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Une enfance Caillacoise

(La double citoyenneté)

 

Nos parents se marièrent en mille neuf cent quarante deux et se séparèrent douze ans plus tard. La mésentente régnait depuis longtemps déjà et les querelles continuèrent longtemps après, sous des formes différentes telles que lettres, commandements, etc …
Notre Père, blessé en Belgique le fût une seconde fois dans la poche de Dunkerque d’où il fût l’un des derniers évacués avant l’arrivée des allemands. Ancien combattant pensionné de guerre, il fût nommé en cinquante quatre ” receveur buraliste ” à Caillac. Il avait obtenu après un concours cet ” emploi réservé ” qui, du paysan qu’il était avant, le transformait en commerçant contractuel de l’administration, chargé de vendre les produits du monopole de la SEITA et d’établir les titres de transport, les états des stocks de vins et alcools dans ce village. Il l’avait choisi alors qu’il aurait pu prendre le poste de Moncuq, plus important et mieux payé. Son choix avait deux raisons. Il restait proche de Calamane oû résidait notre Mère et nous pouvions ainsi aller de l’un à l’autre facilement à vélo. Enfin il comptait sur le temps libre que lui laisseraient des responsabilités moins importantes, pour continuer à mener une activité agricole dans cette vallée alluvionnaire plus riche que le causse.

Ma sœur et moi n’avions plus ” des parents ” comme les autres enfants de notre age mais un Père et une Mère, qui essayèrent chacun de son côté de recréer un nid dans lequel ils nous accueillaient, à tour de rôle, avec tout l’amour et la sécurité d’un foyer uni. Nous étions chanceux et nous eûmes deux fois plus que les autres. Nous eûmes aussi la double citoyenneté Caillacoise et Calamanaise et l’occasion de nous faire des copains que nous retrouvions lors des vacances scolaires.

Il y avait les petites vacances que constituaient toussaint, noël et paques. Elles étaient si courtes qu’elles ne nous laissaient que le temps de souffler et se refaire des forces avant d’attaquer le prochain trimestre.
Le mois de juillet nous ramenait de nos pensionnats cadurciens, toulousains ou figeacois et nous avions hâte de nous revoir. Nous nous rassemblions au bord du lot pour la baignade et nous décidions de l’endroit ou nous installerions, sur la berge droite de la rivière, un plongeoir qui deviendrait l’œuvre de l’été et notre bien commun. Lorsque ce choix était fait, nous nous répartissions les tâches et tout naturellement Guy prenait la direction des opérations :

– Bernard tu apporteras le marteau et les pointes.
– Dédé tu nous trouveras une scie et des pinces,
– Christian … René …Jacky …

Plusieurs fois, notre travail fut interrompu par l’arrivée courroucée de mon Père ou un autre, qui, après une sieste plus courte que prévu, cherchait son outil pour continuer son bricolage, à l’ombre de sa grange.
Nous trouvions quelques planches réformées, un peu de fil de fer et une semaine plus tard, en quelques après-midi, le travail était presque terminé, jamais totalement fini, du moins pouvions nous utiliser le plongeoir qui avançait sur la rivière à un endroit ou la profondeur de l’eau permettait nos prouesses acrobatiques !

En fait d’exploits je parle surtout des autres. J’avais appris à nager tardivement avec mon Père qui par sécurité m’attachait à la cheville avec les ” rennes ” du mulet pour me permettre de m’exercer à la cale. Encore une fois, Guy était le meilleur et ses plongeons laissaient les filles les yeux ronds et rêveurs… Comme dans toutes les bandes de jeunes il y avait des filles autochtones et d’autres, exogènes, à l’accent pointu. On les appelait ” les vacancières ” ou ” les Parisiennes ” avant de connaître leur prénom. Il y avait deux catégories de vacancières qui par trois vagues successives, juillet, août et septembre, habitaient notre village.

Les ” vacancières de chez NADAL “, résidaient avec leurs parents en pension chez Fernand et Sylvaine qui tenaient l’hôtel restaurant qui existe toujours. Je me souviens de la surprise de Sylvaine la première fois qu’en début de mois elle servit l’apéritif à quelques jeunes de la commune dont l’objectif n’était pas éthylique mais de voir les nouvelles arrivées… Il y avait enfin les vacancières logées chez l’habitant qui, aidé par des primes conséquentes, avait restauré un appartement indépendant dans sa maison (comme mon Père) ou une bâtisse inoccupée. Les papas de ces demoiselles allaient à la pèche toute la journée. Les mamans tricotaient ou papotaient à l’ombre devant la fontaine sous la garde attentionnée de Sylvaine, et, souvent les filles rejoignaient notre bande ou des amourettes ne tardaient pas à éclore.

Mon Père, était une force de la nature. Sanguin, torse nu tout l’été, toujours souriant et actif, il a gardé plus de vingt ans un mulet avec lequel il travaillait quelques lopins de terre et sa vigne. Il vendait du vin, des fraises, des haricots et d’autres légumes. Il engraissait parfois quelques animaux, pour un petit bénéfice et le fumier nécessaire à ses cultures. Pour eux il allait faucher ” ses prés longs “. Il appelait ainsi les banquettes des routes qu’il rasait de très prés avec sa grande faux qu’il m’a appris à piquer et utiliser. Une année, il conclut avec Fernand NADAL un contrat qui lui permettait de récupérer, chaque jour, les restes du restaurant avec lesquels il élevait trois ou quatre porcs dont il partageait le bénéfice avec ce dernier. Chaque soir nous allions récupérer les fonds de plats ou assiettes que les clients avaient dédaignés ou pas pu achever (le restaurant avait très bonne réputation) et que les serveurs vidaient dans une grande poubelle.

Les affaires marchaient très bien et je revois encore mon Père fier de ses bêtes et de leurs progrès, leur parlant comme à des enfants, à qui il autorisait tous les soirs une récréation dans la cour fermée de sa maison. Un matin cependant les porcs refusèrent de se lever et avaient perdu cet appétit qui faisait la joie de leur maître. Nous eûmes peur d’une épidémie foudroyante et étions prêts à demander le secours du vétérinaire lorsque, fouillant avec un bâton dans la poubelle à nourriture, mon Père trouva tous les babas au rhum que Sylvaine avait préparés le jour précédent pour un groupe de clients qui s’était décommandé au dernier moment. Après avoir bien ri de les voir dans cet état, nous laissâmes nos porcs jeûner et attendre le changement de menu. Avec les revenus de ses diverses activités, prenant prétexte de ma réussite au bac, il m’acheta une barque neuve.

A cette époque, le Lot était poissonneux. L’été les vacanciers avaient chacun leur ” trou “. On appelait ainsi un coin de berge que le pécheur aménageait en coupant les branches gênantes, en égalisant la terre au-dessus du niveau de l’eau de façon à pouvoir installer confortablement ses cannes et poser son siège pliant. Fernand NADAL qui, comme sa Sylvaine avait le sens commercial, en entretenait plusieurs qu’il réservait d’une année à l’autre à ses meilleurs et fidèles pensionnaires.

