par Micheline THOUVENIN-CROUZAT,
Membre du Cercle Généalogique
de Cahors et Secrétaire adjoint de la Société des Études
du Lot
Publié
dans : Moi-Géné n° 26 (Avril 1998)
Résumé.
Introduction.
I. - Les
listes nominatives établies chaque année.
II. - Les tirés au sort.
III. - Les demandes
d'autorisation de mariage.
IV. - Les délits militaires.
V. - Les décès dans les hopitaux militaires.
Annexe I. - Demandes de mariage
de miliciens. Généralité de Montauban.
- Subdélégation
de Cahors (Lot) - Subdélégation
de Caussade (T et G) - Subdélégation de
Puy-l'Eveque (Lot) - Subdélégation de Souillac (Lot) -
Subdélégation de Gourdon (Lot) - Subdélégation de
Figeac (Lot).
Annexe II. - Exemples de demandes d'autorisation.
RÉSUMÉ
Les archives de la milice royale sont souvent très riches.
Si certains documents ne peuvent guère être utiles aux
généalogistes (arrêtés et courrier administratif entre
le ministère de la guerre à Versailles et lintendant),
par contre, la plupart peuvent apporter une aide efficace.
Telles sont
les listes des hommes célibataires ou veufs sans enfant
classés par communautés rurales et paroisses urbaines.
Elle comportent, pour chacun, lâge, le métier, celui du
père, les rejets pour défaut physique, les exemptions pour
raison économique ou de privilège. Les noms de ceux qui
ont été tirés au sort sont suivis des noms de leur père
et mère, du lieu de naissance et de leur signalement.
Les demandes
et envois des autorisations de mariage auxquelles étaient
soumis les miliciens donnent la date approximative du
mariage, parfois le nom de la jeune épousée et son lieu dorigine,
ainsi que le notaire ayant rédigé le contrat. Les
problèmes économiques, familiaux et la crainte dun
scandale sont les motifs indiqués.
Dautres
registres donnent les noms des
" absents ", des malades réformés et
les décès.
Ces listes
permettent dapprécier les migrations des brassiers,
journaliers, bergers ou bouviers, et même des
" garçons " dartisans, population
mobile au moins jusquau mariage.
Lorsquun
acte de mariage reste introuvable, surtout quand tous les
actes se passent chez la fiancée, la disparition dun nom
de la liste établie par les consuls indique soit le
mariage, soit une migration, soit un tirage au sort, et,
dans ce cas, on peut chercher la demande dautorisation de
mariage sur un espace de six ans ou plus (6 + 10) en cas
d " absence ".
Toutes les
données économiques, les signalements, permettent de mieux
connaître les ancêtres recherchés.
De même les
interventions des notables en faveur des mariages font mieux
percevoir les relations humaines dans des communautés où
chaque personne comptait finalement beaucoup.
INTRODUCTION
:
Cette communication
comportera deux grandes parties inégales : les notions
essentielles concernant la milice royale au 18e
siècle " en avant propos " et ensuite
et surtout une étude des documents archivés et lappoint
apporté aux recherches généalogiques (1) .
On appelait milice
royale les troupes territoriales levées pour la défense du
territoire, ne pouvant servir, en principe, que lorsque le
territoire était envahi ou risquait de lêtre.
Le roi et ses
ministres ne donnaient pas le même sens que la population
soumise à sa levée aux mots " défense du
territoire " : pour les premiers, laction
pouvait aller jusquà une intervention hors des
frontières si les troupes de ligne se trouvaient affaiblies
ou en difficulté ; pour la seconde, il sagissait de
défendre la province au pire et la généralité au
mieux ; pour notre exemple, lAquitaine et Bordeaux
ou la Généralité de Montauban.
