BSEL - Octobre-Décembre 1999

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4e fascicule 1999 - Octobre-Décembre - Tome CXX

La société des Études du Lot | Sommaire complet du fascicule

 

TESTAMENT DE VIDAL LA GRIFFOLET,
BOURGEOIS DE GOURDON, EN 1348

 

Origine du testament :
Archives de Gourdon GG 12. Texte en latin.

Que savons-nous du testateur ?
Le testateur appartient sans doute à une famille de notables gourdonnais. Il ne nous est guère connu que par son testament et sa présence, signalée par le registre consulaire BB 1, parmi les nombreux conseillers assistant aux délibérations des 4 mars, 24 avril 1330 et 14 janvier 1331 (n.st.). Un certain G. la Griffolet, mentionné une seule fois dans le même registre, et Peyre la Griffolet, qui l’est à dix reprises, sont peut-être apparentés au testateur, mais nous n’en avons pas la preuve.

Couvrant la période qui va de mars 1337 à 1338 (n.st.), le registre BB 2 relève encore la présence du conseiller Peyre la Griffolet aux séances du 7 mars 1337, 1er mai 1337, 15 mai 1337, 30 mai 1337, 6 novembre 1337, tout en rappelant les activités de Me Peyre la Griffolet (15 mars 1337 n.st.) et d’Arnal la Griffolet au service de la communauté (8 janvier 1338) (n.st.) S’agit-il de parents ou de simples homonymes du testateur ?

De même qu’il atteste la présence du conseiller Peyre la Griffolet à la séance du 5 mars 1340 (n.st), le registre BB 7 (mars 1340 à mars 1341) (n.st.) précise le salaire de ses travaux pour le compte du consulat et la rétribution accordée à Ramon la Griffolet et à ses compagnons qui ont servi d’escorte pour aller jusqu’à Souillac.

Un certain Guilhem la Grifolet accédera à la charge consulaire en 1386 (registre consulaire BB 6).

Notre testateur a pour frères Guilhem la Griffolet et Arnal la Griffolet. Son fils et héritier s’appelle également Vidal la Griffolet. Si l’auteur du testament garde de l’affection pour son père, auprès duquel il veut être enterré, il ne dit pas un mot de sa propre mère ni de celle de son fils.

Il ne semble pas avoir survécu à l’institution de son testament car son nom n'apparaît plus dans les archives gourdonnaises après 1348, non plus d’ailleurs que celui de son fils unique, ce qui pourrait inciter à penser que l’orphelin est mort en bas âge.

Hypothèses sur les circonstances du testament
Vidal la Griffolet a-t-il été particulièrement impressionné par les raids de reconnaissance, d’intimidation et de pillage lancés, l’année précédente, à travers le Haut-Quercy, par les bandes anglo-gasconnes de Domme ? Maîtres de la place depuis le 30 mai 1347, les ennemis ont, de cette citadelle, lancé une chevauchée vers Salviac, qui est tombé au bout de quelques jours, occupé sans doute aussi Dégagnac qui sera donné l’année suivante par le roi d’Angleterre à Raymond Bernard de Durfort, chevalier du parti anglais… Certes, la présente année a bien commencé puisque Domme vient d’être reprise, pour la fête de Pâques précisément, grâce à Guillaume de Montfaucon, sénéchal de Quercy, un homme énergique venu à Gourdon, le 10 octobre 1347, pour y appeler à la résistance tous les hommes de plus de quinze ans en état de se battre. Aidé de nos milices locales et d’un contingent sarladais, il a réussi à déloger les dangereux intrus de leur repaire. Mais, songe Vidal la Griffolet, ces "Anglois" dont on achète souvent le départ avec de l’argent reviendront un jour, c’est sûr…

Il devrait être rassuré par les trêves de dix mois que les souverains de France et d’Angleterre ont signées, le 28 septembre 1347. Mais, outre qu’elles n’ont jamais été bien respectées par les adversaires, ni en Périgord ni en Quercy, ces trêves sont venues à expiration, le 28 mai 1348, et les hostilités risquent de reprendre : en atteste la fièvre obsidionale qui a saisi Gourdon et Sarlat depuis la prise par trahison du Mont-de-Domme et sa délivrance par les gens d’armes du roi de France.