Fascinés par la rivière, les ” caussenards ” que nous étions étaient friands de ses produits. Mon père tenta plusieurs fois d’aller pécher avec une mouche qu’il faisait danser au bout de son bambou, depuis la barque. Après avoir laissé quelques hameçons dans les branches basses des arbres qui retombaient sur l’eau, il décida qu’il n’était pas fait pour cette activité et abandonna. Avec Guy nous avons essayé de braconner des écrevisses dans le ruisseau ou des anguilles dans le lot, qui en comportait encore quelques-unes. Pour cela je laissais faisander une tête de mouton dans un coin de la grange de mon Père. Quand elle était bien grouillante d’asticots et odorante, nous nous en servions comme appât dans des nasses ou des balances.

Le succès tardant à venir et mon Père ayant trouvé un moyen de nous approvisionner en poisson frais, j’abandonnais très vite. Les vacanciers qui allaient prendre leur quart à surveiller leur bouchon passaient devant notre maison quatre fois par jour. Ils s’approvisionnaient en gauloises, gitanes ou tabac gris et nous faisions connaissance. Comme ils ne pouvaient pas consommer les poissons qu’ils attrapaient, ils nous les laissaient et nous nous régalions de carpes arc-en-ciel ou autre menu fretin plein d’arêtes mais à la chair savoureuse et ferme.

Mon père avait beaucoup d’amis dans la commune. Le plus pittoresque était Antonin qui arrivait en criant ” Minonoum Davidou ! ” et dont on percevait l’odeur fauve dés qu’il s’approchait à moins de trois mètres. Il jouait de la clarinette et avait eu, dans sa jeunesse un certain succès en animant seul des bals interdits pendant la guerre ou des mariages. Il travaillait comme journalier chez ceux qui le demandaient, … beaucoup au printemps et en été un peu en automne, rarement en hiver, saison au cours de laquelle il avait souvent faim et froid dans sa maison dont le toit laissait voir un trou parmi les tuiles rouges. Lui ayant demandé s’il ne pleuvait pas sur son lit, il me répondit qu’il l’avait poussé dans un coin de la pièce encore protégé par ce qui restait du toit.

Parfois, à la mauvaise saison mon Père avait pitié de lui et l’invitait à partager son repas. Antonin s’asseyait devant son couvert prenait l’assiette à soupe entre ses doigts sales et la reniflait avec bruit. Invariablement il décrétait “cô put lou fresqun ! ” et d’un geste ample et circulaire de son coude il l’essuyait avec le revers de sa veste. Il était toujours de bonne humeur et colportait les nouvelles de chez l’un chez l’autre sans trop de discernement. Parce qu’il avait dit des choses qui ne plaisaient pas au Père Boussac, celui-çi l’avait menacé de faire tomber le rocher qui, quelques mètres plus haut, dominait sa maison. Antonin, qui était craintif, avait passé quelques nuits seul dans les coteaux avec sa clarinette et une bougie qui clignotait le soir tandis que parvenait la mélodie de quelque chanson démodée. Lorsqu’il eut soixante cinq ans il eut droit à une petite pension, partie de retraite ou fonds national de solidarité, qui lui permit de s’acheter un poste à transistor et de vivre enfin les plus belles et dernières années de sa vie.
Parmi les amis de mon Père il y avait aussi Mme et M. Montet. Ils s’échangeaient des services et tous les ans pour la fête de Caillac, qui avait lieu le premier dimanche après le quinze août, Mme Montet nous faisait un massepain, gâteau dont la tradition s’est perdue dans notre quercy. Ce jour là malgré la chaleur de l’été, mon Père allumait le four de la cuisinière pour cuire le rôti qui lui permettrait de recevoir la famille de son frère et celle de sa sœur. Je me souviens d’un été ou, bien qu’il n’ait pas fait anormalement chaud, les mouches avaient envahi la maison, malgré les pulvérisations de ” Fly-tox ” et les serpentins collants.

En ouvrant son four pour le nettoyer en prévision du rôti à cuire, mon Père eut la désagréable surprise d’y trouver … une tête de mouton qui datait de mes aventures piscicoles de juillet.

Les fêtes constituaient la seule occasion de nous divertir et de sortir car il n’y avait ni télévision ni boite de nuit. Leur cycle était immuable d’une année à l’autre : Il commençait par celles de Laroque des arcs ou Pradines et se terminait par celle de Luzech le huit septembre. Pour les amateurs il y avait, dans un genre plus authentique et sylvestre, la foire du Dégagnazés qui a lieu le neuf septembre. Nous nous y retrouvions le samedi soir, le dimanche en matinée et soirée. Les plus acharnés ou amoureux, sortaient aussi le lundi soir. Nous avions des mobylettes bleues et je garde la nostalgie des longues chevauchées en compagnie de mon grand copain Dédé, des pannes dans la campagne obscure, lorsqu’il fallait remettre la chaîne en place pour achever d’arriver au bal ou … siphonner du mélange dans un réservoir ami pour pouvoir revenir chez nous à trois heures du lundi matin. Dédé nous a quitté bien trop tôt hélas.

Le ” point d’orgue ” de nos vacances se situait lors de la fête de Caillac qui avait lieu, comme je l’ai déjà dit, au milieu de celles-ci. Tous les jeunes savaient danser et dés les premières mesures de l’accordéon ou du saxophone, les garçons invitaient leur cavalières que parfois ils arrachaient à la garde de la maman. Lorsque l’on avait fait connaissance, le garçon proposait une promenade hors de la lumières gênante des lampions. Chacun avait son ” truc “, plus ou moins original ou attractif. J’en connais un , dont par charité (bien ordonnée …) je tairai le prénom, qui proposait une promenade en barque sur le Lot. Les adultes que nous sommes devenus pourraient penser que ce ” truc “, qui avouons le, sentait fortement la préméditation, était voué à l’échec. L’aspect romantique de la proposition, l’emportait largement sur toute autre considération et, même les soirs de fête sans lune, le ” truc “, (qui ne faisait pas ” crac, boum hue ” comme celui de Dutronc) lui permettait de beaux succès auprès de caussenardes qui rêvaient de Venise et son grand canal ou de parisiennes libérées par l’ambiance des vacances.

Un dimanche soir de fêtes cependant, l’aventure faillit tourner au drame. La barque, mal calfeutrée prenait l’eau et la Juliette se rappelant à temps qu’elle ne savait pas nager exigea un retour précoce et peu glorieux pour son Roméo d’un soir qui en garde un souvenir fait plus de regrets que de frayeurs.

Le lundi de la fête était plus calme. L’après-midi avait lieu la traditionnelle course au canard sur le lot et après la fin du bal, vers les trois heures du mardi matin, Sylvaine servait le réveillon aux jeunes du comité. Les deux évènements étaient liés, comme on va le voir. Lors de mes vingt ans j’étais ” conscrit ” et donc membre de droit du comité des fêtes ou je retrouvais toute la bande de garçon et filles. Monsieur Singlande, seul adulte parmi nous, représentait, avec discrétion, la caution du conseil municipal. Sylvaine nous avait promis de nous préparer le traditionnel réveillon à condition que nous lui fournissions trois canards. Il fut assez facile de trouver auprès des Caillacois et nos familles cinq canards que nous devions lâcher lors de la course aux canards. Nous pensions récupérer facilement au moins les trois nécessaires à notre réveillon.

Quand nous apprîmes le lundi matin que les jeunes de Douelle avaient décidé de venir tenter leur chance l’après-midi, Guy décréta l’état d’urgence. A deux heures il semblait plus confiant mais ne voulait rien dire de plus que ” laissez moi faire”.

