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Saint-Vincent-Rive-d'Olt, 1874 -
Paris, 1953
Il a brossé dans son oeuvre une fresque de ce Quercy, partie intime de son
être. En dépeignant les villes, les routes, les habitants au phrasé si
particulier, les coutumes, les récoltes, la vigne..., il s'est montré à la
fois géographe, historien, sociologue. Son oeuvre permet aux lecteurs
d'aujourd'hui de renouer avec un passé définitivement disparu.
Texte
extrait de :
La Mémoire vive, par Sophie Villes, Cahors, 1998
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Léon Lafage naît à Saint-Vincent-Rive-d'Olt, en 1874, au sein d'une
famille bourgeoise, fervente occitaniste, cultivée (le grand-père quelque
peu helléniste initie ses trois petits-fils à l'oeuvre d'Homère).
Après un passage à l'école du
village, Léon Lafage suit les cours au Lycée de Cahors, avec entre autres
comme camarades : Pierre Calel (Jules Lafforgue), Gustave Fréjaville...
La quiétude familiale se
trouve bouleversée par la ruine du père, obligé d'éteindre les dettes d'un
boutiquier indélicat en faveur duquel il a commis l'imprudence de se
porter garant, règlement d'autant" plus douloureux que ses vignes sont
alors ravagées par le phylloxéra. Reconverti dans le métier de percepteur,
le chef de famille prend l'habitude d'effectuer ses déplacements en
compagnie de son jeune fils. Quelles merveilleuses occasions pour l'enfant
de s'imprégner des usages, des dictons, des locutions des villages !
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Buste à
Saint-Vincent-Rive-d'Olt |
Le
baccalauréat en poche, Léon Lafage écrit déjà dans les journaux locaux. Il
est alors Cadurcien, logeant sur les quais, dans un quartier où une foule
de métiers artisanaux sont représentés et où règne la langue occitane.
Etudiant parisien, Lafage fréquente moins la Faculté de Droit que la "Taverne
du Panthéon" ou le "Café Vachette" (les deux hauts lieux
littéraires d'alors). Engagé par le "Réveil du Lot", il ne
fréquente plus guère que les théâtres. Encouragé par Gustave Larroumet,
c'est l'époque aussi de ses premières compositions.
Dilettante, le jeune auteur se tourne temporairement vers d'autres
activités, en particulier l'exploitation à Piolenc, en Vaucluse, d'une
colline comportant des coulées de sable à verre, "La Montagne ",
que possède sa mère. Les affaires sont mauvaises, il doit renoncer,
regagner Paris et trouver un emploi.
C'est
chose faite au Ministère de la Justice. Mais son travail le passionne peu,
ses horaires s'avèrent plus que fantaisistes, et pourtant quelle source
d'inspiration toutes ces plaintes enregistrées ! La plupart s'appuient en
effet, avec ténacité, sur la tradition orale, séculaire, qui régit la vie
rurale.
La "Revue
Hebdomadaire" a édité son premier texte : un conte qui puise son
inspiration dans les coutumes ancestrales de la campagne quercynoise ainsi
cette invocation au cours d'un pèlerinage :
Pregalz per nautres Sant Perdos,
Que nautres espingarem per vos.
Priez pour notre Saint Perdoux,
Nous danserons pour vous.
D'autres contes et nouvelles trouveront leur place au supplément illustré
du "Petit Parisien", et au "Journal" dirigé par Catulle
Mendes. Bernard Grasset, alors tout jeune éditeur, publie en 1907, son
premier livre : "La chèvre de Pescadoire ". Les deux premiers
récits se déroulent dans le Comtat Venaissin, les autres contes, dans le
Quercy. Pescadoire, un grand-oncle de Lafage, a donné son nom au recueil.
Cet ancien lieutenant aux zouaves pontificaux qui, après "treize duels"
et une vie des plus singulières, promenait sa chèvre de par les chemins, "en
veste d'alpaga, pantalon clair, gants beurre frais, coiffé d'un panama
retroussé à la mousquetaire, un jonc à la main" , était connu de tout
Piolenc. "La vie a passé dans ces pages..." commentera la "Revue
de Paris". Daudet, charmé par l'accent de cette première oeuvre,
s'empresse d'en faire connaître l'auteur (1).
Le
succès de "La chèvre de Pescadoire" pousse Grasset à demander à
Lafage de franchir une étape, en écrivant un roman. "Par aventure"
se présente en fait plutôt comme une longue nouvelle ayant pour toile de
fond Paris et le Vaucluse. Puis paraît un recueil plus achevé : "Bel
Ecu de Jean Clochepin", un "livre tout de Querci ". Le premier conte,
titre du recueil, narre l'histoire de Jean Clochepin, pauvre gueux,
mendiant roulant sa bosse çà et là, bagarreur, rimailleur aussi à
l'occasion, ce qui lui permet de plaire aux femmes et d'être maudit par
les hommes. Une rixe justement l'entraîne derrière les barreaux.
Qu'importe ! l'homme est débrouillard, que meure son geôlier, le voilà qui
reprend sa place sans problème, dans la prison, mais aussi dans le lit
conjugal !
En
août 1914, la guerre retient Léon Lafage à son poste au Ministère,
successivement à Cahors puis à Mont-de-Marsan. En 1916, il occupe à
Londres le poste de Secrétaire général du Haut-Commissariat de France en
Grande-Bretagne. Il détestera Londres, où il restera jusqu'à la fin de la
guerre.
Lafage publie en 1921 son
second roman : "Les abeilles mortes" histoire des pérégrinations
orientales d'un gentilhomme quercynois ; puis son troisième roman "Bottier-Lampaigne"
(1926), titre éponyme d'un député dont l'avènement, l'apogée et la chute
sont relatés. Avec "La felouque bleue", (1927), l'écrivain renoue
avec un langage un peu suranné, aux mots rares, oubliés, chers à son
coeur, restituant merveilleusement l'esprit, la naïveté du temps jadis. Le
"Fifre et le buis" (1931), réunit quarante contes tour à tour
pathétiques ou au contraire divertissants "telles les histoires du coq
ivre mort, du lièvre qui subtilise les écus du chasseur" (2), du jeune
soupirant de la fille du gardien du cimetière - spectateur assidu de tous
les enterrements , "du vieil âne qui porte collées à sa peau les
mouches nécessaires au pêcheur de truites..." (3). Après "Le pays
de Gambetta" (1933), "La rose de cuir" en 1940, son dernier
recueil de contes, passe quasiment inaperçu dans le contexte troublé de
l'époque.
Léon Lafage passe la Seconde
Guerre mondiale entre Tarbes et Lourdes, charmé par les Pyrénées. Il
retourne à Paris en 1948, ne livrant plus qu'une production littéraire de
plus en plus rare. Il meurt dans la capitale le 9 mars 1953, et repose
dans son village natal.
Il a brossé dans son oeuvre
une fresque de ce Quercy, partie intime de son être. En dépeignant les
villes, les routes, les habitants au phrasé si particulier, les coutumes,
les récoltes, la vigne..., il s'est montré à la fois géographe, historien,
sociologue. Son oeuvre permet aux lecteurs d'aujourd'hui de renouer avec
un passé définitivement disparu.
(1, 2 et 3) A. MOULIS :
Léon Lafage, écrivain du Quercy", Cahors, 1959. |