Les Quercynois peuvent citer avec fierté nombre des produits de leur terroir, les vins de Cahors en particulier, mais
également un grand nombre de héros, écrivains et personnages
historiques qui ont atteint une renommée nationale voire
internationale.
Le plus illustre n'est peut-être pas Luctère, dernier
Gaulois à résister à Jules César, ni le pape Jean XXII, ni
l'Évêque de la Contre-réforme Alain de Solminhac, ni les poètes Clément
Marot ou Hughes Salel, ni Fénelon, ni Saint-Jean-Gabriel
Perboyre martyrisé en Chine en 1842, ni Murat ou Bessières, les
compagnons de Napoléon, ni Léon Gambetta, ni Champollion, mais une femme.
Si l'on en juge par le nombre de thèses universitaires
et de traductions en langues étrangères, par l'impact
mondial et durable de ses écrits, le caractère dramatique et
symbolique de sa mise à mort, la plus célèbre enfant du Quercy est Olympe de Gouges
(1). |
Colloque Olympe de Gouges à TaïWan
|
NOTES
(1)
Cet article est
paru pour la première fois, dans La Semaine du Lot n° 273, du
3 novembre 2001, date anniversaire de l'éxécution d'Olympe de
Gouges. Il est reproduit avec l'accord de son auteur qui prépare un
film sur Olympe de Gouges.
(2) Et de Pompignan, dont le château de Caïx est situé près de Luzech,
face aux méandres de Parnac. Le château de Caïx est désormais la
propriété de la famille royale du Danemark.
(3) En avril
1791, lAssemblée constituante décrète que la nouvelle Eglise de
Sainte-Geneviève sera déstinée à recevoir les cendres des grands
hommes. Le même jour le corps de Mirabeau y est déposé. En fait, si
le cercueil de Mirabeau est entré au Panthéon, quelques semaines
avant celui de Voltaire, et deux ans avant Descartes, il en sera
chassé en septembre 1794 au moment où Marat y fait son entrée, mais
pas pour léternité : la même valse attend Marat auquel la patrie
cesse dêtre reconnaissante au début de lannée 1795. Dès lors la
Convention pour séviter dautre bévue, décide que les honneurs du
Panthéon ne pourront être décernés à aucun citoyen, ni son buste
placé dans les lieux publics, que dix ans après sa mort. Il faut
noter que la plupart des grands hommes qui dorment au Panthéon avec
la reconnaissance de la patrie sont surtout des proches de Napoléon.
(Note ajoutée en mai 2002)
(4) Éd. Syros 1981, réed. 1989,
malheuresement épuisé. On lira avec intérêt ses préfaces aux deux
tomes (Chez Côtés Femmes Ed.) des Écrits politiques d'O. de Gouges,
Paris 1993, et tous ses autres livres. Une lecture indispensable et
agréable : Françoise Auricoste, Histoire des femmes Quercynoises,
Éd. Quercy-Recherche, série Histoire, Cahors, 1997. On ne
saurait trop recommander aux lecteurs qui s'intéressent à O. de
Gouges et à l'histoire des droits de la femme de commencer leur
périple à la Bibliothèque Marguerite Durand, 76, rue Nationale,
75013 Paris.
http://buweb.univ-angers.fr/ARCHFEM/BMD.htm
(5)
Cf. Histoire des droits et des libertés en France,
catalogue publié en 1968 par les Archives de France pour le
vingtième anniversaire de la "Déclaration universelle des droits de
l'homm" (Nations Unies, 10 décembre 1948), quelques années avant les
cérémonies du bicentenaire de la Révolution française. La rédaction
des "Droits de l'Homme" date d'août 1789. Le 3 septembre 1791,
l'Assemblée nationale constituante publie la "Déclaration des
Droits de l'Homme et du Citoyen" en préambule de la loi
constitutionnelle que Louis XVI signe le 14 septembre. "La Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne", rédigée
et diffusée par Olympe, date du même jour.
(6)
L'abolition de l'esclavage sera votée en 1794, quatre mois après
l'exécution d'Olympe. L'esclavage retrouvera force de loi sous
Bonaparte, avant d'être aboli définitivement en 1848, plus d'un
demi-siècle après la campagne anti-esclavagiste menée par Olympe.
(7) Quand on veut dire des
méchancetés sur M. Sartre ou Mme de Beauvoir, c'est l'occasion de
recommander la lecture d'un ouvrage trop peu connu : Gilbert Joseph,
Une si douce occupation... Albin Michel, 1991.