A cinq heures, sur la berge de la cale, la musique chauffait une foule de spectateurs insouciants qui nous applaudirent lorsque nous arrivâmes, derrière notre chef portant nos cinq volatiles qui semblaient bien décidés à éviter le réveillon. Voyant que nos voisins, en tenue de bain, s’apprêtaient nous disputer celui-ci, Guy, notre meilleur espoir au crawl, dit avec gravité :
– La situation est grave, faites pour le mieux, c’est moi qui lancerai les canards à l’eau quand j’atteindrai le milieu du lot avec la barque.
Stupéfaits de voir leur meilleur espoir renoncer à concourir, les Caillacois firent silence. Alors qu’il arrivait à une petite moitié de la largeur de la rivière, Guy posa les rames, détacha le premier canard et après avoir discrètement cogné la tète du volatile sur le fond de la barque il le lança vers l’un des nôtres qui s’empressa de l’attraper, avant qu’il ne coule comme un caillou, sous les applaudissements de la foule et les coups de cymbale des musiciens. Il en alla de même du second et des murmures commençaient enfler du côté de nos voisins. Le troisième canard me tomba dans les bras et j’eu l’adresse de lui éviter la noyade.

Après quoi, fier de la mission accomplie et en grand seigneur il détacha lentement les pattes du quatrième palmipède qu’il jeta, bien vivant, au milieu de la rivière après un baiser d’adieu sur la tète. Il y eut du spectacle et de l’imprévu car personne ne se doutait que le bestiau était capable d’établir des records d’apnée. Se débattant en laissant quelques plumes dans les mains avides des nageurs qui croyaient le tenir, il virait à quatre-vingt-dix degrés, plongeait et restait un long moment sous la surface tandis que nos concurrents se demandaient, pendant d’interminables secondes, quelle sorcellerie le faisait disparaître à droite alors qu’il réapparaissait en caquetant et battant furieusement des ailes à gauche de la barque. Bref, il réussit à gagner les joncs de la berge et fut perdu pour tout le monde. La musique joua ” de profoundis ” et Guy lança le dernier canard devant un jeune de Douelle qui eut tôt fait de l’attraper sous des salves d’applaudissements, dont une partie seulement lui étaient destinés.
L’honneur était sauf et Sylvaine, dont la buvette avait beaucoup travaillé cette année, nous prépara un bon réveillon.

Il n’y a plus de course au canard à Caillac, et la vie a dispersés la plupart de nous, André nous a quittés, mon Père repose dans le champ de Mr Pévré qui est devenu le nouveau cimetière ou tous ses amis l’ont accompagné une dernière fois en quatre vingt seize. A côté de sa maison de marbre se trouve celle des Montet. Lorsque je vais lui faire une visite, je pense que les vivants qui l’ont connu ont une pensée pour lui quand ils vont se recueillir auprès des leurs. Il est entouré des champs qu’il a travaillés et il surveille sa vigne qui est à quelques mètres de son caveau.

Je sais aussi que ceux qui ont fait leur vie hors de Caillac, Gervais, Nicole, Jean-Pierre, Guy, Jean, Suzy,… sont propriétaires, dans ce village, de souvenirs qui leur donnent droit, comme moi, à une double citoyenneté.

Bernard DAVIDOU réécrit en 02/2005
(premier texte en 96 ” La double citoyenneté “).

L’enfant du Blagour

Devant elle, la Borrèze coule, abondante, généreuse. Marguerite, contourne le gouffre profond et large du Blagour qui la terrifie. Sa couleur vert émeraude l’hypnotise, à chaque passage, elle craint d’être engloutie dans les fonds profonds du gouffre.

D’un pied leste, elle descend la pente de la source de la Castinière. Le murmure de l’eau chante à ses oreilles. Des branchages, doucement, langoureusement, voguent sur l’eau, le lit de la rivière est tapi de verdure. Les bosquets de cornouillers et de sureaux noirs sur le rivage sont touffus, épais, si elle y entrait, si elle s’y cachait ! elle serait si bien à l’abri des regards, sous la fraîcheur des branchages.

Il lui suffirait d’attendre, ne plus rien entendre, ne plus rien voir, simplement contempler cette eau voyageuse, calme et sereine.

Mais Marguerite sait que tout cela lui est interdit, ce n’est qu’un rêve.

Annette SOURZAC La font trouvée 19600 Nespouls  anette.sourzac@wanadoo.fr

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Si elle est là dans ce cadre merveilleux, ce n’est pas pour le plaisir d’une promenade insouciante comme font les grandes dames reçues au Moulin du maître.

Si elle est là, au bord de cette rivière enchanteresse, où, l’eau est claire et limpide, cette eau qui la berce et lui fait oublier son chagrin, c’est pour emplir ses deux seaux et les ramener, sans en perdre une précieuse goutte, au Moulin du Blagour.

Malgré tout, descendre à la corvée d’eau, pour elle, est toujours un grand plaisir.

Elle sait qu’elle pourra, malgré le travail, grappiller quelques précieuses minutes de liberté, rien qu’à elle, loin des regards des autres serviteurs, loin de la grosse Mathilde qui ne la quitte pas des yeux et dont la main est si leste lorsqu’elle n’est pas rapide à la tâche.

Elle sait qu’elle pourra s’abreuver à satiété de la lente descente de la rivière, s’imaginer au fil de l’eau tel un minuscule fétu de paille, voguer et valser, insouciante.

Mais elle sait aussi qu’il lui faudra repartir, chargée de ces énormes seaux de bois si lourds, emplis de cette eau souveraine, les amener à la cuisine pour Angéle la cuisinière, et reprendre son service.
A dix ans, elle a déjà un long passé de travailleuse.

Placée par ses parents au Moulin depuis ses six ans, elle a nourri poules, canards, oies et les imposants dindons qui la terrorisaient.

Au fil des jours, les travaux se sont enchaînés plus durs, plus longs les uns après les autres.

Elle a appris à être à la disposition des maîtres du lever au coucher du soleil en échange de la nourriture, d’une vieille robe retaillée dans celle d’une servante, d’une paire de sabots et d’un sac de grain à chaque saison pour ses parents.

C’est sa vie, servir, travailler loin des siens pour le Vicomte de Turenne à qui appartiennent les terres.
Sa mère, une fois par mois, vient la voir en se rendant à la foire de Souillac, sur le seul âne qu’ils possèdent ; elle n’hésite jamais à faire un grand détour des Malherbes au Blagour pour embrasser sa fille, sa petite, sa dernière d’une longue fratrie. Mais combien de ses enfants sont morts, si jeunes, de faim, de maladie ? Seul l’aîné demeure à la ferme pour les aider, le seul qui héritera de ce maigre lopin de terre, dont il deviendra comme son père, son grand-père et ses aïeuls, l’esclave devant s’acquitter des lourds impôts royaux.

Leurs terres de Malherbes qu’ils labourent, appartiennent aux abbés de Souillac. Il faut assurer la corvée, leur donner des journées de labeur, leur porter le grain pour la Saint Julien, économiser les écus d’or à donner encore pour la Sainte André sans oublier d’amener la volaille à Noël et ainsi s’acquitter des redevances exigibles par les riches abbés, qui vivent dans la magnificence et non comme de simples pécheurs.

