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LOT - Georges Coulonges est mort hier à l'âge de 80 ans L'ultime page de l'écrivain
L'histoire pleine d'amour que nous a raconté son épouse, Maïté, d'une voix entrecoupée par les sanglots, ressemble au personnage Georges Coulonges, artisan des lettres aussi consciencieux que sensible. Trois jours avant sa mort, hier matin, il travaillait encore dans sa tête: « Il avait décidé d'écrire un roman pour chacun de ses six petits-enfants. Il n'avait encore écrit que 28 pages du sixième. La fin du livre, il me l'a racontée l'autre nuit. Sans arrêt, il me demandait: "C'est quand le 11? C'est quand? " A son éditeur, il avait sollicité un délai de deux mois et ça tombait ce jour là. C'était son contrat. Il l'a rempli ». En dépit de l'épuisement et des calmants destinés à soulager la douleur, Georges Coulonges taillait sa dernière pierre. Depuis quinze jours, il était revenu dans sa maison "La Cachotte" à Lhospitalet où ce Girondin très républicain avait planté ses racines au midi de sa vie. C'était leur choix commun avec Maïté. Sa santé s'était dégradée à vue d'oeil. L'un et l'autre savaient l'issue fatale. « Croyez-moi, raconte Maïté, c'était deux mois de bonheur. Il avait gardé tout son humour ».
LE TON DES ADIEUXL'écrivain avait eu 80 ans le 4 avril dernier. Le 12, il l'avait fêté comme chaque année, avec sa famille et ses amis. Martin Malvy, Bernard Charles, Roland Garrigues, Claude Villers, et d'autres encore. Un rendez-vous très chaleureux et touchant chez Mirouze, à « La Grange du Levat », dont on sentait bien qu'il prenait le ton des adieux. Prescience de celui qui va partir? Pourtant, à ce moment-là, malgré les traits fatigués du héros de la fête, malgré sa démarche hésitante, il n'était question que « d'ennuis de santé » comme il disait lui-même et d'examens à venir. En fait, l'évolution du mal était déjà telle que la médecine ne pouvait plus rien pour lui. Lucide et courageux, Georges Coulonges, adepte du Droit de mourir dans la dignité, a fait le choix de se préparer à la terrible échéance entouré des siens, sur ce coin de terre qu'il avait adoptée et qui l'avait adopté. Il la quittera définitivement « comme il a vécu, dans la modestie », commente Maïté. Les obsèques et la crémation auront lieu lundi, vers midi, dans la plus stricte intimité. Son chemin vers le couchant le ramènera-t-il jusqu'aux forêts de pins de son enfance, aux promenades en barque sur les étangs de la côte aquitaine, au Grand Théâtre de Bordeaux qui forgea sa culture classique? Le 12 avril, il se comparait à Claude Villers: « Ensemble nous avons fait les hautes études communales ». Il en avait reçu une inébranlable foi laïque, un humanisme souriant et le goût des mots, des phrases. Autant de valeurs qui ont nourri son oeuvre. « Sa communale avait raison ». En cette douloureuse circonstance, « La Dépêche du Midi » s'associe au deuil de Maïté, de toute sa famille, de ses amis et de tous ceux qui ont aimé ses histoires. Christian CAZARD |