(8) Sur
Robespierre, cf. P. Bessand-Massenet, L'homme et l'idée,
Fallois réed. 2001.
(9) C.F.
Cahier de Doléances des cordonniers de la ville dArras, rédigé
par Robespierre. Archives Municipales dArras, AA 118, ff. 207-208.
(10) Ce point
reste en fait à vérifier. Les auteurs les mieux informés (G. Lenotre,
D. Arasse, G. A. Jaeger) sur la guillotine et son histoire ne sont
pas précis sur ce point. Selon Gérard Jaeger, la guillotine qui
figuera dans le futur musée des prisons à Fontainebleau sera une "louisette"
relativement récente ayant servi en Guadeloupe. Nous serons
reconnaissants à toutes les personnes qui voudrons bien nous aider à
documenter ce paragraphe. (Note ajoutée en mai 2002)

English version |
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Cet
article, paru dans La Semaine du Lot n° 273, est
publié sur Quercy Net avec l'autorisation de son auteur |
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Lorsque Robespierre et
ses amis en novembre 1793 se félicitent d'avoir guillotiné une femme pour
ses idées démocratiques (aucune attaque contre les personnes ni contre
les biens, aucun acte de trahison ne pouvaient lui être
reprochés), ils ne devinaient pas qu'ils seraient eux-mêmes bientôt
raccourcis et jetés aux poubelles de l'Histoire. Que c'est leur victime,
la plus belle des Quercynoises, à bien des égards la fondatrice des
mouvements pour l'émancipation des femmes, Olympe de Gouges, qui entrerait
un jour au Panthéon.
À vrai dire, Olympe n'est pas encore tout à fait entrée dans le temple
républicain de la rue Soufflot, mais dans nos colonnes, nous expliquons
pourquoi le président de la Région Midi-Pyrénées peut sans tarder le
réclamer au Président de la République. Le nouveau maire de Montauban, Mme Barrèges,
vient de créer une fondation qui porte le nom dOlympe de Gouges. Lauteur
de larticle a déjà suggéré que son nom soit donné à luniversité de
Cahors, si celle-ci est un jour rétablie. Loccasion de rendre hommage à
une femme exécutée le 3 novembre 1793 pour avoir, entre autres, demandé le
droit de vote pour ses surs, lesquelles devront attendre 1945 (en
France)
pour ce faire.
Olympe est née en
1745 de la passion de Jean-Jacques Lefranc de Caïx (2) pour son premier amour de
jeunesse à Montauban, Anne-Olympe Mouisset, épouse Gouze. Jamais reconnue
par son père naturel, Marie Gouze, veuve très jeune d'un monsieur Aubry, choisira
d'être appelée Olympe de Gouges. Elle sera décapitée en 1793 par
Robespierre parce qu'elle a exigé l'égalité des sexes et la démocratie.
C'est le moment où son fils Pierre, qu'elle adorait, va la renier.
Depuis la
division du Quercy par Napoléon en deux départements, Lot et
Tarn-et-Garonne, c'est Montauban, sa ville natale, grâce au regretté Félix
Castan, qui a le mieux conservé son souvenir en attribuant son nom à un
lycée. Mais Olympe appartient au Quercy dans son ensemble et mérite
assurément que les élus réclament qu'elle figure à l'avenir non seulement
sur des timbres de la Poste, ou les euro-billets, et qu'en sus elle entre
au Panthéon où elle aurait de bonnes raisons de retrouver Voltaire,
Descartes, Mirabeau (3), Marie Curie, Zola, Jean Moulin.
Comme les
cendres d'Olympe de Gouges ont disparu, avec les autres cadavres des
suppliciés de la Terreur, il n'y aurait pas de cercueil à remonter le long
de la rue Soufflot. Donc, faute de bière, on peut imaginer qu'elle y
entrerait sous la forme d'une bouteille
de Cahors.
Jusqu'aux travaux d'une parfaite érudition d'Olivier Blanc
(4), colorés de
sympathie communicative pour le sujet de son étude, Olympe était souvent
décrite, avec condescendance, comme une exaltée politique, un auteur sans
grand intérêt, une illettrée suspecte de galanterie, mais dont il convenait
- malgré tout - de reconnaître un coup de génie : avoir détourné la
"Déclaration des Droits de l'Homme" en la faisant suivre d'une
"Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne"
(5), qui a fait le
tour du monde et a été au centre des célébrations du bicentenaire de la
Révolution française.