Marguerite égrène ses maigres souvenirs en remontant vers le moulin, un frisson la parcourt. Noël 1574, c’était, il y a quelques semaines, elle se souvient de la chaleur du feu de la cheminée, du retour de la messe de minuit où ses sabots de bois claqués sur la terre gelée. Puis,de fil en aiguille, lui reviennent en mémoire, les histoires racontées par son aïeule à la veillée, le soir au coin du feu, elle était si enfantou mais ces paroles l’ont marquées à jamais.

Sa grand-mère lui contait des histoires de loup rodant le soir au fond des combes profondes, des loups qui hurlaient à la lune, quand le vent soufflait si fort, des loups qui s’approchaient des maisons, qui entraient dans les bergeries et choisissaient leur proie parmi le maigre troupeau.

Annette SOURZAC La font trouvée 19600 Nespouls  anette.sourzac@wanadoo.fr

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N’a-t-on pas dit qu’à Borréze, un enfanceau fut arraché du berceau par une louve ? Pourvu qu’elle ne croise jamais ces yeux jaunes fendus, cette mâchoire carnassière, quand elle garde les quelques chèvres de Maître Maure sur les hauteurs de la Chapelle Haute.

A chaque fois, elle prend bien garde de ne pas s’asseoir trop prés des fourrés de chèvrefeuille et de prunelliers, de peur d’être happée par une bête malfaisante.Sortant de sa rêverie, elle arrive enfin au Moulin, quelle effervescence ! une vraie ruche !

Hommes, femmes, enfants, courent en tous sens.

Malgré le froid vif du dehors en ce mois de février, la sueur perle au front de chacun.Il leur faut obéir aux ordres, courir et ne rien oublier, demain est un grand jour, jour d’épousailles de Jeantou, fils de Jean Maure, maître du Blagour et de Pétronille.

Le mariage sera célébré à la paroisse de Reyrevignes, lieu de naissance de la jeune épousée mais la fête aura lieu au Moulin.

Marguerite attend avec impatience ce moment, une noce ! pensez donc !

Il y a eu tant et tant de misères ces dernières années, tant de hameaux abandonnés, tant de maisons fermées, la grande peste a tuée de si nombreux villageois. Un mariage c’est une grande joie et un grand espoir d’avoir de la descendance, de ne pas voir sa lignée s’éteindre.

C’est aussi la promesse de manger pour une fois à sa faim, d’oublier les ventres vides, de ne pas les entendre gronder. Maître Maure montrera sa richesse à la future belle-famille de Jeantou. Rots, viandes et poissons seront apprêtés avec grand soin par Angèle et les servantes en cuisine, trois jours de liesse et de bombance, où l’on chantera et dansera jusque tard dans la nuit.

Les odeurs qui envahissent déjà les cuisines font saliver Marguerite.Elle se précipite dans la cuisine, pose ses lourds seaux d’eau, espérant pouvoir chaparder un peu de pain sorti du four, la douce mie fond déjà dans sa bouche. Mais c’est sans compter sur la vigilance de Mathilde, qui, malgré l’excitation qui règne dans la cuisine, a les yeux partout, et ne rate jamais l’occasion de rabrouer Marguerite.

La petite, alors qu’elle saisit une miche de pain odorante, sent une rude poigne s’abattre sur son épaule :
-Que fais-tu là, fainéante ? Va me chercher de l’eau au ruisseau, j’en ai grand besoin pour nettoyer et faire briller la salle de réception choisie par le Maître, le puits ne suffit pas, et nul besoin de gâcher une eau si claire pour laver les sols. Allez, va, souillon !

Oh ! si elle pouvait, elle étranglerait cette vieille chipie qui l’a prise en grippe dés le premier jour. On dit que Mathilde n’aime pas les enfants, qu’elle n’a jamais convolée en justes noces mais que les colporteurs qui passent dans les villages ne la laissent pas indifférentes ; on dit aussi que la Mathilde a tant de fois utilisée de l’herbe à la rue pour faire disparaître de son ventre l’enfant qui poussait.

Annette SOURZAC La font trouvée 19600 Nespouls  anette.sourzac@wanadoo.fr

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Marguerite reprend vaillamment ses récipients en bois pesants et redescend vers la rivière. Alors qu’elle plonge le premier dans l’eau limpide, elle entend un étrange bruit, là, venant des fourrés de noisetiers. Des pas font craquer les feuilles d’automne qui tapissent le sous bois.

Elle sent une présence, elle devine un regard posé sur ses gestes.
S’agit-il d’une bête sauvage qu’elle aurait surprise ? Les bêtes s’abreuvent à l’aube ? où peut-être est-ce une bête blessée ? Peut-être même un loup ?

Déjà, elle ôte ses sabots de bois pour les claquer l’un contre l’autre, espérant que le bruit ferait fuir l’animal sauvage. Marguerite frémit et repense à toutes ces histoires racontées, d’enfant esseulé, dévoré ; ou du mauvais génie sorti tout droit du gouffre de Blagour, si profond.

Ne le voit-on pas, à certaines périodes, rejeter de grandes gerbes d’eau à plusieurs mètres de haut, tandis que les paysans du Boulet voient eux leur source se tarir brusquement !

Quelle diablerie peut-il bien se cacher dans les profondeurs de ce gouffre ?
Elle a peur mais malgré son effroi, elle scrute les buissons, elle aperçoit une ombre.

Marguerite ne fait plus un geste, tétanisée, son esprit est gourd, ses jambes paralysées.
Elle est là, inerte, fixant du regard les arbustes;

A travers les branchages, elle distingue maintenant une masse sombre, puis, tout à coup, alors que l’esprit lui revient, alors qu’elle s’apprête à s’enfuir en hurlant, une main se pose sur son épaule, son cœur bat la chamade, ça y est, sa dernière heure est venue, elle va être emportée dans les ténèbres à jamais.

Mais, cette main ne la tire pas de force vers les sous bois, non, cette main est posée là doucement sur son épaule, en se retournant, elle découvre une main d’enfant pas plus grande que la sienne.
Marguerite est nez à nez non pas avec une sorcière ou un démon de l’enfer mais face à un tout jeune garçon aussi terrorisé qu’elle.

De sa main libre, il pose un doigt sur sa bouche :
-Chut ! ne crie pas, je t’en prie.

Marguerite dévisage l’enfant qu’elle voit enfin, en pleine lumière.

Ses joues portent des traces noires de suie, ses genoux sont écorchés, sa tignasse blonde en bataille :
-Mais qui es-tu ? Je ne t’ai jamais vu ici au moulin, pourquoi te caches-tu ?
-Chut ! ne dis rien, je t’en prie, je suis Antonin de Bourzolles, je me suis enfui, ne sais-tu rien ? N’as-tu pas vu la fumée monter dans le ciel à l’horizon ?
-Non, que se passe-t-il ? De quel enfer reviens-tu, noir de fumée ?
-Oui, il s’agit bien de l’enfer, j’étais à Souillac avec les troupes de Baron de Gourdon. Mon père a choisi son camp, nous sommes de la Nouvelle Religion, nous n’acceptons plus d’être saignés par ces nobles et ces prêtres qui bafouent le Seigneur. Ils paradent et dilapident en cérémonies majestueuses ce que nous arrivons si difficilement par notre labeur à arracher à la terre.

