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LES DÉBUTS DE LA IIIe RÉPUBLIQUE
Pourquoi revenir sur quelques années dans lhistoire dune petite ville de la France profonde, à une époque tragique certes, mais dont le drame a été enseveli dans la mémoire collective sous le souvenir de tant dautres drames nationaux ? Cest que je vois dans cette période un aboutissement et un point de départ. Lhistoire de Figeac pouvait-elle traverser indemne les convulsions dune époque (1815-1870) dont les bases restent ébranlées par la Révolution que François Furet dit à la fois irrévocable et inachevée ? Monarchie aristocratique, monarchie bourgeoise, République démocratique et sociale
sombrant dans le césarisme bonapartiste se sont succédées au rythme des journées
révolutionnaires parisiennes républicaines ou ouvrières. Dans le cadre paisible dune société hiérarchisée et paternaliste prudemment gérée par une oligarchie de propriétaires et dhommes de loi, des turbulences ont agité la vie locale ; à Figeac au XIXe siècle on ne sest pas toujours coulé dans le moule des idées reçues et des régimes établis. Déjà, en 1823, le Sous-Préfet, chevalier de lordre de Saint-Louis, il est vrai, écrivait : "La ville de Figeac est une République" (en ce sens quelle échappe aux lois communes) "il y a une grande quantité de jeunes gens désuvrés et libertins qui commettent toutes sortes de méfaits sans que la police puisse les surprendre". Quelque années plus tard 1834 le Préfet du Lot qualifiait le tempérament figeacois de "passionné, irritable, processif" pour constater plus loin : "dans son comportement général, la population est apathique, peu encline à se remettre en cause" (admirons la subtile distinction entre tempérament et comportement). Lorsquil évoque lhistoire de la deuxième république, Monsieur Estebe écrit : "Cest naturellement dans le Figeacois que la République Égalitaire a le plus dadeptes". Y aurait-il une particularité figeacoise pour ne pas dire un particularisme ? Une plongée dans les archives locales et départementales démontre que si Figeac sest ralliée à la Troisième République dès sa proclamation, le sentiment républicain na émergé quà la suite dune longue maturation coupée daccès de fièvre. Les origines et les progrès du parti républicain à Figeac sous la Restauration et la Monarchie de Juillet Lopposition à la monarchie des Bourbons regroupe lagitation nostalgique et brouillonne des demi-soldes fidèles à lEmpire et la réserve sceptique des libéraux, bourgeois et voltairiens ralliés aux grands principes de la Révolution. Les rapports de police se bornent à évoquer des " cris séditieux ", des réunions illégales, tel un banquet bonapartiste réunissant 16 convives (1818) "on y voyait père de famille appartenant à la classe aisée tandis que des artisans amis des doctrines révolutionnaires au nombre de 8 ou 10 y étaient assis auprès des chefs" Les autorités déplorent que les cafés les plus réputés de Figeac, y compris le café Calmels, lieu de promenade où se rendent aussi quelquefois les dames, ne soient pas abonnés aux bons journaux; il existe aux archives une savoureuse liste des cafés et des cabinets littéraires de Figeac (1822) qui recevaient exclusivement les journaux de lopposition : le Constitutionnel, le Journal des débats : chez Valet, chez Fanarme, chez Descamps (connu aussi comme restaurateur sous le surnom très figeacois de : "Ventre de Far"). La seule "émotion populaire" en 1829 est une réaction de colère contre les difficultés au ravitaillement. Il faut attendre la monarchie de Juillet pour quapparaissent des Figeacois
conseillers municipaux officiellement taxés de républicanisme - le pharmacien Puel,
lavocat Cabriniat - (je nai pas pu savoir sils faisaient partie des 300
abonnés lotois du journal républicain le Radical créé par Marcelin, Lachièze avocat
à Martel et Pierre Lafon médecin à Gramat). Le Radical a pendant 6 ans diffusé les
