BSEL - Juillet-Septembre 1998 - Max Aussel

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Études du Lot
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Max
Aussel

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3e fascicule 1998 - Juillet-Septembre - Tome CXIX

La société des Études du Lot | Sommaire complet du fascicule

 

CONDITIONS DANS LESQUELLES CAHORS
ACCEPTE LA DOMINATION ANGLAISE
JANVIER 1362 (n.st.)

Le traité de Brétigny, définitivement signé à Calais, le 24 octobre 1360, par le roi Jean et le prince de Galles, prévoyait contre la remise en liberté du monarque français captif la cession à l’Angleterre d’un grand nombre de provinces : Guines, le Ponthieu, le Poitou, la Saintonge, l’Angoumois, le Limousin, le Périgord, l’Agenais, le Quercy, le Rouergue, la Bigorre. La rançon royale s’élevait, en outre, à trois millions d’écus d’or et, pour garantir le paiement intégral de cette somme fabuleuse, un certain nombre de princes et de grands barons devaient être livrés en otages (1).

En exécution du traité, Jehan Chandos, vicomte de Saint-Sauveur (2) et lieutenant général en France du roi d’Angleterre, vient prendre possession, au nom de son souverain, des terres et cités passant dans la mouvance anglaise. Le 1er janvier 1362 (n.st.), il reçoit à Sarlat le serment d’obéissance de messire Gilbert de Domme, des consuls et des notables, tandis que le maréchal de Boucicaut, représentant le roi de France, et maître Pierre de Labatut, secrétaire royal, se rendent à Cahors pour y bailler à l’évêque, Bertrand de Cardaillac, au chapitre, aux consuls et aux "universités" les chartes et titres de cession de Cahors et du Quercy (3). Arrivé le 3 à Gourdon, Chandos ne peut tout d’abord avoir accès au "castrum", la porte du Majou lui étant fermée. Contre la promesse que le lieutenant du roi d’Angleterre confirmerait les privilèges et libertés de la petite cité, délivrerait les forteresses tenues par des gens d’armes se disant du parti anglais et rendrait la paix au pays, les consuls et notables gourdonnais s’empressent de lui ouvrir le passage symbolique qu’il réclame pour lui-même et sa suite. Sans perdre de temps, le vicomte de Saint-Sauveur se fait prêter par les consuls et un grand nombre de notables les serments d’obéissance accoutumés. Deux jours plus tard, alors qu’il se repose un peu des fatigues du voyage, il apprend par des messages du maréchal de Boucicaut que les gens de Cahors ne veulent rien accepter sans avoir préalablement pris l’avis des cités environnantes ; qu’il veuille bien ne pas s’en offusquer : samedi 8 janvier, ils sauront à quoi s’en tenir et le représentant du roi d’Angleterre pourra se présenter devant la cité épiscopale. Le dit jour, Chandos arrive à Cahors, devant la porte appelée "la barre Saint-Michel" (4) ; il y retrouve le maréchal Boucicaut et messire Géraud de Joli, sénéchal de Quercy pour le roi de France, ce dernier ayant été dûment informé par lettres royales de l’impérieuse nécessité d’exécuter le traité en "délivrant" le Quercy au roi d’Angleterre. Après en avoir reçu commandement de Boucicaut et obtenu de Chandos quelques assurances concernant la confirmation des privilèges de la ville, l’ordonnance de la cité et du pays, la délivrance "d’Englois, Guascons, pilleurs et aultres", les consuls et notables consentent à remettre leur ville au maréchal, lequel la baille incontinent au vicomte de Saint-Sauveur qui peut à présent faire son entrée dans Cahors. A peine est-il dans la place que le représentant du roi d’Angleterre fait annoncer à son de trompe par toute la ville la convocation de toute la population le lendemain, dimanche 9 janvier, heure de prime, au grand "mostier" de Saint-Etienne. Ce jour-là, les assistants prétendent tout d’abord n’être point tenus, en vertu de certains privilèges écrits, de faire serment d’obéissance au roi d’Angleterre ; s’ils y sont tenus, les consuls n’ont qu’à le prêter pour eux, ce qui n’est pas du goût de Chandos qui entend bien que toute la population, y compris le commun, les gens d’Eglise, les nobles et autres, engagent leur fidélité, nonobstant tous privilèges et "mauvaises" raisons. Finalement, consuls, notables et bourgeois se soumettent à la volonté de Jean Chandos et acceptent de prêter le serment requis, soit directement, soit par l’intermédiaire de procureurs quand ils s’agit de communautés lointaines.