-Hein ! tu es de la Prétendue Nouvelle Religion ?

-Ne crains rien, je ne te ferai aucun mal, je ne suis pas fier du tout d’avoir vu tout ce que mes yeux ont vu. Certains ont pillé l’abbaye, excédés par les razzias menées par vous les catholiques. Durant l’échauffourée, des souillagais se sont réfugiés dans l’église Saint Martin, un des lieutenants du Vicomte de Turenne, pris de folie, a donné l’ordre de mettre le feu à la poudre placée sous un pilier du beffroi. C’est horrible, les gens criaient, hurlaient. Je n’ai plus vu mon père, je me suis sauvé, je ne pouvais plus supporter de voir tant de morts, de blessés, les hommes s’enivraient du sang de leurs victimes, jamais, je n’ai voulu cela, je te le jure.

-Souillac brûle ! vous avez attaqué Souillac mais qu’avons-nous fait, nous les catholiques pour mériter pareille haine et semblable châtiment ? N’aimons-nous pas le même Dieu ? N’implorons-nous pas le même Christ ?

-Pardonne les miens, j’ai tellement honte.
-Les catholiques vont vouloir venger leurs morts, dés que vos troupes auront rejoint Gourdon et Turenne, vous, de Bourzolles allez être à la merci des nôtres, tu dois te cacher, ne retourne pas chez toi.
-Me cacher ? Mais ou ? Comment survivre et pourquoi ? Mon père a du tomber, blessé, est-il encore de ce monde ? Et ma mère ? Qui la protégera maintenant ?

Marguerite découvre devant elle, un enfant, triste, abattu, vulnérable.

Elle, qui subit, chaque jour, l’injustice, la méchanceté, qui est impuissante face à ces adultes sans cœur à qui elle doit obéissance, ne doit-elle pas aider ce gamin entraîné dans cette guerre ?

-Ecoute, Antonin, ne perd pas courage, ta mère va avoir besoin de toi et de tes bras pour survivre, je vais t’aider et te cacher. Quand je garde les chèvres là haut sur les hauteurs, j’ai bien le temps et crois moi, des cachettes, j’en connais plus d’une, même si je ne les ai pas toutes visitées, je connais les entrées, personne ne monte là haut, à part quelques genévriers et des chênes, rien ne pousse. Tu verras, tu seras en sécurité, tu attendras. Au moulin, tout se sait, je te donnerai des nouvelles des tiens. Demain, c’est la noce du fils du Maître, les invités sont de Reyrevignes où beaucoup de protestants vivent, j’écouterai et je te dirai.

-Qui es-tu, fille si courageuse de m’aider, moi le parpaillot ?

-Je suis Marguerite des Malherbes, j’ai été placé par mes parents trop pauvres pour me nourrir. Mais je ne leur en veux pas, j’attends, je me prépare et un jour, je m’en suis fait la promesse, je m’enfuirai, je partirai de ce maudit moulin où je n’existe pour personne. Allez, viens, assez parlé, cache-toi dans les fourrés, je porte ces seaux en cuisine et je viens te rejoindre, il y a tant de va et vient aujourd’hui que personne ne remarquera mon absence, je dois simplement éviter de croiser le chemin de la grosse Mathilde.

Antonin se terre dans les bosquets, il suit du regard Marguerite qui s’éloigne sur le chemin de la berge.

Peut-il lui faire confiance ? Elle est catholique, il est protestant, aura-t-elle pitié de lui, dont les siens n’ont montré aucune clémence envers ceux de son église ? Mais quel autre choix a-t-il ? Il est si fatigué, des images le hantent, les cris des insurgés raisonnent sans fin dans sa pauvre tête.

Comment arrivera-t-il à oublier tout ça ? Et son père ? Où est-il ? S’il est vivant, le cherche-t-il?

Dans la matinée, profitant de l’effervescence, Marguerite rejoint Antonin.

Il est au même endroit, recroquevillé, endormi.
-Antonin, Antonin, c’est moi, Marguerite, n’aie pas peur ; tiens, j’ai réussi à prendre une miche de pain, mange, tu en as besoin.

Antonin se saisit de la tourte encore chaude et en arrache des morceaux qu’il avale goulûment.
Marguerite est rassurée, si grande faim montre l’appétit qu’Antonin a pour continuer à vivre malgré les épreuves qu’il vient de traverser.

-Suis-moi, Antonin, nous allons monter cette colline, je t’emmène à la « grotte de la roche percée », tu y seras à l’abri et je t’y rejoindrai dés que je pourrai.

Les deux enfants empruntent le chemin tracé par les sabots des chèvres, à mi-hauteur, ils contemplent la vallée.

Les champs de chanvre nus, leurs sillons bruns hachés de pierres blanches, couvrent la plaine.
Au-dessus de Souillac, des volutes de fumée noire montent encore dans le ciel.

Marguerite presse Antonin, le tocsin des églises sonne.

Elle prend un petit sentier vers la gauche.

Antonin découvre l’entrée de la grotte, il y pénètre.
-N’as tu pas peur, Antonin ?
-A part, une bête sauvage venue s’y réfugier, nous ne trouverons rien d’autre, ne t’inquiète pas, répond-t-il.
-Ne crains-tu pas un démon ou une diablerie ?
-Tu écoutes trop les sornettes des calottés, Marguerite, ils vous tiennent dans l’ignorance et la crainte pour mieux vous asservir. Ne crains rien, je te dis, viens.
Antonin s’enfonce dans la grotte, l’entrée est grande, il contourne quelques rochers.
–Voilà, je serai bien ici, je t’attendrai Marguerite.

A cet instant, quelques jappements s’échappent des jupes de Marguerite.
-Qu’est ce que c’est ? demande Antonin sur la défensive.
-N’aies pas peur, Antonin, regarde.

Marguerite soulève son caraco. Dissimulé dans les plis de ses vêtements, apparaissent deux yeux marron et une truffe, un petit chiot lui lèche les mains.

-J’ai crains que tu ne t’ennuies, seul ici, que de mauvaises pensées te viennent. Regarde le, je l’ai appelé « Sans Foi » parce quelle que soit la main qui la caresse au moulin, huguenote ou catholique, il est heureux, il jappe, se retourne, tend ses petites pattes et son ventre aux caresses ; il est sevré, il te tiendra compagnie et te préviendra en cas de danger, même s’il ne peut pas encore te défendre, il te protégera.

-Je n’ai besoin de personne pour me défendre, je sais me battre, je ne suis pas un lâche, répond Antonin, vexé.
-Je sais tout cela, Antonin, mais face à des hommes armés, que feras-tu ?
Antonin baisse les yeux, Marguerite pose sa main sur sa joue :
-Personne ne vient jamais ici, il faut attendre et tu pourras rejoindre Bourzolles ensuite.

Marguerite redescend par le sentier escarpé, sa longue jupe s’accroche aux bosquets épineux.
En arrivant au moulin, elle butte sur Mathilde, celle-ci la suit des yeux, un moment, soupçonneuse.
-D’où viens-tu ? Crois-tu que l’heure est à baguenauder et te promener comme une princesse, cours en cuisine aider Angèle qui ne sait plus où donner de la tête.