Peut-être Vidal la Griffolet est-il amené à mettre de l’ordre dans ses affaires et à pourvoir au salut de son âme en considération de nouvelles alarmantes qui lui sont parvenues par le canal d’informateurs sûrs, ses collègues marchands de Méditerranée, de Provence, du Languedoc et du Périgord ? Une terrible "mortalité", que d’aucuns appellent la peste noire et les ennemis du roi "black death", c’est-à-dire la mort noire, vient de faire son apparition pendant le dernier hiver dans les ports méditerranéens. Ce fléau, que Dieu envoie sans doute aux hommes en châtiment de leurs péchés, remontant la vallée du Rhône, exerce, depuis janvier 1348, ses ravages à Montpellier ; en mars, elle sévit en Avignon ; en avril, elle désole Toulouse ; en juin et juillet, exacerbée probablement par les chaleurs de l’été et la famine qui lui ouvre la route, la "mortalité" décime la population de Gascogne et s’apprête à se jeter sur le Quercy. Périgueux est déjà touché par la peste : on l’informe de bonne source que le quart de la malheureuse population de cette cité aurait déjà disparu.

Teneur du testament
"Au nom du Seigneur, amen. Que sachent tous et chacun, par ce présent instrument public, que l’an de l’incarnation du Seigneur 1348, à Gourdon, le vendredi précédant la fête du bienheureux Barthélemy, apôtre, régnant illustre prince, messire Philippe, par la grâce de Dieu roi de France, en présence de moi, notaire soussigné, et des témoins ci-dessous mentionnés, personnellement constitué Vidal la Griffolet, de Gourdon, sain de corps et d’esprit, considérant qu’aucun être charnel ne peut éviter le péril de la mort et que rien de ce qui est humain ne peut subsister perpétuellement, rien n’étant plus certain que la mort ni plus incertain que l’heure d’icelle, désirant pourvoir au salut de son âme et disposer de ses biens ... Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, amen, a fait, établi et même ordonné son dernier testament nuncupatif en disposant de ses biens de la manière qui suit.

Tout d’abord il donne, confie et rend son âme et son corps au seigneur Dieu Jésus-Christ, fils de la glorieuse et bienheureuse vierge Marie, à la glorieuse et bienheureuse vierge Marie, aux bienheureux apôtres, Pierre, Paul et Jacques, et à tout le collège des bienheureux.

Il choisit pour sépulture de son corps le cimetière de la Chapelle, alias de la Capela, (1) auprès de son père.

Sur ses biens, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, à la Chandelle de la Bienheureuse Marie de la Vota, de Gourdon, (2) dix sols cahorsins, payables une seule fois.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, à l’aumône destinée à vêtir les pauvres (lalmoyna dels paubres vestir) (3) de Gourdon, six deniers cahorsins de rente ou de revenu annuel, qu’il assigne à la dite aumône et assied sur un jardin lui appartenant, situé a la Malaudia (la Maladrerie ou la Léproserie) (4), confrontant, d’une part, avec le chemin public par lequel on va de Gourdon à la Roquette, alias la Roqueta.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, une quarte de noix qu’il veut donner, sous forme d’huile, au luminaire de la Bienheureuse Marie de la Vota de Gourdon et aux églises du dit lieu de Gourdon.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, à l’église du bienheureux Pierre, de Gourdon (Saint-Pierre, de Gourdon) une torche de cire d’une livre, à donner une seule fois, pour l’illumination de l’église lors de l’élévation du corps du Christ, quand des messes y seront célébrées.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, à l’église du bienheureux Siméon de la Chapelle (laCapela), de Gourdon (église de Saint-Siméon de la Chapelle, de Gourdon) (5), une torche de cire d’une livre, à donner une seule fois, pour l’illumination de l’église lors de l’élévation du corps du Christ, quand des messes y seront célébrées.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, à l’église des Frères mineurs, de Gourdon, alias des Cordeliers (6), une torche de cire d’une livre, à donner une seule fois, pour l’illumination de l’église lors de l’élévation du corps du Christ, quand des messes y seront célébrées.

Item, le dit testateur lègue ou laisse à l’église des Sœurs mineures, de Gourdon (alias de las Menoretas) (7) une torche de cire d’une livre, à donner une seule fois, pour l’illumination de l’église lors de l’élévation du corps du Christ, quand des messes y seront célébrées.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, à l’église du Mont-Saint-Jean (8), une torche de cire d’une livre, à donner une seule fois, pour l’illumination de l’église lors de l’élévation du corps du Christ, quand des messes y seront célébrées.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, aux hôpitaux de la Chapelle (9) (laCapela), de Sainte-Catherine (10) et de la bienheureuse Marie-Madeleine (alias la Madeleine) (11), de Gourdon, à savoir à chacun des dits hôpitaux, cinq sols cahorsins à donner et à distribuer sous forme de pain aux pauvres s’y trouvant.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, dix setiers de "blé", mi-froment, mi-seigle, à la mesure de Gourdon, à livrer une seule fois et à donner et distribuer aux pauvres, à l’égard et à la connaissance de Guiral de Sanh Clar, de Gordo, alias Géraud de Saint-Clair, de Gourdon.

