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SÉPULTURES MÉDIÉVALES
Une fouille de sauvetage urgent menée sur le site de lancien prieuré de La Lécune en juin 1998 a été loccasion détudier quelques-unes des tombes rupestres de la nécropole médiévale découverte à loccasion dimportants travaux de terrassement. Des murs et des fossés aperçus au fond des tranchées réalisées sur le pourtour de la maison actuelle ont permis de localiser quelques traces de lancien monastère abandonné au milieu du XVIIIe siècle. Localisation Lancien monastère de La Lécune est situé sur la commune de Saint-Paul-de-Loubressac, au nord de la paroisse de Saint-Etienne, en bordure du grand chemin médiéval de Moissac à Lalbenque et au Rouergue (Lartigaut 1984, fig. 2) qui lui sert de limite avec la paroisse voisine de Saint-Martin-de-Capnié (Flaugnac). Motif de lintervention Un permis de construire a été accordé par la mairie de Saint-Paul-de-Loubressac au nouveau propriétaire de La Lécune sans tenir aucun compte du caractère archéologique évident de cet ancien couvent mentionné comme tel dans les ouvrages historiques sur le Quercy, ainsi que sur la carte IGN. Les travaux prévus devaient affecter le sous-sol sur de grandes profondeurs puisquil sagissait de la construction dune piscine et de son local technique, ainsi que dimportants travaux de drainage, dadduction deau, de gaz et délectricité et dévacuation des eaux usées sur tout le pourtour de la maison dhabitation actuelle. Les travaux ont démarré sans aucune surveillance au milieu du mois de mai, malgré plusieurs appels au Service Régional de lArchéologie émanant de personnes inquiètes du sort de ce site sensible quelles voyaient livré aux engins de terrassement. Deux fours anciens, datant vraisemblablement de la fin du Moyen Age, avaient déjà été détruits pour faire place à une chaufferie, lorsque le vendeur ma appelée pour me montrer des tombes éventrées à lemplacement du futur local technique de la piscine. Plusieurs squelettes, coupés par la pelle mécanique, étaient déjà dans un carton. Les autres allaient suivre le même chemin. Les sources historiques Dans la lettre denvoi dun inventaire établi en 1668 pour répondre à une enquête sur les revenus des monastères de filles du diocèse de Cahors, la supérieure du couvent de La Lécune déclare que ce monastère a été fondé par lempereur Charlemagne (Fonds Greil cité dans Limayrac 1885, p. 437). La première mention historique de létablissement religieux remonte au début du XIIIe siècle. Raymonde de Mazerac, prieure de La Lécune, est citée comme parfaite en 1224 dans les registres dinquisition du fonds Doat (Duvernoy 1963, n. 20 p. 5 et 1979, p. 258). Le couvent servait alors de refuge à des cathares. Il est à nouveau mentionné, mais sans précision de date, à propos de la fondation en 1321 du monastère de Clarisses du Pouget à Castelnau-Montratier, auquel il sera désormais rattaché (Limayrac 1885, p. 437). Après la guerre de Cent Ans, le monastère de La Lécune est repris en main par Alric de Valsergues, qui organise le repeuplement du castrum voisin de Labouffie. En 1470, le prieuré, vacant depuis longtemps, est conféré à Blanche de Valsergues par une bulle du pape (Albe, p. 115). Le monastère de chanoinesses régulières de Saint-Augustin existe jusquen 1760, date à laquelle il ne reste plus que deux religieuses qui partent à Vic et à Lissac (Albe, p. 119). On peut supposer que le monastère tombe rapidement en ruine après son abandon. Des linteaux portant les dates de 1770 et de 1809 surmontent les portes des deux corps de bâtiments actuels. Ces derniers forment le côté nord dune cour fermée (fig. 1). Un ancien jardin occupe la parcelle située au nord, également entourée dun mur prenant appui aux deux extrémités du bâtiment principal. La disposition générale des lieux est restée inchangée depuis 1823, date de réalisation du cadastre napoléonien. La nécropole médiévale Le cimetière du couvent est situé au nord de la maison actuelle (fig. 2). La pelle mécanique a éliminé un certain nombre de tombes qui se trouvaient dans la fosse creusée à lextérieur du mur de clôture pour abriter le local technique de la piscine. Les ossements ont été dispersés parmi les gravats à larrière de la grange. Six tombes rupestres étaient encore visibles en coupe dans les bermes formées au nord, à louest et au sud, lune dentre elles ayant été vidée de son contenu par lancien propriétaire. Une autre tombe a été coupée par une tranchée creusée parallèlement au mur de clôture. Le cimetière sétend vraisemblablement sous lancien jardin situé à lintérieur de lenclos : une fosse "ne contenant rien" a été aperçue par le pelliste lorsquil creusait le trou pour la piscine, et des ossements