Docile, Marguerite rejoint la cuisine.
Des grosses marmites ventrues fument, chuintant dans l’âtre.
Angèle a les joues si rouges qu’on la dirait prête à exploser.
Des marmitons courent en tout sens, les lingères passent les bras chargés de belles nappes blanches, odorantes de lavande.

Des commis de marchands venus de Souillac déchargent les vivres et victuailles qui ne sont pas produits à la ferme : vins de Bordeaux, quelques rares épices et gâteries, dragées qui seront présentés pour montrer la richesse du Maître.

Marguerite surprend leur conversation :
-Tout est en feu !
-Des morts, des blessés !
-L’église Saint Martin est détruite !
-Il faut nous venger !
-Les Huguenots sont repartis chez eux, les bras chargés de morts !
-Qu’ils brûlent en enfer !
Marguerite épluche les légumes et ne perd pas une miette des informations qu’elle récolte.
Les hommes sont en colère, leurs paroles pleines de fiel et de vengeance. Quand trouveront-ils la paix ?

S’ils apprenaient qu’elle cache un traître à leur cause, quel sort leur réserveraient-ils ? Que deviendrait-elle ? Mais peut-elle trahir Antonin ?

Au cœur de l’après midi, après s’être rassasiée d’une soupe et d’un quignon de pain dur, Marguerite profite d’un moment d’accalmie pour disparaître discrètement.

Avant de prendre le sentier menant à la rivière, elle s’assure que Mathilde n’est pas dans les parages. Son instinct lui souffle de se méfier de cette mégère.

Elle escalade la colline, une cruche d’eau sous le bras, mais arrivée sur les hauteurs du plateau, alors qu’elle se hisse en s’accrochant d’une main aux rochers, elle découvre à hauteur de ses yeux, deux pieds chaussés de sabots, un bas de robe qu’elle reconnaît immédiatement, c’est la jupe de Mathilde.

La méchante femme la fixe du regard, bras à la taille, le regard mauvais.
Marguerite tremble, quel mensonge inventer pour expliquer sa présence ici, loin du moulin ?
Heureusement, pour mieux s’agripper aux rochers, elle a déposé sa cruche d’eau dans les herbes, pourvu que Mathilde ne la découvre pas.

-Que fais-tu là, fainéante ? Retourne au moulin tout de suite avant que je ne trouve une branche de noisetier et que je t’en fouette pour te raviver les sangs.

Marguerite ne dit mot, heureuse de s’en sortir si facilement, elle descend le sentier à vive allure.
Impossible pour elle maintenant d’échapper à la vigilance de Mathilde.

Pourvu que « Sans Foi » ait averti Antonin de la présence de Mathilde.
La journée passe en d’innombrables corvées : amener du bois, frotter les parquets, nettoyer les étables, nourrir les bêtes.

Les conversations ne bruissent que des événements de Souillac.
D’heure en heure, les informations les plus folles circulent.
On dit que les protestants en se repliant ont abattu toutes les croix des chemins.
Certains parlent de s’armer et de poursuivre ces mécréants.
Maître Maure est inquiet, le mariage pourra-t-il avoir lieu ?

Pourront-ils se rendre à Reyrevignes sans craindre d’être attaqués ?
La nuit tombe vite en février, obligeant chacun à rejoindre son lit à l’heure des poules.
Seul, le Maître peut s’offrir le luxe de brûler une chandelle que l’on aperçoit vacillante à travers le carreau des fenêtres en verre grossier du moulin.

Dans l’étable, dans la chaleur des bêtes, les servantes dorment sur un matelas commun de paille.
Marguerite peine à s’endormir malgré sa fatigue.
Elle imagine Antonin, sans nouvelle, seul dans sa grotte, sans rien à boire ni à manger.
La pensée de « Sans Foi » aux côtés du jeune garçon l’aide à trouver enfin le sommeil.
Demain, à l’aube, elle montera là haut et tant pis si elle est punie ou battue.

Le jour pointe, le coq vient juste de chanter, le froid est vif, Marguerite sort du moulin, sur la pointe des pieds. Sa cape de drap noir se fond dans le paysage.

Elle arrive au plateau à bout de souffle, les joues rouges, elle entre dans la grotte :
-Antonin, Antonin, montre-toi, c’est moi, Marguerite.
Le garçon s’approche, suivi de « Sans Foi ».
-Excuse-moi, je n’ai pas pu venir hier.
-Mais si, tu es venue, hier, j’ai trouvé ce sac avec des pommes, des noix, un morceau de lard, du pain et cette cruche d’eau à l’entrée de la grotte, c’est bien toi qui as déposé ces provisions ?
Marguerite reconnaît la cruche d’eau, c’est celle qu’elle a abandonnée hier dans les fourrés et ce sac porte la marque du moulin.

Quelqu’un au moulin est au courant de la présence du fugitif caché dans la grotte, mon Dieu !
Mais ce quelqu’un est prêt à aider le fuyard qui s’y cache, il lui a laissé de quoi se ravitailler.
Mais qui cela peut-il être ?

La seule personne que Marguerite ait vue, c’est Mathilde.
Mathilde saurait-elle quelque chose ? Aurait-elle compris ? Va-t-elle les dénoncer ?
Pourquoi ce sac de nourriture ?
Peut-être voulait-elle voir si quelqu’un le prenait ? C’est un piège !

Marguerite fait part de ses réflexions à Antonin.
-Mais non, Marguerite, tu te fais des idées, si cette personne voulait me dénoncer, je serai déjà prisonnier, je te dis que cette personne veut aider les fuyards, je ne dois pas être le seul à me cacher et avoir besoin d’aide. Ne t’inquiète pas, notre foi se propage, nous avons beaucoup d’amis.

Tout en parlant, Antonin caresse la roche, du bout des doigts, il suit un sillon creusé dans la veine.
-Qu’est ce que c’est ? demande Marguerite.
-C’est un cœur à l’envers que j’ai gravé pour m’occuper les mains et marquer ainsi mon passage, c’est un signe de reconnaissance entre nous, les protestants.
Marguerite à son tour suit de son doigt le sillon tracé.
Antonin ne dit rien, il saisit les deux cailloux dont il s’est servi pour marquer la roche.

Il frappe, à petits coups précis et réguliers, il trace un cœur à l’endroit pointe en bas auprès du premier cœur :
-Celui là est pour toi, Marguerite, le cœur des catholiques, parce que tu m’as aidé et que jamais je ne t’oublierai.
-Ce sont nos cœurs, Antonin, nos deux cœurs, l’un à côté de l’autre pour toujours, jamais rien ni personne ne pourra les effacer.

Lentement, Marguerite se lève, elle descend vers le moulin sans se retourner, laissant Antonin, songeur face aux deux cœurs gravés. Marguerite est prise par la frénésie des préparatifs du mariage, la matinée suffit à peine à finir les dernières tâches.

Le cortège de la noce se met en route, le marié en tête, marchant sous les quolibets et plaisanteries, la lente procession se rend à pied à Reyrevignes.

Un attelage tiré par un mulet les suit, de longs branchages d’épineux entremêlés à quelques rubans le décorent. Dans le convoi, Marguerite aperçoit Mathilde mais elle évite son regard qu’elle sent peser sur elle.

Arrivés à la paroisse Sainte Madeleine de Reyrevignes, les invités entrent dans l’église. A l’autel, la mariée attend son futur époux, agenouillée devant la piéta. Le fiancé s’agenouille à côté de sa promise.

