Les
origines de la truffe version Martel : vous pensez bien
qu'il a fallu un fameux coup de baguette magique pour faire
jaillir de la terre ingrate du Causse, ce diamant noir qu'est la
truffe.
Il
faut se reporter loin en arrière ; du temps où, dans les
chaumières Quercynoises, on devait se contenter comme repas,
l'hiver venu, de quelques châtaignes.
C'est
ainsi qu'un soir, froid et pluvieux, dans une chaumière
caussenarde, près de Martel, un pauvre paysan regardait
tristement ses enfants, malingres et chétifs, jouer sagement
devant l'âtre, tandis que sa femme, déjà ridée et épuisée
par les rudes travaux des champs, ravaudait leurs vêtements
usés.
Un
coup bref, frappé à la porte, le fit sursauter et plus encore
le fait que la porte s'ouvrit d'elle-même et qu'une vieille
femme, courbée sur un bâton, grelottante et édentée, demanda
humblement l'hospitalité.
L'homme
se leva vivement, fit entrer la vieille femme et referma la porte.
-
"Entrez vous mettre au chaud, bonne vieille, mais la chère
sera maigre ; nous n'avons que des châtaignes à partager avec
vous ce soir."
-
"Vous n'avez que des châtaignes, mais un grand coeur, dit la
vieille ; aussi je veux vous aider. Voici quelques graines.
Semez-les dès le printemps au pied de vos chênes. A l'automne,
vous pourrez alors récolter un champignon odorant et savoureux
qui fera votre richesse, car je ne le donne qu'à vous. Prenez-en
grand soin !".
Et
la vieille disparut dans une pluie d'étincelles.
Le
brave homme fit tout ce que la fée - car c'en était une
évidemment - avait ordonné et , à l'automne suivant, il eut une
magnifique récolte : de gros champignons noirs, ronds comme des
oeufs et dégageant un parfum exquis. La truffe était née !
Et
avec elle, richesse et prospérité régnèrent bientôt dans le
village car le paysan n'avait rien perdu de sa bonté, même s'il
était devenu riche et avait pu s'offrir terres et château
alentour.
Hélas
! Il n'en fut pas de même pour ses enfants qui n'héritèrent que
de sa fortune, pas de sa bonté. Détestés des villageois, avares
et cupides, ils osèrent refuser, un soir d'hiver, l'hospitalité
à une pauvre vieille, épuisée et transie.
C'était
la bonne fée que leurs parents avaient si bien reçue du temps
de leur pauvreté. La porte du château étant restée fermée à
ses prières, elle leva son bâton et fit disparaître la fière
demeure tandis que les châtelains étaient changés en truies.
Et,
c'est depuis ce jour-là, qu'on ramasse les truffes, sur le Causse
de Martel, à l'aide de truies, aujourd'hui, cependant, bien
souvent remplacées par des chiens. |