laytou

Les débuts de l’imprimerie, à Cahors, ne sauraient être antérieurs à 1583, contrairement à de tenaces légendes. Les biographes quercynois citent Jacques Rousseau, imprimeur itinérant venu d’Anjou, comme le premier imprimeur de Cahors.

La bibliothèque municipale possède une copie d’un ouvrage dont l’original se trouve à Londres, signé « à Caors par Jacques Rousseau ». Il est daté de 1586, le thème est l’historique de Cahors. Pourtant, cette ville était dotée d’une université. Mais ses professeurs étaient obligés, comme le professeur Dominici, de publier à Paris.

LES GRANDES DYNASTIES D’IMPRIMEURS CADURCIENS

L’imprimerie cadurcienne prit rapidement son essor avec de véritables dynasties d’imprimeurs, telle celle des Rousseau puis les Bonnet, les Richard, couvrant les XVIIe et XVIII, siècles, à coté d’imprimeurs « météores » au nombre d’une douzaine.

(1549-1656) La dynastie ROUSSEAU : Jacques Rousseau est le fondateur d’une véritable dynastie d’imprimeurs cadurciens. Il est nommé imprimeur de l’université et de la ville de Cahors. A sa mort, son fils Claude prend la succession. Celui-ci imprime des manuels scolaires pour le collège des Jésuites à partir de 1604. Sa femme continue l’impression jusqu’à ce que son fils puisse prendre la relève sous l’appellation «Veuve de Rousseau ». L’héritier, André Rousseau, n’ayant pas de fils, vend son imprimerie le 4 juillet 1656. (1614-1683)

La dynastie DALVY : Le premier de cette dynastie est Jean DALVY qui était fils de libraire. Il exerce une activité d’imprimeur de 1614 à 1640. C’était un notable de la ville de Cahors dans laquelle il s’était établit vers 1600. Il fut même consul (conseiller municipal) et eut le privilège d’être le libraire et l’imprimeur de l’évêque de Cahors. Son fils, Pierre DALVY (1621-1683) rachète l’atelier d’André ROUSSEAU, à son principal concurrent, le 4 juillet 1656. (1636-1698)

La dynastie RICHARD : Le premier de la dynastie est Georges RICHARD dont le premier ouvrage connu a été publié en 1681. Sa seconde femme est fille d’imprimeur. Ses enfants François et Pierre lui succèdent. Sa fille, Hélène, épouse un imprimeur de Carcassonne venu s’établir à Cahors. (1668-1694)

La dynastie BONNET : Le premier de la dynastie est Jean BONNET. Associé de Pierre DALVY, il lui succède vers 1660. Son fils François prend la relève en 1685. C’est ensuite le second fils, le libraire Arnaud, qui rachète l’atelier. Le nom de BONNET disparaît du corps des imprimeurs au début du XVIIIème siècle.

ÉVOLUTION DE LA PRODUCTION CADURCIENNE AU COURS DES SIECLES

La majorité des livres produits au XVIIe siècle, soit 432 pièces ou titres et 35 000 pages, relève de la littérature religieuse : celle qui se voulait un instrument de la réforme catholique inspirée par le concile de Trente. L’épiscopat cadurcien, avec d’aussi fortes personnalités qu’Alain de Solminihac, se place tout naturellement au premier rang des clients des imprimeurs.

Ceux-ci dépendent donc de ses commandes pour leur survie. A peu de distance, des écrits huguenots sortent en masse des imprimeries montalbanaises. L’administration, la littérature, les sciences viennent loin derrière avec 3% seulement chacune des pages imprimées. Une seule oeuvre imprimée, bien audacieuse pour son temps, échappe au conformisme de rigueur, « Scatabronda » (1697) : celle-là même que Patrick Ferté exhuma et étudia en 1983. On y critiquait les juges, le clergé ; on y revendiquait des droits pour les femmes et pour la langue locale, l’occitan !

Le XVIIIe siècle connut un notable ralentissement dans l’activité des imprimeurs: trois fois moins de pages, avec bien moins de gros ouvrages. A ce moment Cahors est supplanté par les villes voisines, alors qu’elle les devançait, sauf Montauban, au XVIIe siècle. Ainsi Rodez, au XVIIIe siècle, publie trois fois plus de pages que Cahors et travaille parfois pour nos évêques. Cela correspond bien à la crise de langueur qui affecta alors Cahors et le Quercy, privés de leurs Etats, de la Cour des Aides et enfin de l’Université (1751). Aucune Académie ou société littéraire ne s’y créa. Il faut souligner le paradoxe que constitue l’absence de liens entre l’imprimerie cadurcienne et l’Université qui ne fut jamais, à la différence du collège des jésuites, cliente et soutien des imprimeurs locaux : cela ne laisse pas de surprendre et confirme le déclin de l’institution, ce qui, par ailleurs, n’est pas propre au seul Quercy.

Il faudra attendre le XIXe siècle et un courant libertaire fort, pour qu’intervienne le renouveau de l’imprimerie cadurcienne . Au début du XIXeme siècle, on ne faisait état que de deux imprimeries à Cahors. Au début du XXème, on mentionne sept imprimeurs dont l’imprimerie Coueslant (devenue aujourd’hui Imprimerie France Quercy), et l’imprimerie Brassac (qui deviendra imprimerie Besse, puis Dhiver, et aujourd’hui Cahors Imprimerie).

Ancienne imprimerie Laytou l’imprimerie Couslant est achetée en 1892 par Auguste Coueslant jeune Maître-Imprimeur huguenot du Vigan (Gard). Un incendie la détruit totalement en janvier 1912. En 1928, elle est de loin la plus importante, puisqu’elle compte presque 150 salariés. Dans les années 60, l’imprimerie cadurcienne compte une dizaine d’entreprises, mais l’imprimerie France Quercy reste néanmoins l’établissement le plus important.

Sources : - BSEL, 4e fasc. 2001, T. CXXII, oct.-déc., p. 342-343, compte-rendu d'Etienne Baux sur la conférence de Patrick Ferté : "l'imprimerie cadurcienne, miroir de la contre-réforme". - Compte-rendu par Claire Ligier, Académie de Toulouse, Lycée Clément Marot, PAE. - Cahors, une jeune ville de 2000 ans, Alexandre Marciel, Publifusion Editeur. - Imprimerie France Quercy.

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