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L'étude des forages profonds
effectués à Saint-Martin-Labouval, à Campagnac-les-Quercy, à
Sauveterre-la-Lémance, à Sabadel-Lauzès et le forage de la
Grésigne, ainsi que les observations sur les affleurements du
Quercy oriental, ont permis de reconstituer l'histoire géologique
tardi-hercynienne et mésozoïque du Quercy.
Issus de l'orogène hercynien,
se déposent, durant le Stéphano-Permien, des sédiments
continentaux détritiques (où dominent les grès et argiles rouges)
sur de grandes épaisseurs (3 000 à 4 000 m) dans un bassin
subméridien NNW-SSE de Brive-la-Gaillarde à la Grésigne (B.
Delsahut, 1981).
Trias et Jurassique

Au Trias et au début de
l'Hettangien, la réactivation d'accidents tardi-hercyniens
définit un vaste bassin subsident. Des dépôts détritiques forment
un épandage fluviatile dont les affleurements actuels sont limités
approximativement au nord par la vallée de la Vézère et au sud par
la vallée de l'Aveyron.
L'étude des structures
sédimentaires et la minéralogie montre que cet épandage a trouvé
son origine dans l'érosion du socle du Massif central (C. Grignac,
1983). Rapidement, à l'Ouest du méridien de Cahors, cet ensemble
sédimentaire passe latéralement à des formations lagunaires
comparables à la dolomie de Carcans (définie par les géologues
pétroliers en Médoc).
Ces dépôts argilo-détritiques vont
constituer la base d'un super cycle sédimentaire (transgressif /
régressif) couvrant tout le Jurassique.
De
la fin de l'Hettangien (-200 M.A.) à la fin du Lias
inférieur le bassin s'ouvre vers l'Ouest, il fait partie des
marges du proto-atlantique. Des vases évaporitiques, puis
carbonatées, se déposent dans un environnement lagunaire.
Au Lias moyen et supérieur, les
ouvertures océaniques s'affirment, une mer plus profonde et
ouverte s'installe. Cette transgression marine se traduit par des
dépôts marno-calcaires à céphalopodes.
Pendant le Dogger (Jurassique moyen)
et presque tout le Malm (Jurassique supérieur), une grande
plate-forme carbonatée proximale s'installe, de milieu plus ou
moins confiné ; à l'ouest, une sorte de "récif barrière" occupant
l'actuel Périgord, l'isolait de l'Atlantique. Au Kimméridgien, se
crée une vaste plate-forme marine sans barrière.
Vers -145 M.A.. à la fin du Jurassique, la
mer portlandienne, régressive, se restreint au nord-ouest du
Quercy où elle forme le «golfe de Bouriane». Ce déplacement
du littoral est à mettre en relation probable avec les
manifestations précoces de la tectonique alpine.
Crétacé

Au Crétacé inférieur, la totalité du
Quercy est émergée ; les brachyanticlinaux de
Sauveterre-la-Lémance et de Campagnac s'individualisent. Cette
émersion est soulignée par une surface d'érosion et une
discordance des terrains du Crétacé supérieur.
Cette discordance est soulignée par les
calcaires cénomaniens et turoniens qui reposent sur les terrains
jurassiques, Kimméridgien inférieur au nord du Quercy, et du
Kimméridgien supérieur et Portlandien au sud. Cette disposition
correspond à la transgression de la mer cénomanienne qui envahit
d'abord les zones basses de la topographie précédente.
Avec le Turonien inférieur cette
transgression s'affirme, les sédiments de cette époque indiquent
un approfondissement de la mer, rien ne permettant de situer la
proximité d'un rivage. Mais, à la fin du Turonien, la mer
régresse laissant place à une courte émersion. Elle recouvre à
nouveau la région au début du Sénonien comme l'attestent
les altérites sableuses
piégées dans le karst au nord de Souillac et sur la quasi-totalité
du Causse de Gramat.
A fin du Campanien la mer quitte
définitivement le Quercy.
(1)Ces altérites ont souvent livrées des faunes crétacées marines
silicifiées.
Tertiaire

Au cours du Paléocène et de l'Éocène
inférieur, les premiers échos de l'orogenèse pyrénéenne vont
se traduire par un bombement de la bordure nord-est du bassin
aquitain. Cette tectonique va créer des grabens (appuyés aux
grands accidents : faille de Villefranche, Grand accident bordier
armoricain) qui vont fonctionner en bassins endoréiques (Astruc et
al., 1995) et accueillir une sédimentation fluvio-lacustre.
Au Nord du Quercy, le bassin de Martel, un
des plus vastes, va accueillir plusieurs centaines de mètres
d'épaisseur d'argiles à graviers.

