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© QUERCY NET, 1997 - 2002 |
L'enflant du Blagour Sylvie STAUB Devant elle, la Borrèze coule, abondante, généreuse. Marguerite, contourne le gouffre profond et large du Blagour qui la terrifie. Sa couleur vert émeraude l’hypnotise, à chaque passage, elle craint d’être engloutie dans les fonds profonds du gouffre. D’un pied leste, elle descend la pente de la source de la Castinière. Le murmure de l’eau chante à ses oreilles. Des branchages, doucement, langoureusement, voguent sur l’eau, le lit de la rivière est tapi de verdure.
Les bosquets de cornouillers et de sureaux noirs
sur le rivage sont touffus, épais, si elle y entrait, si elle s’y cachait !
elle serait si bien à l’abri des regards, sous la fraîcheur des branchages. Il lui suffirait d’attendre, ne plus rien entendre, ne plus rien voir, simplement contempler cette eau voyageuse, calme et sereine. Mais Marguerite sait que tout cela lui est interdit, ce n’est qu’un rêve. Si elle est là dans ce cadre merveilleux, ce n’est pas pour le plaisir d’une promenade insouciante comme font les grandes dames reçues au Moulin du maître. Si elle est là, au bord de cette rivière enchanteresse, où, l’eau est claire et limpide, cette eau qui la berce et lui fait oublier son chagrin, c’est pour emplir ses deux seaux et les ramener, sans en perdre une précieuse goutte, au Moulin du Blagour. Malgré tout, descendre à la corvée d’eau, pour elle, est toujours un grand plaisir. Elle sait qu’elle pourra, malgré le travail, grappiller quelques précieuses minutes de liberté, rien qu’à elle, loin des regards des autres serviteurs, loin de la grosse Mathilde qui ne la quitte pas des yeux et dont la main est si leste lorsqu’elle n’est pas rapide à la tâche. Elle sait qu’elle pourra s’abreuver à satiété de la lente descente de la rivière, s’imaginer au fil de l’eau tel un minuscule fétu de paille, voguer et valser, insouciante.
Mais elle sait aussi qu’il lui faudra repartir,
chargée de ces énormes seaux de bois si lourds, emplis de cette eau
souveraine, les amener à la cuisine pour Angéle la cuisinière, et reprendre
son service. Placée par ses parents au Moulin depuis ses six ans, elle a nourri poules, canards, oies et les imposants dindons qui la terrorisaient. Au fil des jours, les travaux se sont enchaînés plus durs, plus longs les uns après les autres. Elle a appris à être à la disposition des maîtres du lever au coucher du soleil en échange de la nourriture, d’une vieille robe retaillée dans celle d’une servante, d’une paire de sabots et d’un sac de grain à chaque saison pour ses parents.
C’est sa vie, servir, travailler loin des siens
pour le Vicomte de Turenne à qui appartiennent les terres. Leurs terres de Malherbes qu’ils labourent, appartiennent aux abbés de Souillac. Il faut assurer la corvée, leur donner des journées de labeur, leur porter le grain pour la Saint Julien, économiser les écus d’or à donner encore pour la Sainte André sans oublier d’amener la volaille à Noël et ainsi s’acquitter des redevances exigibles par les riches abbés, qui vivent dans la magnificence et non comme de simples pécheurs. Marguerite égrène ses maigres souvenirs en remontant vers le moulin, un frisson la parcourt. Noël 1574, c’était, il y a quelques semaines, elle se souvient de la chaleur du feu de la cheminée, du retour de la messe de minuit où ses sabots de bois claqués sur la terre gelée. Puis,de fil en aiguille, lui reviennent en mémoire, les histoires racontées par son aïeule à la veillée, le soir au coin du feu, elle était si enfantou mais ces paroles l’ont marquées à jamais. Sa grand-mère lui contait des histoires de loup rodant le soir au fond des combes profondes, des loups qui hurlaient à la lune, quand le vent soufflait si fort, des loups qui s’approchaient des maisons, qui entraient dans les bergeries et choisissaient leur proie parmi le maigre troupeau.
