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Gourdon, le 28 juin 1944
Guidée
par la Milice, l'armée allemande encercle Gourdon qui le 29 juin, sera livré
à la Gestapo et aux SS remontés de Valence d'Agen en semant la terreur.
Madame Buffières, résistance, agent des groupes AS-Vény de Gourdon, est exécutée
d'une balle dans la nuque, après avoir été torturée pour lui faire indiquer
où se trouvait le maquis. Les habitants sont contraints à
réparer la voie ferrée. 23 otages, arrêtés à Gourdon sont, le 30 juin,
fusillés à Boissières. Un seul survivant, non atteint par les balles.
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Monument édifié à Gourdon
(Photo MémorialGenWeb)
« Gourdon à ses martyrs tués et fusillés aux passages
des colonnes allemandes » |
Les corps des otages après la
fusillade
(en haut, à gauche un caténaire de la voie ferrée
Toulouse-Paris) |
Les 27, 28
et 29 juin, les Allemands arrivent sur Gourdon par trois routes : Sarlat,
Cahors via Concorès et Saint-Chamarand. Un peu avant d'arriver, sur la route
de Salviac, un groupe de douze otages capturés à Domme et à Cénac est fusillé
en bord de route après l'Abbaye de Léobard.
Gourdon est
rapidement investi par trois colonnes allemandes qui
encerclent la
ville et bloquent toutes les routes.
Ils ont partout, des camions, des motos, des petits engins blindés aussi.
Ils tirent sur tout ce qui bouge.
Ils fouillent de
nombreuses maisons,
font des
perquisitions, contrôlent les identités, arrêtent trois personnes, un
ouvrier espagnol, un cheminot de la gare de Saint-Clair et un jeune de Dégagnac...
Le 29, de très
bonne heure, le tambour de ville annonce que tous les hommes doivent se
rendre au rassemblement prévu à treize heures sur la place de la
gendarmerie, munis de leurs papiers d'identité et de leurs cartes
d'alimentation.
Tous les hommes rassemblés,
les agents de la
Gestapo et de la Milice commencent à passer dans les rangs.
Un tri est effectué sur une liste
préétablie que détient la Gestapo.
Une fois ce
contrôle terminé, reste une quarantaine de prisonniers, puis après de
nouvelles vérifications quelques-uns sont relâchés.
Vingt Gourdonnais sont retenus, les autres
convoqués pour le lendemain afin de réparer la voie ferrée Paris-Toulouse,
précédemment endommagée et emmenés vers Nozac et Lamothe-Fénelon.
Les allemands
n'ont pas trouvé tous ceux qu'ils cherchaient, la plupart sont des
résistants, mais certains ont été arrêtés un peu par hasard. Ils sont
enfermés dans la cave et le garage de l'Hôtel Bellevue, sous le Cinéma, avec
trois y sont déjà.
Après
une nuit passée au milieu des coups, des interrogatoires et des
tortures, vers 10 heures 30 un camion militaire les attend
dehors. Sous la menace des soldats, les hommes sont chargés dans
le véhicule qui démarre et roule lentement à travers la ville.
Toute la population est là, les
familles, les amis, les parents essayant de voir les otages, de
leur parler, à travers les vitres ou la porte arrière du camion
ouvertes. Le camion s'arrête plusieurs fois avant de repartir.
« Le camion roule maintenant vers l'hôpital, et prend ensuite la
route de Concorès. Nous nous arrêtons encore. À Curebourset d'abord,
puis à Concorès, vers 14h00.
Le camion est à l'arrêt sur le bord de la route, en face de la
place. Ils vérifient encore des identités et au bout d'un moment,
c'est un homme d'une quarantaine d'années qu'ils font monter dans le
camion à coup de pied parce qu'il est juif. Nous voilà maintenant
vingt-trois. Les uns après les autres, les regards se croisent, dans
le silence et la peur.