Un
génie en avance sur son temps
En fait,
comme Louise Labbé deux siècles auparavant, Olympe est tout simplement un
génie en avance sur son temps, en avance sur ses premiers commentateurs, y
compris Michelet et pas seulement pour sa Déclaration. C'est une héroïne
qui s'impose pour un roman, un film, une bande dessinée, un opéra, c'est
un grand personnage de l'Histoire de l'humanité dans laquelle une province
et un pays peuvent se reconnaître, et qui n'appartient pas seulement aux
militantes féministes qui lui ont déjà rendu divers hommages mérités. On
rêve de retrouver le manuscrit du roman qu'Alexandre Dumas n'a pas écrit
sur Olympe de Gouges après son
Olympe de Clèves.
C'est le mélange intime, sans
contradictions, de sa manière de vivre son théâtre et ses convictions, de
s'exprimer et de se battre, qui a été reproché à Olympe de Gouges, mais
qui, aujourd'hui,
impressionne le plus : il est vraisemblable qu'elle ne savait pas très bien écrire, mais elle
dictait admirablement,
comprenant aussi qu'il suffisait de changer quelques mots et d'ajouter un ou deux paragraphes
pour que certains
textes admis et admirés explosent en plein vol comme des feux d'artifice.
Amour de la liberté et
liberté de lamour
 |
Veuve très jeune, décrite par tous comme une femme d'une beauté
exceptionnelle, Olympe décide de quitter le Quercy avec son fils Pierre.
Ce serait à ce moment-là, selon certains de ses admirateurs, qu'Olympe
aurait fait escale à Parnac, au bord du Lot, exactement en face du château
de son père à Caïx, où elle ne semble avoir jamais été admise. C'est ainsi
qu'Olympe est devenue l'ombre qui hante les vieilles pierres de Régagnac.
De là, elle s'installe à Paris où elle apprendra à parler français,
vivant en femme libre et libertine, c'est-à-dire en choisissant ses
amants avec
|
|
Le
père d'Olympe, J.-J. Lefranc, Marquis de Pompignan, de l'Académie
Française (1709-1784) |
discernement, sans se remarier,
en dépensant les ressources offertes par
son principal amoureux, à publier des affiches politiques, des manifestes
et des pièces de théâtre qui témoignent d'une prodigieuse anticipation
démocratique : égalité des sexes, y compris dans les engagements conjugaux
et les séparations, reconnaissance et égalité pour les enfants adultérins,
jury populaire pour les crimes et délits, solidarité avec les plus
démunis, impôts sur le revenu, libération des esclaves
(6)
dans les colonies françaises, abolition de la peine de mort, etc.
Et il ne s'agit pas d'une mondaine à la Simone de Beauvoir
(7)
qui aurait eu le petit talent de repérer les thèmes porteurs de l'époque
pour les avilir dans la complaisante adoration des dictatures. Olympe ne
récupère pas, elle ne se compromet pas, elle précède - avec un courage
incontestable pour déglinguer toutes les dictatures.
Contre les sanguinocrates
Elle insulte les Comédiens-français qui refusent de se teinter le
visage avec du jus de réglisse pour jouer le rôle des nègres dans sa pièce
sur l'esclavage. Elle descend dans la rue pour faire face aux abrutis
venus la conspuer sous ses fenêtres. Républicaine, elle se propose comme
avocat de Louis XVI parce qu'elle craint que celui du monarque,
Malesherbes âgé, ne
fatigue en expliquant, pertinemment, que la logique impose de garder le
roi vivant, une fois la royauté déchue, car Capet guillotiné aurait
fatalement un successeur dynastique et une régence dans l'émigration. On
croirait entendre Cromwell expliquant à Mordaunt, dans Vingt ans après,
pourquoi il eut été préférable qu'il laissa le roi Charles échapper à la hache du bourreau.
Le courage dOlympe va sillustrer de manière encore plus confondante
et émouvante lorsque, de sa prison, à la veille d'une exécution à laquelle
elle aurait pu échapper en tentant une évasion, son "Adresse au Tribunal
révolutionnaire" s'en prend à Robespierre
(8)
avec une éloquence et une violence rarement entendues contre les
Montagnards pendant la Révolution française.
Mad Maximilien, le mollah de
la religion de l'Être suprême, le plus célèbre des sanguinocrates, le
pervers dissimulé dans la défense des cordonniers d'Arras
(9), l'ancêtre de
Staline et de ses purges, de Mao Tse-Tung et de ses massacres, l'inspirateur de si
nombreux dictateurs, ne peut supporter des vérités assenées avec tant de
fougue : Olympe est guillotinée le 13 brumaire de l'An 2 (le 3 novembre
1793) le jour de la première, à l'Académie de musique (le futur Opéra), de
Miltiade à Marathon (musique de Le Moyne sur des paroles de
Guillard), quelques jours après la première parisienne sur cette même
scène des Noces de Figaro de Mozart.
