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SAINT NAMPHAISE Le nom de saint Namphaise, ou Namphase, personnage dorigine franque, est étroitement lié à une commune du Quercy : Caniac-du-Causse. Celle-ci se situe au cur dune petite région naturelle appelée la Braunhie (1). Ce nom de Namphaise (en latin Namphasius, en langue doc Nanfasi) se retrouve sous dautres formes dans la langue populaire : Naufaise ou Naufaire (Naufasi, Naufari). Il a connu dautres variantes comme Neofarius et Leofarius (2). Légende et tradition Que sait-on réellement de saint Namphaise ? A vrai dire, pas grand chose. Un des documents les plus anciens dont on dispose est le Propre des saints du diocèse de Cahors, dans son édition de 1659, sous lépiscopat dAlain de Solminihac (3). En voici la traduction (on trouvera en annexe le texte latin) (4). " XIIe jour de novembre. S. Namphaise, confesseur (5) Lecture 4. Namphaise, né de famille noble sur le territoire de la la Gaule, fut au service de Charlemagne, général en chef et roi de larmée des Francs. Après que celui-ci eut terrassé les Goths, les Vandales et les ennemis de la foi catholique en Aquitaine, il passa par le territoire des Cadourques où il trouva deux monastères cest-à-dire celui de Figeac et celui de Marcilhac qui, construits auparavant par Pépin, avaient été détruits par ces mêmes barbares. Après que le pieux général les eut rebâtis et enrichis de biens et quil eut fait construire en plus non loin de ceux-ci, près de la place forte de Cajarc, un autre couvent du nom de Lantoy, il quitta les territoires des Cadourques. Lecture 5 Namphaise cependant, brûlant du désir dune vie solitaire et renonçant à tous les honneurs du monde, avait été touché de la lumière du Christ. Près du monastère de Marcilhac il se retira en un lieu désert et inculte. Là il découvrit un oratoire élevé en lhonneur de saint Martin et par la suite édifia une église. Or, après quil eut vieilli là en se consacrant entièrement aux jeûnes et aux prières, parvenu à son dernier jour il fut enterré par les habitants avec tous les honneurs et son corps fut déposé dans un lieu quon appelle maintenant Caniac. Jour après jour, près de son tombeau, lintervention divine fait saccomplir de nombreux miracles surtout en faveur de ceux que frappe lépilepsie. " Dores et déjà on peut relever dans ce récit deux inexactitudes historiques . 1° Les Goths et les Vandales avaient envahi la Gaule au début du Ve siècle. Les campagnes de Charlemagne en Aquitaine, environ trois siècles plus tard, ne pouvaient viser que les menées indépendantistes du duc Waifre ou les incursions sarrasines. 2° Les monastères de Figeac et Marcilhac nont été ni construits par Pépin le Bref ni restaurés par Charlemagne puisquils nont été fondés quau IXe siècle (6). On ignore par ailleurs sil y a eu réellement un monastère à Lantouy. Une église y est citée en 961 (7), mais lédifice dont il reste encore dimportants vestiges, sur la commune de Saint-Jean-de-Laur, ne date que du XIe siècle. Dédié, dit-on, à saint Namphaise, il est toutefois peu probable que celui-ci en ait été le fondateur. Quoiquil en soit, les éditions ultérieures du Proprium sanctorum diocésain (8) ont été quelque peu augmentées par des considérations sans intérêt sur les vertus et les mérites supposés de saint Namphaise. Goths et Vandales sont toujours là mais on ne trouve aucun élément nouveau sur la vie de notre ermite. Les ouvrages hagiographiques généraux, jusquau XIXe siècle, ont repris à peu près intégralement le sanctoral cadurcien. Cest le cas des Acta Sanctorum des Bénédictins (1734) (9) et des Vies des Saints des Petits Bollandistes (1876) (10). Mais ces deux ouvrages donnent un repère chronologique. Le premier situe saint Namphaise vers lan 800, le second le place sans autres précisions au VIIIe siècle. Tournons-nous vers les historiens du Quercy. Guillaume de Lacroix, dans son Histoire des Evêques de Cahors rédigée entre 1607 et 1614 (11), nous apporte des informations complémentaires. Il fait de Namphaise " un contemporain et survivant " de saint Ambroise. On peut en douter puisque ce dernier serait mort en 770. Il nous apprend (mais doù tient-il ces renseignements ?) quaprès avoir habité plusieurs années dans son oratoire consacré à saint Martin et se trouvant en prières, il est attaqué par un taureau. Lanimal " dun coup de corne lui ouvre le ventre. Les entrailles séchappent, le bienheureux les recoit dans ses mains et les porte jusquà loratoire... Il expire bientôt après ". Précision, ajoutée à toutes fins utiles par Lacroix, " Namphaise avait entendu par trois fois un ange lavertissant que très prochainement un taureau lui ôterait la vie. " G. de Lacroix nous décrit la crypte de Caniac : " au-dessus de lautel sélève un reliquaire de marbre en forme de tombeau, revêtu de lames dargent, où sont renfermées les reliques du saint. Sur la face extérieure de ce reliquaire est sculpté en relief le portrait de Namphase vêtu de son costume militaire, les mains étendues, les yeux fixés vers le ciel, au moment où le taureau le frappe de sa corne ". Sans doute a-t-il vu de ses yeux ce reliquaire sculpté qui a malheureusement disparu, on ne sait quand ni comment. Il est tout de même curieux que lermite y ait été représenté dans la scène de sa mort encore vêtu de luniforme quil avait abandonné depuis longtemps (12). Le traducteur de Lacroix ajoute pour sa part (donc à la fin du XIXe siècle) deux informations inédites : 1° Les habitants de la Braunhie attribuent à saint Namphaise le creusement, dans le sol rocheux du Causse, de petits bassins destinés à stocker les eaux de pluie pour abreuver les troupeaux.(13) 2° Une tradition, différente de celle du Sanctoral, voudrait que Namphaise ait été tué sur le plateau de Coursac, à quelque sept kilomètres à lest de Caniac " où lon montre encore plusieurs petits lacs creusés, dit-on, de ses mains et une grotte qui porte son nom ". (14) Le chroniqueur Guyon de Maleville, dans ses Esbats sur le pays de Quercy (15), dont lessentiel a été rédigé entre 1604 et 1614, donne la version officielle du diocèse un peu abrégée mais agrémentée de quelques ajouts douteux (16). Il affirme aussi que les reliques de saint Naufaire (quil écrit également Naufaise) sont honorées " par grand concours de personnes, non seulement de tous les endroits du royaume mais encore des pays étrangers " (17). Selon lhistorien Marc-Antoine Dominicy (1605-1643) (18), Namphaise, qui vivait du temps de lévêque Ayma (Aymatus) était " frère utérin de saint Brixtius ". Cest au retour de lexpédition dEspagne avec Charlemagne , " vers lan 778 environ " quil résolut de vivre dans la solitude. Et Dominicy rapporte à son tour léventration de lermite