par Micheline THOUVENIN-CROUZAT,
Membre du Cercle Généalogique
de Cahors et Secrétaire adjoint de la Société des Études
du Lot
Résumé.
Introduction.
I.
- Les listes nominatives établies chaque année.
II. - Les
tirés au sort.
III.
- Les demandes d'autorisation de mariage.
IV. - Les délits
militaires.
V. -
Les décès dans les hopitaux militaires.
Annexe I. - Demandes de
mariage de miliciens. Généralité de Montauban.
- Subdélégation
de Cahors (Lot) - Subdélégation
de Caussade (T et G) - Subdélégation
de Puy-l'Eveque (Lot) - Subdélégation
de Souillac (Lot) - Subdélégation
de Gourdon (Lot) - Subdélégation
de Figeac (Lot).
Annexe II. - Exemples de demandes
d'autorisation.
III - LES DEMANDES DAUTORISATION DE
MARIAGE (6)
La question du mariage des miliciens se
posa de façon différente au 18e siècle quau
17e siècle où les hommes mariés pouvaient
être tirés au sort. Le problème qui se posait était
celui du maintien en service du milicien qui allait être
marié, car dune part, le garder revenait à la situation
du 17e siècle avec un milicien peu mobile prêt
à la révolte, dautre part lui donner son
" congé absolu " obligeait à prendre
un homme en plus au tirage au sort suivant avec une
éventualité de révolte.
La permission de se marier était donnée
par le subdélégué et à partir de 1782 par lintendant
lui-même et pour des motifs graves seulement. Ce sont ces
derniers documents qui ont été conservés : au total
9 ans concernés, plus de 500 noms (jusquen 1790 compris)
sont classés par subdélégation et chronologiquement. Il sagit
des lettres de demande avec lannotation en marge
" envoyée le ... ". Linterdiction de
donner la bénédiction nuptiale sans cette acceptation fut
adressée à tous les curés de la généralité. Les
contrats de mariage furent parfois signés avant la
réception de lautorisation, et il était arrivé quils
laient été avant le tirage au sort ; les
conséquences étaient que les jeunes gens se considéraient
comme mariés et agissaient librement : grossesses,
naissances et donc scandale sen suivaient. Les contrats
étant la règle dans ce pays de droit écrit, la
cérémonie avait lieu à la demande du plus diligent ;
si lautre nobtempérait pas, il y avait rupture du
contrat et par conséquent versement de dommages et
intérêts ; si bien que le refus de lintendant, sil
navait pas été prévu expressément par le contrat
pouvait conduire à lendettement du milicien et à des
procès en chaîne.
Cétait donc pour éviter tout cela
que les curés étaient les premiers intervenants et
servaient souvent de secrétaire pour la rédaction de la
lettre de demande et invoquaient tous les motifs valables
pour obtenir le droit de donner la bénédiction nuptiale.
Certains insistaient sur les sentiments quéprouvaient
les deux jeunes gens et en même temps leur sérieux, dautres
ne parlaient que de convenances comme étant les seules
dignes dintérêt.
Les réponses de ladministration
étaient rapides, deux ou trois jours au plus, sauf dans le
cas où lintendant se trouvait à Versailles, 2 ou 3
semaines alors. Elles étaient renvoyées à temps pour que
le mariage puisse être célébré avant lAvent ou avant
le début du Carême, car les fiancées étaient parfois si
pressées quelles disaient ne pouvoir attendre la fin de
lAvent (moins dun mois).
En ce qui concerne la recherche
généalogique, ces autorisations permettent de situer la
date du mariage dun milicien à quelques jours près,
alors que le contrat avait pu être signé juste avant le
tirage défavorable, et même les bans publiés ; la
surprise et la quasi certitude dun refus aidant, on ne sadressait
à lautorité que plusieurs mois après ou même
plusieurs années (le maximum fut de 6 ans dans le
Rouergue) ; on ne le faisait donc quen cas durgence
et de scandale.
Le mariage pouvait être autorisé même
quand il y avait eu absence soit au moment du tirage au
sort, soit à lune des assemblées annuelles, mais dans
ce cas lintendant demandait à ce que les beaux-parents
soient prévenus, que 10 ans étaient dus en plus du temps
restant à accomplir, et que par conséquent le gendre
risquait dêtre envoyé loin de chez lui.
De plus, ces demandes sont précieuses
pour le chercheur, car elles donnent assez souvent le nom de
la fiancée, parfois le nom du notaire chez qui le contrat a
été passé, et même le nom du père de la jeune fille et
son métier, de même que lâge de lenfant déjà né,
ou la durée de la grossesse.
Par ailleurs, et dans dautres cas
elles donnent des détails sur la situation de famille du
milicien, si elle sétait modifiée depuis le tirage au
sort : décès des parents, maladies ou infirmités
remettant en cause lexploitation familiale ou le travail
artisanal. Cela peut permettre de mieux situer la date dun
décès.