Olympe au Panthéon
 |
Le bicentenaire de la Révolution française ne pouvait guère glorifier
la guillotine qui décapita en France près de 20 000 personnes en quelques
mois, celle-là même qui trancha le cou de Mme Roland et d'Olympe de
Gouges. Avec ses bois peints en rouge, elle ne semble pas avoir été
époussetée pour l'occasion, ni dressée pour la commémoration. |
|
Le
château de Parnac, où Olympe trouva, dit-on abri lorsque la porte de
celui de Caïx, restait fermée |
Elle est restée piteusement rangée dans les réserves de la Conciergerie
et inscrite sur l'inventaire du ministère de la Justice
(10). Mais elle en
sortira sans doute pour les films en préparation sur Olympe, de Montauban
à Parnac, puis du Quercy à l'échafaud de la Place de la Révolution
(désormais Place de la Concorde), pour exalter le souvenir de la belle
Quercynoise et lui faire retrouver la position qui lui revient non
seulement au Panthéon mais dans l'imaginaire de tous les Français, et pour
commencer ceux qui ont le bonheur de vivre près du Lot, entre Tarn et
Dordogne.
René Viénet
rene.vienet@free.fr
Larticle de René Viénet publié en français le 3 novembre 2001 à Cahors
comptait
trois illustrations également reprises ici.
1. Portrait dOlympe de Gouges, conservé au Musée
Carnavalet.
2. Le château de Parnac, où Olympe trouva, dit-on, abri
lorsque la porte de celui de Caïx, restait fermée.
3. Portrait du père d'Olympe, Jean-Jacques Le Franc,
Marquis de Pompignan, de l'Académie Française (1709-1784).
« le plus sot animal, c'est
l'homme »
Ci-après des extraits du texte de la Déclaration des
Droits de la Femme et de la Citoyenne rédigée par Olympe de Gouges.
"Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme
qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit.
Dis-moi ? qui t'a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? ta
force ? tes talents ? Observe le créateur dans sa sagesse; parcours
la nature dans toute sa grandeur, dont tu sembles vouloir te
rapprocher, et donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire
tyrannique* (...)
(...) L homme seul s'est fagoté un principe de cette
exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré,
dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus
crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes
les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et
réclamer ses droits à l'égalité, pour ne rien dire de plus. (...)
* De
Paris au Pérou, du Japon jusqu'à Rome, le plus sot animal, à mon
avis, c'est l'homme (note d'O. de Gouges).
Article paru dans Le Monde du
Jeudi 24 juillet 2003
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Le livre

Marie-Olympe
de Gouges
une humaniste
à la fin du XVIIIème siècle
par Olivier Blanc
Éditions René Vienet
2003
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Déclaration des Droits de
la Femme et de la Citoyenne
3 novembre 1793
À décréter par l'Assemblée nationale...
Préambule
Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation,
demandent dêtre constituées en assemblée nationale. Considérant que
lignorance, loubli ou le mépris des droits de la femme, sont les
seules causes des malheurs publics et de la corruption des
gouvernements, ont résolu dexposer dans une déclaration solennelle, les
droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette
déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social,
leur rappelle sans cesse leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir
des femmes, et ceux du pouvoir des hommes pouvant être à chaque instant
comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus
respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais
sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au
maintien de la constitution, des bonnes moeurs, et au bonheur de tous.
En conséquence, le sexe supérieur en beauté comme en courage, dans les
souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les
auspices de lÊtre Suprême, les Droits suivants de la Femme et de la
Citoyenne.
Article I -
La Femme naît libre
et demeure égale à lhomme en droits. Les distinctions sociales ne
peuvent être fondées que sur lutilité commune.
Article II -
Le but de toute
association politique est la conservation des droits naturels et
imprescriptibles de la Femme et de lHomme : ces droits sont la liberté,
la propriété, la sûreté, et surtout la résistance à loppression.
Article III - Le principe de toute souveraineté réside
essentiellement dans la Nation, qui nest que la réunion de la Femme et
de lHomme : nul corps, nul individu, ne peut exercer dautorité qui
nen émane expressément.