Plus détaillé que le procès-verbal d’origine anglaise mais écrit en vieux français, celui que nous a transcrit le chanoine Albe sous forme d’un texte latin (5) insiste sur l’impérieuse obligation faite par le maréchal Boucicaut, commissaire du roi de France, aux consuls et à l’évêque de Cahors, aux nobles et aux ecclésiastiques, de remettre leur ville au lieutenant du roi d’Angleterre. L’accent est également mis sur la parfaite légalité juridique de cette cession et le respect de la fidélité vassalique, le roi de France relevant ses sujets cadurciens et les libérant de l’obéissance, soumission, fidélité et serment de fidélité auxquels ils étaient tenus envers lui et ses successeurs. On met en relief le désespoir des consuls qui pleurent et se lamentent de se voir abandonnés, perdant leur seigneur naturel qu’ils ont pourtant fidèlement servi, s’exposant pour lui plusieurs fois et même souvent à la mort et dépensant pour son honneur tous leurs biens au point de devenir indigents. Contre la promesse solennelle faite par Jean Chandos de respecter, comme il l’avait déjà promis à Gourdon, les privilèges, "libertés" et franchises de la ville et de rendre au pays une paix plus propice aux affaires, les larmes semblent se tarir un peu et l’on se dispose à obéir à la volonté du roi, tout en réservant les droits naturels du seigneur évêque.

Un document trouvé à la Bibliothèque nationale mais d’origine anglaise (6) nous donne le détail des conditions sous lesquelles Cahors accepte la domination britannique. Il est intitulé : "Requête de la ville de Cahors à Jean Chandos, lieutenant du roy d’Angleterre en France, sur la façon dont elle demande à être traitée sous la domination anglaise, avec les réponses de Chandos".

Au cours de 52 "Item", les consuls de Cahors et loyaux sujets du roi de France présentent leurs observations et revendications dans une langue qui n’est ni le français ni la langue d’oc mais le latin, alors que le lieutenant général du roi d’Angleterre donne toutes ses réponses en français.

1° Les délégués demandent le maintien des consuls, de la communauté et des habitants de Cahors dans leurs droits, coutumes et privilèges.

  • Réponse de Jean Chandos : "Je le feray de tout ce quil porront monstrer par lettres ou autrement deuement".

2° Les pillards et autres malfaiteurs, soi-disant du parti anglais, qui, sous couvert de la guerre, ont commis leurs forfaits depuis la conclusion de la paix, seront punis de façon exemplaire, sans merci, et leurs victimes dédommagées.

  • Réponse : "Je ferey et feray faire as officers du roy, mon seigneur, raison et accompliment de justice".

3° Le roi d’Angleterre doit émettre bonne monnaie.

  • Réponse : "Quant à présent, le conseil du roi, mon seigneur, a ordené certène monnaie et, (au) seurplus, le roy, mon seigneur, ordènera à sa volunté".

4° La sauvegarde royale doit être accordée pour protéger les bourgeois contre les barons et les nobles.

  • Réponse : "Je douray sauvegarde à qui je le devray fère et la requerra et ne fera nulle guerre et tendra(y) le pays seur à tout mon povoir".

5° Interdiction doit être faite à quiconque de mettre ses biens en main morte.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera à sa venue".

6° Le premier et le dernier ressort de la justice doivent se trouver à Cahors.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera".

7° Il n’est pas question d’accorder des subsides au roi d’Angleterre dans ses guerre hors du Quercy, dans les pays de langue d’oc ni, en aucun cas, contre le roi de France.

  • Réponse : "La requeste ne me semble raisonable aincoys m’en merveille moult et le conseil aussi".

8° On n’accordera aucune grâce aux débiteurs sous prétexte de guerres, de bastides ou d’autres privilèges.

  • Réponse : "Je ne donne unque nulle grâce sur ce ni ne pense à fère".

9° Les possessions doivent être restituées à leurs légitimes propriétaires.

  • Réponse : "Je le fere(y) et ferey faire si avant que la paix le porte".