par un taureau furieux (tauri furibundi cornu per latera transfixus, visceribus fusis...). Labbé Raymond de Fouilhac (1622-1692) a laissé une Chronique du pays de Quercy (19). Il y mentionne que Namphaise choisit le monastère de Lantouy pour y faire retraite (ce qui laisse supposer que ce monastère, sil a existé, était déjà construit), après quoi il se retira dans la Braunhie près de Marcilhac. Cest là, dit-il, quil fut tué par un taureau sauvage et enseveli dans un oratoire dédié à saint Martin sur lemplacement duquel a été bâtie depuis léglise de Caniac. Fouilhac ajoute : " Les reliques de ce saint étaient autrefois enfermées dans le corps de la muraille de la crypte de cette église ; depuis on les a déposées dans un tombeau où elles sont encore de nos jours ". Lauteur les a visitées cette même année 1686. Il a vu dans ce tombeau plusieurs ossements mais tous ceux du corps ne sy trouvent pas (20). Il a fait placer tout ce quil en reste entre deux plaques de plomb enfermées elles-mêmes dans une caisse de bois. " Quant aux actes de la Vie de saint Namphaise, ajoute-il, ils ont été corrompus dans les siècles suivants ". Fouilhac dit que Charlemagne avait fait rétablir les monastères de la Guyenne, dont Lantouy, ruinés par les Sarrasins ou lors de la guerre entre Pépin et Gaifier le duc dAquitaine. Plus crédible que les auteurs du Sanctoral diocésain, il se garde bien de faire intervenir Goths et Vandales. Daprès Cathala-Coture, autre historien quercynois (1632-1724) (21), lévêque Ayma aurait été témoin en 799 de la mort de saint Namphaise, " frère de saint Brixtius ", tué par un taureau sauvage. Il ne nous apprend rien de neuf sinon que Namphaise était invoqué non seulement pour le mal caduc mais aussi pour la " démence " (22). Avant de poursuivre, posons-nous la question de savoir qui était ce saint Brixtius dont ne parlent que Dominicy et Cathala-Coture en assurant quil serait le frère, ou le demi-frère, de Namphaise. Le Brixtius le plus connu des hagiographes est saint Brice (Bressou en langue doc) qui succéda à saint Martin comme évêque de Tours en 397 et mourut en 444 (23). Il ne peut donc avoir été contemporain de saint Namphaise. Ni Dominicy ni Cathala-Coture nindiquent dailleurs la source de leur information. Par acquit de conscience on ne saurait négliger les Flosculi notitiae figeacensis, petit recueil historique concernant labbaye de Figeac et paru en 1712 (24). Saint Namphaise y est présenté comme le cousin germain (consobrinus) de Charlemagne et cest lui qui, après avoir libéré lAquitaine des Sarrasins, aurait restauré le monastère de Figeac détruit par les infidèles. Voilà pour les auteurs les plus anciens. Venons-en aux historiens du XIXe siècle. Commencons par labbé J.F. Debons dont les Annales de Figeac ont été publiées en 1829. A propos de saint Namphaise il se se contente de reprendre le Bréviaire diocésain et G. de Lacroix. Il ajoute pourtant que les reliques du saint ont échappé au vandalisme des guerres de Religion et de la Révolution grâce à des habitants de Caniac qui les avaient mises en sécurité. (25) Guillaume Lacoste (1765-1844), auteur dune monumentale Histoire du Quercy, publiée en 1883 (26) est assez prolixe sur saint Namphaise. Résumons Lacoste : " Officier de Charlemagne que lon dit même être un de ses parents ", Namphaise alla vivre " au pied de la montagne de Gaiffier " , au bord du " gour " de Lantouy. On dit quil y bâtit un monastère dédié à saint Quentin (27) quil quitta pour aller passer le reste de ses jours dans la forêt de la Braounio. On montre près du village de Coursac la grotte où il habita. Non loin de là, à Caniac, il restaura un oratoire dédié à saint Martin. Il creusa des " auges " destinées à recueillir leau de pluie pour abreuver les troupeaux. Il se trouvait en prière lorsquun taureau " fondit sur lui et le déchira ". Il fut enterré dans loratoire Saint-Martin qui devint une église. Lacoste, on le notera, ne parle pas de lépisode de Namphaise portant ses entrailles. Il dit que sa fête rassemblait " un grand concours de population " mais oublie de mentionner le recours au saint pour la guérison des épileptiques. Par contre notre historien émet de judicieuses critiques. " La Vie de saint Namphaise, écrit-il, se trouve dans les anciens bréviaires de Cahors (28) mais elle a été corrompue dans la suite par quelque écrivain des derniers siècles (il ne dit pas lequel) peu versé dans lhistoire. On peut sen convaincre en lisant la copie dont sest servi Guillaume de Lacroix ". Il fait observer, dune part que les incursions des Goths et des Vandales sont antérieures de près de trois siècles aux règnes de Pépin et de Charlemagne, dautre part que les abbayes de Figeac et de Marcilhac nont été ni fondées par Pépin ni restaurées par Charlemagne. Un autre auteur du XIXe, labbé Lacarrière, dans son Histoire des évêques de Cahors (29),reprend Dominicy en admettant que Namphaise était frère de saint Brixtius et reproduit pratiquement G. de Lacroix pour le reste. Seule nouveauté, il rapporte la visite des reliques de Caniac par labbé de Fouilhac en 1686. Le chanoine Edmond Albe (1861-1926), sans doute le meilleur historien du Quercy, se montre relativement prudent dans la rédaction de ses monographies paroissiales (30). Pour Caniac, il cite la " tradition " : Namphaise, baron de la suite de Charlemagne, se retira dans le désert de la Braunhie, près du sanctuaire 31 dédié à saint Martin. Il vécut en ermite, " ermite fort actif si la légende est vraie qui lui attribue la plupart des lacs " creusés sur le Causse. Il le fait mourir près de Coursac. Pour Saint-Jean-de-Laur, il signale : " ruines de lancienne église attribuée à saint Namphaise, en tous cas dédiée à ce personnage (S. Naufari de Lantouy ou Nantouy) ". Pour Quissac (canton de Livernon) il dit que la paroisse " fut certainement parcourue très souvent par saint Namphaise et cest même à Coursac, dit-on, quil fut tué par un taureau furieux ". Dans son ouvrage LHébrardie (34), à propos de la fondation de labbaye de Marcilhac, notre historien cite textuellement Guyon de Maleville mais constate : " la Vie de saint Namphaise de Caniac renferme malheureusement des affirmations qui ne permettent pas de recueillir tous les détails comme parfaitement historiques ". Reportons-nous maintenant à quelques auteurs contemporains. Louis Réau (35) se contente dune brève notice : " Namphase (lat. : Namphasius). Saint de lépoque carolingienne qui évangélisa le Quercy. En creusant un étang dans le Causse de Gramat, il fut encorné par un taureau. Ses reliques, conservées dans la crypte de léglise de Caniac, près de Rocamadour, attiraient de nombreux pèlerins qui linvoquaient contre le mal caduc, cest-à-dire