Article IV - La liberté et la justice consistent à rendre tout
ce qui appartient à autrui; ainsi lexercice des droits naturels de la
femme na de bornes que la tyrannie perpétuelle que lhomme lui oppose ;
ces bornes doivent être réformées par les lois de la nature et de la
raison.
Article V - Les lois de la nature et de la raison défendent
toutes actions nuisibles à la société : tout ce qui nest pas défendu
pas ces lois, sages et divines, ne peut être empêché, et nul ne peut
être contraint à faire ce quelles nordonnent pas.
Article VI - La Loi doit être lexpression de la volonté
générale ; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir
personnellement ou par leurs représentants, à sa formation ; elle doit
être la même pour tous : toutes les Citoyennes et tous les Citoyens,
étant égaux à ses yeux, doivent être également admissibles à toutes
dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités, et sans
autres distinctions que celles de leurs vertus et de leurs talents.
Article VII - Nulle femme nest exceptée ; elle est accusée,
arrêtée, et détenue dans les cas déterminés par la Loi. Les femmes
obéissent comme les hommes à cette Loi rigoureuse.
Article VIII - La Loi ne doit établir que des peines strictement
et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni quen vertu dune
Loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement
appliquée aux femmes.
Article IX - Toute femme étant déclarée coupable ; toute rigueur
est exercée par la Loi.
Article X - Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même
fondamentales, la femme a le droit de monter sur l échafaud ; elle doit
avoir également celui de monter à la Tribune ; pourvu que ses
manifestations ne troublent pas lordre public établi par la Loi.
Article XI - La libre communication des pensées et des opinions
est un des droits les plus précieux de la femme, puisque cette liberté
assure la légitimité des pères envers les enfants. Toute Citoyenne peut
donc dire librement, je suis mère dun enfant qui vous appartient, sans
quun préjugé barbare la force à dissimuler la vérité ; sauf à répondre
de labus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.
Article XII - La garantie des droits de la femme et de la
Citoyenne nécessite une utilité majeure ; cette garantie doit être
instituée pour lavantage de tous, et non pour lutilité particulière de
celles à qui elle est confiée.
Article XIII - Pour lentretien de la force publique, et pour les
dépenses dadministration, les contributions de la femme et de lhomme
sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes les tâches
pénibles ; elle doit donc avoir de même part à la distribution des
places, des emplois, des charges, des dignités et de lindustrie.
Article XIV - Les Citoyennes et Citoyens ont le droit de
constater par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la
contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer que par
ladmission dun partage égal, non seulement dans la fortune, mais
encore dans ladministration publique, et de déterminer la quotité,
lassiette, le recouvrement et la durée de limpôts.
Article XV - La masse des femmes, coalisée pour la contribution à
celle des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent public, de
son administration.
Article XVI - Toute société, dans laquelle la garantie des droits
nest pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, na point
de constitution ; la constitution est nulle, si la majorité des
individus qui composent la Nation, na pas coopéré à sa rédaction.
Article XVII -
Les propriétés sont à tous les sexes réunis ou séparés: elles ont pour
chacun un droit lorsque la nécessité publique, légalement constatée,
l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable
indemnité.
POSTAMBULE
Femme, réveille-toi ; le tocsin de la
raison se fait entendre dans tout l'univers; reconnais tes droits. Le
puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de
fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a
dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme
esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour
briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne.
Ô femmes! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles? Quels sont les
avantages que vous recueillis dans la révolution? Un mépris plus marqué,
un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné
que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit; que vous
reste t-il donc? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation
de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature;
qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise? Le bon mot du
Législateur des noces de Cana? Craignez-vous que nos Législateurs
français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches
de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent :
femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous? Tout, auriez vous à
répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette
inconséquence en contradiction avec leurs principes; opposez
courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de
supériorité; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie;
déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces
orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de
partager avec vous les trésors de l'Etre Suprême. Quelles que soient les
barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les
affranchir; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à
l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société; et
puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons
si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des
femmes.
Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la
dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la
ruse leur a rendu; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs
charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le
fer, tout leur était soumis; elles commandaient au crime comme à la
vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des
siècles, de l'administration nocturne des femmes; le cabinet n'avait
point de secret pour leur indiscrétion; ambassade, commandement,
ministère, présidence, pontificat, cardinalat; enfin tout ce qui
caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à
la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté,
et depuis la révolution, respectable et méprisé.
Autres sites internet :
http://ledroitcriminel.free.fr/le_phenomene_criminel/crimes_et_proces_celebres/gouges_proces.htm
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