écuelle
retrouvée à Capdenac
C'est au début
des années 1990, que fut retrouvée à l'occasion de travaux de réfection
des rues de Capdenac le haut, une très jolie écuelle, qui porte en son
fond en ornement, un poisson assez naïvement représenté. C'est mon frère
Julien et moi-même qui somme à l'origine de cette belle découverte faite
dans la rue de la commanderie, proche de notre boulangerie familiale.
Nous conservâmes pendant longtemps ce fabuleux vestige à notre domicile,
avant d'en faire don à l'Office du Tourisme, que le présente aujourd'hui
dans son musée situé au premier étage du donjon de Capdenac. Ce vestige
fascina pendant longtemps toute ma famille, et il est donc logique que
je tente de faire connaître le résultat de mes recherches, ainsi que mes
conclusions, qui ne sont peut être pas définitives.
Le poisson représenté au fond de cette écuelle nous ramène
obligatoirement au symbolisme sacré. En effet, il fut le symbole utilisé
par les premiers chrétiens, comme signe de reconnaissance durant la
persécution que leur firent subir les Romains.
En grec, le mot poisson se dit IXOYC (ICHTHYS). Disposé verticalement,
ce mot formait un acrostiche (mot grec signifiant la première lettre de
chaque ligne ou paragraphe). Le nom grec du poisson fut donc utilisé
pour désigner les mots suivants :
I : Iesous : Jésus
CH : Christos : Christ
TH : Theou : de dieu
Y : Yios : le fils
S : Soter : le sauveur
Interprété comme acrostiche, ICHTHYS signifiait donc
littéralement : « Jésus Christ, fils de Dieu, notre Sauveur ». Le simple
symbole d'un poisson, représentait ainsi un véritable résumé de la foi
chrétienne. On le retrouve sur de nombreux monuments funéraires des IV
premiers siècles de notre ère, comme dans les catacombes à Rome.
Les textes juifs, également annonçaient que le Messie viendrait de la
mer sous la forme d'un poisson. La représentation des chrétiens, était
donc la suite logique donnée aux écritures saintes.
C'est vers les IV-Vème siècles, que fut délaissé ce symbole. L'Eglise,
qui possédait maintenant le pouvoir, préféra prendre comme nouveau
symbole la « croix latine » comme signe et symbole de la chrétienté. L'Eglise
fraîchement installée mena une lutte sans merci contre les anciennes
croyances, la croix représentée la passion du Christ, c'était un objet
unique, que le Messie lui-même avait transporté, alors que le poisson se
rapportait aux forces naturelles, autorisant de multiples
interprétations. De plus le poisson était utilisé comme symbole dans
plusieurs religions antérieures au christianisme, en sanscrit, le dieu
de l'amour se nommait « celui qui a le poisson pour symbole ». C'est
donc l'Eglise elle-même qui préféra abandonner le symbole qui unifia
pendant longtemps les premiers chrétiens, qui transportèrent leurs
nouvelles idées au milieu de populations hostiles.
L'écuelle retrouvée à Capdenac date des environs des XII-XIIIème
siècles, et à cette époque, un nouveau mouvement vit le jour, et se
répandit particulièrement en Occitanie, dont Capdenac faisait partie,
dépendant directement du comte de Toulouse. Les membres de ce mouvement,
nous les appelons aujourd'hui Cathares. Leur façon de vivre et de
pratiquer leur religion se rapprochait des premiers chrétiens, et se
détachait de l'Eglise de leur temps, qu'ils disaient corrompus et avide
de richesses et d'honneurs. Les Cathares furent persécutés comme les
premiers chrétiens, mais eux le furent par d'autres chrétiens.
Ce symbole pourrait tout à fait avoir été remis au goût du jour par les
cathares, ce symbole désignant les premiers chrétiens, les chrétiens
purs, qui comme les Cathares, avaient abandonné toute possession de
richesses matérielles. Les Cathares peuvent tout à fait être associés
aux premiers chrétiens, et le symbole du poisson aussi.
René Nelli, répertoria les objets présumés remonter à l'époque Cathare.
Ce rigoureux professeur Carcassonnais considéra comme probablement
cathares les symboles religieux datés du XI-XII-XIIIème siècles et dont
les exemplaires sont trouvés avec une fréquence notable sur les sites
cathares.
Or déjà deux poissons furent inventoriés, un à Ussat, et un autre gravé
sur un galet à Fontvieille dans le Gard. Ce même auteur nous signale que
le scribe du rituel Cathare dit de Lyon fait souvent figurer au bas des
pages, l'emblème du poisson.
L'écuelle de Capdenac pourrait donc s'avérer comme avoir appartenu à la
communauté Cathare, ce qui en ferait une découverte assez
exceptionnelle.
Il ne faut pas oublier que Simon de Montfort assiégea par deux fois la
place de Capdenac durant sa croisade menée contre les hérétiques
Cathares, et que Bertrand de la Vacalerie, qui ne fut rien d'autre que
l'ingénieur en machine de guerre qui apporta son aide aux Cathares de
Montségur, venait du lieu dit « la Vacalerie » de .Capdenac. A suivre.
Mathieu MARTY |