lépilepsie ". Dans leur Vies des Saints, les Bénédictins de Paris (36) font mourir saint Namphaise vers lan 800. Le texte peut se résumer en quelques mots : " Une légende qui ninspire point confiance le présente comme un ermite contemporain de Charlemagne Il aurait été tué par un taureau sauvage On lenterra à Caniac On le priait dans les cas dépilepsie ". Plus près de nous, Louis dAlauzier a publié deux articles sur Lantouy (37) mais il ne fait quévoquer succinctement le rôle supposé de saint Namphaise dans la fondation dun monastère sur ce site. Par contre, dans son étude sur les peintures murales de léglise de Guirande (38), datées des environs de 1500, il sintéresse particulièrement à la représentation de saint Namphaise. Désigné par une inscription sous le nom de Leofarius, le saint tient ses intestins dans les mains et un taureau est figuré à ses côtés. L.dAlauzier note que si la forme officielle est Namphasius, on trouve Neufarius dans un calendrier annexé au Te Igitur, registre consulaire de la ville de Cahors au Moyen Age (39). Comme pour les diverses graphies de Nauphary en Tarn-et-Garonne, la forme Leofarius, bien quinsolite, na rien de surprenant. Il est pas inutile aujourdhui de consulter un texte liturgique récent. Le Propre du diocèse de Cahors, dans son édition de 1952, réduit la Vie de saint Namphaise à quelques lignes : " Saint Namphaise vécut dabord à la cour de Charlemagne et se fit aimer de ce prince. Il vint prêcher lEvangile dans notre pays, dota les abbayes de Figeac et de Marcilhac, bâtit un monastère à Lantouy près de Cajarc et mourut dans les environs de Caniac où lon vénère ses reliques. On linvoque spécialement contre le mal caduc ". De lancien Sanctoral il est regrettable quon ait conservé les mentions concernant la dotation des abbayes de Figeac et Marcilhac et la construction dun monastère à Lantouy. Par contre on na pas jugé bon de rapporter les aspects de la légende relatifs à ses activités en matière de génie rural et les circonstances singulières de sa mort accidentelle. Le culte de saint Namphaise Selon le Sanctoral de Cahors dont nous avons déjà parlé, Namphaise est honoré par lEglise comme " confesseur ". A lorigine sa fête se célébrait le 12 novembre (40). A la fin du XVIIe siècle, ou au tout début du XVIIIe, la fête a été reculée au 16 novembre. Elle a été rétablie le 12 novembre à partir de 1916 (41). Actuellement le calendrier liturgique de la région apostolique du Midi, qui depuis 1969 a remplacé les Ordo diocésains, mentionne toujours la fête de saint Namphaise pour le diocèse de Cahors mais la fixe, on ne sait pourquoi, le 13 novembre (42). Par ailleurs, si on consulte les rituels du diocèse on voit que le nom de saint Namphaise figurait dans les litanies des saints depuis le Moyen Age (43). * Léglise romane de Caniac-du-Causse, dédiée à saint Martin lapôtre des Gaules, a été détruite en 1885 pour faire place à lédifice néo-roman que lon voit aujourdhui (44). Si la belle crypte du début du XIIe siècle a été conservée cest sans doute parce que, en plus de son intérêt archéologique, elle abritait le tombeau de saint Namphaise qui attirait de nombreux pèlerins. Les malades atteints dépilepsie venant y faire leurs dévotions devaient passer en se courbant sous le petit sarcophage placé derrière lautel (fig. 1). On retrouve des témoignages du culte de saint Namphaise au bas Moyen Age. En 1410 intervenait un accord concernant lexécution du testament de Guillaume de Thémines, seigneur de Caniac. Son héritier, Marquès de Cardaillac-Thémines, sengage à donner chaque année 6 livres de cire à léglise de Caniac pour faire deux torches : lune pour le service du Corpus Christi, lautre pour celui du " bienheureux " Namphaise (45). En 1421, le même Marquès de Cardaillac-Thémines fait son testament. Il lègue Caniac, Quissac et Artis à sa deuxième épouse, Jeanne dHébrard de Saint-Sulpice, et demande à être inhumé " dans léglise Saint-Namphaise de Caniac " (on voit que Namphaise prenait parfois le pas sur le titulaire de la paroisse, saint Martin) (46). Plus tard, par testament de 1563, Antoine dHébrard de Saint-Sulpice, choisit aussi sa sépulture dans léglise de Caniac. Il en sera de même pour ses successeurs : Jean dHébrard de Saint-Sulpice (décédé en 1581) et Bertrand dHébrard de Saint-Sulpice (testament de 1587) (47). Au XIXe siècle les habitants de Caniac construisirent à 600 m du village, au lieu dit Le Couderc, sur la route de Quissac, une petite chapelle où lon allait en procession en diverses occasions et particulièrement le 16 novembre, jour de la Saint-Namphaise (48) (fig. 2). Auparavant, la paroisse allait en principe tous les ans en pèlerinage à la " grotte de Saint-Namphaise ", près du village de Coursac (49). En 1784 les habitants de Coursac avaient demandé à être détachés de Caniac pour sériger en paroisse et avoir leur propre église. La Communauté de Caniac, consultée, navait pas formulé dopposition majeure à ce projet " sous réserve quil sera libre aux habitants de Caniac de faire tous les ans, suivant lusage, la procession à la grotte de saint Namphaise située au pech de lOuradou à Coursac " (50). Il ne fut pas donné suite à cette requête. On ne sait si les habitants de Coursac auraient choisi saint Namphaise comme patron de leur nouvelle paroisse. Quelques mots sur cette grotte. Le nom de pech de lOuradou laisserait penser quelle tenait lieu autrefois doratoire temporaire, ne serait-ce que pour la procession annuelle. Cest une cavité sans intérêt particulier (51) (fig. 3, 4). Elle se trouve près dun lac (dit de lOuradou) au sommet dun pech désigné sur le cadastre et la carte de lI.G.N. sous le nom de Places de Coursac. Grotte et lac se trouvent maintenant dans lenclos dune chasse privée et lentrée de la grotte a été comblée (52). Pour en revenir à Caniac, nous rappellerons que la grande cloche de léglise (refondue en 1853) est dédiée conjointement à saint Martin et saint Namphaise). * Bien que dorigine très localisé, le culte de saint Namphaise ne sest pas limité à la paroisse de Caniac-du-Causse. On ne saurait pourtant expliquer avec certitude sa présence dans des localités éloignées de la Braunhie. Léglise de Montvalent (53) était placée sous son vocable. Il était également le titulaire de lancien prieuré de Livernon, fondé en 1146 par les chanoines de Saint-Augustin et dont léglise servait de sanctuaire paroissial pour le bourg (54). Les paroisses de Quissac (55) et de Guirande (56) lavaient choisi comme patron secondaire. A Cahors il existait une chapelle Saint-Namphaise située face à la porte Saint-Michel (entrée du cimetière actuel). Elle est citée dans des actes de 1359, 1497 et 1608 (57). Le quartier environnant