En raison de cette
différence de conception, de nombreuses révoltes sétaient
produites à la fin du 17e siècle, si bien que
la levée de la milice avait été suspendue de 1697 à
1719, date à laquelle de nouvelles ordonnances,
renouvelées chaque année à partir de 1727, avaient
apporté de nombreuses modifications. Cependant, une
révolte eut lieu en 1750, mais la levée fut maintenue de
1753 à 1788 compris grâce à des restrictions de
recrutement ou, comme en 1774 et 1784, à des mesures de
grâce et damnistie.
Cette levée avait
lieu par tirage au sort à chaque printemps, sous la
direction du subdélégué, en présence des consuls et de
tous les notables pouvant être condamnés à recevoir un
blâme ou payer une amende comme responsable des absences.
Les villages étaient regroupés par deux ou trois, les
villes divisées en paroisses. Lopération durait
plusieurs semaines pour chaque subdélégation.
Par rapport au 17e siècle,
les modifications excluaient les hommes mariés et les veufs
avec enfants, supprimaient les déplacements de plusieurs
mois dans la capitale de province, remplacés par une
semaine au chef-lieu de généralité, désarmaient les
miliciens en dehors de cette semaine là, en regroupant les
armes dans des magasins.
En conséquence, pour le milicien
ordinaire (fusilier) devant servir six ans, la vie ne
changeait guère sauf interdiction de partir de son lieu dhabitation
et de se marier sans avoir obtenu du subdélégué puis de lintendant
à partir de 1782, lautorisation de le faire. Marié, il
restait en service pour le temps quil avait à accomplir,
car il y avait des risques de révolte si lon procédait
à son remplacement.
Les miliciens les plus grands (plus de 5
pieds 3 pouces, soit plus dun mètre 72 environ) étaient
grenadiers : cétait à eux que lon avait recours
en premier en cas de besoin (grenadiers du Quercy allant à
Rochefort à lautomne 1782) (2) .
Toutes ces mesures nempêchèrent pas
les absences considérées comme désertion quelles aient
eu lieu au moment du tirage au sort (en 1780 à Saillac sur
33 inscrits, 30 étaient absents) (3) ou lors des
assemblées annuelles : ces absences valaient 10 ans de
plus à accomplir en plus des 6 soit (10 + 6) à faire comme
milicien doffice.
Les privilégiés nétaient pas
astreints à la milice ; les " escholiers "
bénéficiaient dune exemption pendant leurs études.
La généralité de Montauban sétendait
sur deux provinces, le Rouergue et le Quercy, correspondant
de nos jours aux départements de lAveyron, à celui du
Lot et à la moitié nord du Tarn-et-Garonne. Elle
comprenait 16 subdélégations au 18e siècle.
Quatre types de documents peuvent
intéresser les généalogistes :
- les comptes-rendus des séances de tirage au sort
comprenant les listes de tous les célibataires et veufs
sans enfant de 18 à 40 ans, établies par les consuls
pour chaque village et chaque paroisse des villes, et
complétées sur place par le subdélégué (4)
.
- les listes des hommes tirés au sort par année soit
en annexe des comptes-rendus (4), soit sur
des registres spéciaux précisant les présences et les
absences lors des assemblées annuelles (5) .
- Les demandes et les autorisations de mariage avec les
motifs invoqués (6) .
- Les listes des délinquants arrêtés et quelques noms
des hommes décédés dans les hôpitaux militaires lors
des déplacements (7) .
En suivant cet ordre nous étudierons dabord
les documents comptant le plus grand nombre dhommes, puis
ceux ne comportant quun nombre plus faible de noms.
NOTES
(1)
Archives départementales du Lot : C 513 à 767 et C
793 à C 799
(2) Archives départementales du Lot : C 587
(3) Archives départementales du Lot : C 616
(4) Archives départementales du Lot : C 597 à C
756 (dossiers de 1775 à 1788 compris).
(5) Archives départementales du Lot : C 556 à
566 et C 793 à 799.
(6) Archives départementales du Lot : C 794 à
788
(7) Archives départementales du Lot : C 793.
|