BSEL - Janvier-Mars 1999

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Études du Lot
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Un article de :
Christine
Baret

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1e fascicule 1999 - Janvier-Mars - Tome CXX

La société des Études du Lot | Sommaire complet du fascicule

 

SÉPULTURES MÉDIÉVALES
À L'ANCIEN PRIEURÉ DE LA LÉCUNE
(Saint-Paul-de-Loubressac)

 

Une fouille de sauvetage urgent menée sur le site de l’ancien prieuré de La Lécune en juin 1998 a été l’occasion d’étudier quelques-unes des tombes rupestres de la nécropole médiévale découverte à l’occasion d’importants travaux de terrassement. Des murs et des fossés aperçus au fond des tranchées réalisées sur le pourtour de la maison actuelle ont permis de localiser quelques traces de l’ancien monastère abandonné au milieu du XVIIIe siècle.

Localisation

L’ancien monastère de La Lécune est situé sur la commune de Saint-Paul-de-Loubressac, au nord de la paroisse de Saint-Etienne, en bordure du grand chemin médiéval de Moissac à Lalbenque et au Rouergue (Lartigaut 1984, fig. 2) qui lui sert de limite avec la paroisse voisine de Saint-Martin-de-Capnié (Flaugnac).

Motif de l’intervention

Un permis de construire a été accordé par la mairie de Saint-Paul-de-Loubressac au nouveau propriétaire de La Lécune sans tenir aucun compte du caractère archéologique évident de cet ancien couvent mentionné comme tel dans les ouvrages historiques sur le Quercy, ainsi que sur la carte IGN.

Les travaux prévus devaient affecter le sous-sol sur de grandes profondeurs puisqu’il s’agissait de la construction d’une piscine et de son local technique, ainsi que d’importants travaux de drainage, d’adduction d’eau, de gaz et d’électricité et d’évacuation des eaux usées sur tout le pourtour de la maison d’habitation actuelle.

Les travaux ont démarré sans aucune surveillance au milieu du mois de mai, malgré plusieurs appels au Service Régional de l’Archéologie émanant de personnes inquiètes du sort de ce site sensible qu’elles voyaient livré aux engins de terrassement.

Deux fours anciens, datant vraisemblablement de la fin du Moyen Age, avaient déjà été détruits pour faire place à une chaufferie, lorsque le vendeur m’a appelée pour me montrer des tombes éventrées à l’emplacement du futur local technique de la piscine. Plusieurs squelettes, coupés par la pelle mécanique, étaient déjà dans un carton. Les autres allaient suivre le même chemin.

Les sources historiques

Dans la lettre d’envoi d’un inventaire établi en 1668 pour répondre à une enquête sur les revenus des monastères de filles du diocèse de Cahors, la supérieure du couvent de La Lécune déclare que ce monastère a été fondé par l’empereur Charlemagne (Fonds Greil cité dans Limayrac 1885, p. 437).

La première mention historique de l’établissement religieux remonte au début du XIIIe siècle. Raymonde de Mazerac, prieure de La Lécune, est citée comme parfaite en 1224 dans les registres d’inquisition du fonds Doat (Duvernoy 1963, n. 20 p. 5 et 1979, p. 258). Le couvent servait alors de refuge à des cathares.

Il est à nouveau mentionné, mais sans précision de date, à propos de la fondation en 1321 du monastère de Clarisses du Pouget à Castelnau-Montratier, auquel il sera désormais rattaché (Limayrac 1885, p. 437).

Après la guerre de Cent Ans, le monastère de La Lécune est repris en main par Alric de Valsergues, qui organise le repeuplement du castrum voisin de Labouffie. En 1470, le prieuré, vacant depuis longtemps, est conféré à Blanche de Valsergues par une bulle du pape (Albe, p. 115).

Le monastère de chanoinesses régulières de Saint-Augustin existe jusqu’en 1760, date à laquelle il ne reste plus que deux religieuses qui partent à Vic et à Lissac (Albe, p. 119). On peut supposer que le monastère tombe rapidement en ruine après son abandon. Des linteaux portant les dates de 1770 et de 1809 surmontent les portes des deux corps de bâtiments actuels. Ces derniers forment le côté nord d’une cour fermée (fig. 1). Un ancien jardin occupe la parcelle située au nord, également entourée d’un mur prenant appui aux deux extrémités du bâtiment principal. La disposition générale des lieux est restée inchangée depuis 1823, date de réalisation du cadastre napoléonien.