Puis, nous redémarrons et la colonne prend la direction de
Saint-Denis-Catus où nous arrivons vers 15h30, après que des coups
de feu aient été tirés à Peyrilles et du côté de Dégagnazès.
Les minutes s'écoulent, interminables, dans la chaleur, la peur...
Une demi-heure? Une heure? Où serons-nous demain ? Dans quelle
prison ? Dans quel cachot ? Dans quel trou obscur et froid ?
Noël Poujolle partage avec nous la valise de victuailles que lui a
fait passer sa femme. Nous repartons, puis nous nous arrêtons, nous
avançons encore, pour stopper à nouveau, et ainsi durant des
kilomètres, jusqu'à Boissières.
Que font-ils ? Que cherchent-ils ? Pourquoi ne nous emmènent-ils pas
directement à Cahors ?...
Nous en
sommes si proches !
Le camion avance et s'arrête à nouveau, au « Pont de Nuzéjouls »,
près de la voie de chemin de fer; ça n'en finit plus.
Tout à coup, de l'agitation, des ordres. Nous nous regardons les uns
les autres. Ils nous font descendre, en nous bousculant.
« Ils ne vont pas nous tuer, peut-être ? » dit Albert Veyron.
L'air est chaud, mes muscles se tendent, la peur me paralyse, mes
mains tremblent, je ne sens plus mes jambes. Il y a des noyers, un
petit ravin. Le soleil est encore haut. Il est à peine 18 heures.
Que fait maman maintenant ? Ma gorge se serre. Je n'ai pas eu le
temps de revoir maman, ni mon petit Paul. Et Valentine que j'aime
tant, où est-elle aujourd'hui ? Qui va lui dire que je l'aimais, que
je l'aurais attendue toute ma vie... ? Ma voix voudrait jaillir mais
je tremble trop. Ils nous séparent en deux groupes. Nos camarades
sont emmenés près du ravin, sous les noyers...
Et tout à coup une rafale de mitrailleuse retentit en nous arrachant
le coeur. Ma maman que je ne veux pas abandonner me serre dans ses
bras... « Je ne veux pas mourir... je ne veux pas mourir ! »
s'écrie une voix douloureuse comme une entaille. Je regarde mes
camarades autour de moi, et à leurs yeux tristes je comprends tout à
coup que c'est moi qui ai crié. Noël Poujolle s'approche alors et me
prend affectueusement l'épaule : « N'aie pas peur, mon petit, sois
courageux ; tu verras, ce sera vite fait... ».
Nous devons maintenant avancer vers les noyers, et être courageux.
Je prends le temps de respirer profondément, pour le plaisir de
goûter encore la vie...»
D'après Au bord des
cendres, par François Gibrat,
Editions du Tadorne - Isbn : 2-9511248-9-9. Roman
disponible en librairie à Gourdon
et en vente en ligne sur le site
www.auborddescendres.com
20 cadavres sont
ainsi abandonnés en pleine nature. On raconte, qu'un des otages, lorrain
connaissant l'allemand, pris de
peur en entendant les ordres de tir, s'est évanoui une fraction de seconde avant les coups de
feu. Il aurait repris connaissance quelque temps après, au milieu des
cadavres de ses camarades. Mais le choc fût si brutal, qu'il en perdit la
raison.
Des opérations de
représailles ont lieu aussi dans les cantons de Catus et Luzech. A Catus,
perquisitions et pillages et quelques arrestations qui ne seront pas
retenues. A Luzech, un homme porteur d'une arme sera fusillé sur la place de
la mairie. A Caillac, une voiture est arrêtée par les troupes allemandes,
deux hommes réussiront à s'enfuir, mais le troisième sera abattu.
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Le monument édifié
près du pont de Nuzéjouls à Boissières.
« Passant souviens-toi : Ici sont tombés 22 martyrs Gourdonnais fusillés par les
barbares allemands le 30 juin 1944 » |
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