ARHFA, Association de Recherches sur l 'Histoire des FAmilles. Prix : 4.60 euros + 2.65 euros de frais de port. Les commandes accompagnées de leur montant, sont à adresser à : A.R.H.FA. s/c Archives Départementales, 218 rue des Cadourques - 46000 CAHORS

Auteur : Yannick du GUERNY

En 1988, René Richard, d’Alés (Gard), grand collectionneur d’étains anciens, fait paraître aux éditions des Presses du Languedoc ( Max Chaleil) une importante étude sur les Potiers d’étain de l’ancien Languedoc et du Roussillon, du bas moyen âge à l’ère industrielle, ouvrage de grande érudition, d’environ 450 pages, avec de nombreuses illustrations, principalement de poinçons, d’ anciennes marques d’artisans, de pièces d’orfèvrerie, d’étain de collection, et de blasons des corporations ou mêmes de maîtres.

L’ouvrage se divise en plusieurs parties, ayant pour chapitres :

- l’organisation du métier
- les gens du métier
- les fabrications
- le contrôle public et ses poinçons
- enfin un catalogue des gens du métier et leurs poinçons

La réalisation de cette dernière partie résulte de longues enquêtes personnelles effectuées à travers le Languedoc et le Roussillon à la recherche de tous témoignages concernant les artisans ayant pratiqué le métier entre les XIVe s. et XIXe siècles, ce qui correspond aux époques actives connues.

Les sources utilisées sont de deux catégories : 1° les imprimés, peu nombreux ; 2° le manuscrits, résultant de nombreux documents d’archives à découvrir dans les dépôts départementaux ou communaux. Il fallait d’abord essayer de lister les artisans, soit d’après les anciens compoix, ou d’anciens rôles d’impositions, soit à partir du XVIIIe s., par les tables du contrôle des actes. Les autres sources classiques sont les registres paroissiaux et surtout les fonds notariaux, exceptionnellement abondants en pays de droit écrit ; puis au XIXe s., les déclarations de successions et les passeports intérieurs, et enfin de nombreuses notes d’érudits laissées à la disposition des chercheurs.

Un nouveau volume devait concerner la Guyenne, anciennes généralités de Bordeaux et Montauban, englobant à présent dix départements, et parmi eux les deux de l’ancien Quercy (Lot et Tarn-et-Garonne). Sera-t-il réalisé ? Le projet, comme le précédent, prévoyait le catalogue des gens de métier, avec l’état alphabétique des artisans par localités, simplement cités par époques, ou encore avec des données biographiques plus ou moins importantes, l’identification des poinçons, et des œuvres reconnues, suivant les sources et autres considérations sur le métier, principalement à Bordeaux, sans aucunes données particulières sur les généalogies.

Plusieurs auteurs, chercheurs et érudits, se sont déjà intéressés aux potiers d’étain en Quercy, en particulier l’incontournable chanoine Foissac, dont les notes manuscrites partagées entre les Archives du Lot et celles de l’évêché de Cahors, sont très précieuses, à condition de pouvoir les utiliser ; parmi les publications uniquement lotoises, on peut citer :

- Jean Calmon et René Prat, Les cadastres des XVIe et XVIIe siècles de la ville de Cahors 1500-1606-1650 2e partie, Cahors 1957-1959
- L. Saint Marty, les potiers d’étain de Figeac SEL 1938 pp 154-159
- L. Saint Marty, idem Journal du Lot, 24 novembre 1937.
- Françoise Auricoste Histoire des artisans quercinoys aux XVIIe et XVIIIe s. Editions Quercy-Recherches, sd. v 2001, pp 259-265 du chapitre IX : les artisans travaillant les métaux.

Aux XVIe et XVIIe s. la vaisselle est presque totalement faite d’étain ; les familles nobles et les riches bourgeois y ajoutent quelques pièces d’argenterie, en nombre restreint d’abord, mais toujours croissant. La faïence apparaît à la fin du XVIIe s., sa quantité augmente très vite, si bien que l’étain, qui forme encore la majeure partie de la vaisselle populaire est relégué à la cuisine. Les inventaires laissés par les notaires énumèrent les divers objets qui composent cette vaisselle d’étain, souvent des écuelles, plats, assiettes, saucières, aiguières, chandeliers, salières, bassins, estimés en bloc et au poids et le plus souvent à part. La production est courante et robuste avec la sagesse des gens qui aiment ce qui est sain et bien adapté à la fonction. Les potiers d’étain ont travaillé surtout pour la table. Ils ont fait des pichets, des écuelles, des plats et des assiettes ; ils ont aussi travaillé pour l’Eglise : ils ont fait des calices, des burettes, des chandeliers, des bénitiers et même des crucifix. La vaisselle disparaît, mais leur production va se maintenir au XIXe s., entre autres, grâce à de nombreux instruments utiles à la pharmacie. Il subsiste actuellement un seul artisan qualifié de potier d’étain à Gramat, signalé par Fr. Auricoste.