idées de gauche avant de succomber sous le poids de procès ruineux. Tout change avec la révolution parisienne de février 1848 et la proclamation de la Deuxième République. La France vient-elle de reprendre le cours de la Révolution pour la mener à son terme démocratique et social proclamant le suffrage universel et le droit au travail ? Comment réagit-on à Figeac ? Pour les élections à lAssemblée Constituante (avril 1848), le vote figeacois est mêlé à celui de tous les lotois, en revanche dans les consultations suivantes (organisées après les journées de juin qui ont réveillé la peur sociale) le Figeacois se distingue du reste du département. Aux élections à la présidence de la République, le Figeacois a résisté à la vague bonapartiste en donnant (de justesse) sa préférence au Républicain modéré : Cavaignac. Aux élections législatives en 1849, délaissant la République modérée alors que triomphe le parti de lordre, Figeac désigne pour le représenter deux députés qualifiés de "rouges" : les démocrates socialistes Labrousse et Lafon, ex "citoyens commissaires du gouvernement provisoire" représentant les idées défendues par le journal le Réformateur, propagandiste dune république populaire respectueuse dune Église qui se dissocierait des riches. Liberté de presse, liberté de réunion, ont permis aux éléments les plus avancés du parti républicain de sortir de lombre : certains, tel le secrétaire de mairie, sont affiliés à des sociétés dobédience socialiste ou anarchisante. Galut, un artisan, est le propagandiste pour le Lot de la Solidarité républicaine. Venu du nord, lénigmatique pasteur Lherminier tient des propos qualifiés de démagogiques. Au café Valet, on aurait chanté un air à la gloire du socialiste Ledru-Rollin. En 1850, le Ministre de lIntérieur sémeut des obsèques solennelles dun sieur "Chiezé" qui aurait réuni 150 anarchistes et 10 membres de la garde nationale. Interpellé, le Préfet minimise laffaire en invoquant une coutume locale (!). Le conflit ouvert entre lAssemblée et le prince Président aboutit au coup détat du 2 décembre 1851. Une arrestation préventive avait été ordonnée contre Julien Bailly propriétaire à Panafé, lâme du parti républicain à Figeac, mais celui-ci est introuvable. Le 5 décembre des troubles éclatent à Figeac : le tocsin sonne; le commandant de la garde nationale, Gauzens, dirige la troupe (ouvriers, artisans, un percepteur, un huissier, ministre protestant) qui sempare de la Gendarmerie. Président du comité de résistance, il se présente à la poste pour se faire remettre les dépêches officielles ; lhôtel de ville est envahi, la déchéance de toutes les autorités est proclamée. La municipalité se retire. Lordre est rétabli le 7 décembre par une colonne de 200 hommes du 11e Régiment de ligne et 80 gendarmes, 6 arrestations immédiates sont opérées. En février 1852, les communications mixtes prononcent une vingtaine de condamnations dont 9 à la déportation (J. Bailly à Cayenne par contumace, 8 autres en Algérie). Le parti républicain est écrasé (notons toutefois quinterviendront des mesures de grâce : daprès un état des pensions allouées aux victimes du 2 décembre 1851 et daté de 1882, seuls deux condamnés ont subi un internement de 18 mois en Algérie). Une étroite surveillance pèse encore en 1854 sur les "exaltés". Quen pense-t-on dans le camp des modérés ? Dans un département en état de siège, les figeacois ont boudé le plébiscite du 20 décembre 1851. Quant aux conseillers municipaux, hommes dordre pourtant, ils "traînent les pieds". Appelés à prêter le serment exigé des autorités municipales avant le 15 mai 1852, ils attendent le 14 mai au soir pour proclamer : " Je jure obéissance à la Constitution et fidélité au Président". Lorsque le 1er octobre, le maire le docteur Guary propose une motion formulant le vu que le prince Louis Napoléon Bonaparte puisse continuer "luvre commencée", il se heurte à plusieurs conseillers qui protestent vigoureusement : "La question nest pas à lordre du jour". Toutefois une majorité se rallie à son maire pour adopter le texte suivant : "Le conseil municipal sassociant à la pensée exprimée par le Conseil Général du Lot et comme lui considérant les immenses services rendus par le prince Louis Napoléon Bonaparte à la société quil a sauvée des horreurs de lanarchie et pénétré de la nécessité de donner de la stabilité à son gouvernement, émet le voeu que les pouvoirs qui lui ont été confiés cessent dêtre temporaires et deviennent définitifs." Les résultats du plébiscite de novembre 1852 portant sur le rétablissement de lEmpire sont éloquents à Figeac :
Nont voté que les partisans convaincus et les adversaires