Item, le dit testateur lègue ou laisse aux confrères de la confrérie de Saint-Jean, dont il est lui-même confrère, vingt sols tournois des petits, payables une seule fois, à condition que les dits confrères reçoivent dans la confrérie Vidal la Griffolet, fils du dit testateur.

Item, le dit testateur veut et ordonne qu’on s’en tienne aux dires de tous ses débiteurs, mentionnés par écrit dans ses papiers, une fois qu’ils auront prêté le serment habituel.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, dix paires de souliers à donner et à distribuer aux pauvres une fois seulement.

Item, le dit testateur lègue ou laisse, pour l’amour de Dieu et le salut de son âme, dix paires de "caliges" à donner une seule fois, et à distribuer aux pauvres.

Pour tous ses autres biens, meubles et immeubles, droits, raisons, actions et devoirs quelconques, quels qu’ils soient et où qu’ils soient, sous quelque nom qu’ils soient, le dit testateur a fait et institué son héritier universel Vidal la Griffolet, son fils légitime et naturel, lequel devra régler une fois seulement toutes ses dettes, legs et aumônes selon la volonté du dit testateur.

Et le dit testateur veut et ordonne que son dit fils soit pourvu d’un tuteur ou de tuteurs, à l’égard et connaissance de Guiral de Sanh Clar, de Gordo, alias Géraud de Saint-Clair, de Gourdon, exception faite de Guilhem la Griffolet et d’Arnal la Griffolet frères du dit testateur, auxquels il interdit, autant que faire se peut, d’être les tuteurs de son fils.

Et, s’il arrive que le dit Vidal la Griffolet, son fils, décède ou meure dans sa minorité ou après, sans descendance légitime et naturelle issue de mariage légitime, le dit testateur a légué sur ses biens cent livres tournois des petits à des jeunes filles pauvres, pour faciliter leur mariage, et le restant de tous ses biens sera distribué aux pauvres, à l’égard et connaissance des consuls de Gourdon, alors en exercice, et de Guiral de Sanh Clar, de Gordo, alias Géraud de Saint-Clair, de Gourdon, s’il est encore vivant.

Réserve faite que, dans ce cas, le dit testateur lègue à la fille d’Arnal del Pech, de Saint-Germain, sa filleule, cent sols cahorsins, payables une seule fois, pour faciliter son mariage.

Item, le dit testateur lègue ou laisse en ce cas à la fille de Guiral la Carriera, alias Géraud la Carriera, sa filleule, cent sols cahorsins, payables une seule fois, pour faciliter son mariage.

Item, le dit testateur lègue ou laisse en ce cas à la fille de Peyre la Maurelia, alias Pierre la Maurelia, pour faciliter son mariage, cent sols cahorsins, payables une seule fois.

Et, pour l’observation du contenu du présent instrument, le dit testateur a soumis tous ses biens au for, à la juridiction et contrainte de messire le sénéchal de Périgord et Quercy, et de sa cour.

Acte passé l’an, le jour, dans le lieu et sous le règne que dessus, en présence des témoins à ce appelés et priés, ensemble réunis : Peyre Escural, Bernat del Verdier, meunier, Johan Blay, Arnal de Gandamanha, Guiral la Ribiera, Ramon de Valvert, Jacme del Mercat et Guiral de Sanh Clar, de Gordo, alias Géraud de Saint-Clair, de Gourdon.

Et moi, Guilhem la Cassanha, clerc, notaire public par l’autorité royale, de ce requis, j’ai fait des recherches pour établir cet instrument public, en ai pris note, l’ai rédigé et, de ce requis et prié par le dit testateur, j’y ai apposé de ma propre main mon seing habituel dont j’use dans mon office.

Seing du dit notaire"

Conclusion
Très classique par son préambule, concret par ses legs et original par certaines des dispositions prises par Vidal la Griffolet, ce testament présente en outre une valeur pédagogique évidente pour le lecteur d’aujourd’hui : au fil des dons et des aumônes, nous passons en revue toutes les églises de Gourdon en service en 1348 (Saint-Pierre, Saint-Siméon, Les Cordeliers, Las Menoretas, le prieuré du Mont-Saint-Jean), sans oublier les maisons et établissements de charité (la Maladrerie, les hôpitaux de la Chapelle, de la Madeleine et de Sainte Catherine)… Membre de la confrérie de Saint-Jean, Vidal la Griffolet ne saurait omettre de gratifier d’un don en numéraire et en nature la chandelle et le luminaire de la Bienheureuse Marie de la Vota (ou du Voeu) et d’offrir une rente à l’aumône consacrée à vêtir les pauvres.

