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Carte
postale représentant le viaduc et le village
compostée le 18 février 1914.

Cest
en 1881 que commença la construction de notre viaduc.
Lors
des études, avant les travaux, le projet ne semblait présenter ni
plus ni moins de difficultés que ses onze frères qui étaient
prévus de Cahors à Brive. Sa hauteur, de vingt et un mètres et sa
longueur de cent huit mètres en faisaient un ouvrage très
accessible aux techniques de lépoque.
Les
travaux commencèrent par les piles extrêmes, des deux côtés de
la vallée, qui furent établies facilement, à sec, sur le rocher.
Il nen alla pas de même lorsquon arriva aux piles centrales
et les fouilles révélèrent labsence de rocher bien quon
soit descendu, par sondage, à dix-huit mètres. A la place du socle
dur attendu, on saperçut que la vallée, qui résulte dun
plissement très obtus (dû selon les savants à un cataclysme
géologique) a été remplie de blocs de calcaire noyés dans largile
déposée par le ruisseau de Reignac.
A
ce stade, on ne pensait pas pouvoir continuer louvrage comme il
avait été commencé. Les travaux furent interrompus en 1883 et
trois projets étudiés pour combler le vide laissé au centre: Une
poutre métallique droite, un arc métallique incurvé et un remblai
de terre incurvé.
Si
lon peut retrouver facilement la preuve de ce qui précède, il nen
est pas de même de ce qui suit qui ma été raconté par les
anciens dans ma jeunesse.
Il
semble que le projet de remblai, qui aurait défiguré le village,
ait soulevé lunanimité de nos prédécesseurs contre lui.
Que
lon simagine le chantier et létat du village: Des ouvriers
partaient dès laurore des villages voisins (Caillac, Crayssac,
Saint-Pierre
) pour venir travailler à Calamane où des
commerces sétaient créés: restaurants, buvettes, artisans
Cet apport de population entraînait une effervescence inhabituelle
dans le bourg et tout le monde disait du mal du projet de remblai.
En
ces temps-là vivait dans lactuelle maison Serres, un homme que lon
voyait toujours en haut de forme et médecin de son état: Monsieur
Valette. Le Docteur, cousin de la femme de Gambetta, avait de plus
usé ses fonds de pantalons avec ce dernier sur les bancs de lécole
qui maintenant porte son nom.
Monsieur
Valette partît donc à Paris - avec une barrique de bon vin selon
les uns, après avoir juré de renoncer à son nom si le talus se
faisait selon les autres - plaider auprès de son ami devenu
président du conseil (1881-1882) la cause de notre viaduc.
Les
travaux reprirent en 1887. Les piles centrales furent enchassées
dans du béton dune largeur suffisante. La ligne Cahors-Brive fut
mise en service le seize juin 1889. Louvrage avait coûté six
cent trente huit mille francs dalors pour vingt deux mille six
cent mètres cubes de maçonnerie. La charge à lessieu qui
était de dix tonnes en 1889 a été doublée pour répondre aux
besoins actuels de la ligne sans que notre viaduc en paraisse
affecté.

Reconnaissez
quaprès une récente restauration, bien que conçu sans laide
de lordinateur, le centenaire se porte bien.
Bernard
DAVIDOU 1998 |