10° L’immunité doit être accordée aux consuls auteurs de "crimes" ou de délits civils.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera à sa venue".

11° On ne doit pas imposer des fiefs acquis ou à acquérir de nobles.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, quand sera venu, en ordènera".

12° On ne paiera pas finance au roi d’Angleterre à l’occasion de chapellenies, legs pies, perpétuels ou temporaires.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera come dessus".

13° Libre accès doit être accordé, sans formalité, à ceux qui veulent pratiquer le change (des monnaies).

  • Réponse : "Je ne le puis ni ne doy fère quar ce seroit contre le roy, mon seigneur, et le sien peuple".

14° L’accord des consuls sera demandé pour installer un capitaine royal et des gens d’armes aux gages du roi d’Angleterre.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, metra capitanes et gens d’armes es lieux et quant bon li semblera pur le prouffit et garde du pays".

15° La circulation doit être libre sur le Lot. On doit supprimer les péages établis par les barons.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, fera mettre les passages en l’estat où il devent estre par raison et tous péages mis et imposez pour cause des guerres cesseront et se paieront les anciens devoirs tant seulement".

16° Les taxes seront maintenues sur certaines marchandises se vendant à Cahors ou transitant par la ville. On percevra un droit d’entrée sur les forains et les animaux.

  • Réponse : "Monstrent les lettres quils ont sur ce et je feray ce que je devray et pourray".

17° La moitié des revenus de la monnaie sera réservée à Cahors afin de dédommager les victimes (de la guerre).

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordennera à sa venue".

18° Les marchands cadurciens trafiquant dans le duché (d’Aquitaine) ou en Angleterre seront exemptés de tout droit.

  • Réponse : "Mon povoir n’est pas tel que je le puisse. A la venue du roy, mon seigneur, je leur aideray à mon povoir".

19° Aucun habitant de Cahors ne perdra son fief en cas de non-paiement de cens depuis le début de la guerre.

  • Réponse : "Considéré les guerres et la poverté des bones gens, je le feray voluntiers".

20° Tout citoyen de Cahors voulant suivre la carrière des armes pourra être fait chevalier.

  • Réponse : "Cest grâce royal qui apartient au roy, mon seigneur".

21° Les barons et les nobles doivent assurer la sécurité des marchands. En cas de pillage, ils seront tenus de les dédommager.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, ordènera sur ce en telle man(i)ère quil t(i)endra, à l’aide de Dieu, son pays en paix et en seurté".

22° Protection doit être accordée aux créanciers contre leurs débiteurs qui arguent de la guerre pour ne point les payer.

  • Réponse : "Pur ce quil est notoire que les guerres ont duré XII ans, je leur octroye quil puisset faire leur(s) demandes non obstant le laps dudit temps mes que dedems un an il facet leurs poursuites".

23° Il faut un sénéchal pour le Quercy et un autre pour le Périgord.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordène quant à présent et, à sa venue, il y purvoyra si come bon li semblera".

24° Les offices relevant du bailliage, du ressort, de la viguerie et des greffes ne seront pas vendus mais confiés à des hommes honnêtes.

  • Réponse : "Ce est le domeine du roy, mon seigneur, et, à sa venue, il en ordènera".

25° Un assesseur versé en droit et honnête, aux gages du roi d’Angleterre, conseillera le bayle s’il n’a pas la formation nécessaire. Les bayles sont trop souvent cupides et incompétents.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, y metra ceulz quil verra qui seront honorables et profitables pour li et pour ses subgez".

26° On n’exercera pas de "représailles" contre les consuls, leurs officiers ou les habitants n’ayant pas commis de délits pendant la durée de la guerre.

  • Réponse : "Déclarant les cas et les responces et je y purvoyrey de gracieux remèdes".

27° Les consuls doivent avoir autorité sur les gardes des portes de Cahors.

  • Réponse : "Je vuyl quil aient la cognoissance des dessusdiz si avant come il devront de droit et de raison".

28° On demande une sauvegarde royale pour protéger les consuls, le personnel administratif et les marchands voyageant à travers le duché d’Aquitaine et l’Angleterre.

  • Réponse : "Je douray sauvegarde à ceulz à qui le devray et la demanderont come dessus est dit".