Sans doute accoutumé, par ses fonctions au sein d’une confrérie charitable, au spectacle de la misère et des souffrances des plus démunis, le testateur témoigne très concrètement sa compassion aux pauvres de Gourdon en leur ouvrant sa bourse, en leur donnant accès à son grenier à céréales, en participant à la quête des vêtements, en faisant exécuter pour eux dix paires de souliers et de "caliges".

La générosité du testateur se manifeste également en faveur de la confrérie dont il est membre, mais elle est conditionnée par l’acceptation de son fils au sein de cette pieuse association. Il s’agit presque là d’une transaction commerciale, d’un véritable marché : l’escarcelle du testateur ne s’ouvrira que si le rejeton prend la place du père en assumant sa charge mais en bénéficiant aussi de la considération, privilèges et prérogatives accordés et dus à un confrère de Saint-Jean.

Généreux, sans doute, mais point benêt, Vidal la Griffolet veut bien que l’on s’en tienne à la parole de ses débiteurs, mais il faudra que leurs dires correspondent aux comptes qu’il a consignés par écrit, leurs déclarations devant être précédées, avant toute chose, d’un serment en bonne et due forme...

Prudent à l’égard de ses confrères et de ses débiteurs, le testateur laisse apparaître un esprit passablement vindicatif quand il s’agit d’un point essentiel de ses dernières dispositions : le choix d’un tuteur pour son fils. N’importe quel gourdonnais agréé par son homme de confiance, Guiral de Sanh Clar, pourra être admis à cette fonction et gérer, pendant la minorité de l’orphelin, les biens du défunt, à l’exception toutefois des propres frères du défunt, avec lesquels notre confrère de Saint-Jean veut apparemment régler de vieux comptes…

Dans l’éventualité de la mort en bas âge de son fils, Vidal la Griffolet, retrouvant tout à coup toute sa générosité et excluant aussi en même temps toute possibilité à ses frères de recevoir la moindre miette de son héritage, lègue des sommes considérables à des jeunes filles pauvres de Gourdon, pour leur servir de dot, sans oublier ses deux filleules et la fille d’un serviteur ou ami, le reste de ses biens devant être réparti entre les nécessiteux de la ville.

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Notes

1 - L’existence de ce cimetière de la chapelle (de Saint-Siméon) est attestée en 1312 par le registre judiciaire FF 11. Témoignage de Peyrona, veuve de Peyre del Estanc : "dih que ela vi e auvi que Guilhem de Sanh Clar ferit iradamen Peyre del Sotol, lo condumie, ab una peira sus el cap e, pel dig colp, ichagnet. E aicho fo lo dimecres propdanamen passat, davan lo semeteri da la Capela". Mais l’église (ou chapelle) de Saint-Siméon et le cimetière attenant sont beaucoup plus anciens.

2 - E. Albe rapporte dans "Les institutions religieuses de Gourdon", page 30, "Si nous en croyons une relation de 1512, il se serait produit un miracle, en l’an 1284, dans la chapelle de Notre-Dame, dite du Voeu, de l’ancienne église Saint-Pierre de Gourdon (l’édifice actuel est du début du XIVe siècle). D’après "un parchemin qui est dans le coffre"… un perclus des bras durant quatre ans estant venu le jour de Pasques en la dite chapelle, après avoir reçu une absolution de prestre, ses mains se desliarent et en usa, comme auparavant son infirmité... C’est peut-être au vœu de ce miraculé que la chapelle Notre-Dame doit son surnom... Peut-être le lui a-t-on également donné à la suite d’un vœu solennel fait à la Vierge par la communauté à l’occasion d’un grave péril menaçant la ville (guerre, peste, famine) ?"

3 - Aumône très populaire à Gourdon. On en trouve constamment des mentions dans les registres consulaires du XIVème siècle. Elle se concrétise par des dons en camias (chemises grossières) à l’occasion des fêtes de Pâques, de la Toussaint et de Noël.

4 - La chapelle de la maladrerie ou léproserie de Gourdon existe toujours. Elle n’est pas très éloignée de l’hôpital actuel et très proche de la jonction des routes se dirigeant l’une vers Salviac et l’autre vers la Roquette et Concorès. Non loin de la maladrerie, un panneau indique, sur main droite, quand on prend la route de Salviac, la "Fontaine des malades", jadis réservée au lépreux.

