement de nom devient le signe de l’appartenance à Jésus-Christ. Comme l’eau du baptême, il matérialise l’accès à une vie nouvelle. Ce sont donc les Anglais qui sont dans la vérité historique quand ils appellent le prénom  » Christian name « . Avec le premier christianisme, on retrouve donc le système du nom individuel unique. Mais remarquons que ce nom nouveau imposé à tout converti n’est pas nécessairement un nom tiré de la tradition scripturaire biblique. II suffit que le converti ait un nom nouveau, fût-il tiré de la mythologie païenne.

Plus tard, I’Eglise fera exception à cette règle, tout au moins pour des personnages illustres: Clovis est sans doute le premier à avoir été baptisé sous son propre nom. Un autre bouleversement important du système anthroponymique apparaît en Occident avec les invasions germaniques. C’est ici qu’il convient de mettre en lumière un étonnant paradoxe de l’Histoire. Les envahisseurs germaniques (et spécialement les Francs) qui imposèrent leur aristocratie militaire au monde occidental, et en particulier à la Gaule, ne sont pas parvenus à imposer leur langue. S’ils y étaient parvenus, nous parlerions une sorte d’allemand.

Par contre, ils nous ont imposé leur système anthroponymique, si bien qu’à partir du 10è siècle les noms individuels germaniques sont majoritaires dans la plus grande partie de l’Europe occidentale. Quantité de ces noms germaniques sont encore des prénoms courants actuellement et nombre d’entre eux sont devenus des noms de famille: Bernard, Raymond, Roger, Arnaud, Gérard, Louis, Rolland, etc.

Cette mode des noms germaniques s’explique par trois facteurs combinés: d’abord la volonté d’imiter l’aristocratie qui était germanique; ensuite l’accord entre le système chrétien du nom individuel unique et le système germanique; enfin la pauvreté imaginative du fonds onomastique latin ou de ce qu’il en restait (Primus, Secundus, Tertius, Ouartus, etc.).
Ces noms germaniques sont toujours composés de deux parties (deux substantifs ou un substantif et un qualificatif): Bern-hardt (ours dur); Ragin-Mund (conseil et protection). L’onomastique occitane a incorporé cet apport germanique exactement comme l’a fait l’onomastique française. On est autorisé à supposer qu’à l’époque où ces noms germaniques se répandirent, c’est-à-dire vers le 10è siècle leur sens n’était déjà plus compris par les populations qui les adoptaient et même qu’ils n’étaient peut-être plus compris par les Francs eux-mêmes. À partir du moment où la société se structure mieux, où il devient nécessaire d’établir des recensements, où donc les écrits se multiplient, il devient nécessaire de donner à chacun un nom complémentaire. Cette nécessité est d’ailleurs accrue par la pauvreté du stock des noms individuels.

Chez les nobles, ce nom complémentaire est tout naturellement le nom du fief. Les clercs sont signalés par un qualificatif propre à leur état. Quant aux paysans, le nom complémentaire est parfois le nom de la villa, plus généralement le nom du casas exploité. Le nom du casas, donc de la maison, devient le nom du chef de famille qui y habite ainsi que celui de sa femme, de ses enfants et de tous ceux qui vivent sous son toit. C’est pourquoi, il peut donner l’impression d’être un véritable  » nom de famille  » héréditaire au sens où nous l’entendons aujourd’hui. II n’en est rien car ce nom ne s’attachait aux individus que dans la mesure où ceux-ci occupaient la terre qu’il désignait.

Que l’homme laisse sa terre pour une autre et il change aussitôt de nom: un cadet qui quittait sa maison natale et qui épousait une héritière n’était plus désigné par le nom de sa maison d’origine mais par celui de la maison de sa femme chez qui il venait habiter. Un homme pouvait donc porter un nom qui n’avait jamais appartenu à aucun de ses ascendants: le nom d’une maison acquise récemment par achat ou de toute autre manière. En somme, les modes de transmission du nom étaient exactement les mêmes chez les nobles et chez les paysans: dans toute la chrétienté occidentale, un noble prenait le nom de son fief et quand il vendait son fief, il vendait le nom avec Chez les habitants des villes, le nom complémentaire était soit un nom de métier, soit un nom permettant de situer la maison (près de la tour, à côté de l’église, de l’autre côté des fossés, etc.), soit encore un nom d’origine indiquant la localité d’où venait le nouveau poblan.

Le nom de famille tel que nous le connaissons aujourd’hui résulte de la transformation lente du nom complémentaire en nom héréditaire et non pas, comme on le croit trop souvent, d’un décret du pouvoir politique. Sans doute, pour la France, on invoque souvent l’Édit de Villers-Cotterêts qui instaura l’obligation de l’état civil. Mais l’Édit de Villers-Cotterêts ne fit que sanctionner et, tout au plus, régulariser, un état de fait: en effet, déjà sous le règne de Louis XI, il fallait une autorisation royale pour changer son nom patronymique. En fait, les noms complémentaires, qu’ils soient noms de fief, de Casas, de métier ou autre ont commencé à évoluer en noms de famille héréditaires à partir du 14è siècle. II n’empêche que la coexistence des deux systèmes de désignation (nom de maison et nom de famille héréditaire) fit que la plupart des gens furent désignés par deux noms, I’un et l’autre pouvant être utilisés dans des actes officiels: ce qui crée évidemment bien des difficultés pour qui veut identifier un personnage.

Per ne saber mai – Bibliographie

Bibliographie Dictionnaire étymologique des noms de famille gascons, Michel Grosclaude, Radio Païs RN 117 64230 POEY DE LESCAR, 1992, reprint 1999 Gramatica occitana (segon los parlars lengadocians), Loïs Alibèrt, C.E.O. (Centre d’Estudis Occitans), Montpelhièr 1976. Dictionnaire occitan-français (d’après les parlers languedociens), Louis Alibert, I.E.O. (Institut d’Estudis Occitans), Toulouse 1977. Lou Tresor dóu Felibrige, Frederic Mistral, data, reedicion C.P.M. (Culture Provençale et Méridionale) 1979. Dictionnaire latin-français, Félix Gaffiot, Hachette, Paris 1934. Toponymie occitane, Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Sud Ouest Université 1997. Etudes de linguistique romane et toponymie, Ernest Nègre, Collège d’Occitanie, Toulouse 1984.

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