est connu sous le nom de Plaine Saint-Namphaise (58). Sur la commune de Saint-Jean-de-Laur, à la limite de la paroisse de Gaillac (commune de Cajarc) se trouvent une combe et une fontaine dites de Saint-Namphaise. Une tradition, dont nous avons parlé, attribue à Namphaise la fondation dun monastère à Lantouy (commune de Saint-Jean-de-Laur) et le patronage de léglise dont il subsiste dimportants vestiges (59). A Figeac, saint Namphaise patronait à la fin du Moyen Age lhôpital de labbaye Saint-Sauveur dont la chapelle était le siège dune confrérie à sa dévotion (60). A la même époque il y avait dans léglise N.D. du Puy un autel qui lui était dédié (61). A Puylaroque (autrefois dans le diocèse de Cahors, aujourdhui dans le diocèse de Montauban en Tarn-et-Garonne) léglise a abrité jusquà la Révolution une chapelle Saint-Namphaise (62). Il faut encore citer la paroisse de La Chapelle-aux-Saints, dans le département de la Corrèze mais à la limite du Lot (63). Léglise est sous le vocable de " Saint Namphase de Cahors ". On ny trouve aucune représentation de notre ermite mais, daprès labbé Poulbrière, il a les honneurs de la cloche où figure son nom (" Sancte Namphasi ora pro nobis ") (64). Les témoignages dune dévotion à saint Namphaise se retrouvent dans quelques autres églises du Lot, concrétisés par une peinture murale (Guirande), des tableaux (Cahors et Loupiac), ou des vitraux (Cahors, Blars, Gaillac, Marcilhac-sur-Célé, Reilhac). Nous y reviendrons dans le répertoire iconographique. Il nest pas superflu de rappeler que le pape Jean XXII, fidèle à son diocèse dorigine, avait fait édifier en 1322 ou 1323 une chapelle en lhonneur de saint Namphaise dans léglise Saint-Agricol dAvignon (65). Plus près de nous, et à titre documentaire, on peut noter quau XVIe siècle le calendrier liturgique du diocèse de Périgueux mentionnait au 12 novembre la fête de sanctus Neupharius (pour Namphasius) (66). Et au siècle suivant, en 1634, une confrérie de Saint-Naufazy existait à Villeneuve dAveyron (67). * Quelques mots en ce qui concerne les reliques. Si à Caniac les turbulences de lHistoire ne semblent pas avoir fait disparaître les restes de saint Namphaise (68), il nen est pas de même dans dautres paroisses qui passaient pour avoir des reliques de lermite. A vrai dire on nest guère renseigné sur lexistence et la localisation de celles-ci. Dune manière générale les diverses reliques conservées dans les églises ne sont pas toutes identifiées. On voit de nombreux reliquaires (châsses, bustes, monstrances etc.) sans indication du contenu, ne renfermant plus aucun vestige ou dont la documentation insérée à lintérieur est devenue illisible lorsquelle na pas simplement disparu (69). Même dans les inventaires et procès-verbaux de visites pastorales on trouve souvent mention de " reliquaire " sans autres précisions. Dans ces conditions il est difficile de faire un recensement probant des reliques de tel ou tel saint dans le diocèse. Dans le Dénombrement de 1504 en Quercy (70), il est dit que Raymond dHébrard de Saint-Sulpice, seigneur de Caniac, avait été tenu de " faire un corps à Monsieur St Namphasin ", dun poids de huit marcs dargent (71). Il sagissait probablement dune châsse destinée à léglise de Caniac et dont on ne sait (si toutefois elle a été réalisée) ce quelle est devenue. Il a été dit que la châsse-reliquaire de Soulomès (72) aurait contenu des reliques de saint Namphaise (73). Mais les traditions locales sont parfois sujettes à caution. Ce que lon sait, cest que Montvalent avait dû perdre les reliques de son patron, peut-être au cours de la Révolution. La paroisse sen est tout de même inquiétée... en 1925. Cest en effet cette année-là quun " morceau de côte " a été prélevé dans le sarcophage de Caniac pour être confié, sur sa demande, au curé de Montvalent. Lévêque lui-même sétait réservé une phalange, signe dun intérêt certain du prélat pour lermite de la Braunhie (74). * Lattribution à un nouveau-né dun prénom inhabituel était souvent lindice dune dévotion particulière. La consultation des registres paroissiaux pour lAncien Régime, et des actes de catholicité pour le XIXe siècle, montrent que lenfant baptisé prenait généralement le prénom du parrain (de la marraine pour les filles). Doù lintérêt de relever les prénoms sortant de lusage courant. Prenons le cas de Namphaise. Dans les actes de baptêmes de Caniac aux XVIIe et XVIIIe siècles, on repère quelques enfants portant ce prénom. Pour le XIXe, nous avons dépouillé les registres de catholicité établis entre 1805 et 1898 (75). Nous avons trouvé 12 actes concernant des Namphaise (Namphase) dont 7 baptêmes. Sur ces 7 baptisés, 4 contrairement à la coutume ne portaient pas le prénom du parrain. On retrouve là lexemple de parents souhaitant placer expressément leur enfant sous la protection du patron de la paroisse, peut-être pour le prémunir contre les atteintes de lépilepsie ou, dune façon générale, contre les maladies infantiles. Par contre, dans les registres de catholicité de la paroisse voisine de Quissac pour le XIXe siècle, nous navons noté aucun enfant baptisé Namphaise. Deux de nos collègues généalogistes (76) ont, de leur côté, trouvé aux XVIIe et XVIIIe siècles quelques Namphaise à Blars, Beaumat, Montfaucon, Lamothe-Cassel et Labastide-Murat (77). Et même, dans cette dernière paroisse, en 1764, une Françoise Namphary. Le saint ermite pouvait donc patronner exceptionnellement, en second rang il est vrai, un nouveau-né de sexe féminin. Pour notre part, nous avons lhabitude de relever, au hasard dautres recherches, les prénoms insolites. Cest ainsi que nous avons rencontré un Nauphary Costes à Escamps en 1598 (78) un Namphasi Mejecazes à Montvalent en 1789 (saint Namphaise, nous lavons vu, est le patron de la paroisse) (79), et un Namphase Cabrié, fils dun autre Namphase, à Frayssinet en 1802 (80). Le prénom était si peu usité quen dehors de Caniac on le trouve orthographié de façon parfois bizarre : Namphary, Nenphese, Nanaphase * Et les lacs de saint Namphaise ? Un chercheur a eu la bonne idée den faire un inventaire (81) Prospectant large, il en a recensé une cinquantaine, dont plusieurs situés en dehors de la Braunhie proprement dite (82). Sur lensemble des Causses du Quercy, combien de lacs de ce type pourrait-on raisonnablement attribuer à lermite carolingien ? Rien ne permet de donner un âge à ces petits étangs. On trouve des " lacs " ou " laquets " creusés de main dhomme et à diverses époques dans le substrat rocheux pour servir de réserve deau, dabreuvoir, de lavoir, et qui ne doivent rien à saint Namphaise. Peut-être ce dernier a-t-il eu linitiative den entreprendre quelques uns (certainement pas avec la pelle dont