Le boulevard Gambetta a vu bien des cortèges, lamentables ou heureux, tristes ou glorieux : l’exode des Belges en mai 40, les troupes françaises en juin 40, l’invasion nazie en novembre 42, la revanche des F.F.I. et leur départ pour le Front en septembre 44.

Barrages sur le pont Cabessut

Gambetta assiste du haut de son socle de pierre à ce ressac des foules portant dans leurs rangs, tour à tour la fidélité et le reniement de sa grande leçon.

Mais son cœur de bronze n’a-t-il point battu le jour d’août où, pour la première fois depuis deux années bien longues, une troupe de partisans véritables a défilé devant lui, portant le drapeau tricolore ?

Défi permanent à l’abdication et à la complaisance, Gambetta fut pour Cahors le signe de la Résistance et de la continuation occulte de la lutte, et ce drapeau tricolore de fortune a semé sur tous les hauts sommets de Cahors les flammes françaises revenues sur notre horizon.

Sturmscharführer Henri Jensen, chef de la Gestapo de Cahors

Qui oublierait ces pancartes de bois où s’inscrivaient en lettres gothiques les noms des services hitlériens ? Les barbelés et les chevaux de frise, les chicanes où veillaient des visages de cuivre cernés par l’uniforme vert ? Fermons les yeux, pensons que ce décor qui fût trop longtemps celui de la vie cadurcienne, évoquons les tristes figurants du spectacle, sa lugubre toile de fond ? Ces ombres sont chassées désormais, mais ont-elles fini de nous hanter ?  …/…

Il n’y a plus de couvre-feu ; à leur place d’où furent délogées les voitures d’Hitler, les feuillages prêtent leurs ombres aux couples. L’homme qui veille aux portes de la ville reconquise n’oublie pas l’étoile des routes du Lot, l’immense étoile des routes de France, les roues de fer qui ont meurtri sa terre natale mais qu’il a su broyer de sa main.

Pierre Mazars

Extrait de la revue Les Etoiles du Quercy, N° 2, Imprimerie Coueslant, Cahors, 1944.
(Archives Départementales du Lot, 3 PER 4/2)

La libération de Cahors

L’activité des maquis a pris une intensité maximum depuis le débarquement allié. La ligne de chemin de fer Paris-Toulouse est coupée, les communications téléphoniques et télégraphiques interrompues, la RN 20 rendue inutilisable entre Cahors et Brive. De ce fait la garnison allemande de Cahors ne sort plus de la ville, à l’exception de quelques patrouilles effectuées aux abords même. La cité est devenue pour eux un camp retranché, barrages et chicanes ayant été dressés aux entrées.

Dès le 16 août, les FTP-Vény, placés sous le commandement de “Georges”, prennent leurs dispositions pour continuer la lutte et libérer Cahors, seule ville encore tenue par l’ennemie. Les troupes assurent le maintien de l’ordre dans le département et prennent ainsi position sur les principaux axes d’accès à la ville.

Jean Lurçat (“Bruyères”), au centre Maurice Gay et René Andrieu (“Capitaine Alain”)

Personne ne peut prévoir l’attitude de la garnison allemande, composée de plus de 700 hommes, même si les moyens de la Résistance sont suffisants pour obtenir sa reddition. Mais cette solution a été écartée par l’état-major, en raison des risques en vies humaines et les destructions inévitables qu’une telle action aurait entraînées. De nombreuses unités de maquisards prennent position autour de Cahors.

Le 17 les Allemands quittent la ville à 15 heures pour rejoindre Montauban. A la tombée de la nuit, ce même jour, le colonel Georges et le commandant Raymond (Picard), font leur entrée dans la ville, accompagnés de Alain (René Andrieu), Dominique (Maurice Défenin), Marcel (Faurant), Papy (René Darses), Paul (Robert Dumas), Gilbert (Bru) et d’autres membres de l’état major départemental.

Le préfet Robert Dumas (“Paul”) et le Colonel “Georges” (Robert Noireau)

Le préfet de Vichy Empetaz laisse naturellement Paul (“le préfet des bois”) s’installer à sa place.

Une importante réunion a lieu à la Préfecture, présidée par Robert Dumas, et d’importantes décisions sont prises concernant la sécurités des habitants, le ravitaillement, le fonctionnement des différents services, la réquisition d’un certain nombre d’édifices publics et de quelques hôtels, ceci pour les besoins des services, organismes civils et militaires.

Appel à la population du département

Ce nom de “Paul” (Robert Dumas), – représentant le Gouvernement Provisoire – associé à celui de “Georges” (Robert Noireau), – Chef d’Etat-major des FFI du Lot – sont ceux que les Cadurciens découvriront le 18 août au matin au bas d’une affiche qui annonçant la libération du département, promet le châtiment des traîtres dans l’ordre et recommande le calme.

Le 18, quelques accrochages auront lieu au sud de Cahors, entre des traînards de l’armée allemandes et des groupes de FFI lancés à leur poursuite. Une vingtaine d’Allemands seront ainsi capturés.

La foule après la Libération de Cahors

L’état-major s’installe à l’hôtel des Ambassadeurs et le Comité de Libération à la Préfecture. Trois jours après, tous les services fonctionnent normalement et l’ordre règne.

Le 19 au soir, un ordre du colonel Serge Ravanel, chef régional des FFI, désigne le colonel Georges pour rejoindre Toulouse.

Il partira le lendemain à la tête d’un important contingent de près de 1500 hommes pour se mettre à la disposition des autorités toulousaines.

Un tribunal militaire siégea régulièrement et quinze miliciens traîtres, furent condamnés à mort et la sentence fut exécutée le 21 août à la Caserne Bessières. Il faudra ajouter l’exécution de six autres miliciens, le 14 septembre, au camp d’Herbouze, après jugement du tribunal militaire de campagne en date du 16 août.

[Sources : Musée de la Résistance, Cahors – Ombres et espérances en Quercy, 1940-1945, R. Picard et J. Chaussade, Les Editions de la Bouriane, Gourdon, 1999. – Ma résistance, Mémoires, Gilbert Verdier, 2003. – Le temps des partisans, Colonel Georges (Robert Noireau), Flammarion, Paris, 1978.]