déclarés. Le Second Empire et la IIIe République Flonflons et crinolines, régime policier drapé dans une apparente démocratie, désastres diplomatiques et prospérité économique. Les récoltes sont bonnes, les produits agricoles se vendent bien. Figeac ville marché, traverse une des périodes heureuses de son histoire : elle senrichit et entre dans la voie du progrès : éclairée au gaz, dotée du télégraphe. La ville devient, avec louverture des lignes Brive-Capdenac (1862) et Capdenac-Aurillac (1866), un nud de communication ferroviaire (incomplet : comment joindre le Chef-lieu du département ?). La prospérité avait-elle fait oublier la politique ? Il est plus honnête de dire que la candidature officielle, les pressions administratives et la censure muselaient lopposition. En 1870, les électeurs figeacois invités à se prononcer sur lEmpire, devenu officiellement libéral, lui refusent leur confiance à 40 % des votants; dans le Lot 93 % des électeurs confirment leur attachement au régime. La France impériale est emportée par les défaites daoût 1870 : le 4 septembre, lEmpereur et une armée de 82 000 hommes sont prisonniers à Sedan. Le 4 septembre 1870 Figeac grâce au télégraphe est informé des événements. Le conseil municipal siège en permanence. 2 heures du soir : On connaît la captivité de lEmpereur. Première réaction : élan patriotique et inquiétude. Douze conseillers municipaux votent une adresse au corps législatif "que le corps législatif prenne en main les destinées du pays, quil déclare la Patrie en danger, quon vote la levée en masse, quil sinspire des héroïques volontaires de 1792." Na pas voté ladresse, le chaudronnier Boyer : car il proposait dattendre de nouvelles dépêches de Paris. Dans lurgence on dresse la liste des cadres pour former la garde nationale sédentaire. 4 septembre, 10 heures du soir : Le conseil a reçu la nouvelle de la proclamation de la République à Paris, après quelques paroles adressées par M. Puel au peuple qui se trouvait hors de la salle pour lengager à lordre et à maintenir le conseil municipal en fonctions, celui-ci pour assurer lordre et maintenir la tranquillité dans la ville a nommé 3 commissions dotées de pleins pouvoirs pour requérir la force publique en cas de troubles. Dans les jours qui suivent, le maire et les adjoints désignés par le pouvoir impérial démissionnent. Une commission provisoire composée des 5 premiers inscrits au tableau prend la direction de la mairie : son premier geste est de demander au préfet lenvoi darmes pour la garde nationale sédentaire. Deuxième réaction : Le 9 septembre, par lintermédiaire de ses élus, Figeac se rallie à la République dans une vibrante adresse au gouvernement de la Défense Nationale : "En présence du danger de la patrie nous venons offrir notre concours au gouvernement républicain qui a pris en mains les destinées de la France. Un grand peuple se relève et vient se ranger autour de vous qui navez cessé de combattre pour les libertés perdues. Disposez de nous, notre entier dévouement vous est acquis. Notre devise est la même que celle de nos pères de 1792 : vivre libres ou mourir. Comme eux nous saurons vaincre et la République retirera la France de labîme où la plongée le pouvoir personnel. Vive la République". Le mouvement républicain avait triomphé, mais dans quelle atmosphère ? La guerre continue. Des élections municipales se préparent. Les responsables de lautorité locale souhaiteraient la présence dune partie de la garde mobile en garnison à Cahors. Les élections sont annulées. Il ny a pas de fusils pour armer la garde nationale locale, larsenal de Toulouse était vide, il faut recourir à des fusils confisqués et déposés au greffe de Figeac. Arrive lhiver impitoyable. Figeac porte aussi le poids de la guerre en hébergeant 1300 gardes nationaux mobilisés et 100 militaires malades ou blessés. Nous sommes entrés dans les drames de "lannée terrible", des températures polaires, le siège de Paris, la famine, la défaite, la Commune. A Figeac (deuil, misère, chômage) appel à la générosité des particuliers. Interdiction de tout bal et spectacle public, tout concert et tous chants (autres que patriotiques) qui seraient une véritable insulte au malheur public. En mai 1871, la commission municipale qui gérait la ville laisse la place à un nouveau conseil municipal tout aussi républicain. Le registre des délibérations de la ville est pour cette période un document étonnant : agissant comme une assemblée représentative au plan national, nos élus interviennent auprès du gouvernement pour formuler leurs vux sur la conduite des affaires de létat. 14 mai : Adresse au chef du pouvoir exécutif Thiers à lAssemblée Constituante (élue en février) formulant un double vu : la cessation de la guerre civile ; lextension des franchises communales à toutes les communes de France dans un cadre républicain. Anticipant toute décision officielle, le conseil municipal désigne de lui-même son maire Arsène Teilhard, un avocat qui, en bon juriste pourtant, a mis ses collègues en garde contre leurs audacieuses initiatives. 