il est équipé sur les vitraux de Caniac ou de Gaillac) afin dinciter les paysans à suivre son exemple. Mais les autochtones avaient-ils attendu le bon ermite pour se livrer à ces travaux dintérêt collectif ? On est tenté de voir la main, ou la maîtrise duvre , de Namphaise dans la forme quadrangulaire et les qualités " fonctionnelles " de certains bassins (83) (fig. 5 et 6). Ailleurs on les mettrait peut-être à lactif dautres personnages légendaires. Après tout, le folklore et les traditions populaires ne sont pas forcément incompatibles avec une certaine perception rationnelle de notre environnement. Iconographie de Saint Namphaise Nous avons recensé 18 représentations de saint Namphaise : cinq statues (XVIIe-XIXe siècle), deux tableaux (XVIIIe et XIXe ) , dix vitraux (XIXe -début XXe) et une peinture murale (fin XVe-début XVIe). Iconographie assez variée puisquil apparaît 12 fois sous les traits dun personnage barbu, vêtu de la bure des ermites, 4 fois en tenue militaire, une fois en moine et une fois en jeune gentilhomme. Notre liste commencera par Caniac et les communes environnantes. Caniac-du-Causse (Eglise Saint-Martin) Statues. - Nef. Sur une corniche, contre le mur ouest, statue en bois polychrome (XVIIe ?). Lermite na aucun attribut, mais la main droite tenait autrefois un bâton ou une canne (fig. 8). - Chapelle, située hors du bourg (fig. 9). Statue en plâtre moulé polychrome ( XIXe). Namphaise tient de la main gauche une canne à laquelle est attachée une clochette (84). A ses pieds sont posés un marteau et un ciseau de tailleur de pierre, allusion à ses activités manuelles. Le taureau est couché à ses côtés. Vitraux. A gauche. Saint Namphaise à cheval, brandissant lépée dune main et loriflamme à croix blanche de lautre, bataille contre les Sarrasins. Légende : " St Namphase combat les infidèles ". A droite. Lermite debout au bord dun lac, tenant une pelle de forme triangulaire, tourne le dos à un taureau qui se précipite sur lui ; au second plan un paysan accourt. Légende : " St Namphase contemplant son lac entend crier : ces bêtes donnent de la corne ". (fig. 10) - Nef. Mur nord. La main droite levée, le bâton terminé en croix dans la main gauche, le saint harangue un groupe de paysans. Légende : " St Namphaise prêchant ". (fig. 11) Mur ouest. Muni de sa pelle, il travaille au creusement dun bassin devant un attroupement de curieux. Légende : " St Namphaise creusant un lac ; des paysans étonnés regardent son ouvrage ". Ces vitraux, retraçant à la manière dune bande dessinée les principaux épisodes de la légende namphasienne, sont signés de latelier G.P. Dagrant de Bordeaux et datés de 1887. Quissac ( Eglise Saint-Gilles). Statue. A gauche du maître-autel, statue en bois doré et polychrome (XVIIe ?). Namphaise est en uniforme de légionnaire romain avec casque, épée, lance et cuirasse (fig. 12). Sa statue fait pendant à une statue de saint Roch, autre saint guérisseur, protecteur du bétail de surcroît, fort vénéré en Quercy. Vitrail. Mur sud de la nef. Namphaise est agenouillé devant une croix de bois près de laquelle est posé un crâne ; un livre ouvert gît sur le sol. Lenvironnement est un décor paysager avec, à larrière-plan, un bovidé daspect paisible (le taureau de la légende). Ce vitrail, non signé, est daté de 1901 (fig. 13). Reilhac ( Eglise Saint-Hilaire) Vitrail. Sur le mur ouest, un oculus est pourvu dun vitrail circulaire. La scène représente un personnage assis (bûcheron ?) tenant une hache, qui voit venir vers lui un ermite barbu, auréolé, tenant un bâton terminé par une croix et un doigt levé vers le ciel. Au second plan on aperçoit le bord dun petit lac. Il ne peut sagir que de saint Namphaise (fig. 14). Ce vitrail nest ni daté ni signé. Peut-être est-il dû à latelier Saint-Blancat de Toulouse qui a signé les autres vitraux de léglise datés de 1926. Marcilhac (Eglise N.D. de lAssomption, ancienne abbatiale). Verrière de la chapelle sud. Trois médaillons sont enchâssés dans la verrière située au-dessus du retable. On y voit : au centre saint Pierre (patron de lancienne abbaye), à droite saint Quirin (patron de la paroisse), à gauche saint Namphaise (désigné par une inscription). Ce dernier, auréolé et barbu, est figuré en buste, tenant un bâton. Luvre ne porte ni date ni signature. Blars (Eglise Saint-Laurent). Vitrail de la nef. Namphaise est à genoux devant une croix de bois accrochée à un arbre, dans un décor champêtre comme à Quissac. Ce vitrail a été exécuté par latelier Dagrant de Bordeaux et daté de 1887. Gaillac, commune de Cajarc (Eglise Saint-Julien). Vitrail. Dans le chur. Image de saint " Namphosius ", à longue barbe blanche et cordelière à la ceinture. Il tient un livre ouvert et sa pelle triangulaire à long manche. Au-dessous du personnage, dans un médaillon circulaire, on voit un paysage représentant approxivement le site de Lantouy, dont léglise aurait été fondée par Namphaise (fig. 15). Daté de 1887, comme les vitraux de Caniac et de Blars, il est également signé de latelier bordelais Dagrant. (85) Cahors (Cathédrale Saint-Etienne) Verrière du chur (2e fenêtre à partir de la gauche). Le premier vitrail est consacré à saint Namphaise. Il est présenté ici de manière originale, en paladin de Charlemagne, coiffé dune couronne de baron, équipé dun écu triangulaire et dune longue épée visiblement inspirée de " Durandal ". Les vitraux de la cathédrale ont été installés en 1873 par latelier Joseph Villiet de Bordeaux. Cahors (Eglise Saint-Barthélémy) Tableau. Une grande toile (XVIIe ?). représente le Couronnement de la Vierge (fig. 16). Au bas du tableau, deux personnages agenouillés. A droite lévêque saint Ambroise accompagné de linscription " Pries pour vostre peuple ST. Ambroise ". A gauche lermite saint Namphase (devant lui, un bloc de pierre sur lequel sont placés un crucifix et un crâne). A côté on lit ces mots " ST. Naphase pries pour nous ". On notera que le peintre a réuni deux ermites presque contemporains. En effet saint Ambroise, évêque du diocèse de 751 à 770, vécut quelques années en solitaire dans une grotte proche de Cahors (86). Loupiac (Eglise de la Nativité de N.D.) (87) Tableau. Dans la chapelle sud, une toile (début XIXe ?), montre deux personnages agenouillés face à face sous la colombe du Saint-Esprit (fig. 17). Ils sont identifiés par une inscription sur phylactère. A gauche " st iaques " muni du bourdon et arborant la coquille. A droite st namphase, nu-tête mais vêtu dune tunique courte et dune cuirasse (fig. 18). Détail inédit, il porte autour du cou une énorme chaîne tombant jusquà terre. Cette représentation inhabituelle fait probablement référence à un trait de la légende daprès laquelle il aurait été prisonnier