Pourvu qu’elle ne croise jamais ces yeux jaunes fendus, cette mâchoire carnassière, quand elle garde les quelques chèvres de Maître Maure sur les hauteurs de la Chapelle Haute. A chaque fois, elle prend bien garde de ne pas s’asseoir trop prés des fourrés de chèvrefeuille et de prunelliers, de peur d’être happée par une bête malfaisante.
Sortant de sa rêverie, elle arrive enfin au
Moulin, quelle effervescence ! une vraie ruche ! Malgré le froid vif du dehors en ce mois de février, la sueur perle au front de chacun.Il leur faut obéir aux ordres, courir et ne rien oublier, demain est un grand jour, jour d’épousailles de Jeantou, fils de Jean Maure, maître du Blagour et de Pétronille. Le mariage sera célébré à la paroisse de Reyrevignes, lieu de naissance de la jeune épousée mais la fête aura lieu au Moulin. Marguerite attend avec impatience ce moment, une noce ! pensez donc ! Il y a eu tant et tant de misères ces dernières années, tant de hameaux abandonnés, tant de maisons fermées, la grande peste a tuée de si nombreux villageois. Un mariage c’est une grande joie et un grand espoir d’avoir de la descendance, de ne pas voir sa lignée s’éteindre. C’est aussi la promesse de manger pour une fois à sa faim, d’oublier les ventres vides, de ne pas les entendre gronder. Maître Maure montrera sa richesse à la future belle-famille de Jeantou. Rots, viandes et poissons seront apprêtés avec grand soin par Angèle et les servantes en cuisine, trois jours de liesse et de bombance, où l’on chantera et dansera jusque tard dans la nuit. Les odeurs qui envahissent déjà les cuisines font saliver Marguerite.Elle se précipite dans la cuisine, pose ses lourds seaux d’eau, espérant pouvoir chaparder un peu de pain sorti du four, la douce mie fond déjà dans sa bouche. Mais c’est sans compter sur la vigilance de Mathilde, qui, malgré l’excitation qui règne dans la cuisine, a les yeux partout, et ne rate jamais l’occasion de rabrouer Marguerite.
La petite, alors qu’elle saisit une miche de
pain odorante, sent une rude poigne s’abattre sur son épaule : Oh ! si elle pouvait, elle étranglerait cette vieille chipie qui l’a prise en grippe dés le premier jour.
On dit que Mathilde n’aime pas les enfants,
qu’elle n’a jamais convolée en justes noces mais que les colporteurs qui
passent dans les villages ne la laissent pas indifférentes ; on dit aussi
que la Mathilde a tant de fois utilisée de l’herbe à la rue pour faire
disparaître de son ventre l’enfant qui poussait. Alors qu’elle plonge le premier dans l’eau limpide, elle entend un étrange bruit, là, venant des fourrés de noisetiers. Des pas font craquer les feuilles d’automne qui tapissent le sous bois.
Elle sent une présence, elle devine un regard
posé sur ses gestes. Déjà, elle ôte ses sabots de bois pour les claquer l’un contre l’autre, espérant que le bruit ferait fuir l’animal sauvage. Marguerite frémit et repense à toutes ces histoires racontées, d’enfant esseulé, dévoré ; ou du mauvais génie sorti tout droit du gouffre de Blagour, si profond. Ne le voit-on pas, à certaines périodes, rejeter de grandes gerbes d’eau à plusieurs mètres de haut, tandis que les paysans du Boulet voient eux leur source se tarir brusquement !
Quelle diablerie peut-il bien se cacher dans les
profondeurs de ce gouffre ?
Marguerite ne fait plus un geste, tétanisée, son
esprit est gourd, ses jambes paralysées. A travers les branchages, elle distingue maintenant une masse sombre, puis, tout à coup, alors que l’esprit lui revient, alors qu’elle s’apprête à s’enfuir en hurlant, une main se pose sur son épaule, son cœur bat la chamade, ça y est, sa dernière heure est venue, elle va être emportée dans les ténèbres à jamais.
Mais, cette main ne la tire pas de force vers
les sous bois, non, cette main est posée là doucement sur son épaule, en se
retournant, elle découvre une main d’enfant pas plus grande que la sienne.
De sa main libre, il pose un doigt sur sa bouche
: Marguerite dévisage l’enfant qu’elle voit enfin, en pleine lumière.
