Bibliothèque municipale



Petri Comestoris, 
Historia scolastica,
 XIIe siècle, sur vélin.

 

 

 

 

 

 

 




Globe terrestre, 
XVIIIe siècle ; escalier
donnant accès à la
 galerie supérieure.

Depuis 1790, l'ancienne bibliothèque publique de Cahors était installée dans deux pièces spacieuses de l'école centrale, autrefois collège des Jésuites. Elle était ouverte tous les jours sauf le mercredi après-midi et le dimanche, mais sa fréquentation était limitée pour le public aux heures d'ouverture de l'école ; le bibliothécaire ne pouvait à regret proposer aux habitants les lectures du soir, si fréquentées dans d'autres villes notamment par la classe ouvrière. Une solution à ces problèmes fut trouvée seulement en 1905 grâce à l'utilisation d'un bâtiment situé sur l'Esplanade Fénelon. La bibliothèque municipale fait partie d'un ensemble d'édifices de style néoclassique, élevés au cours du XIXe siècle, le long du boulevard Gambetta. Construit en 1890 par l'architecte Rodolosse, c'est un bâtiment parfaitement ordonné et clair, richement orné, d'une mise en oeuvre irréprochable, qui présente un caractère évident de majesté.
Si la bibliothèque de l'école centrale n'avait eu d'autres ressources que celles qui furent trouvées dans les bibliothèques monastiques de la ville, elle n'eut pu remplir la mission d'utilité publique que lui avait confiée la Convention nationale. En effet ce dépôt renfermait une collection considérable de sermonnaires, méditations spirituelles 
"mauvais auteurs, mauvaises éditions, incomplètes, mal reliées..." (sic).  

Plan colorié de Cahors
Pierre Tassin, 1623.

Par arrêté du 8 pluviôse an XI (28 janvier 1803), la surveillance de la bibliothèque fut confiée à la municipalité qui fut chargée d'en assurer l'entretien, de pourvoir aux acquisitions de livres et au traitement du bibliothécaire. Parmi les conservateurs qui se sont succédé à partir de ce moment-là jusqu'à nos jours, l'abbé Galy, le chanoine Disses, Raphaël Périé, François Cangardel et Jean Calmon, ont eu à coeur d'enrichir méthodiquement le fonds de la bibliothèque avec les ouvrages qui manquaient cruellement, notamment dans le domaine des sciences, de l'histoire et de la littérature contemporaine. Des émissaires furent dépêchés au ministère de l'Instruction publique à Paris ; et ils s'y procurèrent d'importantes collections de livres. Une demande de subvention déposée au conseil général du Lot, car la bibliothèque exerçait une véritable attraction sur la jeunesse du département, fut couronnée de succès à partir de 1833. Depuis 1831, la municipalité votait annuellement une subvention pour la bibliothèque.

Les bibliothécaires eurent à coeur également d'établir le règlement, d'élargir les horaires, et surtout d'établir les différents catalogues de la bibliothèque. Un premier catalogue est mentionné dans les archives dès 1803. Cependant le catalogue principal ne fut prêt qu'en 1877 ; il était l'oeuvre de M. Cangardel et il sert encore aujourd'hui, complété par d'autres listes d'ouvrages.

Le fonds ancien de la bibliothèque municipale est constitué aujourd'hui d'environ 40.000 documents, dont 30.000 imprimés pour le fonds général, 4.000 pour le fonds Quercy, les archives municipales depuis le XIIIe siècle, brochures, cartes et plans, photographies anciennes, dessins, estampes, collections de journaux locaux, partitions musicales, et une sphère terrestre achetée en 1846.

Dans la section des manuscrits il faut citer l'Historia scolastica (XIIe siècle) sur parchemin, contenant les Évangiles et les prières, et le compte-rendu des revenus et des dépenses de l'année 1501 du collège Saint-Étienne-de-Rodez à Cahors, tous deux remarquables par une belle écriture et, le premier, par plusieurs jolies vignettes dont il est orné.

La bibliothèque renferme un certain nombre de manuscrits historiques concernant la province du Quercy parmi lesquels un fragment d'une chronique d'un certain Aymeric de Payrac, abbé de Moissac entre 1371 et 1407, achetée à Toulouse chez un bouquiniste par l'abbé Antoine Raymond de Fouillac, grand vicaire du diocèse de Cahors, vers la fin du XVIIe siècle, et le manuscrit de Guyton de Maleville, seigneur de Cazals. Ce volume contient les annales du Quercy depuis l'époque gallo-romaine jusque vers le milieu du XVIIe siècle.

Ce siècle est encore représenté par une chronique quercynoise du célèbre abbé Antoine Raymond de Fouillac, ami de Fénelon. Le début du XVIIIe siècle est représenté par un manuscrit de François Bruno Malvesin qui contient la monographie et l'historique de la fameuse chartreuse cadurcienne fondée dans cette ville en 1325 par le pape jean )WI. Au XIXe siècle, le manuscrit de Guillaume Lacoste relate en six gros volumes l'histoire du Quercy depuis l'époque gallo-romaine jusqu'en l'année 1724. Enfin, nous trouverons dans ce fonds quelques lettres, correspondances et documents relatifs à Léon Gambetta.