L’activité est surtout citadine, en principe regroupée en corporations, dont les principes fondamentaux sont celles d’individus exerçant une même profession et solidaires les uns des autres. Nul ne peut faire un métier sans fournir des garanties d’honorabilité et d’aptitudes et par conséquent sans se livrer à une industrie. Il fallait donner des preuves de son talent, des témoignages de bonne vie et mœurs et il était nécessaire d’être accepté par les confrères. Pour les potiers d’étains, en Quercy, aucune localité importante, même à Montauban, ne peut regrouper des artisans en nombre important, aussi il n’y a aucune existence de corporation organisée avec assemblée, délibérations et élection de baille. On voit les consuls de Montauban contraindre les artisans de leur cité à avoir des statuts et les enregistrer. A Cahors, ils sont regroupés avec d’autres artisans ayant des activités proches comme serruriers et maréchaux et de mêmes confréries, et cependant in extremis pour une circonstance particulière, ils se regroupent, et tiennent une assemblée avec élection d’un baille. Dans les autres localités, ils se conforment purement aux nombreux édits et ordonnances du roi qui réglementent les métiers. On les désigne le plus souvent aux XVe-XVIe s. sous le nom d’estanier ou pintier, et plus couramment à partir du XVII s., comme potiers d’étain pour les distinguer des potiers de terre. Cette distinction est importante : en général l’artisan désigné seulement comme potier est un potier de terre. Le patron a le titre de maître. Il s’entoure de compagnons et d’apprentis.

Les ordonnances surveillent l’ouverture des fabriques d’étain et surtout la fabrication des pièces d’étain et leur qualité, de sorte qu’il ne soit fabriqué aucune poterie ou vaisselle qui ne soit de pur étain. Autrefois, comme aujourd’hui, pour faciliter le moulage, on mélangeait à l’étain une certaine quantité de plomb qui ne devait pas dépasser un taux déterminé ; mais le plomb étant moins cher que l’étain, les potiers avaient tendance à tricher sur l’alliage, d’où des contrôles et de fortes amendes prévues. En outre le plomb en trop grande quantité se révèle nocif. L’activité des potiers d’étain est ainsi réglée par de nombreuses ordonnances, plus ou moins bien observées, comme l’obligation faite à des contrôleurs de vérifier les ateliers. Les étains anciens, ceux fabriqués sous l’ancien régime, sont encore facilement identifiables en raison de leur double poinçonnage ; chacune des pièces devant comporter le poinçon du maître et celui du contrôle. Certains fondeurs peuvent être assimilés à des fondeurs ou potiers d’étain ; souvent les potiers d’étain passent aussi des contrats de refonte de cloches.

L’étain est un métal blanc connu dès l’antiquité. Jusqu ‘au XVe s., il provenait de mines nationales, en Bretagne et en Auvergne, ou européennes surtout en Angleterre, en particulier en Cornouailles ; ensuite il est importé « en saumon » principalement du Levant via Marseille et au XVIIe s. du nouveau Monde, via Bordeaux. Le métal est très malléable et oblige aussi à de nombreuses refontes. Certains potiers passaient de maison en maison pour refondre les pièces d’étain, d’où confusion avec les étameurs qui réparent les cuivres. Ils sont tenus de traiter leur refonte dans leurs ateliers et de marquer. Enfin, sous l’Empire, avec le blocus continental, on repère de nombreux potiers d ‘étain, venus de Normandie ou du Cantal, parcourant le pays à la recherche de pièces propres à la refonte. Cet état n’a pas la prétention d’être exhaustif et peut être complété.
Les références citées proviennent surtout des archives du Tarn-et-Garonne et du Lot ; à noter, les sources notariales du premier dépôt portent la référence 5 E et celle du second 3 E.