29° Une cloche consulaire est nécessaire pour les affaires de la communauté et la convocation du peuple.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera à sa venue si come bon li semblera".

30° Les marchands de Cahors et leurs marchandises doivent pouvoir circuler librement à travers la France.

  • Réponse : "Je leur douray voluntiers lettres de prières au roy de Ffrance come il le veuille octroyer".

31° On publiera les enquêtes et les dépositions des témoins dans les affaires criminelles. Le droit y sera respecté.

  • Réponse : "Je le leur o(c)troy voluntiers par la man(i)ère acostumée".

32° Il faut avoir des juges mages compétents et intègres.

  • Réponse : "Je ay purveu de tels juges mages par le conseil d’eux et des autres bones gens du pays que il feront et garderont raison et droiture".

33° On doit respecter la justice, les coutumes et les bons usages. Aucun nouveau droit ne sera imposé.

  • Réponse : "Justice serra fait et les statuz et custumes bons que monstrer se porront seront gardez et ne serra fait aucune indeue novelleté".

34° Les obligations, jugements et ordonnances des cours seront exécutoires nonobstant toute prescription.

  • Réponse : "Je vuyl que les jugiez, ordinations et obligations soyent mises en exécution non obstant le temps de XII ans passé en la man(i)ère dessus escripte".

35° Le roi d’Angleterre doit avoir un représentant résidant dans une ville importante du duché, proche de la mer, afin d’éviter à ses sujets aquitains des frais de traversée.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, doit venir briefment, qui y purveira et cependant je le feray".

36° On souhaite le maintien en place des notaires compétents.

  • Réponse : "Je veuil que les notaires suffisants demorent en leurs offices en paiant tant seul(e)ment ce quil devront de raison et le surplus de l’article soyt declayrié".

37° Aucun homme ayant appartenu à une compagnie du duché ne pourra prétendre à un office public.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, metra ou fera metre en pays offic(i)ers suffisants et profitables pur li et son pays".

38° Les contrevenants à la paix et aux trêves seront bannis par les deux rois, à moins qu’ils ne puissent être pris, livrés à la justice et privés de leurs biens.

  • Réponse : "Justice sera faite".

39° Certaines conditions doivent être mises à tout duel.

  • Réponse : "En ce serra gardé le droit et la custom du pays".

40° Le roi d’Angleterre ne pourra mettre Cahors hors de sa main.

  • Réponse : "Je le feray voluntiers".

41° Le sénéchal institué ne devra avoir aucun parent, ni par le sang ni par alliance, dans la sénéchaussée.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, a purveu de senescal bon et suffisant et à sa volunté".

42° Il concédera à la cité de Cahors des foires et les privilèges qui leur sont attachés.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera à sa venue et je leur aideray volunters".

43° Les greffiers relevant de chaque cour ne pourront être en même temps les procureurs des affaires qui sont débattues dans ces mêmes cours.

  • Réponse : "Je le feray volentiers"

44° Il approuvera et confirmera l’accord passé entre notre seigneur, l’évêque de Cahors, et les consuls de la cité de Cahors, lequel a été confirmé par nos seigneurs, le souverain pontife et le roi de France.

  • Réponse : "Je leur confirmeray volunters ce que mostreront deuement".

45° Les malfaiteurs qui détiendraient et occuperaient par la force certains lieux contre la volonté des seigneurs légitimes, utilisant ces places pour piller et dommager les gens de paix, seront chassés de ces lieux, punis en conséquence et contraints à dédommager leurs victimes.

  • Réponse : "Je le veuil et le feray fère et serra faite raison".

46° Les consuls de Cahors pourront à tout jamais, à l’exemple de ceux de Poitiers et de bien d’autres lieux, créer un premier consul en choisissant les autres consuls qui leur succéderont.

  • Réponse : "Le roy, mon seigneur, en ordènera à sa venue.

47° Ayant le privilège d’avoir pour sénéchal de Quercy un seul sénéchal, à savoir messire Géraud de Jaulino, chevalier, seigneur de Villeneuve, lequel nous a été donné par notre seigneur le roi de France, nous demandons que ce privilège nous soit maintenu et qu’un seul sénéchal nous soit donné pour la sénéchaussée de Quercy.

  • Réponse : "Je y ay respondu dessus".