Le prêtre prononce les paroles sacrées unissant Jeantou et Pétronille, promis depuis leur enfance l’un à l’autre, devant leurs parents, parrain et marraine. La mère de la mariée est décédée en couches depuis de longues années.

Le prêtre inscrit dans le registre de la paroisse la date du mariage, les noms des mariés, parrain et marraine, puis, il fait signer les témoins. Seul, Maturin Roux, le parrain du marié signe de son nom.
Les autres tracent leurs initiales sous la mention écrite par le prêtre : « n’ont pas signé pour ne savoir ».

Marguerite s’approche du registre, elle n’a jamais vu de lettres tracées, elle trouve cela très joli.
Maître Maure lance quelques écus devant le porche de l’église, les enfants se précipitent, Marguerite en saisit un qu’elle tient fermement dans son poing serré. Le cortège repart vers le moulin, les chants, la cornemuse et le pipeau les accompagnent.

Les mariés arrivent au moulin dans la carriole sous les vivats.
Les tables sont mises, la soupe est servie dans des assiettes en faïence bleue sur de belles nappes brodées blanches. Marguerite sert les invités, les plats se suivent.
Les convives rient et chantent.

Elle a grande faim, elle attend avec impatience le moment où à leur tour les serviteurs pourront se restaurer et profiter des largesses du maître en ce jour de noces.

Marguerite dérobe une cuisse dodue de poulet, deux fromages de brebis, elle les place dans un foulard qu’elle s’empresse d’emmener à Antonin.

Arrivée à la grotte cachée, elle déballe son festin devant Antonin, ravi. « Sans Foi » lui lèche les doigts quémandant l’os de ce merveilleux morceau de poulet. Marguerite rit et s’amuse des pantomimes du chiot.

Elle se sent si légère aujourd’hui malgré le travail fourni, c’est jour de fête et de bombance, demain encore ils mangeront à leur faim.

Antonin la regarde la mine austère.
-Quel dommage que tu ne puisses pas te joindre à nous, nous aurions ri et dansé ? lui dit-elle.
-Quelle histoire pour une simple union ! quelle perte de temps et quelles idioties que de se trémousser ainsi au son de la musique !

-Tu n’aimes pas danser, rire et t’amuser, Antonin ? Tu aurais du voir comme « la béluge » nous a fait rire de ses histoires !
-Tout cela est bien inutile, nous sommes ici sur terre par la grâce du Seigneur pour travailler, prier et ne pas gâcher notre temps précieux en bêtises.

Marguerite ne dit rien, décontenancée par la mine sévère d’Antonin.
Elle sort, d’une poche de sa jupe, la pièce ramassée sur le parvis de l’église.
-Tiens, Antonin, c’est pour toi, tu pourras acheter une indulgence et te faire pardonner tes péchés.

J’ai bien regardé, l’écu n’est pas rogné.
-Sacrilège, crie Antonin, en jetant la pièce, seule la foi sauve.
Marguerite ne comprend pas les réactions de son ami, sont-ils si différents ?
Comment pourraient-ils s’aimer alors qu’ils ne partagent pas les mêmes façons de penser ?

Les deux cœurs sur la pierre, pourquoi Antonin les a-t-il gravé ?
La jeune fille se lève et quitte la grotte sans un regard pour Antonin.
Triste et amer, elle prend le petit chemin qui la ramènera au Moulin.
Soudain, elle est happée par une main qui la tire vers les buissons.

Elle a juste le temps de pousser un cri avant qu’une main ferme lui couvre la bouche.
Mais, l’étreinte se desserre, elle se retourne brusquement, le cœur battant, à ses pieds, étalée de tout son long, gît Mathilde.

Antonin l’a assommée :
-Je ne pouvais pas supporter de te voir partir en colère après moi, Marguerite ; j’ai voulu te rattraper quand j’ai aperçu cette femme qui levait la main sur toi, j’ai vu rouge, j’ai pris un bâton et je l’ai frappée.

Malgré ces fortes émotions, Marguerite est heureuse qu’Antonin l’ait suivie pour se réconcilier et surtout l’ait sauvée de cette mégère.
-Antonin, tu crois qu’elle est morte ? Mon Dieu ! qu’allons nous faire ?
-Ne t’inquiète pas, Marguerite, regarde, elle ouvre déjà les yeux, elle est simplement assommée. Tu la connais ?
-Oui, c’est la terrible Mathilde, je l’ai surprise, hier, à nous épier. Maintenant, elle sait, elle va nous dénoncer, qu’allons-nous devenir ?

Mathilde se tient la tête, un léger filet de sang coule le long de sa tempe :
-Ah ! misère ! tu n’y es pas allé de main morte ! ça m’apprendra à vouloir aider les autres ! Tu es là, toi, coquine ! dit-elle, en regardant Marguerite.

Marguerite devient livide à la pensée qu’elle la reconnaisse et la nomme, elle devine que Mathilde n’aura aucune indulgence pour elle et qu’elle tient sa vie et celle d’Antonin entre ses mains.
Marguerite se jette aux pieds de Mathilde :

-Marguerite, pitié ! pitié ! ne dénonce pas Antonin, c’est encore un enfant !
-Ah ! Mademoiselle avec ses grands airs, réclame clémence ; Mademoiselle se croit au-dessus des autres, trop belle pour servir. Sournoise ! croyais-tu pouvoir échapper à ma vigilance ? Tes ruses, je les connais par cœur, moi aussi, j’ai été enfant, placée comme servante à l’âge où on a encore besoin de la douceur des bras de sa mère, à l’âge où on peut à peine traîner les lourds seaux, à l’âge où on tremble d’effroi, le soir sous sa maigre couverture. Qui a eu pitié de moi ? Personne !

-Ne faites pas de mal à Marguerite, c’est moi, le fautif, je suis Antonin de Bourzolles et…
-Je sais qui tu es, mon garçon, je t’ai cherché, crois-moi dans toutes les grottes, les forêts, les taillis à des lieux alentours.
-Mais pourquoi me cherchez-vous ? Si vous pensiez que je me cachais ici, pourquoi ne pas m’avoir dénoncé ?
-Moi ! vendre un des nôtres ! pour qui me prends-tu ? Une traîtresse, une félonne ?
-Comment Mathilde ? Vous êtes de la Nouvelle Religion ? s’écrie Marguerite.
-Bien sûr, petite, je vais au temple avec les autres, je n’ai rien dit pour ne pas perdre ma place,

Maître Maure m’aurait jetée dehors mais j’ai trop vu de vilenies faites par les « razés », ils pensent plus à s’amuser et s’enrichir qu’à prier. Isaac, le colporteur de dentelles m’a longuement expliqué la bible et j’ai choisi. Je connais le père d’Antonin et c’est lui qui m’a demandé de retrouver son fils, il l’avait vu s’enfuir, les yeux hagards comme fou.
-Mon père ! mon père est vivant ?
-Oui, petit, avec quelques autres, ils ont réussis à s’enfuir, emportant morts et blessés. Nous avons enterré quelques-uns uns des nôtres au lieu dit, « les trois pierres », qu’ils reposent en paix !
-Où est mon père ?
-Il se cache à Turenne, le temps que les souillagais oublient leur colère. Que Dieu fasse que l’on vive en paix, chacun libre de vivre sa foi au grand jour. Et toi ? Marguerite, ne vas pas nous donner !
-Je n’ai pas trahi Antonin, pourquoi irai-je vous dénoncer ?
-Parce que tu ne m’aimes pas !

