Cajarc 1935 - Honfleur 2004
Une certaine idée de la liberté d'esprit mais aussi de la France des
années 60 animait cet écrivain à la mèche blonde en bataille, à la
cigarette au bout des lèvres et à la diction rapide et saccadée.
Françoise Sagan, femme
de cinéma, de théâtre,
de télévision, de ballets.
Son plus célèbre roman, "Bonjour Tristesse", avait fait l'objet d'une
adaptation cinématographique dès 1957 par Otto Preminger, avec Jean Seberg,
Deborah Kerr et David Niven.
Suivirent ensuite "Un certain sourire" (1958, Jean Negulesco), "Aimez-vous
Brahms" (1961, Anatole Litvak sous le titre "Good bye again" avec Ingrid
Bergman, Yves Montand), "Un château en Suède" (1963, Roger Vadim, avec
Monica Vitti), "La Chamade" (1968, Alain Cavalier, avec Catherine Deneuve
et Michel Piccoli), et "Un peu de soleil dans l'eau froide" (1971, Jacques
Deray), dont elle signa les paroles de la chanson, sur une musique de
Michel Legrand.

"Bonheur, Impair et passe"
au Théâtre Edouard VII
Elle écrivit également les dialogues ou le scénario de plusieurs films,
tels que "Landru" (1963) ou "Le bal du comte d'Orgel" (1970), et fut la
réalisatrice d'une oeuvre ratée, "Les Fougères bleues" (1975). "Je ne
savais pas faire une photo, je suis toute éberluée d'avoir fait un film",
disait-elle alors.
Sagan fut même actrice, dans le film le "Testament d'Orphée" réalisé par
Jean Cocteau (1959).
En 1979, elle assura la présidence du Festival de Cannes, dont la double
palme devait récompenser "Apocalypse Now" et "Le Tambour".

La télévision devait accueillir à plusieurs reprises ses productions, dont
un téléfilm adapté de "Bonjour Tristesse", ou encore "La robe mauve de
Valentine", un marivaudage, et une série, "Les Borgia" ou l'adaptation de
son roman "Les faux-fuyants".
Elle écrivit également pour le théâtre, avec des oeuvres telles que
"Château en Suède" (1960), sa première pièce, "L'Echarde", "Le Cheval
évanoui", "L'excès contraire", "Bonheur, impair et passe", ou "Il fait
beau jour et nuit" et "Un piano dans l'herbe".
Françoise Sagan s'était enfin essayée à l'art de la Danse, signant en 1966
l'argument du ballet "L'échange d'un regard", sur une chorégraphie de
Jacques Chazot. Son premier ballet, "Le rendez-vous manqué", lui avait
valu lors de sa présentation en 1958 aux Etats-Unis cette critique
cinglante du New York Times : "Si Mlle Sagan a consacré plus de cinq
minutes à ce scénario, elle a perdu son temps".
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Bonjour
tristesse est le premier livre de Sagan. A partir de 1954,
elle sera surnommée par Fraçois Mauriac le charmant petit monstre
. Son livre au style irréprochable
lève le voile sur la jeunesse bourgeoise... Ce nest que le début dun
long
vertige !
" Cétait lété 1954 . On entendait pour la
première fois la voix sèche et rapide dun "charmant petit monstre " qui
allait faire scandale. La deuxième moitié du XXème siècle commençait. Elle
serait à limage de cette adolescente déchirée entre le remords et le
culte du plaisir "
Quatrième de couverture de
Bonjour Tristesse, Françoise Sagan (Editions Pocket)
Résumé du livre : Cécile a dix-sept ans et passe l'été avec son père
veuf. Véritable épicurien, il n'a de cesse de collectionner les
femmes. Accompagné de sa maîtresse, Elsa, il délaisse quelque peu
Cécile qui, lassée, s'adonne à quelques expéditions ou autres
escapades avec Cyril. Mais Anne, une ancienne amie de sa mère,
resurgit
Eté bourgeois au rythme nonchalant. Bonjour tristesse lève le voile sur la jeunesse féminine de lépoque. Une très belle
histoire qui imposera la plume et limpudeur dun charmant petit
monstre.

 Bonjour tristesse a été porté à l'écran
en 1957
par Otto
Preminger avec Jean Seberg,
David Niven, Deborah Kerr, Juliette Gréco
et Mylène Demongeot.
Scénaristes
:
Françoise Sagan
et
Arthur Laurents.
Musique de
Georges
Auric.