Ses joues portent des traces noires de suie, ses
genoux sont écorchés, sa tignasse blonde en bataille :
-Hein ! tu es de la Prétendue Nouvelle Religion
? -Ne crains rien, je ne te ferai aucun mal, je ne suis pas fier du tout d’avoir vu tout ce que mes yeux ont vu. Certains ont pillé l’abbaye, excédés par les razzias menées par vous les catholiques. Durant l’échauffourée, des souillagais se sont réfugiés dans l’église Saint Martin, un des lieutenants du Vicomte de Turenne, pris de folie, a donné l’ordre de mettre le feu à la poudre placée sous un pilier du beffroi. C’est horrible, les gens criaient, hurlaient. Je n’ai plus vu mon père, je me suis sauvé, je ne pouvais plus supporter de voir tant de morts, de blessés, les hommes s’enivraient du sang de leurs victimes, jamais, je n’ai voulu cela, je te le jure. -Souillac brûle ! vous avez attaqué Souillac mais qu’avons-nous fait, nous les catholiques pour mériter pareille haine et semblable châtiment ? N’aimons-nous pas le même Dieu ? N’implorons-nous pas le même Christ ?
-Pardonne les miens, j’ai tellement honte. Marguerite découvre devant elle, un enfant, triste, abattu, vulnérable. Elle, qui subit, chaque jour, l’injustice, la méchanceté, qui est impuissante face à ces adultes sans cœur à qui elle doit obéissance, ne doit-elle pas aider ce gamin entraîné dans cette guerre ? -Ecoute, Antonin, ne perd pas courage, ta mère va avoir besoin de toi et de tes bras pour survivre, je vais t’aider et te cacher. Quand je garde les chèvres là haut sur les hauteurs, j’ai bien le temps et crois moi, des cachettes, j’en connais plus d’une, même si je ne les ai pas toutes visitées, je connais les entrées, personne ne monte là haut, à part quelques genévriers et des chênes, rien ne pousse. Tu verras, tu seras en sécurité, tu attendras. Au moulin, tout se sait, je te donnerai des nouvelles des tiens. Demain, c’est la noce du fils du Maître, les invités sont de Reyrevignes où beaucoup de protestants vivent, j’écouterai et je te dirai. -Qui es-tu, fille si courageuse de m’aider, moi le parpaillot ? -Je suis Marguerite des Malherbes, j’ai été placé par mes parents trop pauvres pour me nourrir. Mais je ne leur en veux pas, j’attends, je me prépare et un jour, je m’en suis fait la promesse, je m’enfuirai, je partirai de ce maudit moulin où je n’existe pour personne. Allez, viens, assez parlé, cache-toi dans les fourrés, je porte ces seaux en cuisine et je viens te rejoindre, il y a tant de va et vient aujourd’hui que personne ne remarquera mon absence, je dois simplement éviter de croiser le chemin de la grosse Mathilde. Antonin se terre dans les bosquets, il suit du regard Marguerite qui s’éloigne sur le chemin de la berge. Peut-il lui faire confiance ? Elle est catholique, il est protestant, aura-t-elle pitié de lui, dont les siens n’ont montré aucune clémence envers ceux de son église ? Mais quel autre choix a-t-il ? Il est si fatigué, des images le hantent, les cris des insurgés raisonnent sans fin dans sa pauvre tête. Comment arrivera-t-il à oublier tout ça ? Et son père ? Où est-il ? S’il est vivant, le cherche-t-il? Dans la matinée, profitant de l’effervescence, Marguerite rejoint Antonin.
Il est au même endroit, recroquevillé, endormi.
Antonin se saisit de la tourte encore chaude et
en arrache des morceaux qu’il avale goulûment. -Suis-moi, Antonin, nous allons monter cette colline, je t’emmène à la « grotte de la roche percée », tu y seras à l’abri et je t’y rejoindrai dés que je pourrai. Les deux enfants empruntent le chemin tracé par les sabots des chèvres, à mi-hauteur, ils contemplent la vallée.
Les champs de chanvre nus, leurs sillons bruns
hachés de pierres blanches, couvrent la plaine. Marguerite presse Antonin, le tocsin des églises sonne. Elle prend un petit sentier vers la gauche.