Dans plus de la moitié des cas, le futur
mariage était présenté comme étant une occasion à ne
pas manquer, car il représentait une chance inespérée
pour un jeune homme pauvre, alors que la jeune fille était
aisée ou même riche ; il faut sans doute penser que
la famille et la jeune fille trouvaient un avantage à
épouser un homme en bonne santé et assez bien bâti, sans
infirmité qui pouvait avoir des enfants solides et
travailler la terre ou aider au travail de la laine ou du
chanvre. Dans quelques cas, les notables du village ou de la
paroisse urbaine intervenaient pour quun ouvrier artisan
de qualité se marie avec une jeune fille du lieu, de façon
à ce quil demeure sur place, ce qui révèle les
possibilités démigration qui risquent de priver de ses
meilleurs éléments la région (cette crainte était plus
marquée dans lest du Rouergue au climat plus rude).
Les motifs donnés correspondaient-ils à
la réalité ? Certes, le travail à accomplir sur
chacun des cas serait trop long pour une simple
communication.
Nous nous bornerons donc à prendre
quelques exemples.
Subdélégation de Rodez
10 août 1786 : demande dautorisation
de mariage pour François FRAYSSE, maçon, fils de Pierre,
tiré à Comps en 1782, contrat passé en mai 1786 chez Me
MIGNONNAC notaire à Comps avec Françoise LAUTARD qui
" ne respire quen faveur du suppliant, doit sétablir
incessamment car vit seule dans sa maison " (13) .
Contrat du 8e jour de mai
Antoine FRAYSSE, maçon, fils légitime et naturel de Pierre
Jean FRAYSSE et Béatrice FOUGERES mariés habitant dudit
lieu et François LAUTARD, fille légitime et naturelle de
feu François LAUTARD, garde bois et de Marianne TEMPLÉ
habitant du même lieu (14) .
Le 12 septembre 1786 après publication
des bans de mariage entre Antoine ( !) FRAYSSE, fils
légitime de Pierre Jean FRAYSSE, voiturier, et de Béatrix
FAUGERES, mariés de Comps, et Françoise LAUTARD, fille de
feu François LAUTARD et de Marianne TEMPÉ, mariés dudit
Comps... (mots rituels pour indiquer la célébration du
mariage) en présence de Pierre Jean FRAYSSE, père au
susdit marié soussigné, et de Julien FRAYSSE, frère du
susdit marié, et du sieur noble Firmin de SAUNHAC. Signé
curé MIGNONAC (15) .
La mariée na aucun parent auprès delle,
ce qui renforce laffirmation faite dans la demande,
savoir quelle vit seule.
2e exemple :
subdélégation de Gourdon
6 septembre 1783, demande dautorisation
de mariage par Raymond JOUCLA, levé en 1783 à Saint-Clair,
fils de François de cette paroisse ; la fille est
enceinte de 6 mois, Raymonde MAZENS de Saint-Clair, pour
éviter les frais dun procès (16) .
Le 7 octobre 1783 le curé donna la
bénédiction nuptiale à Raymond JOUCLA, fils de François
et Toinette FAUCIER, et à Marguerite ( !) MAZENS,
fille de Gabriel et Catherine CAPI (17) .
Le 29 novembre, naissance de Jeanne
JOUCLA, fille de Raymond et Raymonde ( !) MAZENS ;
Parrain Barthélémi JOUCLA de Gourdon son oncle, marraine
Jeanne MAZENS sa tante (18) .
Laffirmation sur la grossesse de
Marguerite (non Raymonde) est ainsi confirmée...
Subdélégation de Rodez début janvier
1788
Jean CRANSAC, 31 ans, de Sebazac demande
autorisation de se marier avec Jeanne RUDELLE de Caplongue,
fille orpheline qui a un petit bien, plus celui de sa
tante ; cela serait bien pour lui car na rien comme
sa mère, car les enfants du premier lit de son père les
ont mis dehors quand le père est mort (19) .
Le 29 janvier a été célébré dans léglise
de Caplongue... le mariage de Jean CRANSAC, tisserand, fils
légitime et naturel de feu Jean CRANSAC, laboureur, et
Louise GAUBERT, et Jeanne RUDELLE, fille légitime de feus
Grégoire, travailleur, et Marianne CARENNAC, mariés, les
bans ... aucune opposition ni empêchement canonique ni dautre
civil que celui de la qualité de soldat provincial dudit J.
CRANSAC dont il a obtenu dispense de Mr lIntendant qui
lui permet de se marier (20) .
4e exemple :
subdélégation de Cahors
17 mai 1761, baptême de Jean ROQUES,
fils de Jean, hôte, et de Marie BACH à Lugagnac (21)
.
29 avril 1783, tirage au sort de Jean
ROQUES, second du nom, maçon, fils à autre Jean natif de
Lugagnac en la province du Quercy, juridiction de
Cènevières, âgé de 23 ans, taille 5 pieds un pouce,
cheveux et sourcils châtains, yeux gris à fleur de tête,
visage un peu allongé et légèrement gravé de petite
vérole, ayant une cicatrice au front au dessus il gauche,
nez gros, lèvres un peu grosses, menton court restant au
lieu de Lugagnac chez DELPECH maçon (22) .