humains ont été retrouvés dans la citerne où les déblais avaient été évacués. Il paraît limité au sud par un fossé de 0,55 m de large creusé sur une trentaine de centimètres de profondeur dans la marne qui forme le substrat (fossé 2). La nécropole médiévale se trouvait recouverte par 0,20 m de terre arable. Description des tombes SP1 SP2 SP 3 (fig. 3) SP 4 (fig. 4) SP 5 SP 6 (fig. 5 & 6) SP8 SP 9 Interprétation Les sépultures les plus anciennes (SP 3 et SP 6-1) sont constituées de coffres creusés dans la marne (profondeur : 25 à 30 cm) en forme de fosses oblongues parfaitement orientées et prolongées dune logette céphalique à louest. Les individus sont inhumés en décubitus dorsal. La décomposition seffectue en espace non colmaté. Les fosses sont couvertes de dalles calcaires. Ce mode de sépulture est caractéristique dune période allant du IXe au XIIIe siècle. Une deuxième phase dutilisation du cimetière appartenant à la même période est caractérisée par un changement dorientation dune vingtaine de degrés vers le sud, des tombes plus anciennes pouvant être réutilisées (SP6-2 et SP 5). La décomposition seffectue encore en espace non colmaté. Le corps est inhumé bras croisés sur la poitrine et une alvéole céphalique ayant calé le crane (SP6-2) semble avoir été creusée dans le remplissage de la sépulture précédente. Par-dessus sont déposés les restes provenant des inhumations plus anciennes. Les dalles de couverture sont replacées au-dessus de la tombe (fig. 7), mais ne sont pas étanches, entraînant un colmatage rapide des sépultures de cette dernière phase. Aucun mobilier daccompagnement na été trouvé dans les fosses, qui nont fait lobjet que de fouilles très partielles. Lensemble du mobilier recueilli dans cette zone consiste en une vingtaine de petits fragments de poterie séchelonnant du XIVe au XVIIIe siècles. Les traces dune occupation antérieure au XlXe siècle Les diverses tranchées réalisées sur tout le pourtour de la maison actuelle ont rencontré un certain nombre de vestiges doccupation antérieure auxquels il serait hasardeux dattribuer une datation. Des murs Deux murs perpendiculaires, de même orientation que le mur de clôture oriental du jardin situé au nord de la maison actuelle, confirment la présence de bâtiments antérieurs. Le mur M1 passe sous le mur nord de la maison actuelle. Ce dernier est interrompu à louest par des traces darrachement laissant supposer que sa construction initiale remonte à une date antérieure à celle de 1809 gravée sur le linteau de lentrée principale sur la façade sud du bâtiment. Le mur M2, aperçu lors du percement de la tranchée réalisée contre la façade sud de la maison actuelle, est perpendiculaire à M1. Ces deux murs sont englobés dans une couche de 0,70 m de remblai postérieur au XVIIe siècle. Un massif de maçonnerie, M3, large de 2,10 m, a été rencontré au fond de la tranchée qui longe le mur de clôture occidental. Des fours Deux fours jumeaux occupant toute la largeur du bâtiment annexe fermant la cour à louest ont été détruits pour faire place à une chaufferie (fig. 8). Ils étaient bâtis en briques crues. La sole, encore conservée après la démolition, était recouverte dune épaisse couche de cendres. Les deux cheminées et les deux ouvertures (fig. 9) devraient être conservées lors des travaux de réhabilitation prévus. Des silos Deux silos, situés lun dans la cour et lautre sous un arc de décharge bâti à la base du mur nord de la cave construite en 1770 (fig. 10), ont été vidés par les anciens propriétaires. Ils ont livré un lot important de céramique médiévale grise restée en leur possession. Ils sont actuellement les seuls témoins dun habitat médiéval disparu. Conclusion Limportance des travaux réalisés au printemps 1998 à La Lécune, jointe à limportance historique du site, auraient largement justifié un diagnostic archéologique préalable à leur réalisation. Il aurait alors pu être suivi dune opération de sauvetage en bonne et due forme, ce dont le nouveau propriétaire était parfaitement conscient. La destruction dune partie de la nécropole médiévale a été loccasion de constater le possible bien-fondé de la tradition attribuant à lépoque carolingienne la fondation du monastère. Le suivi des tranchées réalisées sur tout le pourtour de la maison dhabitation actuelle a simplement confirmé lexistence de bâtiments antérieurs, orientés différemment et passant sous les murs des bâtiments actuels, construits à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Des graffiti conservés sur lenduit des murs de la cave remontent à cette dernière époque (fig. 11).
Bibliographie Albe. Colardelle 1996 Duvernoy 1963 Duvernoy 1979 Galabert 1918 Lartigaut 1984 Lartigaut 1993 Limayrac 1885 Lorans 1996 |