Antonin découvre l’entrée de la grotte, il y
pénètre.
A cet instant, quelques jappements s’échappent
des jupes de Marguerite. Marguerite soulève son caraco. Dissimulé dans les plis de ses vêtements, apparaissent deux yeux marron et une truffe, un petit chiot lui lèche les mains. -J’ai crains que tu ne t’ennuies, seul ici, que de mauvaises pensées te viennent. Regarde le, je l’ai appelé « Sans Foi » parce quelle que soit la main qui la caresse au moulin, huguenote ou catholique, il est heureux, il jappe, se retourne, tend ses petites pattes et son ventre aux caresses ; il est sevré, il te tiendra compagnie et te préviendra en cas de danger, même s’il ne peut pas encore te défendre, il te protégera.
-Je n’ai besoin de personne pour me défendre, je
sais me battre, je ne suis pas un lâche, répond Antonin, vexé.
Marguerite redescend par le sentier escarpé, sa
longue jupe s’accroche aux bosquets épineux.
Docile, Marguerite rejoint la cuisine. Des commis de marchands venus de Souillac déchargent les vivres et victuailles qui ne sont pas produits à la ferme : vins de Bordeaux, quelques rares épices et gâteries, dragées qui seront présentés pour montrer la richesse du Maître.
Marguerite surprend leur conversation : S’ils apprenaient qu’elle cache un traître à leur cause, quel sort leur réserveraient-ils ? Que deviendrait-elle ? Mais peut-elle trahir Antonin ? Au cœur de l’après midi, après s’être rassasiée d’une soupe et d’un quignon de pain dur, Marguerite profite d’un moment d’accalmie pour disparaître discrètement. Avant de prendre le sentier menant à la rivière, elle s’assure que Mathilde n’est pas dans les parages. Son instinct lui souffle de se méfier de cette mégère. Elle escalade la colline, une cruche d’eau sous le bras, mais arrivée sur les hauteurs du plateau, alors qu’elle se hisse en s’accrochant d’une main aux rochers, elle découvre à hauteur de ses yeux, deux pieds chaussés de sabots, un bas de robe qu’elle reconnaît immédiatement, c’est la jupe de Mathilde.
La méchante femme la fixe du regard, bras à la
taille, le regard mauvais. -Que fais-tu là, fainéante ? Retourne au moulin tout de suite avant que je ne trouve une branche de noisetier et que je t’en fouette pour te raviver les sangs.
Marguerite ne dit mot, heureuse de s’en sortir
si facilement, elle descend le sentier à vive allure.
Pourvu que « Sans Foi » ait averti Antonin de la
présence de Mathilde.
Les conversations ne bruissent que des
événements de Souillac.
Pourront-ils se rendre à Reyrevignes sans
craindre d’être attaqués ?
Dans l’étable, dans la chaleur des bêtes, les
servantes dorment sur un matelas commun de paille. Le jour pointe, le coq vient juste de chanter, le froid est vif, Marguerite sort du moulin, sur la pointe des pieds. Sa cape de drap noir se fond dans le paysage.
Quelqu’un au moulin est au courant de la
présence du fugitif caché dans la grotte, mon Dieu !
La seule personne que Marguerite ait vue, c’est
Mathilde.
Marguerite fait part de ses réflexions à
Antonin.
Tout en parlant, Antonin caresse la roche, du
bout des doigts, il suit un sillon creusé dans la veine.
Il frappe, à petits coups précis et réguliers,
il trace un cœur à l’endroit pointe en bas auprès du premier cœur : Lentement, Marguerite se lève, elle descend vers le moulin sans se retourner, laissant Antonin, songeur face aux deux cœurs gravés. Marguerite est prise par la frénésie des préparatifs du mariage, la matinée suffit à peine à finir les dernières tâches. Le cortège de la noce se met en route, le marié en tête, marchant sous les quolibets et plaisanteries, la lente procession se rend à pied à Reyrevignes. Un attelage tiré par un mulet les suit, de longs branchages d’épineux entremêlés à quelques rubans le décorent. Dans le convoi, Marguerite aperçoit Mathilde mais elle évite son regard qu’elle sent peser sur elle. Arrivés à la paroisse Sainte Madeleine de Reyrevignes, les invités entrent dans l’église. A l’autel, la mariée attend son futur époux, agenouillée devant la piéta. Le fiancé s’agenouille à côté de sa promise. Le prêtre prononce les paroles sacrées unissant Jeantou et Pétronille, promis depuis leur enfance l’un à l’autre, devant leurs parents, parrain et marraine. La mère de la mariée est décédée en couches depuis de longues années.