48° Durant la guerre et les trêves, les biens de maints pèlerins ont été pillés, nombre d’entre eux et bien d’autres voyageurs ont trouvé la mort sur les chemins publics. Nous demandons que les coupables, ces pillards et meurtriers, soient châtiés et que l’on fasse justice d’eux.

  • Réponse : "Je feray à mon povoir et feray fère raison et acompliment de justice".

49° Le sénéchal de Quercy ou son lieutenant, le bayle royal du ressort de Cahors ou son lieutenant, maître Hélie, jurispérite, et chacun d’eux en seul, nous seront députés comme conservateurs et exécuteurs des privilèges royaux à nous concédés, des coutumes et des "libertés", des possessions et des saisines, aussi bien celles qui sont déjà fixées par écrit que celles qui n’ont pas encore été enregistrées.

  • Réponse : "Je le veuil de touz les privilègez quil porront duement monstrer et enseigner".

50° Il obtiendra que les autres communautés et les nobles de ce pays, qui sont à craindre, entrent par un traité de paix dans l’obédience d’Angleterre afin qu’il ne survienne point de division.

  • Réponse : "Je le feray le plus tost que je pourray".

51° Messire le sénéchal et messire le juge mage ordinaire de Cahors, du Quercy et de Montauban, ainsi que messire le trésorier royal conserveront leur charge.

  • Réponse : "Il en est ordené"

52° Aucun noble, possesseur d’un lieu et de sa justice, ne pourra empêcher ceux qui ont des rentes dans cette juridiction de les lever librement ni interdire aux habitants d’apporter leur "blé"à Cahors.

  • Réponse : "Je le feray moult volunters".

Conclusion. Ce document est surprenant à bien des égards : on pourrait penser que les consuls, notables et bourgeois cadurciens, vont exprimer leurs revendications en langue d’oc, leur idiome naturel : pas du tout, ils le font en latin. Et ce brave Jean Chandos, en qualité de lieutenant du roi d’Angleterre, devrait utiliser l’anglais : pas du tout, il nous livre toutes ses remarques et commentaires en français.

Si nos historiens, en rapportant la scène de la prise de possession de Cahors par le commissaire anglais, ont beaucoup insisté sur le côté douloureux, voire larmoyant, de cette séparation forcée imposée à de fidèles sujets du roi de France, ce document conservé à la British Library ne fait état ni de gémissements ni de larmes, mais d’une âpre discussion entre un vainqueur tout puissant sur le terrain militaire mais conciliant et modéré sur le plan politique et un vaincu qui montre de telles exigences dans tous les domaines (guerre, monnaie, privilèges commerciaux) qu’on pourrait le croire dans le camp du vainqueur.

Nous connaissions déjà les capacités militaires indéniables de Jean Chandos ; les réponses données à cette requête cadurcienne ont également le mérite de faire apparaître les qualités diplomatiques de ce chevalier qui allait devenir connétable d’Aquitaine, puis sénéchal de Poitou. Il fut le contemporain et le grand rival de notre Du Guesclin.

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Notes :

(1) Histoire de France de Lavisse. t. III p. 98.

(2) Actuellement Saint-Sauveur-le-Vicomte (Manche).

(3) A. Bardonnet. "Procès-verbal de délivrance à Jean Chandos, commissaire du roi d’Angleterre, des places françaises abandonnées par le traité de Brétigny, publié d’après le manuscrit du Musée britannique" pages 81 à 87.

(4) Cette porte est appelée "des Vieux Augustins" dans le procès-verbal transcrit par E. Albe et conservé aux archives départementales du Lot sous la cote F 178. Communiqué par M. L. Ducombeau

(5) En marge de sa transcription, E. Albe indique la source suivante : papier conservé parmi les titres du chevalier Blondeau .. lect : intitulée militaire - 2e cahier, tome 1er.

(6) B.N. Manuscrits. Fonds Moreau 654. p. 33 à 44. Ce document n’est qu’une copie d’un texte conservé à "The British Library" sous la cote Add. Ms. 4589. ff. 130-140. A l‘origine de ce dernier il semble qu’il y ait un rouleau de parchemins jadis entreposé à la tour de Londres puisqu‘une note marginale indique : "ex rotul(is) in turri".

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