Juliette Gréco chante Françoise Sagan - 3ème série :
Sans vous aimer - Le jour - La valse - Vous, mon
cur. 1956, 45 t, Philips.
Françoise Saga, icône de la France intellectuelle des années 1950.
Elle n'obtint jamais aucun prix
littéraire d'importance, et était elle-même sévère avec sa propre oeuvre,
mais tout le monde lui reconnaîtra une "petite musique" dans ses livres et
une place à part dans la littérature française. "Pas de la grande
littérature", mais un bilan "globalement positif", disait-elle il y a
quelques années sur France-Info, de sa voix timide au débit très rapide. |
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Françoise Quoirez
est née le 21
juin 1935 à Cajarc ( Lot) .
Elle a une
dizaine d'années quand la famille emménage à Paris, dans les beaux
quartiers de la rive droite. Son père Pierre, un industriel, apparaîtra souvent
dans ses interviews comme un excellent fournisseur de bons mots. Cela
n'empêche pas une éducation des plus strictes et bourgeoises, dans un
cadre chaleureux. «Mes parents m'ont protégée», a toujours dit
Sagan.
Elle entre au couvent des Oiseaux en 1947. Elle est renvoyée pour son
"dégoût de l'effort". Elle rate le bac en 1951, après une année
surtout consacrée à écouter du jazz à Saint-Germain-des-Prés où, plus
tard, elle se liera à Juliette Gréco, Jean-Paul Sartre et tant d'autres. Adolescente, elle lit Gide, Camus, Sartre, Rimbaud, Proust.
Elle
commence à la Sorbonne des études de lettres qu'elle ne poursuivra pas.
Elle signe Sagan
(Pseudonyme inspiré de la princesse de Sagan dans "A la Recherche du temps
perdu " de Proust)
en publiant, en
1954, son premier roman, Bonjour Tristesse : l'histoire d'une jeune
fille, Cécile, qui déteste la maîtresse de son père et qui ne sera pas
étrangère au suicide de celle-ci. Sagan n'a pas encore vingt ans.
Elle connaît un succès considérable (1 million d'exemplaires vendus
en quelques semaines) et son livre est couronné par le prix des Critiques
Pour la presse grand public , Sagan incarne alors la romancière "nouvelle
vague".
En 1955 elle se rend à New York
où son livre est traduit et y rencontre Truman Capote, puis elle part à
Key West où elle verra Carson McCullers et Tennessee Williams, avec lequel
elle se lie d'amitié : elle fera adapter à Paris sa pièce Sweet Birds
of Youth.
Elle publie cette année-là son second roman : Un certain sourire.
En 1957, Françoise Sagan est
victime d'un grave accident de voiture qui lui vaut plusieurs semaines
d'immobilisation. Elle publera en 1964, Toxiques, le journal. En
1957, paraît son troisième roman, Dans un mois dans un an. En
1958, elle épouse Guy Schoeller.
En 1959 ce sera Aimez-vous
Brahms? le portrait sans complaisance d'une femme de quarante ans.
Grâce à ce roman Françoise Sagan échappe aux pages "faits divers" des
magazines et réussit à se faire respecter en tant qu'écrivain. En 1960 sa
première pièce, Château en Suède, est créée au théâtre de
l'Atelier.
Dès lors Françoise Sagan alternera romans et pièces de théâtre. Dans La
Chamade ( 1965), Un peu de soleil dans l'eau froide ( 1969),
Le Lit défait ( 1977), La femme fardée (1977) , on retrouve
l'univers de
Sagan : la fragilité des liens amoureux, l'ennui dans
l'élégance , la bourgeoisie désabusée, les soirées arrosées et
mélancoliques dans les boîtes de nuit, les fuites en avant en voiture de
sport...
Dans De guerre lasse (
1985) et Chagrin de passage ( 1995) Françoise Sagan évoque en plus
le thème de la mort.
Françoise Sagan a également
écrit pour le théâtre : Un Château en Suède (1960), Les Violons
parfois ( 1961), Le Cheval évanoui (1966), Il fait beau jour
et nuit ( 1978), Un piano dans l'herbe ( 1994).
Françoise Sagan a reçu en 1985
le prix de la fondation Prince Pierre de Monaco pour l'ensemble de son
uvre.
Depuis longtemps, on avait un peu oublié ses livres pour ne retenir
qu'une invraisemblable accumulation d'histoires qui n'ont fait que
renforcer sa légende : goût immodéré pour la vitesse et l'alcool, cures de
désintoxication, grave accident de voiture de 1957, casinos, prise assumée
de stupéfiants, plèvre déchirée lors d'un voyage en 1985 en Colombie avec
son ami, le président François Mitterrand, procès Elf où certains auraient
tenté de lui faire jouer les espionnes etc.