Le prêtre inscrit dans le registre de la
paroisse la date du mariage, les noms des mariés, parrain et marraine, puis,
il fait signer les témoins. Seul, Maturin Roux, le parrain du marié signe de
son nom.
Marguerite s’approche du registre, elle n’a
jamais vu de lettres tracées, elle trouve cela très joli.
Les mariés arrivent au moulin dans la carriole
sous les vivats. Elle a grande faim, elle attend avec impatience le moment où à leur tour les serviteurs pourront se restaurer et profiter des largesses du maître en ce jour de noces. Marguerite dérobe une cuisse dodue de poulet, deux fromages de brebis, elle les place dans un foulard qu’elle s’empresse d’emmener à Antonin. Arrivée à la grotte cachée, elle déballe son festin devant Antonin, ravi. « Sans Foi » lui lèche les doigts quémandant l’os de ce merveilleux morceau de poulet. Marguerite rit et s’amuse des pantomimes du chiot. Elle se sent si légère aujourd’hui malgré le travail fourni, c’est jour de fête et de bombance, demain encore ils mangeront à leur faim.
Antonin la regarde la mine austère.
-Tu n’aimes pas danser, rire et t’amuser,
Antonin ? Tu aurais du voir comme « la béluge » nous a fait rire de ses
histoires !
Marguerite ne dit rien, décontenancée par la
mine sévère d’Antonin.
J’ai bien regardé, l’écu n’est pas rogné.
Les deux cœurs sur la pierre, pourquoi Antonin
les a-t-il gravé ?
Elle a juste le temps de pousser un cri avant
qu’une main ferme lui couvre la bouche.
Antonin l’a assommée :
Malgré ces fortes émotions, Marguerite est
heureuse qu’Antonin l’ait suivie pour se réconcilier et surtout l’ait sauvée
de cette mégère.
Mathilde se tient la tête, un léger filet de
sang coule le long de sa tempe :
Marguerite devient livide à la pensée qu’elle la
reconnaisse et la nomme, elle devine que Mathilde n’aura aucune indulgence
pour elle et qu’elle tient sa vie et celle d’Antonin entre ses mains.
-Marguerite, pitié ! pitié ! ne dénonce pas
Antonin, c’est encore un enfant !
-Ne faites pas de mal à Marguerite, c’est moi,
le fautif, je suis Antonin de Bourzolles et…
Maître Maure m’aurait jetée dehors mais j’ai
trop vu de vilenies faites par les « razés », ils pensent plus à s’amuser et
s’enrichir qu’à prier. Isaac, le colporteur de dentelles m’a longuement
expliqué la bible et j’ai choisi. Je connais le père d’Antonin et c’est lui
qui m’a demandé de retrouver son fils, il l’avait vu s’enfuir, les yeux
hagards comme fou.
Marguerite rougit, détourne le regard, ah !
c’est vrai qu’elle n’aime pas Mathilde et rien ne la fera revenir à de
meilleurs sentiments pour elle.
D’une main vigoureuse, Mathilde empoigne
l’enfant qui n’a que le temps de se retourner.
Elle flâne sur le bord de la rivière, rêvant,
que d’un bosquet, surgisse son ami.
Mathilde est restée dure et sans pitié pour
elle, sachant quel secret les lie l’une à l’autre, l’une servante de la
Nouvelle Religion, l’autre aidant un fuyard.
Un matin, elle s’est levée, elle a pris quelques
effets dans un morceau de toile qu’elle a noué.
Sylvie STAUB Raconteuse d'histoires
© 2010, Reproduction interdite sans autorisation écrite des auteurs
Les illustrations sont d' Annette SOURZAC La font trouvée 19600 Nespouls
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