des Sarrasins avant dêtre miraculeusement délivré dans son sommeil pour se réveiller, chaînes rompues, en Quercy. Ce détail nous ne lavons trouvé dans aucun des textes consultés, sinon dans un ouvrage relativement récent, le Légendaire du Quercy (88). Malheureusement lauteur, notre collègue Robert Martinot, na pu nous préciser la source à laquelle il a puisé ce pittoresque épisode. Quoiquil en soit, il fallait bien que le peintre, anonyme, ait eu connaissance de cette version, ce qui fait en loccurence tout lintérêt du tableau. Le rapport est ici évident entre Namphaise, pourfendeur de Sarrasins, et Jacques le Majeur, surnommé en Espagne le " Matamoros " (tueur de Maures) (89). Montvalent (Eglise Saint-Christophe) Statue . Le beau retable du XVIIe siècle est orné de deux statues en bois doré. Lune est saint Christophe, lautre saint Namphaise (90). Mais celui-ci est curieusement représenté, et à vrai dire sans raison, en moine imberbe aux cheveux courts, loin de limage traditionnelle des humbles ermites. (fig. 14) Guirande, commune de Felzins (Eglise Sainte-Madeleine) Peinture murale. Sur le mur plat du chur, une peinture exécutée à la détrempe, découverte en 1968, a été datée des environs de 1500 (fig. 15). A droite figure sainte Madeleine, patronne de léglise. A gauche, cest un personnage imberbe aux cheveux longs, vêtu dune longue tunique et dun élégant manteau. Il présente dans ses mains une portion dintestin, enroulée en spirale, qui sort dune déchirure de la tunique. A ses côtés, un animal assis dans lequel on reconnaît un taureau, bien que les cornes soient devenues peu discernables. Une inscription en lettres gothiques se déroule de part et dautre de la tête du personnage. Sur la partie droite on peut déchiffrer : " sanct. leofarius ora pro nobis ". Leofarius sidentifiant ici à Namphasius (91). Conclusion Saint Namphaise nest pas un mythe puisquon possède de lui des reliques en bonne et due forme 92. En laissant de côté les invraisemblance historiques et les épisodes plus ou moins douteux 93, que peut-on retenir dessentiel au terme de cette enquête ? Officier de Charlemagne, Namphaise vient guerroyer en Quercy (probablement en 768) contre le duc dAquitaine et ses partisans 94. Une dizaine dannées plus tard il participe à lexpédition dEspagne contre les Sarrasins. Après le désastre de Roncevaux (15 août 778), déçu par le métier des armes, il décide de se consacrer à la prière et à la pénitence. Cherchant un site isolé pour fonder un ermitage, il se souvient de ses chevauchées quercynoises et choisit, dans la Braunhie, une paroisse délaissée appelée Caniac dont léglise est dédiée à saint Martin 95. Comme la plupart des ermites il sadonne à des exercices de piété et prêche lEvangile à des paysans dont la foi est fortement contaminée par la résurgence du paganisme ancestral. Il aide aussi les braunhiards dans leurs travaux quotidiens. Mettant la main à louvrage, il les encourage à creuser ces petits lacs dont lutilité nest pas à démontrer et qui, à tort ou à raison, portent encore son nom. On peut penser quil a exercé son apostolat dans les diverses paroisses de la Braunhie, faisant de temps à autre une cure de solitude dans une grotte du pech de Coursac à laquelle son nom est longtemps resté attaché. Un jour, peut-être en 799 (96), il est malencontreusement éventré par un taureau agressif. Prenant ses entrailles dans les mains , il serait allé expirer dans son oratoire, près de léglise où il sera inhumé (97). Spontanément canonisé par les habitants de la Braunhie, impressionnés par les circonstances de sa mort, il se devait de faire des miracles. Quelque malade frappé dépilepsie, ou dune affection de ce genre, serait reparti guéri après une visite à son tombeau. Il nen fallait pas davantage pour lui valoir une réputation de thaumaturge et donner naissance à un pèlerinage qui connaîtra un nouvel essor au XIIe siècle (98) et subsistera, avec des fortunes diverses, jusquau début du XXe siècle. Faute dune Vita ou dun Liber miraculorum, on ne peut raisonnablement en dire davantage sur saint Namphaise. Humble et discret, comme tout solitaire digne de ce nom, sa renommée na guère franchi les frontières du Quercy. Malgré tout, son souvenir est resté vivace à Caniac-du-Causse et la vénérable crypte attire toujours des visiteurs qui ne restent pas insensibles à la sacralité du lieu et à la légende du personnage. Pierre Dalon
1. La Braunhie est une petite région karstique du Causse de Gramat, au sol sec et aride, faiblement peuplée, dont lessentiel sétend sur les communes de Caniac, Fontanes-du Causse et Quissac 2. L. dAlauzier. Léglise de Guirande (Felzins). Mémoires de la Société archéologique du Midi. 1968-69. p. 3-11. La paroisse de St Nauphary (Tarn-et-Garonne) avait pour patron un personnage appelé indifféremment Neopharius, Naupharius, Leofarius puis Naufari, qui aurait été évêque et que lon célébrait à Moissac le 14 juin. Certains auteurs lont confondu avec lermite de Caniac. Pour Dauzat et Rostaing (Dictionnaire des noms de lieux de France, 1963), Nauphary pourrait venir de Leobafar, nom dhomme dorigine germanique (?). 3. Proprium sanctorum ecclesiae dioecesis Cadurcensis. Cahors, 1659. Archives diocésaines (8.37). 4. Traduction aimablement proposée par notre collègue Mme Aupoix. 5. Le titre de confesseur est attribué aux saints et bienheureux qui nont pas la qualité de martyrs. 6. On sait aujourdhui que le fameux " diplôme " de Pépin le Bref, daté de 755 et annoncant la construction du monastère de Figeac, est un faux. 7. E. Albe. Monographie de la paroisse de St Jean-de-Laur. Ms Arch.diocésaines. 8. Par exemple les éditions de 1710 et 1854. Bibliothèque Arch. diocésaines. 9. Acta sanctorum ordinis S.Benedicti. Pars secunda Venetiis, MDCCXXXIV, p.405. 10. Vies des Saints par Giry et Guérin. Paris, 1876, T.XIII, p. 438. 11. Series et acta episcoporum cadurcensium. Ouvrage traduit du latin par L. Ayma et publié en 1878. Tome I, p.169 et suiv. 12. Nous avons trouvé plusieurs représentations de St Namphaise en habits militaires. 13. Il a été dressé un inventaire des " lacs " de la Braunhie. C.f. A. Vincent, " Les lacs de saint Namphaise ", manuscrit, Archives diocésaines (A 6.2). 14. Cette petite grotte, sans caractère particulier, est incluse aujourdhui dans une chasse privée. Son entrée a été condamnée. 15. Ouvrage édité par la Société des études du Lot. Cahors, 1900, p.182. 16. Voir les commentaires du chanoine Albe dans LHébrardie, Brive, 1926, chap.1, p. 9 et 10. 17. Cette affirmation nous paraît pour le moins exagérée. 18. M. A. Dominicy. Histoire du pays de Querci. Volume manuscrit. Bibliothèque S.E.L. (2e partie, p. 288). On peut voir aussi une transcription de ce manuscrit par labbé Lacarrière, 1872, p. 131 et 136. 