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Istòria de l'estampariá
dins lo miegjorn occitan


HISTOIRE DE L'IMPRIMERIE DANS LE MIDI OCCITAN
Jean-Christophe Loubet del Bayle
 

La renaissance de la littérature occitane Au début du XVIIIe siècle, la littérature qui représente une part importante de la production toulousaine est renforcée par le développement d’une nouvelle littérature occitane illustrée par Pierre Godolin (1580-1649). Ce dernier, véritable chef de file la la renaissance occitane, s’est rapidement détourné du barreau pour se consacrer à la poésie. 

Sa principale œuvre, le Ramelet moundi (le bouquet raymondin) eut assez de succès pour être plusieurs fois réimprimés par les libraires-imprimeurs qui feront la fortune de Toulouse: Jean Boude (1638), Pierres Bosc (1647), Raymond Colomiès (1677) ou encore Jean Puech (1678). Dans l’édition originale, Godolin avertissait ainsi le lecteur: « Nouirigat de Toulouso me play de monteri soun lengatge bél », « enfant de Toulouse, il me plait de faire subsister son beau langage ».

Dans son sillage, seront imprimés d’autres littérateurs occitans tel le poète Guillaume Ader (ca 1570-1638) ou encore l’écrivain burlesque Jean de Valès. Déjà, les imprimeurs toulousains doivent se cantonner à ce type d’ouvrage dans la mesure où les grands classiques français sont devenus une exclusivité des presses parisiennes. Les imprimeurs toulousains se rabattent donc sur des auteurs locaux. On peut ainsi citer le célèbre ouvrage de Guy du Faur de Pybrac, avocat au parlement de Toulouse, qui édita chez la veuve Colomiès en 1600, Les quatrains du s. de Pybrac... contenant préceptes et enseignements utiles pour la vie de l’homme

La Réforme encore et toujours Montauban va s’opposer à la très catholique Toulouse dans la controverse religieuse qui continue de secouer la France méridionale. Dans cette cité toute acquise à la Réforme, les libraires et les imprimeurs vont diffuser des textes protestants, parfois très combatifs, tels ceux du pasteur Daniel Chaumier qui prit une part active au siège de 1621, et qui sera imprimé par Haultin, le successeur de Rabier. Sont ainsi imprimés, L’Eglise réformée; assemblée générale de Nisme (1618) ou encore La Jésuitomanie ou les Actes de la dispute de Lectoure (1618).

En réaction, l’évêque de Montauban confie ses commandes à des imprimeurs catholiques locaux, tels Arnaud de Saint Bonnet (ca 1640), Jean Royer et Samuel Dubois qui se fait appeler « imprimeur de l’évêque » (ca 1644). Mais ses documents les plus importants, il fera imprimer à Toulouse, chez les Colomiès, qui lui fourniront, entre autres, le Calendrier du Diocèse de Montauban (1617) ou encore la Déclaration contre les relaps (1662). L’imprimerie disparaitra de Montauban et des cités protestantes avec l’abrogation de l’Edit de Nantes en 1685. 

L’imprimerie à Toulouse sous Louis XV En 1701, trois ateliers sur douze seulement, ont à Toulouse plus de quatre presses. Les entreprises ont encore une structure familiale, et font peu appel à la main d’œuvre extérieure. Toulouse est toutefois une des rares villes de provinces à pouvoir imprimer en grec. Paris domine toutefois de très loin le marché de l’édition en France avec ses 51 imprimeries, loin devant Lyon (30 ateliers) et Rouen (23 ateliers). Toulouse, est déjà assez distancé, avec ses 12 ateliers, et boxe dans la même catégorie que Bordeaux, Caen, Limoges, Rennes, Troyes ou Strasbourg. 

Cette anémie s’explique essentiellement par la concurrence des imprimeurs parisiens qui accaparent les privilèges, véritables monopoles d’impressions à durée déterminée (entre 2 et 10 ans), au point que certains n’hésitent pas à parler de «tyranie des bibliopoles parisiens». C’est que plus proche du pouvoir, les éditeurs de Paris sont capables de s’attirer les bonnes grâces du pouvoir en place. La procédure d’obtention d’un privilège est en effet complexe. Il faut d’abord transmettre le manuscrit au Garde des Sceaux qui va désigner un censeur pour le juger. Puis s’il est accepté, le libraire doit en remettre un exemplaire au Garde des Sceaux, trois à sa chambre syndicale, deux à la bibliothèque publique du Roi, un à la bibliothèque du Garde des Sceaux, un au garde du Cabinet du château du Louvre et un enfin au censeur.

Par ailleurs, le pouvoir royal a engagé une véritable politique de réduction du nombre d’atelier en France. Par des arrêts du Conseil d’Etat du Roi qui tomberont en 1704, 1739 et 1759, Toulouse verra ainsi son quota d’imprimerie passer de 14 à 10.

Nombre d’imprimeries autorisées en Languedoc *:

Toulouse

10

Mende

1

Montpellier

2

Nîmes

1

Albi

1

Narbonne

1

Béziers

1

Pézenas

1

Castres

1

Le Puy

1

* Arrêt du Conseil d’Etat du Roi du 12 mai 1759

Dans les petites villes du Midi, la défense de l’unique lieu d’impression mobilise les autorités locales et les oppose. C’est ainsi l’origine d’un long conflit entre Carcassonne, Bézier, Narbonne et Pézenas entre lesquelles l’administration centrale avait en 1759 laissé le choix pour la suppression d’un atelier, affaire finalement réglée trente ans plus tard (1781) aux dépens de Pézenas. Bien avant, Castelnaudary avait vue son imprimerie supprimée en mai 1739 par un arrêt du Conseil d’Etat. Par ailleurs est autorisé en 1767, la création d’un atelier d’imprimerie à Bourg St Andéol, et d’un second à Nîmes en 1772.