La nécropole médiévale

Le cimetière du couvent est situé au nord de la maison actuelle (fig. 2). La pelle mécanique a éliminé un certain nombre de tombes qui se trouvaient dans la fosse creusée à l’extérieur du mur de clôture pour abriter le local technique de la piscine. Les ossements ont été dispersés parmi les gravats à l’arrière de la grange. Six tombes rupestres étaient encore visibles en coupe dans les bermes formées au nord, à l’ouest et au sud, l’une d’entre elles ayant été vidée de son contenu par l’ancien propriétaire. Une autre tombe a été coupée par une tranchée creusée parallèlement au mur de clôture. Le cimetière s’étend vraisemblablement sous l’ancien jardin situé à l’intérieur de l’enclos : une fosse "ne contenant rien" a été aperçue par le pelliste lorsqu’il creusait le trou pour la piscine, et des ossements humains ont été retrouvés dans la citerne où les déblais avaient été évacués. Il paraît limité au sud par un fossé de 0,55 m de large creusé sur une trentaine de centimètres de profondeur dans la marne qui forme le substrat (fossé 2). La nécropole médiévale se trouvait recouverte par 0,20 m de terre arable.

Description des tombes

SP1
Orientée, tête à l’ouest. Fosse oblongue coupée dans le sens de la longueur par la pelle mécanique. Contenait les ossements d’un individu adulte prélevés avant notre intervention.

SP2
Orientée, tête à l’ouest. Fosse oblongue, plus petite que la précédente, coupée dans le sens de la longueur. Os longs visibles en coupe appartenant à un individu très jeune. Non fouillée.

SP 3 (fig. 3)
Orientée, tête à l’ouest (90°). Fosse oblongue avec logette céphalique, creusée dans la marne. Individu adulte d’environ 1,60 m inhumé en espace non colmaté. Couverture de dalles calcaires. Le pied droit a été coupé par la pelle mécanique. Non fouillée.

SP 4 (fig. 4)
Orientée, tête à l’ouest. Fosse peu profonde, sans dalles de couverture. La coupe transversale faite par la pelle n’a épargné que les jambes et un col de fémur, les pieds ayant été jadis emportés par la charrue (à moins qu’il s’agisse d’une réduction). Individu jeune.

SP 5
Orientée, tête à l’ouest (115°). Fosse coupée transversalement par la pelle. Individu presque complet (le crâne a été retrouvé en contrebas). Au niveau des dalles de couverture brisées et déplacées, les restes très remaniés d’un autre individu incomplet appartiennent vraisemblablement à la réduction d’une sépulture plus ancienne. Non fouillée.

SP 6 (fig. 5 & 6)
Orientée, tête à l’ouest (95°). Coffre rupestre contenant un individu en decubitus dorsal, bras croisés sur la poitrine (SP6-2), et une réduction placée à sa tête, derrière une pierre de couverture, le crâne occupant la logette céphalique (SP6-1). Ces deux inhumations occupent la même fosse, dont l’orientation est modifiée pour la seconde (115°). L’ouverture des os coxaux, l’affaissement du grill costal et la position anormale du crâne indiquent que cette dernière inhumation a été effectuée en espace non colmaté, le remplissage ultérieur de la tombe ayant pu être rapide. Les pieds ont été emportés par la charrue. Au niveau des dalles de couverture écroulées et fragmentées, des restes très incomplets proviennent de la réduction de la sépulture SP6-1.

SP8
Emplacement probable d’une tombe marquée en surface par des dalles à plat associées à des fragments osseux. Non fouillée.

SP 9
Tombe rupestre d’une quarantaine de centimètres de profondeur, couverte de dalles calcaires et orientée transversalement à la tranchée d’évacuation des eaux pluviales qui l’a coupée. Non fouillée.

Interprétation

Les sépultures les plus anciennes (SP 3 et SP 6-1) sont constituées de coffres creusés dans la marne (profondeur : 25 à 30 cm) en forme de fosses oblongues parfaitement orientées et prolongées d’une logette céphalique à l’ouest. Les individus sont inhumés en décubitus dorsal. La décomposition s’effectue en espace non colmaté. Les fosses sont couvertes de dalles calcaires. Ce mode de sépulture est caractéristique d’une période allant du IXe au XIIIe siècle.

Une deuxième phase d’utilisation du cimetière appartenant à la même période est caractérisée par un changement d’orientation d’une vingtaine de degrés vers le sud, des tombes plus anciennes pouvant être réutilisées (SP6-2 et SP 5). La décomposition s’effectue encore en espace non colmaté. Le corps est inhumé bras croisés sur la poitrine et une alvéole céphalique ayant calé le crane (SP6-2) semble avoir été creusée dans le remplissage de la sépulture précédente. Par-dessus sont déposés les restes provenant des inhumations plus anciennes. Les dalles de couverture sont replacées au-dessus de la tombe (fig. 7), mais ne sont pas étanches, entraînant un colmatage rapide des sépultures de cette dernière phase.