19. Manuscrit, rédigé sans doute en 1686, dont une copie a été faite par M. Calvet. Ms Archives diocésaines (2 Ab) p. 58-59. 20. Il est probable que quelques ossements ont été cédés avant cette date à dautres églises. Il nest nulle part question de déprédations commises par les protestants au cours des guerres de Religion. 21. Cathala-Coture, Histoire du Querci, Cahors. Edit. 1785. T. I, p. 97-98. 22. Jadis lépilepsie (mal caduc, haut mal, mal comitial) était parfois considérée comme une forme de maladie mentale. 23. Voir Grégoire de Tours (Histoire des Francs) et J. de Voragine (Légende Dorée) cités par les différents auteurs de Vies de saints. Notons que saint Brice est le patron de léglise de Saint-Bressou (canton de Lacapelle-Marival). Quant aux autres saints de ce nom, tous plus ou moins obscurs, ils ont vécu aux VIe et VIIe siècles (cf. Vies des Saints par les Petits Bollandistes, op.cit.) 24. Flosculi notitiae figeacensis. Eleuteropoli ruthenorum (Villefranche-de-Rouergue) Ex typographia Gransagniana. 1712. Archives diocésaines (A 5 e , p. 23 et 44). 25. J.F- Debons. Annales ecclésiastiques et politiques de la Ville de Figeac. Toulouse, 1829, p.38. 26. G. Lacoste. Histoire du Quercy, Cahors, 1883. T. I. chap. XXIV, p. 278 et suiv. 27. Pour certains auteurs ce monastère ne se situerait pas près de Gaillac (commune de St-Jean-de-Laur) mais près de Peyrusse en Aveyron. Cf notamment L. dAlauzier : " Léglise de Guirande ", op. cit. p. 7, note 19). 28. Pourtant dans une note (N. 2, p. 19) les éditeurs de Lacoste rappellent que celui-ci jugeait le Sanctoral " peu digne de foi ". 29. C. Lacarrière. Histoire des évêques de Cahors, des saints, des monastères et des principaux évènements du Quercy, Martel, 1880, T.V, p. 99. 30. E. Albe. Monographies des paroisses du diocèse de Cahors. Ms, Archives diocésaines. 31. Terme assez vague, le sanctuaire peut désigner aussi bien un oratoire quune chapelle ou une église. 32. Canton de Cajarc. 33. Canton de Livernon. 34. E. Albe et A. Viré. LHébrardie, Brive, 1924, p. 9-10. 35. L. Réau. Iconographie de lart chrétien. P.U.F., 1958, T.III, p. 966. Il ne donne aucune indication sur liconographie de saint Namphaise. 36. Vies des saints et bienheureux, par les R.R.P.P. Bénédictins de Paris. Paris, 1954, p. 504. 37. L. dAlauzier. Le monastère de Lantouy. B.S.E.L. 1956, 2e fasc. p.92, et Léglise de Lantouy, B.S.E.L. 1971, 4e fasc. p. 141. 38. L. dAlauzier. Léglise de Guirande et ses peintures. op. cit. p. 3-11. 39. Te Igitur. Registre traluit par Lacombe, Combarieu et Cantagrel. Publié en 1874 par la Société des études du Lot. Rubrique n° 350 (non datée). 40. Lendemain de la Saint-Martin, titulaire de léglise de Caniac. 41. Voir lOrdo du diocèse jusquà 1968 (archives diocésaines) 42. Calendrier liturgique de la région apostolique du Midi, Toulouse, édition 1997-1998. 43. E. Albe. Papiers divers. Arch. diocésaines (8/37). 44. Nous avons retrouvé aux archives diocésaines le procès verbal dune visite pastorale de 1847. Il y est dit textuellement : " église beaucoup trop petite mais assez remarquable sous plusieurs rapports et entre autres par sa chapelle souterraine dans laquelle se trouvent le tombeau et les reliques de saint Namphase. En conséquence, au lieu de donner suite au projet que lon formait den bâtir une nouvelle, nous avons annoncé quil serait bien mieux dagrandir celle-ci il en coûtera moins et léglise sera bien plus distinguée ". Malheureusement cet avis pertinent na pas été retenu. Lépiscopat de Mgr Grimardias a été fatal à léglise de Caniac comme à tant dautres édifices romans ou gothiques. 45. E. Albe. LHébrardie, op. cit. I. Marcilhac, p.50. 46. G. Lacoste. Histoire du Quercy, op.cit. T.3, p.368. E. Albe. LHébrardie, op.cit. I. Marcilhac, p.50. 47. E. Albe. Monographies Caniac, op.cit. E. Albe. LHébrardie, op.cit. III.Saint-Sulpice, p.60, 64, 68. 48. Cette chapelle, voûtée en berceau et couverte de lauses, est pourvue dun bel autel en pierre, dun bénitier et dun tronc pour les offrandes. On y voit une statue de saint Namphaise. Sur le linteau de la porte sont gravées les lettres s. nam. es. 49. Coursac faisait partie de la paroisse de Caniac. Depuis la Révolution il est rattaché à la commune de Quissac. 50. Archives Lot, 3 E 742/1. Not. Lapergue. Délibération du 15 février 1784. 51. Cest une salle basse, de forme subcirculaire avec un petit couloir daccès. Depuis sa " désaffectation " cultuelle elle a servi occasionnellement de bergerie. On ny a pas signalé de vestiges archéologiques. Elle nest pas citée dans les inventaires connus, notamment : Taisne (J.), Contribution à un inventaire spéléologique du département du Lot. C.D.S. Lot, 1995. 52. Le lac figure sur le plan cadastral de Quissac dressé en 1840 (section D, parcelle 73). La grotte nest indiquée ni sur le cadastre, ni sur les cartes de lI.G.N. au 1:25000. 53. Canton de Martel. E. Albe. Monographie de la paroisse de Montvalent (Arch. diocésaines). Montvalent était jadis une succursale de Saint-ChriStophe de Brassac, paroisse disparue et absorbée par Montvalent dont léglise a maintenant saint Christophe pour titulaire et saint Namphaise pour patron secondaire. 54. E. Albe. Monographie de la paroisse de Livernon. Arch. diocésaines. 55. Canton de Livernon. Commune limitrophe de Caniac. 56. Commune de Felzins, canton de Figeac-Ouest. 57. J. Daymard. Le Vieux Cahors, 1926, p.206. 58. On y trouve une petite rue Saint-Namphaise. 59. L. dAlauzier. Léglise de Lantouy, op.cit. 60. J. Lartigaut. Assistance et charité à Figeac au bas Moyen Age. B.S.E.L. 1981/4, p.306. En 1493 un marchand de Figeac teste en faveur de la confrérie Saint-Namphaise de cet hôpital. 61. J. Lartigaut. Honneurs funèbres et legs pieux à Figeac au XVe siècle. Annales du Midi, n° 134, oct. nov. 1977, p. 463. G. Foucaud. Notre-Dame du Puy à Figeac. B.S.E.L., 1990/1, p. 8. 62. L. Razoua (abbé). Notes et documents pour servir à lhistoire civile et religieuse de Puylaroque. Montauban, 1883, p. 19. Lauteur commet une grossière erreur en affirmant que Namphaise a fondé labbaye de Marcilhac et quil y a fini ses jours. 63. Canton de Beaulieu-sur-Dordogne. 64. J.B. Poulbrière. Dictionnaire historique et archéologique des paroisses du diocèse de Tulle. Brive, 1964, T.1, p.287. La cloche a été fondue en messidor an 11 (juillet 1803). M. Aubrun. Lancien diocèse de Limoges des origines au milieu du XIe siècle. Institut détudes du Massif Central, Clermont-Ferrand, 1981, p. 325, n.34. Lauteur estime que le nom ancien : La Chapelle-au-Sans ou Eusans (daprès un Pouillé du XIVe siècle) suggère une origine carolingienne. Cest à la suite de la modification du nom de la paroisse que celle-ci passa sous le vocable de tous les saints. 