29 octobre 1781 chez Me ROMEC, contrat de
mariage entre Jean ROQUES, fils de Jean et Marie BACH, et
Marguerite ROALDES, fille de feu Antoine, brassier, et
Perrette VIGNES... Marguerite ROALDES donne pleins pouvoirs
audit Jean ROQUES de faire construire une maison pour leur
nécessaire, duquel bâtiment un " sol "
dyceux il pourra disposer en cas de prédécès sans que
les héritiers de ROALDES puissent en rien le troubler (21).
Le contrat fut contrôlé le 31 octobre
1781.
Septembre 1783, demande dautorisation
de mariage de Jean ROQUES, tiré pour Saint-Cirq Lapopie,
natif de Lugagnac, un enfant de 8 mois, retard pris par la
construction dune habitation sur les fonds de la
fiancée, la maison est construite, il faut faire cesser le
scandale.
Sur les registres de Lugagnac et des
villages voisins, aucun mariage ni naissance antérieure nest
écrit. En janvier 1784 à Limogne (où est située la
maison construite), naissance dune Marie ROQUES, fille de
Jean, maçon, et de Marguerite ROALDES, mariés, marraine
Marie BACH sa grand-mère. La sépulture de cette petite
fille a lieu le 21 février 1784 à Limogne (elle a 20 jours
environ).
Il y a donc des lacunes, mais la demande
du milicien permet de situer approximativement le mariage et
la première naissance. Au moment de la demande, la fiancée
était enceinte de plusieurs mois, comme lindique la date
de naissance du 2e enfant.
IV - LES DÉLITS MILITAIRES
(7)
Il est question des arrestations de
déserteurs de la milice retrouvés dans dautres
régions, de coupables de dégradations ou de vols ;
parfois dindividus ayant fait des faux pour pouvoir se
marier (24 heures de prison, " aurait mérité un
mois " écrit le secrétaire). Parfois, de faits
encore plus graves : Pierre AUDOUARD de Luran a violé
une fille, devenue enceinte, depuis il rôde autour de la
ferme, a incendié une cabane de berger et une charrette,
tire sur les poules, la famille demande quil soit mis en
prison pour un mois, le temps que la fille se marie. Des
vols nombreux avec caches dans les cavernes ont été
effectués par des déserteurs ou des miliciens en
déplacement. Un cas dassassinat à Rodez dun soldat
du régiment de Barrois tué par un milicien dEntraygues
à coups de pelle à feu, accompli dans une auberge.
V - LES DÉCES DANS DES HÔPITAUX
MILITAIRES (7)
Très nombreux dans les années 1753 et
au Château - Trompette de Bordeaux lors des
séjours quy faisaient alors les troupes de la milice de
Quercy. 4 décès en novembre 1782 à lhôpital militaire
de Tonnay - Charente lors de laller à
Rochefort des grenadiers du Quercy.
Malgré sa brièveté, due aux règles de
présentation dune communication dans le cadre dun
congrès, cet exposé vous aura, je lespère, intéressé
et donné quelques indications pour un cheminement
complémentaire de ceux qui vous sont plus habituels,
permettant de faciliter certaines recherches ; les
lacunes sont malheureusement assez importantes, car les
destructions nont pas épargné les documents lors des
révoltes du 17e siècle et celles du début du
18e siècle.
NOTES
(1)
Archives départementales du Lot : C 513 à 767 et C
793 à C 799
(2) Archives départementales du Lot : C 587
(3) Archives départementales du Lot : C 616
(4) Archives départementales du Lot : C 597 à C
756 (dossiers de 1775 à 1788 compris).
(5) Archives départementales du Lot : C 556 à
566 et C 793 à 799.
(6) Archives départementales du Lot : C 794 à
788
(7) Archives départementales du Lot : C 793.
(8) Archives départementales du Lot : C 765,
766, 767.
(9) Mesures : 1 pied = 32,7 cm = 12 pouces
de 2,7 cm = 20 lignes de 0,13 cm.
(10) Archives départementales du Lot : C 616 et
suivants.
(11) Archives départementales du Lot : C 597
(12) Archives départementales du Lot : C 798.
13) Archives départementales de lAveyron : 3 E 2077-3.
(14) Archives départementales de lAveyron : 4
E 64-1
(15) Archives départementales du Lot : C 796.
(16) Archives départementales du Lot : 4 E Mi EC
Saint-Clair
(17) Archives départementales du Lot : C 799
(18) Archives départementales de lAveyron : 4
E 10-3
(19) Archives départementales du Lot : 4 E Mi EC
Lugagnac.
(20) Archives départementales du Lot : C 632
(21) Archives départementales du Lot : C 3 E 761
Me ROMEC
(22) Archives départementales du Lot : C 795
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