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Une source d'appoint pour les recherches généalogiques :
les rôles de la milice royale. Exemple de la
généralité de Montauban au XVIIIe siècles
SUITE
par Micheline THOUVENIN-CROUZAT,
Membre du Cercle Généalogique de Cahors et Secrétaire adjoint de la Société des Études du Lot

Résumé.
Introduction.
I. - Les listes nominatives établies chaque année.
II. - Les tirés au sort.
III. - Les demandes d'autorisation de mariage.
IV. - Les délits militaires.
V. - Les décès dans les hopitaux militaires.
Annexe I. - Demandes de mariage de miliciens. Généralité de Montauban.
- Subdélégation de Cahors (Lot) - Subdélégation de Caussade (T et G) - Subdélégation de Puy-l'Eveque (Lot) - Subdélégation de Souillac (Lot) - Subdélégation de Gourdon (Lot) - Subdélégation de Figeac (Lot).
Annexe II. - Exemples de demandes d'autorisation.

I. - LES LISTES NOMINATIVES ÉTABLIES CHAQUE ANNÉE (4)

Elles permettent de connaître les noms de tous les hommes à partir de l’âge de 18 ans jusqu’à leur mariage ou leur 40 ans. En 1776, pour l’ensemble de la généralité, 43 799 hommes avaient comparu, 31 911 avaient été renvoyés ; sur les 11 888 restants 474 furent tirés au sort, soit moins de 1% du total et presque 4% des admis au tirage. En 1778, sur 33 728, 24 259 avaient été renvoyés et 527 tirés au sort sur les 9 469 restants (8) . Ces listes étaient établies sur des doubles feuilles à demi imprimées envoyées par le ministère de la Guerre ; les consuls inscrivaient les noms sans ordre préétabli, les prénoms, l’âge, le métier, celui du père. Durant la matinée, la taille de chacun était mesurée pieds nus ; il était simplement écrit " bas " pour ceux n’atteignant pas la taille requise de 5 pieds (1,63 m) (9) et ils étaient immédiatement renvoyés chez eux de façon à éviter les heurts avec ceux atteignant cette taille requise. Ensuite, on prenait en compte les exemptions économiques ; l’artisan unique d’un village, l’aîné des fils d’un vieillard, d’un infirme ou d’une veuve, ou même celui exploitant avec son père une propriété importante ; le premier valet était dans le même cas, s’il n’y avait pas de fils en âge de travailler. Enfin, on inscrivait les rejets pour défauts physiques (calvitie, laideur, infirmités permanentes ou accidentelles) ou mentaux (" imbécillité ").

Exemple d’exception :

De 1779 à 1784, COUDERCY Guillaume garçon bourrelier à Varaire est admis au tirage mais n’est pas celui qui tire le papier " milicien ".

En 1785, COUDERCY Guillaume 24 ans, bourrelier à Concots, est dispensé du tirage au sort car seul bourrelier du village (10) .

Exemple de disparition du nom l’année du mariage : en 1777, ANDRIEU Pierre 20 ans laboureur, fils de gros laboureur, est exempté car il faut deux hommes pour l’exploitation du père.

De même, en 1778, 1779, 1780. En 1781, il n’est plus sur la liste établie au printemps. Or, sur les registres paroissiaux son 1er enfant naît en 1786 ! Cependant, la disparition de son nom en 1781 incite à rechercher un mariage entre le printemps 1780 et celui de 1781. Sa sœur s’était mariée en janvier 1781 avec un homme portant le même patronyme que la femme de Pierre. Cela permet de retrouver le contrat de la sœur, et le contrat suivant est celui de Pierre en octobre 1780 ; mais les registres de la paroisse de la jeune fille ont disparu pour l’année 1781 ! Cependant, la date du mariage a du être très proche de celui de la sœur (10).

Les frères, figurant sur ces listes, sont distingués par les mots aîné, cadet, troisième, ou s’ils portaient le même prénom, par " premier du nom ", " deuxième du nom ".

Exemple à Vaylats (10) :

  • 1778
    Jean SELGUES, aîné, 27 ans, laboureur, " bas "
    Jean SELGUES, cadet, 21 ans, domestique admis.

  • 1779
    Jean SELGUES, aîné, 29 ans, laboureur, " bas "
    Jean SELGUES, cadet, 21 ans, domestique, admis

  • 1780
    Jean SELGUES, aîné, 29 ans, laboureur, " bas "
    Jean SELGUES, cadet, 21 ans, domestique, admis

  • 1781
    Jean SELGUES, cadet, 22 ans, laboureur, admis

Le 25 avril 1780, mariage de Jean SELGUES, aîné de Guillaume, laboureur, et de Gabrielle OURCIVAL, mariés habitant de Vaylats, et Jeanne SOULIÉ, fille de Jean, maçon, et de feue Catherine ROLDES, habitants à Vaylats.