65. E. Albe. Autour de Jean XXII. 4e partie. Extrait des Annales de Saint-Louis des Français, Rome, 1906, p. 163. Arch. diocésaines, A 56 . 66. R. Amiet. Le calendrier liturgique du diocèse de Périgueux. (1548-1559). Bull. Sté historique et archéologique du Périgord, supplément 3e fasc. 1988, p.123. 67. Mémoires de la Sté des lettres, sciences et arts de lAveyron, fasc. 1958, p.250. Arts, littérature et traditions populaires de la commune de Villeneuve. Enquête Julien (1900). 68. J.F. Debons. Annales ecclésiastiques et politiques de la la ville de Figeac, op.cit. p.41. Labbé Debons affirme que les restes de saint Namphaise ont échappé aux Calvinistes et aux révolutionnaires grâce à des habitants de Caniac qui les avaient mis en sûreté. En plus des ossements conservés dans le sarcophage, léglise détient une petite monstrance reliquaire du XIXe siècle contenant un fragment dos. 69. Ainsi dans linventaire de léglise de Cajarc en 1458 il est cité une douzaine de reliquaires , en argent, cuivre ou bois sans le moindre renseignement sur leur contenu. Cf. E. Albe : Inventaire de léglise de Cajarc en 1458. Revue Religieuse, 1908, p. 141 et 155. 70. L. dAlauzier. Dénombrement de 1504 en Quercy pour le ban et larrière-ban. B.S.E.L. 1984, 2e fasc., p.220. 71. Soit un poids quelque peu inférieur à 2 kilogrammes. 72. Canton de Labastide-Murat. Léglise de Soulomès, comme celle de Caniac, dépendait de labbaye de Marcilhac. Cette châsse du XIIIe siècle se trouve aujourdhui au Musée dart sacré de Rocamadour. 73. G.Rongières. Catalogue du musée dart sacré de Rocamadour. Mémoire de lEcole du Louvre, 1993, p.404. 74. " Lan mil neuf cent vingt cinq et le vingtième jour du mois doctobre, je soussigné Gérard dAraquy, curé archiprêtre de la cathédrale, par mandat de Monseigneur Giray, évêque de Cahors, me suis transporté au tombeau de St Namphase, ai brisé les scellés apposés par Monseigneur Enard, ai trouvé dans une boîte divers ossements, ai pris un morceau de côte pour léglise de Montvalent dédiée à St Namphase et une phalange pour Monseigneur lui-même, ai de nouveau apposé les scellés épiscopaux sur la boîte en fer blanc contenant les reliques et sur la boîte en bois contenant la première. Jai eu pour témoins Monsieur Fénautrigues, chanoine titulaire, ancien curé de Montvalent, Monsieur Barsagol, curé de Saint-Sernin et Monsieur Cavalié, curé de la paroisse de Caniac. " Archives diocésaines, registre de fabrique de Caniac. 75. Archives diocésaines. Les patronymes répertoriés appartiennent aux familles Andrieu, Cassan, Galaret, Gras, Holié, Labarrière, Larquié, Loubaudy, Meulet, Pradié, Pradelle, Rigouste. 76. Bernard Vancampen et Philippe Deladerrière que nous remercions pour les renseignements quils nous ont aimablement communiqués. 77. Aujourdhui Labastide-Murat. Les patronymes de ces Namphaise sont Bry, Dufour et Laporte (Beaumat), Coldefy (Montfaucon), Bourdarie (Lamothe-Cassel), Bacou et Jouglas (Labastide), Poujade (Blars). 78. Terrier de la Communauté de Vaylats. Archives Lot. 79. Cahiers de doléances du Tiers Etat de la sénéchaussée de Martel. par L. Lachièze-Rey, Martel,1989. 80. Registres de catholicité de Frayssinet (en Gourdonnais). Arch. diocésaines. 81. A. Vincent. Les lacs de Saint-Namphaise, op. cit. 82. Notamment sur les communes de Couzou, Sauliac, Grèzes et Livernon. 83. Par exemple celui de " lOuradou " à Coursac, proche de la grotte où il aurait séjourné. 84. On remarque la ressemblance de cette statue avec certaines représentations de saint Antoine lermite, mais ici le taureau a pris la place du cochon. 85. Ce vitrail a été offert par la famille Duphenieux, propriétaire du site de Lantouy. 86. P. Dalon. Aspects de la piété populaire en Quercy. B.S.E.L. 2e fasc. 1983, p. 128. 87. Canton de Payrac. 88. R. Martinot. Légendaire du Quercy. Saint-Céré, 1970, p. 125. 89. En 834 le roi Ramire avait remporté la fameuse victoire de Clavijo en invoquant saint Jacques. 90. Léglise, nous lavons dit, était à lorigine sous le vocable de saint Namphaise. 91. L. dAlauzier. Léglise de Guirande. Op. cit. p. 3-11. 93. Un récit, apparemment très tardif, prétend quau moment de rendre le dernier soupir Namphaise aurait lancé son marteau en lair en disant : " là où il tombera mon tombeau sera ". Cet épisode, visiblement inspiré dautres légendes hagiographiques, paraît des plus fantaisistes. Il est formulé dans le Légendaire du Quercy de R. Martinot (op.cit. p.135) et figure dans la notice mise à la disposition des visiteurs de léglise de Caniac. 92. G. de Malevile (op. cit. p. 523) : " en léglise de Canhac ont quelque portion du corps de saint Naufaire quils avaient jadis tout entier ". 94. Le nom du duc Waifre, ou Gaifre (Gaifier pour les quercynois) est attaché par une légende au site de Lantouy sur lequel une cavité est appelée " grotte de Gaifier ". 95. Une église existait certainement à Caniac aux temps mérovingiens (la titulature de saint Martin révèle une très ancienne origine). Il sagirait, selon certains auteurs, du Canniaco cité dans le testament de saint Didier (VIIe siècle). 96. Cathala-Coture, op. cit. p. 97-98. 97. Episode illustré par la peinture murale de léglise de Guirande. 98. Cest à cette époque que fut édifiée une nouvelle église dont la crypte a été pourvue de deux escaliers pour faciliter la circulation des pèlerins. Annexe Proprium Sanctorum Ecclesiae Diocoesis Cadurcensis (MDCLIX) Die XII nov. In festo S. Namphasii Conf. Lectio 4. Namphasius nobili prosapia in Galliae partibus ortus Carolimagni imperator et regis Francorum militiae ascriptus fuit. Is postquam Gothos, Wandalos et catholicae fidei hostes ex Aquitaniae partibus profligasset, Cadurcum agrum pertransiit, reperiit ibi duo monasteria Figiaci nempe et Marciliaci quae antea a Pepino extructa ab ipsis barbaris diruta fuerant quae, cum pius imperator restaurasset et bonis aussisset, in super et aliud coenobium non procul ab ipsis nomine Lantoy prope Caiarcum opidum aedificasset, Cadurcorum fines pertransiit. Lectio 5. Namphasius autem studio vitae solitariae flagrans cunctisque mundi honoribus ab renuncians Christum lucifaceret, prope monasterium Marciliacense eremum incultam introivit : ubi quodam oratorium divo Martino aedificatum, reperiit et postmodum ecclesiam aedificavit. Cum igitur jejuniis et orationibus vacans ibidem consenuisset, diem extremum claudens ab incolis honorifice sepultus et in locum qui nunc Caniacum dicitur est depositus, ad cujus sepulcrum in dies multa miracula maxime circa eos qui morbo comitiali caduco laborant, ope divina patrantur. (Daprès lexemplaire communiqué par labbé Delrieu, de Caïx). Archives diocésaines (8/37.5). |