30 juillet : Nouvelle adresse au gouvernement votée à lunanimité des suffrages exprimés : - que la France ne simmisce pas dans les affaires dItalie au sujet du pouvoir temporel du Pape ; - que soit proclamée lamnistie pour tous les délits politiques. 1er septembre 1871 : Adresse à lAssemblée Nationale considérant : - que lAssemblée nationale actuelle élue aux termes de larticle 2 de larmistice reproduit par le décret de convocation des électeurs na reçu du suffrage universel quun mandat limité à la gestion de la paix et de la guerre ; - quelle perpétue le malaise du pays et sépuise dans des luttes à la fois passionnées et stériles ; Les soussignés demandent sa dissolution. Cette proposition est adoptée à lunanimité des votants par le conseil municipal qui décide à la majorité que la pétition sera publiée par voie daffiches. Délibération annulée par le préfet. Ces interventions expliquent la méfiance des autorités préfectorales vis à vis de Figeac : une lettre confidentielle du sous-préfet datée de mai 1873 précise que le réel danger de troubles vient du figeacois, suit une liste de 35 personnes à surveiller à cause de "lexaltation" de leurs opinions parmi lesquelles : Julien Bailly déporté (?) en 1852, ami de Louis Blanc, très "exalté", influent, le véritable chef peut-être des partis. En janvier 1876, le même sous-préfet répond à une enquête du Ministère de lIntérieur : "les Francs maçons de larrondissement de Figeac, appartenant pour la plupart aux opinions avancées ne sont pas réunis en loges mais dépendent des loges départementales voisines où se fait leur admission". Ladministration peut bien sinquiéter, à Figeac on en na cure : le choix républicain fait en 1870 na jamais été remis en cause. Et pourtant nous sommes dans un département où linfluence bonapartiste a été si forte quelle a valu au Lot le surnom de Petite Corse, et a une époque où lon a pu se demander si la France ne basculerait pas de nouveau dans le régime monarchique, à Figeac, toutes les équipes municipales élues dès 1870 ont une majorité républicaine (1871, 1872, 1874, 1877). Après le vote des lois constitutionnelles de 1875 organisant enfin le régime, deux gestes symboliques locaux glorifient la République : - son buste est placé dans la salle des séances du conseil municipal ; - son nom est donné à la nouvelle rue qui va de la place au froment à lécole maternelle ; tandis que Figeac choisit "le proscrit de 1851" comme délégué sénatorial : Julien Bailly. En 1876, son maire Teilhard devient député du Lot, le seul représentant des républicains. Or en France, le parti républicain progresse dans lopinion doù linquiétude des Royalistes, Bonapartistes, dune partie des Catholiques constituant le parti de lordre, dans cette république présidée par un maréchal orléaniste Mac Mahon et dont la Chambre haute est un bastion conservateur. Il existait à Figeac, près de la mairie, une petite ruelle pentue et au tracé en baïonnette, portant le nom mystérieux, pour ceux qui avaient oublié lhistoire, de rue du 16 mai. Le 16 mai 1877, dernière tentative du parti de lordre pour arriver au pouvoir le président de la République, le maréchal Mac Mahon, dissout la Chambre des Députés et suspend un millier de municipalités "suspectes" ; celle de Figeac est du nombre. Une commission municipale présidée par le colonel de Flemans (décret du 9 août 1877) la remplace; Cette commission siège jusquau 23 décembre avec une particulière assiduité et applique la politique de lordre moral. Malgré lintensité de la propagande du parti au pouvoir et certaines contraintes (à Figeac, des mesures de police limitant le nombre des électeurs présents pour "prévenir lencombrement et le désordre"), les élections ramènent à la Chambre une majorité républicaine. Mac Mahon se soumet au verdict des urnes et démissionne; les municipalités dissoutes sont rétablies et Figeac retrouve son conseil municipal et son maire, réélu député. Lun et lautre votent une adresse de félicitations à Jules Grévy, nouveau président de la République et à Gambetta, président de la Chambre des Députés. Les années passent, Figeac continuera à envoyer à la Chambre un député républicain, Teilhard, puis son neveu Rozières alors que le Lot sentête dans le vote conservateur. Il faut attendre 1889 pour quau terme dune campagne électorale épique les quatre députés du Lot soient républicains : parmi eux Louis Vival, maire de Figeac depuis 1883. Les couches nouvelles annoncées par Gambetta arrivent aux affaires dès 1881, le conseil municipal de Figeac repose sur des bases sociales élargies. Petits fonctionnaires, artisans, commerçants y ont la majorité face aux notables traditionnels. Figeac avait très tôt fixé