BIBLIOGRAPHIE DE L'ÉCRIVAINE :
Françoise Sagan avait publié une cinquantaine de livres, dont une bonne
partie parue chez Julliard.
-
"Bonjour Tristesse" (1954)
- "Un certain sourire" (1956)
- "New York" (textes, 1956)
- "Dans un mois, dans un an" (1957)
- "Aimez-vous Brahms" (1959)
- "Toxique" (1964)
- "La Chamade" (1965)
- "Le Garde du coeur" (1968)
- "Un peu de soleil dans l'eau froide" (1969)
- "Des Bleus à l'âme" (1972)
- "Il est des parfums" (1973, en coll. avec Guillaume Hanoteau)
- "Les Merveilleux nuages "(1973)
- "Un Profil perdu" (1974)
- "Réponses" (1975)
- "Des yeux de soie" (nouvelles, 1975)
- "Brigitte Bardot" (1975)
- "Musiques de scènes" (nouvelles, 1981) |
- "La
Femme fardée" (1981)
- "Un Orage immobile" (1983)
- "Avec mon meilleur souvenir" (1984, mémoires)
- "De Guerre lasse" (1985)
- "Sarah Bernhardt, ou Le rire incassable" (1987)
- "Un Sang d'aquarelle" (1987)
- "Au marbre: Chroniques retrouvées, 1952-1962" (1988)
- "La Laisse" (1989)
- "Les Faux-Fuyants" (1992)
- "Répliques" (1992)
- " La Maison de Raquel Vega" (1992)
- "Oeuvres" (1993)
- "...Et toute ma sympathie" (1993)
- "Un Chagrin de passage" (1994).
- "Le Miroir égaré" (1996)
- "Derrière l'épaule" (1998) |
Théâtre
-
"Château en Suède" (1959)
- "Les Violons parfois" (1961)
- "La Robe mauve de Valentine" (1963)
- "Bonheur, impair et passe" (1964)
- "Le Cheval évanoui" (1966)
- "L'Echarde" (1966)
- "Un Piano dans l'herbe" (1970) |
- "Zaphorie"
(1973)
- "Le Lit défait" (1977)
- "Le sang des Borgia" dialogue et co-scénario avec J. Quoirez,
1978)
- "Pol Vandromme" (1978)
- "Il fait beau jour et nuit" (1978)
- "Le Chien couchant" (1980)
- "L'Excès contraire" (1987) |
Cinéma
- "Aimez-vous Brahms" (scénario) d'Anatole Litvak (1961)
- "Landru" (scénario) de Claude Chabrol, 1962)
- "Les Fougères bleues" (mise en scène et scénario, 1976)
La fin de
la saga Sagan
« Je suis futile, mais la futilité consiste
à s'occuper de choses intéressantes » avait-elle coutume de dire à
François Mitterrand qu'elle recevait dans sa maison natale de Cajarc
(Lot).
Dans ses romans, Françoise Sagan racontait
en effet avec légèreté les choses graves de la vie. Son irruption dans une
Maserati rouge au cur des événements de mai 1968 résume sans doute aussi
les excès, l'oisiveté et le goût pour la provocation mondaine d'une
personnalité qui, mèche blonde en bataille et cigarette au bout des
lèvres, a incarné la France des années 1960 et 1970.
« La gloire et le succès me délivrèrent très
tôt de mes rêves de gloire et de succès » déclarait Sagan en évoquant «
Bonjour tristesse », son premier roman, devenu un mythe littéraire.
De son vrai nom Françoise Quoirez, née le 21
juin 1935 dans une famille d'industriels fortunés, elle a tout juste 18
ans quand elle achève en sept semaines dans la maison de campagne de
Cajarc, l'écriture du manuscrit qu'elle signe sous un pseudonyme emprunté
à l'uvre de Marcel Proust.
Des millions d'exemplaires sont vendus à
travers le monde (un million aux Etats-Unis) et toute une génération se
passionne pour Cécile, l'héroïne éprise de liberté et hantée par la
solitude, dont le destin s'achève tragiquement sur une route.
LA PEUR DE LA SOLITUDE, L'ANGOISSE DE LA NUIT
C'est justement après un accident de voiture
en 1957 que bascule la vie de l'écrivaine. Ses fresques littéraires, plus
appréciées du public que de la critique et des jurys de concours, attirent
moins l'attention que ses frasques mondaines.