Coupe entre les Pyrénées et le Massif Central au début du
Tertiaire
Le
littoral est progressivement repoussé au sud de l'actuelle vallée
de la Garonne pour atteindre une ligne approximative Bordeaux-Auch-Muret et le Quercy est soumis à l'érosion et à la
karstification.
A l'Éocène inférieur, des karsts
vont tarauder les reliefs naissants dans la périphérie de la,
Grésigne, où ils seront rapidement remplis d'argiles à pisolites
de fer.
Au pied des Pyrénées et Sud de la Grésigne, l'orogenèse alimente
de puissants talus conglomératiques. En Grésigne, les karsts à
remplissage ferrifère subissent des contraintes tectoniques et
sont recouverts par les conglomérats.
A l'Éocène moyen (Fini-Yprésien), la surrection des
Pyrénées entraîne une migration de la mer vers l'ouest de
l'avant-pays Nord-pyrénéen. L'érosion des reliefs en cours
d'édification au sud et de ceux issus de la réactivation des
accidents hercyniens bordant le Quercy à l'est, alimente une
sédimentation détritique qui tend à combler le bassin Aquitain. Ce
comblement, lié à une subsidence d'ensemble, va se poursuivre
jusqu'au milieu du Miocène.
Au cours de cette longue période (Crétacé terminal à Bartonien),
un climat tropical humide a contribué à une altération
ferrallitique kaolinisante dont les témoins prennent en écharpe
les terrains jurassico-crétacés et plus particulièrement les
calcaires détritiques du Turonien supérieur et du Sénonien, plus
poreux et en conséquence plus karstifiables. En Bouriane, les
sondages effectués pour les levés géologiques ont montré que la
frange altérée avait une épaisseur souvent supérieure à 50 mètres.
A Fumel, Floressas, etc., les altérites, silicifiées par des
fluctuations de nappes et par des circulations paléohydrologiques,
forment parfois de véritables "cuirasses" silico-ferrugineuses.

Coupe entre les Pyrénées et le Massif Central au Bartonien
A la fin du Bartonien, alors
que les plateaux jurassico-crétacés du Quercy sont toujours soumis
à l'érosion, les molasses d'origine pyrénéenne progradent vers le
nord. La remontée de niveau de base commence à bloquer les
écoulements du réseau hydrographique en direction du bassin ; des
lacs et de vastes étendues marécageuses s'installent au pied des
reliefs karstiques quercynois, certaines cavités du karst des
phosphorites du Quercy se fossilisent. En Quercy et en Agenais,
des argiles sableuses et des marnes vertes riches en smectites,
contenant parfois attapulgites et sépiolites s'intercalent entre
les cuirasses ferrugineuses et les calcaires lacustres oligocènes.
Tout ceci caractérise des climats évoluant vers l'aridité (Trauth
et al.,1985).
A cette période, un affaissement du Quercy au sud de la faille de Padirac
va mobiliser les argiles à graviers du bassin de Martel qui vont
alimenter la formation alluviale de Saint-Denis-Catus en ravinant
les paléo-altérites ; elles vont s'étaler en direction du sud,
jusque dans le "golfe" lacustre de Cieurac. Au sud de Cahors, la "progradation"
des molasses pyrénéennes vers le nord fossilise la formation de
Saint-Denis-Catus.

Coupe entre les Pyrénées et le Massif Central au
début de l'Oligocène
A Thédirac
(feuille Puy-l'Évêque), des argiles à illite (Kulbicki,1957) de l'Oligocène
s'intercalent entre les séquences fluviatiles à galets et
graviers ; ces argiles comme le calcaire des Gunies et, au Nord ,
la meulière de Bord témoignent de conséquences liées à
l'affaissement progressif du plateau quercynois au cours de
l'Oligocène. Tout le
Quercy méridional accueille une sédimentation palustre et lacustre
couvrant progressivement l'ensemble des plateaux sous des molasses
à dominantes carbonatées jusqu'au début du Miocène ; le
karst est complètement fossilisé.

Coupe entre les Pyrénées et le Massif Central
à l'Ologocène terminal
A partir du
Burdigalien (B. Sigé et al, 1991) des cours d'eau,
dirigée par la structuration acquise au Paléogène, s'organisent
traversant le Quercy d'Est en Ouest, préfigurant le réseau
hydrographique actuel. La première incision par le proto-réseau
hydrographique, des formations jurassiques et paléogènes du NE du
bassin Aquitain, a été traditionnellement attribuée au
Plio-Villafranchien. Les découvertes récentes, de gisements
paléontologiques (2) associés à des sédiments fluviatiles sur les
causses du Quercy (B.Sigé et al, 1991), conduisent à vieillir le
proto-réseau hydrographique, qui aurait commencé de s'installer
dès le Burdigalien.

Coupe entre les Pyrénées et le massif Central
au Pliocène-Pléistocène inférieur.
(2) Ces gisements sont
en relation avec un couloir du bassin versant du Célé (au Nord du
Lot), couloir dont la morphologie et l'altitude sont relativement
proches de ceux du drainage Puylaroque-Réalville.
Plio-quaternaire
 Au
Pliocène et au Quaternaire, la subsidence graduelle du bassin
observée depuis l'Éocène, fait place à un soulèvement qui sera à
l'origine de la morphologie actuelle.

Coupe entre les Pyrénées et le massif Central
au Pléistocène
inférieur.
L'érosion va dégager plus rapidement le nord du plateau quercynois
où la couverture molassique est moins puissante.
Les karstifications plio-quaternaires débutent donc au nord du
Quercy et sont plus récentes au sud de cette région.
Ce dégagement plus tardif au Sud du Quercy est à l'origine de la
conservation exclusive du paléokarst à phosphorites dans le Quercy
méridional (périphérie du causse de Limogne), plus longtemps
préservé de l'érosion plio-quaternaire par sa couverture
molassique. On peut aussi attribuer à ce phénomène l'évolution
différenciée des principales vallées, de plus en plus tardive en
allant vers le Sud, de la Dordogne au Lot et à l'Aveyron.
© Jean,
Guy Astruc
et Quercy Net, 2003 |