son orientation politique et sera fidèle au radicalisme plus ou moins avancé. Au terme dune longue évolution, Figeac avait pris lorientation politique que notre ville gardera jusquà la deuxième guerre mondiale. "Primum vivere deinde philosophare". Les événements politiques, les querelles religieuses évoquées dans une chronique déjà publiée, voilà pour la pensée. Reste la vie quotidienne, son rythme et ses problèmes. Les administrateurs locaux des années 1870-1880 ont sans cesse trouvé dans leur ordre du jour : lapprovisionnement en eau de la ville ou les cruelles fantaisies du Célé, la gestion du patrimoine communal ou les difficultés de circulation dans les vieux quartiers, les revenus de loctroi ou la charge onéreuse des établissements scolaires, la question restée pendante des relations ferroviaires avec Cahors, sans compter les aléas de la conjoncture telle la crise phylloxérique de 1878 ; et cela malgré linsuffisance, mainte fois déplorée, des ressources financières. Il nétait pas question de mettre en vigueur lambitieux plan durbanisme élaboré au milieu du siècle et le temps continue à marquer de sa griffe les vieilles demeures socialement déchues. Pourtant la ville change : le chemin de fer a fait naître un nouveau quartier et réveillé le vieux faubourg St-Martin. Le faubourg Caviale prend de limportance avec le projet de construction du Palais de Justice (décidé en 1871) et le prolongement des "quais". Seul demeure inchangé le faubourg du Pin traversé par le vieux canal des moines. Dans le centre ville disparaissent des lieux de la mémoire locale : la vieille halle du XVIe siècle démolie (décision de 1877), lancien Mazel vendu, la mairie de la rue du Griffoul (bâtiment vétuste mais remarquable témoin de larchitecture locale) abandonnée en 1878 au profit du bel ensemble immobilier de la famille de Colomb légué à la ville par Fanny Delpuech. Objet daménagements successifs, la place de la Raison, alias place de la République, alias place Bourbon devient le lieu des grands rassemblements festifs ou commémoratifs. Cest une fête qui ma suggéré ma conclusion. Je vous livre un texte anonyme qui narre dune plume malicieuse linauguration des bornes fontaines à Figeac à la fin du siècle. Plus quun récit vivant et plein dhumour, cest lexpression de la réalité figeacoise (tempérament et comportement comme disait le préfet du Lot en 1834). Extrait des notes dun figeacois : "Dimanche 23 août 1896, journée mémorable pour les habitants de Figeac, il sagissait de linauguration des bornes fontaines par où sécoulent les eaux du Berbezou, petit ruisseau prenant sa source à Latronquière que lon a capté à 11 kilomètres dici. A cette fête avaient été conviés et sont venus : - M. Bourgeois président du Conseil des ministres, prédécesseur de celui que nous avons actuellement (ministère Méline) - une suite composée dune quinzaine de députés et de sénateurs. Tout ce monde a banqueté et péroré sous la Halle, levant son verre pour la prospérité de la République qui doit, par des réformes dimpôts projetées, augmenter la grandeur et la puissance du pays. A ce banquet nont pas pris part les bourgeois de la ville, ennemis nés de toutes ces innovations fiscales comme le rat devant le chat enfariné. 17 sociétés de musiciens en cuivres et dorphéonistes sont venus se disputer un grand nombre de prix et ont fait ladmiration de la ville et des étrangers accourus de toute part au nombre de 9 à 10 000. Leur défilé au pas redoublé depuis la gare jusquà la place de la Raison a parcouru les boulevards, la rue dAujou, la place basse, la rue Gambetta, places et rues couvertes de guirlandes de buis faisant suite à un superbe arc de triomphe élevé de 8 à 10 mètres à la tête du pont du Griffoul, coté de la ville. Du haut de cet arc, par les deux faces latérales, 2 dauphins de zinc versaient de leau nouvelle dans le Célé où elle allait rejoindre sa congénère entrée dans la rivière au lieu dit le Colombier. De nombreux coureurs "en" bicyclette étaient appelés à se mesurer dans le vélodrome établi pour la circonstance sur le plateau du champ de foire. La fête a présenté diverses attractions en dehors de la politique dont certains ont blâmé lintrusion . Dabord deux grandes orgues avec manège de chevaux de bois qui nous ont tout le temps assourdis, ensuite un ballon monté par un farceur daéronaute qui, parti de la place de la Raison est allé tomber près de la gare après sêtre élevé à moins de 100 mètres de haut. Enfin un feu dartifice qui na pas répondu dit-on à lattente des spectateurs".
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