Libraires et imprimeries dans le Midi en août 1768 :

Toulouse

15 + 10

Albi

0 + 1

Montpellier

8 + 2

Castres

0 + 1

Nîmes

5 + 1

Narbonne

0 + 1

Beziers

2 + 1

Pezenas

0 + 1

Carcassonne

1 + 1

Mende

0 + 1

Bourg St Andéol

1 + 1

Aubenas

0 + 1

Narbonne

0 + 1

Castelnaudary

0 + 0

(librairies + imprimeries )

Les autorités mènent, par ailleurs, une chasse énergique aux livres prohibés. Dans une lettre au subdélégué de Toulouse (1728), il est ainsi indiqué que: « Vous ne pouvez rien faire de plus utile pour la tranquilité de l’Eglise, ni de plus agréable pour le gouvernement. » En 1745, l’imprimeur toulousain Delrieu, accusé d’avoir imprimé des livres interdits contre la Religion s’est enfui et a été condamné par contumace aux galères perpétuelles.

Apprentissage, compagnonage et maîtrise Le 24 mars 1744, un arrêt étend le règlement du 28 février 1723, qui était appliqué jusqu’alors aux libraires et imprimeurs parisiens. Cet arrêt va fixer l’organisation des métiers d’imprimeurs et de libraire jusqu’à la Révolution. Comme dans d’autres métiers, il établit une hiérachie dans la maîtrise de l’art d’imprimer: apprenti, compagnon et maître. « Aucun ne pourra tenir imprimerie ou boutique de libraire, ni même prendre la qualité de libraire ou d’imprimeur en conséquence d’aucune lettre ou d’aucun privilège tel qu’il puisse être, s’il n’a été reçu maître en la Communauté, à laquelle maîtrise il ne pourra être admis qu’après avoir fait apprentissage pendant le temps et l’espace de quatre années entières et consécutives. »

Pour devenir apprenti, il faut répondre à toute une série de critères :

  • être un bon catholique; cet état est attesté par un certificat de catholicité délivré et signé par le curé de la paroisse d’origine,
  • être célibataire,
  • savoir lire, écrire et comprendre le grec et le latin et donc pouvoir produire une attestation du Recteur de l’Université de Toulouse («congru en langue latine et qu’il sache lire le grec dont il sera tenu de rapporter le certificat de l’université.»)
  • être inscrit sur le livre de la Communauté des libraires et imprimeurs devant notaire.

Mais à Toulouse, comme dans nombre de villes du Languedoc, les étudiants compétents sont pourtant fort rares. Dans un rapport datant de 1738, il est ainsi noté que sur les dix-huit apprentis toulousains, un seul connait son latin, et encore est-il marié! C’est que note en 1743 le subdélégué, « le certificat du recteur s’obtient très facilement et il convient de payer suffisament son auteur. » Souvent aussi, l’unique apprenti est le fils de l’imprimeur et bénéficie donc de dérogations.

Le travail de l’apprenti est pénible. Véritable homme à tout faire dans l’atelier, il dort souvent sur le lieu de travail et travaille bien souvent bénévolement. Sa formation n’est d’ailleurs pas uniquement technique mais également morale et religieuse. C’est que le maître pendant toute la durée de l’apprentissage va jouer pour le jeune apprentis le rôle de père. Il travaille aux côtés des ouvriers, très actifs à Toulouse du fait de la pénurie de main d’œuvre qualifiée, mais qui ne peuvent accéder au statut de compagnon ou de maître.

Puis s’il persévère dans ses études, le jeune apprentis peut devenir compagnon, condition sine qua non, pour espérer devenir maître: « Aucun ne pourra être admis à la maîtrise qu’après avoir fait un apprentissage et servi le maître en qualité de compagnon durant au moins trois ans. » Là encore, il existe des passe droits pour les enfants de maîtres, voire pour les compagnons qui épousent les veuves de leurs maîtres comme c’est le cas à Montpellier. Au début du XVIIIe siècle, on compte en moyenne un compagnon par presse.

Enfin, la consécration pour le compagnon est l’obtention du statut de maître. Pour accéder à cette place, un concours est ouvert par les officiers de la chambre syndicale de Toulouse sur ordre du Lieutenant général de la Sénéchaussée.

Hôtel-Dieu Saint Jacques Le candidat doit d’abord obtenir auprès du Chancelier une autorisation pour concourir, puis passer son épreuve. Un double de sa copie est remise au Lieutenant de police qui va alors établir un procès verbal pour l’Intendant qui va se charger de rédiger le compte rendu définitif pour le Garde des Sceaux. Ensuite il faut compter deux mois de délai avant que ne tombe l’arrêt du Conseil d’Etat du Roi. Il en coûtait alors quelques 1.500 livres pour devenir imprimeur libraire, somme considérable pour l’époque.

Hôtel-Dieu Saint-Jacques - Sur les bords de la Garonne

Par ailleurs, comme le nombre d’imprimeurs par ville était fixé par le Conseil d’Etat, il fallait attendre qu’une place de maître se libère pour espérer devenir maître. Ceci explique que bien souvent les maîtres ne sont pas originaires de la ville dans laquelle ils exercent. 

 Dossier préparé en Juin 2000 par Jean-Christophe Loubet del Bayle, Natif de Toulouse