Guidée par la Milice, l’armée allemande encercle Gourdon. Le 29 juin, la ville sera livrée à la Gestapo et aux SS remontés de Valence d’Agen en semant la terreur.

Les corps des otages après la fusillade

Madame Buffières, résistante, agent des groupes AS-Vény de Gourdon, est exécutée d’une balle dans la nuque, après avoir été torturée pour lui faire indiquer où se trouvait le maquis.

Les habitants sont contraints à réparer la voie ferrée. 23 otages, arrêtés à Gourdon sont, le 30 juin, fusillés à Boissières.

Un seul survivant, non atteint par les balles.

Les 27, 28 et 29 juin, les Allemands arrivent sur Gourdon par trois routes : Sarlat, Cahors via Concorès et Saint-Chamarand. Un peu avant d’arriver, sur la route de Salviac, un groupe de douze otages capturés à Domme et à Cénac est fusillé en bord de route après l’Abbaye de Léobard.

Gourdon est rapidement investi par trois colonnes allemandes qui encerclent la ville et bloquent toutes les routes. Ils ont partout, des camions, des motos, des petits engins blindés aussi. Ils tirent sur tout ce qui bouge.

Monument édifié à Gourdon (Photo MémorialGenWeb)

Ils fouillent de nombreuses maisons, font des perquisitions, contrôlent les identités, arrêtent trois personnes, un ouvrier espagnol, un cheminot de la gare de Saint-Clair et un jeune de Dégagnac.

Le 29, de très bonne heure, le tambour de ville annonce que tous les hommes doivent se rendre au rassemblement prévu à treize heures sur la place de la gendarmerie, munis de leurs papiers d’identité et de leurs cartes d’alimentation.

Tous les hommes rassemblés, les agents de la Gestapo et de la Milice commencent à passer dans les rangs. Un tri est effectué sur une liste préétablie que détient la Gestapo. Une fois ce contrôle terminé, reste une quarantaine de prisonniers, puis après de nouvelles vérifications quelques-uns sont relâchés.

Vingt Gourdonnais sont retenus, les autres convoqués pour le lendemain afin de réparer la voie ferrée Paris-Toulouse, précédemment endommagée et emmenés vers Nozac et Lamothe-Fénelon. Les allemands n’ont pas trouvé tous ceux qu’ils cherchaient, la plupart sont des résistants, mais certains ont été arrêtés un peu par hasard. Ils sont enfermés dans la cave et le garage de l’Hôtel Bellevue, sous le Cinéma, avec trois qui y sont déjà.

Après une nuit passée au milieu des coups, des interrogatoires et des tortures, vers 10 heures 30, un camion militaire les attend dehors. Sous la menace des soldats, les hommes sont chargés dans le véhicule qui démarre et roule lentement à travers la ville. Toute la population est là, les familles, les amis, les parents essayant de voir les otages, de leur parler, à travers les vitres ou la porte arrière du camion ouvertes. Le camion s’arrête plusieurs fois avant de repartir.

« Le camion roule maintenant vers l’hôpital, et prend ensuite la route de Concorès. Nous nous arrêtons encore. À Curebourset d’abord, puis à Concorès, vers 14h.

Le monument édifié près du pont de Nuzéjouls à Boissières.

Le camion est à l’arrêt sur le bord de la route, en face de la place. Ils vérifient encore des identités et au bout d’un moment, c’est un homme d’une quarantaine d’années qu’ils font monter dans le camion à coup de pied parce qu’il est juif. Nous voilà maintenant vingt-trois. Les uns après les autres, les regards se croisent, dans le silence et la peur.

Puis, nous redémarrons et la colonne prend la direction de Saint-Denis-Catus où nous arrivons vers 15h30, après que des coups de feu aient été tirés à Peyrilles et du côté de Dégagnazès.

Les minutes s’écoulent, interminables, dans la chaleur, la peur… Une demi-heure? Une heure? Où serons-nous demain ? Dans quelle prison ? Dans quel cachot ? Dans quel trou obscur et froid ?

Noël Poujolle partage avec nous la valise de victuailles que lui a fait passer sa femme. Nous repartons, puis nous nous arrêtons, nous avançons encore, pour stopper à nouveau, et ainsi durant des kilomètres, jusqu’à Boissières.

Que font-ils ? Que cherchent-ils ? Pourquoi ne nous emmènent-ils pas directement à Cahors ?… Nous en sommes si proches ! Le camion avance et s’arrête à nouveau, au « Pont de Nuzéjouls », près de la voie de chemin de fer; ça n’en finit plus. Tout à coup, de l’agitation, des ordres. Nous nous regardons les uns les autres. Ils nous font descendre, en nous bousculant. « Ils ne vont pas nous tuer, peut-être ? » dit Albert Veyron.

L’air est chaud, mes muscles se tendent, la peur me paralyse, mes mains tremblent, je ne sens plus mes jambes. Il y a des noyers, un petit ravin. Le soleil est encore haut. Il est à peine 18 heures. Que fait maman maintenant ? Ma gorge se serre. Je n’ai pas eu le temps de revoir maman, ni mon petit Paul. Et Valentine que j’aime tant, où est-elle aujourd’hui ?

Qui va lui dire que je l’aimais, que je l’aurais attendue toute ma vie… ? Ma voix voudrait jaillir mais je tremble trop. Ils nous séparent en deux groupes. Nos camarades sont emmenés près du ravin, sous les noyers.

Et tout à coup une rafale de mitrailleuse retentit en nous arrachant le coeur. Ma maman que je ne veux pas abandonner me serre dans ses bras… « Je ne veux pas mourir… je ne veux pas mourir ! » s’écrie une voix douloureuse comme une entaille. Je regarde mes camarades autour de moi, et à leurs yeux tristes je comprends tout à coup que c’est moi qui ai crié.

Noël Poujolle s’approche alors et me prend affectueusement l’épaule : « N’aie pas peur, mon petit, sois courageux ; tu verras, ce sera vite fait… ». Nous devons maintenant avancer vers les noyers, et être courageux. Je prends le temps de respirer profondément, pour le plaisir de goûter encore la vie…»

D’après Au bord des cendres, par François Gibrat,
Editions du Tadorne – Isbn : 2-9511248-9-9. Roman disponible en librairie à Gourdon   Page fb sur le livre

Passant souviens-toi : Ici sont tombés 22 martyrs Gourdonnais fusillés par les barbares allemands le 30 juin 1944

 

Les cadavres sont ainsi abandonnés en pleine nature. On raconte, qu’un des otages, lorrain connaissant l’allemand, pris de peur en entendant les ordres de tir, s’est évanoui une fraction de seconde avant les coups de feu.

Il aurait repris connaissance quelque temps après, au milieu des cadavres de ses camarades. Mais le choc fût si brutal, qu’il en perdit la raison.

Des opérations de représailles ont lieu aussi dans les cantons de Catus et Luzech. A Catus, perquisitions et pillages et quelques arrestations qui ne seront pas retenues.

A Luzech, un homme porteur d’une arme sera fusillé sur la place de la mairie. A Caillac, une voiture est arrêtée par les troupes allemandes, deux hommes réussiront à s’enfuir, mais le troisième sera abattu.