C’est bien l’aîné qui s’est marié, mais le cadet est devenu " laboureur " ; il est fort possible que l’aîné soit parti chez son épouse.

II. - LES TIRÉS AU SORT

Le nombre des hommes pouvant être tirés au sort était proportionnellement faible comme il a été dit plus haut. En 1775 à Montauban, sur 1638 célibataires ou veufs sans enfant, 818 étaient trop petits, 369 étaient exemptés et 102 rejetés ; il ne restait que 349 noms pour 15 miliciens à tirer. Cela faisait donc 90 hommes en service en même temps (11) . A Capdenac, sur 217 dont 6 étaient absents, 66 étaient trop petits, 88 exemptés et 19 rejetés, et on en tirait 2 sur 38 restants (11).

Leur signalement est donné sur le compte-rendu et comporte leur nom et leur prénom, le surnom éventuel, le prénom du père avec ou non la mention " feu ", le nom et le prénom de la mère, précédés ou non de " feue ", le lieu habité par les parents, celui de la naissance du milicien et son lieu d’habitat, son métier et son âge. Suivait alors le signalement proprement dit : la taille, les cheveux, le nez, la bouche, le menton, la couleur du teint, les traces ou cicatrices ; parfois il était question de la beauté du visage ou du corps, " bien fascé ", " bien fait pour sa taille ".

Les premiers renseignements pouvant être fort utiles au chercheur, car ils permettent de remonter une génération et d’avoir des précisions sur les changements de domicile.

Exemple : subdélégation de Caussade.

1777, villages de Bach, Vaylats, Concots (10).

" Michel MIRAMONT, fils cadet d’Antoine, cordonnier et Angélique MURAT, natif de la ville de Caussade, habitant à présent la communauté de Vaylats en Quercy, diocèse de Cahors, sénéchaussée de Montauban, 18 ans, cinq pieds un pouce, cheveux châtains obscurs, sourcils de même courts et plats, petit front, yeux roux, nez " aquilain " et pointu, grande bouche, menton pointu et fourché, barbe naissante et taché de rousseur ".

1777, village de Limogne (10).

" Jean BRU, tisserand, fils second de nom de feu Jean et Françoise LACARRIERE, natif et habitant Limogne en Quercy, diocèse de Cahors, sénéchaussée de Montauban âgé de 21 ans, taille cinq pieds un pouce, cheveux châtains clairs courts et plats, sourcils de même, grand front, yeux gris, gros nez épaté, bouche ordinaire, menton relevé fourché, haut en couleur ".

1775 Montauban (12) .

Parmi les 15 tirés au sort cette année-là, 4 étaient nés hors de la généralité, dont :

" MALECAZE Jean, garçon cordonnier chez FRAISSE fils de l’aîné natif de Dieupentale en Languedoc, 31 ans, fils de Guillaume et Françoise DELPRAT, 5 pieds trois lignes, cheveux châtains, un peu marqué de petite vérole, sourcils noirs, lèvres grosses, yeux gris, visage ovale ".

Sur les lignes des grenadiers (plus de 5 pieds 3 pouces) (9) (2).

Jean RAYNALDI dit la Douceur, levé en 1775 à Betaille près de Lauzerte, 33 ans, cordonnier, 5 pieds 5 pouces (1,77 m), cheveux noirs, sourcils clairs, nez petit, visage rond, un signe à l’œil gauche ".

" Jean ROUSSOULIERES dit BRUNIQUEL, 21 ans, 5 pieds 5 pouces 10 lignes (1,79 m), faiseur de sangles, cheveux noirs, sourcils clairs, yeux roux, nez gros et court ".


NOTES

(1) Archives départementales du Lot : C 513 à 767 et C 793 à C 799
(2)
Archives départementales du Lot : C 587
(3)
Archives départementales du Lot : C 616
(4)
Archives départementales du Lot : C 597 à C 756 (dossiers de 1775 à 1788 compris).
(5)
Archives départementales du Lot : C 556 à 566 et C 793 à 799.
(6)
Archives départementales du Lot : C 794 à 788
(7)
Archives départementales du Lot : C 793.
(8)
Archives départementales du Lot : C 765, 766, 767.
(9)
Mesures : 1 pied  = 32,7 cm = 12 pouces de 2,7 cm = 20 lignes de 0,13 cm.
(10)
Archives départementales du Lot : C 616 et suivants.
(11)
Archives départementales du Lot : C 597
(12)
Archives départementales du Lot : C 798.

 

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