Les archives municipales depuis le XIIIe siècle contiennent d'une part les chartes, presque toutes sur parchemin originaux, et les registres. Le plus ancien, le Te Igitur, contient les procèsverbaux de séance des consuls et un grand nombre de notes précieuses pour l'histoire ; on y voit plusieurs pages sur lesquelles est écrit le texte des Évangiles orné de jolies miniatures. Toutefois, pendant un grand nombre d'années, c'est sur ces Évangiles que l'on prêtait serment en y apposant les mains, si bien que certaines peintures sont presque effacées.

Le Livre tanné est un registre composé, comme le Te Igitur puis vient le Livre noir du XVIe siècle, constitué de copies de chartes disposées dans l'ordre chronologique ; et enfin le Livre nouveau réunit des copies sur parchemin, faites à la fin du XVIIIe siècle, de bon nombre de documents des archives municipales, disposées par ordre de matière.

Les incunables sont au nombre de six ; les plus anciens sont Appiani, Alexandrini romanarum historiarum libri (Venise, 1477) et l'Histoire naturelle de Pline (Venise, 1483).

Dans le fonds ancien des imprimés du m` siècle, on peut citer, parmi les ouvrages historiques, de Jean Bouchet, Les Annales Dacquitaine faicts gestes [. . J (Paris, 1537) ; de Claude Ptolémée, De geographia (Paris, 1546) ; de P. Victoris, De regionibus urbis Romae libellas (Paris, 1500) ; et parmi les ouvrages littéraires, Les dix premiers livres de l'llliade dHomère traduictz en vers françois par M. Hugues Salel (Paris, 1545). Hugues Salel, originaire de Cazals en Quercy, fut étudiant à l'université de Cahors entre 1515 et 1526 ; il devint grand maître d'hôtel de François I°`, aumônier de la reine, et fut le premier traducteur en vers "françois" dHomère.

Si l'université de Cahors n'a pu compter parmi ses étudiants Clément Màrot, elle peut s'enorgueillir d'avoir formé de grands jurisconsultes, théologiens, médecins, comme Pierre Pujet qui fut médecin du prince de Condé ; Olivier de Magny, poète et secrétaire de Henri Il; Guillaume Du Buys, autre poète mort en 1594 ;. sans oublier François de Salignac de la Motte Fénelon.

Enfin, dans le domaine des sciences et arts, citons Abraham Zacuto, Almanach perpétuel (1502) ; J. Bodin, De la démonomanie des sorciers (Paris, Jacques du Puys, 1582) ; et, pour la jurisprudence, Pierre Rebuffi, Commentarii in Constitutiones [. . J (Lyon, 1554-1555), jurisconsulte qui enseigna à l'université de Cahors de 1532 à 1537, et Pierre Grégoire, dit Grégorius Tolosanus, auteur du Syntagma juris universi [ . . J (Lyon, 1587), qui enseigna à Cahors de 1570 à 1580.

Le fonds datant du XVIIe siècle possède aussi quelques ouvrages remarquables, comme le Nouvel atlas du théâtre du monde [ . . J (Amsterdam, chez Janson, 1674), l'Assertor Gallicus... (Paris, 1646) relié pour la bibliothèque de Louis XIV par Antoine Ruette, relieur particulier du roi, qui porte l'ex-libris de Guillaume Lacoste, historien quercynois, ou encore d'Odo de Gissey, Histoires et miracles de Notre-Dame de Rocamadour, au pays de Quercy, tirés de divers manuscrits (Villefranche d'Aveyron, 1666).

Le fonds général des imprimés comprend essentiellement des ouvrages d'histoire ainsi que de littérature. 

Citons les oeuvres de Boileau (1740), de Rousseau (1743), le théâtre de Corneille (1774), les oeuvres complètes de Rousseau (1782), de Voltaire (1784), une première édition de l'Encyclopédie de Diderot, l'Histoire naturelle de Buffon (Imprimerie royale, 1749) ; les Costumes civils actuels de tous les peuples connus dessinés d'après nature gravés et coloriés [... J, rédigés par M. Sylvain Maréchal (Paris, chez Pavard, 1788).

"La naissance de Jésus", 
Te Igitur,
registre consulaire,
XIIIe siècle.

Les collections acquises grâce aux efforts compétents des bibliothécaires ont été utilement complétées, surtout pour la partie Quercy, par (achat du fonds Greil et le dépôt du fonds Gary, collectionneurs tous deux passionnés par les livres anciens et les études sur le Quercy: le fonds Greil est constitué de 626 liasses ou dossiers, essentiellement des manuscrits parfois très anciens, le fonds Gary réunit une importante iconographie (photographies, portraits, dessins).

De nos jours encore, la bibliothèque, grâce au budget voté par la municipalité et le soutien actif de mécènes, continue d'acquérir les ouvrages en rapport avec les figures illustres de la cité : belles éditions reliées des oeuvres de Clément Marot ; documentation sur le tribun Léon Gambetta, et manuscrit d'auteur contemporain, tel Eugène Grangié.

Christiane Laurain.
Patrimoine des bibliothèques de France, Payot.

© Quercy.net, 2000

 

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