Aucun mobilier d’accompagnement n’a été trouvé dans les fosses, qui n’ont fait l’objet que de fouilles très partielles. L’ensemble du mobilier recueilli dans cette zone consiste en une vingtaine de petits fragments de poterie s’échelonnant du XIVe au XVIIIe siècles.

Les traces d’une occupation antérieure au XlXe siècle

Les diverses tranchées réalisées sur tout le pourtour de la maison actuelle ont rencontré un certain nombre de vestiges d’occupation antérieure auxquels il serait hasardeux d’attribuer une datation.

Des murs

Deux murs perpendiculaires, de même orientation que le mur de clôture oriental du jardin situé au nord de la maison actuelle, confirment la présence de bâtiments antérieurs. Le mur M1 passe sous le mur nord de la maison actuelle. Ce dernier est interrompu à l’ouest par des traces d’arrachement laissant supposer que sa construction initiale remonte à une date antérieure à celle de 1809 gravée sur le linteau de l’entrée principale sur la façade sud du bâtiment. Le mur M2, aperçu lors du percement de la tranchée réalisée contre la façade sud de la maison actuelle, est perpendiculaire à M1. Ces deux murs sont englobés dans une couche de 0,70 m de remblai postérieur au XVIIe siècle. Un massif de maçonnerie, M3, large de 2,10 m, a été rencontré au fond de la tranchée qui longe le mur de clôture occidental.

Des fours

Deux fours jumeaux occupant toute la largeur du bâtiment annexe fermant la cour à l’ouest ont été détruits pour faire place à une chaufferie (fig. 8). Ils étaient bâtis en briques crues. La sole, encore conservée après la démolition, était recouverte d’une épaisse couche de cendres. Les deux cheminées et les deux ouvertures (fig. 9) devraient être conservées lors des travaux de réhabilitation prévus.

Des silos

Deux silos, situés l’un dans la cour et l’autre sous un arc de décharge bâti à la base du mur nord de la cave construite en 1770 (fig. 10), ont été vidés par les anciens propriétaires. Ils ont livré un lot important de céramique médiévale grise restée en leur possession. Ils sont actuellement les seuls témoins d’un habitat médiéval disparu.

Conclusion

L’importance des travaux réalisés au printemps 1998 à La Lécune, jointe à l’importance historique du site, auraient largement justifié un diagnostic archéologique préalable à leur réalisation. Il aurait alors pu être suivi d’une opération de sauvetage en bonne et due forme, ce dont le nouveau propriétaire était parfaitement conscient.

La destruction d’une partie de la nécropole médiévale a été l’occasion de constater le possible bien-fondé de la tradition attribuant à l’époque carolingienne la fondation du monastère. Le suivi des tranchées réalisées sur tout le pourtour de la maison d’habitation actuelle a simplement confirmé l’existence de bâtiments antérieurs, orientés différemment et passant sous les murs des bâtiments actuels, construits à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles. Des graffiti conservés sur l’enduit des murs de la cave remontent à cette dernière époque (fig. 11).

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Bibliographie

Albe.
Chanoine Albe, Dictionnaire des paroisses du diocèse de Cahors. Manuscrit - Archives diocésaines, Cahors.

Colardelle 1996
Michel Colardelle, Gabrielle Démians d’Archimbaud et Claude Raynaud, Typo-chronologie des sépultures du Bas-Empire à la fin du Moyen Age dans le Sud-Est de la Gaule, Archéologie du cimetière chrétien : Actes du 2e colloque ARCHEA (Orléans, 29 septembre-1er octobre 1994), Tours, p. 271-303.

Duvernoy 1963
Jean Duvernoy, Albigeois et Vaudois en Quercy, Fédération des Sociétés académiques Languedoc-Pyrénées-Gascogne.

Duvernoy 1979
Jean Duvernoy, Le catharisme, Toulouse, Privat.

Galabert 1918
Firmin Galabert, Montpezat-de-Quercy, sa collégiale, ses seigneurs, Saint-Dizier.

Lartigaut 1984
Jean Lartigaut, Le castrum de Flaugnac, Bulletin de la Société des Etudes du Lot, T. CV, p. 167-213.

Lartigaut 1993
Jean Lartigaut dir., Histoire du Quercy, Toulouse, Privat.

Limayrac 1885
Léopold Limayrac, Etude sur le Moyen Age : histoire d’une commune et d’une baronnie du Quercy (Castelnau-de-Montratier), Cahors.

Lorans 1996
Brigitte Boissavit-Camus, Henri Galinié, Elisabeth Lorans, Daniel Prigent et Elisabeth Zadora-Rio, Chrono-typologie des tombes en Anjou-Poitou-Touraine, Archéologie du cimetière chrétien : Actes du 2e colloque ARCHEA (Orléans, 29 septembre-1er octobre 1994), Tours, p. 257-269.

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