5 - Le 5 des nones de mai 1153 (3 mai 1153), le pape Eugène III prend sous sa protection, par bulle expresse, le monastère de Saint-Sauveur de Sarlat, auquel il accorde certains privilèges, et il nomme à cette occasion toutes les paroisses qui en dépendent.

Parmi les 76 bénéfices consciencieusement énumérés par Eugène III, et dont un grand nombre paraît avoir été identifié et localisé par M. G. Marmier (Bulletin de la Société historique du Périgord. tome XI), il est fait mention (pour la première fois semble-t-il) de l’église ou chapelle de Saint-Siméon de Gourdon (Sancti Simeonis de Gordonio), qui a laissé son nom à l’église actuelle ainsi qu’à tout un faubourg de la capitale du Haut-Quercy.

6 - L’église des Frères mineurs ou des Cordeliers de Gourdon fut construite dans la seconde moitié du XIIIe siècle, vers 1265 (R. Bulit : Gourdon-en-Quercy, cité médiévale. 1971, page 31). Le couvent du même nom, achevé en 1273, n’a laissé aucune trace visible.

7 - C’est en 1300 (selon G. Lacoste, op. cit. tome 2, page 409) et en 1303 (d’après R. Bulit "Gourdon", page 184 et "Gourdon, cité médiévale", page 10) que fut fondé le couvent des religieuses de Sainte-Claire de Gourdon (les "Clarisses", alias "Menoretas"). Cette fondation pieuse fut l’œuvre de Fayts (de Thémines), veuve de Fortanier de Gourdon et fille de Girbert II de Thémines et d’Hélène de Gourdon. Après avoir convenablement doté la nouvelle communauté de moniales, Fayts y prit le voile et en devint la prieure. G. Lacoste précise encore que ce monastère est connu dans les chartes du temps sous le nom d’abbaye de Payrat (Payrac), alias de Marie de Gourdon.

8 - La fondation du monastère du Mont-Saint-Jean remonte au mois de juillet 1119 (G. Lacoste, op. cit., tome 2, pages 21-22) "Se rendant de Cahors (où il avait séjourné du 22 juillet 1119 au 27 juillet 1119 à Périgueux, le pape Calixte II s’arrêta au "château" de Gourdon, à la prière de Guilhem, seigneur de cette ville. Le lendemain de son arrivée, Guilhem de Gordo (Guillaume de Gourdon) conduisit son hôte au Mont-Saint-Jean, où il avait le dessein de fonder un monastère. Condescendant aux humbles sollicitations de Guilhem de Gordo (Guillaume de Gourdon), Calixte II bénit la première pierre du monastère, sur laquelle il fit graver une croix. Après la cérémonie, il revint coucher à Gourdon et reprit, dès le lendemain matin, la route du Périgord. Tant qu’il séjournait à Gourdon, le pape était accompagné par les chanoines du Vigan qui sollicitaient la confirmation des privilèges de leur église : ce qu’il leur accorda par une bulle datée de Périgueux.

A la fondation du monastère du Mont-Saint-Jean assista, à titre de témoin, l’an de grâce 1119, un certain Bernuy "capela de Gordo" qui, selon le chanoine Albe (Les institutions religieuses de Gourdon, page 4) pourrait bien être le recteur de la ville et non pas un simple chapelain".

9 - Chaque église de quelque importance se devait d’avoir à proximité quelques bâtisses, pompeusement appelées "hôpital", où l’on hébergeait et nourrissait pèlerins et pauvres vagabonds.

Il est question de l’hôpital de la Chapelle (hospital da la Capela) dans le registre judiciaire FF 11, à la date du 19 décembre 1314, lors de la déposition de maestre Peyre Rigal "Item reconoc mai que, lo digmerc propdanamen passat, iac al hospital da la Capela".

10 - Il en est question dans le registre judiciaire FF 12, f° X recto, à propos de la mésaventure survenue au recteur Ramon Bru qui avait, semble-t-il, en 1322, la charge spirituelle des pensionnaires de cet hôpital. Le faubourg ou "barri" gourdonnais de Sainte-Catherine a perdu, depuis fort longtemps, son nom et porte actuellement celui de son artère principale, l’avenue Gambetta.

11 - Mention de l’hôpital de la Madeleine est faite dans le même registre, folio CXI, à la date du 12 avril 1317, lors de la déposition de Guilhem Blay : "Denonciet Guilhem Blay ... que lhi dig ... digos propdanamen pasat, vengro coma homes no remembrans ... a lospital da la Magdalena ..."

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