Passion immodérée pour la vitesse, voyages
dans les paradis artificiels revendiqués, cures de désintoxication, fraude
fiscale qui lui a valu une condamnation pénale un an après avoir écopé
d'une autre peine pour trafic de stupéfiants, apparition dans l'affaire
Elf
Cette vie sulfureuse et effrénée de jet
setteuse cynique, les dépenses sans compter d'une fortune colossale, sont
pour elle une arme contre une timidité maladive qui la fait bredouiller
devant les micros et une angoisse de la nuit qui ne la quitte pas depuis
son séjour au pensionnat du couvent des Oiseaux en 1947.
D'ailleurs, si elle n'obtient pas son bac en
1951, c'est qu'elle préfère écouter jusqu'à l'aube du jazz et Juliette
Greco à Saint-Germain des Prés et Sartre au café de Flore. Ils deviendront
ses compagnons parisiens.
A ses maris, l'éditeur Guy Schoeller et
l'Américain Bob Wetshoff, père de son fils Denis, elle préfère ses amis,
intellectuels, bringueurs ou politiques (de gauche).
SES ÉTÉS À CAJARC
Mais plutôt qu'à Saint-Tropez, c'est à
Cajarc qu'elle passe le mois d'août.
Françoise Sagan a largement contribué à la renommée de cette bastide
lotoise blottie au cur de son méandre.
Rituellement, François Mitterrand
rendait visite à l'écrivaine sur les bords du Lot. « Elle est tout
simplement saganesque » commentait Mitterrand à son propos. Lecteur assidu
de l'uvre et fasciné par une personnalité qui correspondait sans doute à
l'idée qu'il se faisait de la vie et de l'être humain, il la conviait
régulièrement dans le cercle de ses amis littéraires et dans ses
déplacements.
Elle a d'ailleurs failli laisser la vie en
Colombie en 1985 lors d'un voyage présidentiel, victime d'un décollement
de la plèvre. A partir de cette époque, ses oeuvres rencontrent moins de
succès. Ses déficiences pulmonaires et chaque disparition d'ami
l'affectent tout autant. Malade, ruinée, plus présente à la chronique
judiciaire qu'à la rubrique mondaine, elle vend ses biens, se fait
héberger par ses amis et doit sa liberté à des protections politiques. En
1998, elle publie son dernier livre (Derrière l'épaule). En dehors de ses
fans, il passe inaperçu.
Elle s'est éteinte ce 24 septembre 2004 à Honfleur à 69 ans,
victime d'une embolie pulmonaire, achevant sa lutte contre la solitude. Le
chef de l'Etat, de nombreuses personnalités de droite comme de gauche
ainsi que du monde littéraire ont salué cette « figure éminente », «
flamboyante et mélancolique ». Pascal Jalabert - La Dépêche du Midi,
25/09/2004
MARDI
28 SEPTEMBRE 2004
Ses proches, amis et voisins ont rendu un dernier
hommage à Françoise Sagan. L'écrivain a été inhumée mardi après-midi dans
le petit cimetière du hameau de Seuzac, où
se trouve le caveau de sa famille,
à quelques kilomètres de sa ville
natale de Cajarc (Lot), en présence d'environ 200 personnes. Le
gouvernement français était représenté par le ministre de la Culture et de
la Communication Renaud Donnedieu de Vabres et la ministre de l'Egalité et
de la Parité professionnelle Nicole Ameline.
Juliette Greco, Pierre Bergé, l'écrivain Bernard Frank étaient aussi venus
rendre un dernier hommage à celle qui fut célèbre dès l'âge de 19 ans avec
son roman "Bonjour tristesse". Aux côtés de son fils Denis Westhoff et de
sa soeur Suzanne, une cinquantaine de personnes parmi les plus proches
amis et habitants du hameau avaient pu pénétrer dans l'enceinte du
cimetière.
Sous un doux soleil, un brève bénédiction religieuse a précédé
l'inhumation de Françoise Sagan. Celle-ci repose désormais dans une tombe
à côté d'une de ses plus proches amies, face au caveau où sont enterrés
ses parents et son frère Jacques Quoirez.
Brigitte Bardot, qui n'a pu se rendre aux obsèques à cause de son état de
santé, a estimé que Françoise Sagan a été "terrassée par la maladie et les
impôts". Elle confie que Sagan et elle "étaient comme deux soeurs jumelles
reliées par nos destins".
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