Marguerite rougit, détourne le regard, ah ! c’est vrai qu’elle n’aime pas Mathilde et rien ne la fera revenir à de meilleurs sentiments pour elle.
-Marguerite, notre absence va se remarquer, on va nous appeler, nous chercher, il faut redescendre. Allez, hâte-toi, bougonne Mathilde.
-Antonin, que va-t-il devenir ?
-Ne t’inquiète pas pour lui, je veux prévenir les nôtres, ce soir, il sera près de son père à Turenne, à l’abri ; allez, dépêche-toi, lambine.

D’une main vigoureuse, Mathilde empoigne l’enfant qui n’a que le temps de se retourner.
Antonin lui crie :
-Je reviendrai, je te le promets.
De ce jour, Marguerite a appris la patience, elle guette sans fin le long chemin qui mène au Moulin, espérant en chaque visiteur, mendiant, colporteur ou prêcheur, reconnaître Antonin.

Elle flâne sur le bord de la rivière, rêvant, que d’un bosquet, surgisse son ami.
Souvent, elle monte le chemin escarpé jusqu’à la grotte, doucement elle passe son doigt sur les cœurs gravés dans la pierre, songeant à la promesse d’Antonin.

Mathilde est restée dure et sans pitié pour elle, sachant quel secret les lie l’une à l’autre, l’une servante de la Nouvelle Religion, l’autre aidant un fuyard.
Marguerite a attendu des jours et des jours, il n’est jamais venu.
Alors, seule, elle a décidé de tenir sa promesse.

Un matin, elle s’est levée, elle a pris quelques effets dans un morceau de toile qu’elle a noué.
Sans se retourner, elle est allée sur le grand chemin qui la mènera à Turenne.
A quelques mètres derrière elle, un grand chien noir, fidèle, la suit :
-En route, « Sans Foi », nous retrouverons Antonin.

Sylvie STAUB   Raconteuse d’histoires

© 2010, Reproduction interdite sans autorisation écrite des auteurs

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Les illustrations sont d’ Annette SOURZAC La font trouvée 19600 Nespouls
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Onomastica – Onomastique

Généralités sur la Toponymie et la Patronymie (Onomastique)

La patronymie a pour objectif d’étudier les noms de famille et leur signification. La réalisation de cet objectif a un intérêt historique indiscutable : nos noms de famille portent la marque des civilisations passées. Elle peut contribuer à donner une idée de la société, de ses structures et de son évolution.

– Tous les patronymes ont une signification. Les hommes ne se sont jamais désignés par des suites de syllabes dénuées de sens. Si un patronyme semble n’avoir aucun sens c’est parce qu’il a subi des transformations ou parce qu’il vient de mots oubliés ou encore qu’il est issu d’une langue dont nous avons perdu la clé.

– La patronymie est avant tout une branche de la linguistique. Pour expliquer les noms de personnes, il importe avant tout de faire une déduction linguistique correcte.

– Un nombre considérable de patronymes sont des toponymes : les hommes se désignent souvent par le nom de leur maison ou par le nom de leur localité d’origine. Statistiques par catégories de noms Les patronymes peuvent se répartir en catégories. Sommairement, on peut distinguer: les noms de baptême ou prénoms devenus patronymes; les noms d’origine (région, ville ou village d’origine); les noms de métiers; les surnoms et sobriquets; les noms de maisons. Par noms de maison, il faut entendre tous ceux qui désignent la maison par une caractéristique queIconque tirée de son statut social, de son aspect, de son environnement géographique ou végétal (ainsi Castagné est un nom de maison, la maison étant ici désignée par l’arbre qui la signale aux regards). On s’aperçoit que ces diverses catégories sont diversement représentées selon les aires culturelles: ainsi, en pays d’oïl, la proportion des noms de métiers et de sobriquets est considérablement plus grande qu’en pays occitan. En pays basque, la presque totalité des patronymes sont des noms de maisons.

Histoire du nom de famille

Article de Michel Grosclaude

A quelques nuances près le système de désignation des individus est le même dans tous les pays européens.. Chacun d’entre nous a d’abord un ou plusieurs noms individuels, (en français prénom, en allemand Vornamen, en anglais christian name, en castillan nombre de pila). Nous avons ensuite un nom de famille que nous appelons patronyme car, le plus généralement, il indique notre filiation en lignée paternelle. II ne saurait être question ici de faire une histoire des anthroponymes.
On se contentera de rappeler un certain nombre de données élémentaires. D’abord, il semblerait que la plupart des peuples n’aient connu à I’origine que le nom individuel: remarquons qu’un nom individuel seul est largement suffisant dans des sociétés de petite dimension où on ne risque pas les confusions. Ainsi, les Hébreux de la Bible ne sont désignés que par un nom individuel (Gédéon, Samson, David, Sarah, Judith). Ce nom a un sens objectif (Adam: I’argile, la terre; Josué: Yahweh sauve) ou imaginé selon les conceptions onomastiques de l’époque (ainsi Moïse qui, à en croire le rédacteur de l’Exode, signifierait ” sauvé des eaux “).
Un système un peu plus complexe consiste à ajouter au nom individuel le nom du père accompagné d’une mention (suffixe ou préfixe) signifiant ” fils de “. Ce système a dû être assez largement répandu si nous en jugeons par les traces qui en subsistent à l’état de fossiles dans les patronymies actuelles. Ainsi le nom-suffixe anglais -son (Johnson, fils de Jean; Peterson, fils de Pierre); le nom-suffixe scandinave -sen (Andersen, fils d’André); la terminaison slave -itch (Mikhailovitch, fils de Michel) ou le mot sémitique ben (Ben Gourion, Ben Youssef).
Chez les Grecs de I’Antiquité, le nom individuel a été d’abord accompagné d’un nom suffixé marquant I’appartenance à une dynastie noble (Les Atrides: la famille d’Atrée). Puis, très vite à l’époque classique, pour les citoyens libres, on imagina un système à trois noms: nom individuel, mention de la filiation et indication du dôme (circonscription géographique): ainsi le nom complet de I’orateur Démosthène était: Dèmosthenès Dèmosthenous Paianieus (Démosthène, fils de Démosthène du dôme de Péania). Les noms individuels étaient soient des surnoms, soit des métaphores (Démosthène, dêmos-sthenos, la force du peuple; Platon, Platon, large d’épaules; Andreas, andreios, viril; Basile, basileus, roi; Anatole, ana-tolê, le levant. Georges, geôrgos, le travailleur de la terre).
Dans l’aristocratie romaine, on passa d’un système à deux noms à un système à trois, puis parfois à quatre. D’abord le nom individuel ou prénom (Marcus, Caïus, etc) accolé au gentilice ou nom de la gens (grande famille ou clan). Puis très vite, pour éviter les homonymies il fallut y adjoindre un surnom individuel le cognomen: ainsi l’écrivain Cicéron se nommait en entier Marcus Tullius (de la gens Tullia) Cicero (cognomen signifiant ” pois chiche ” sans doute à cause d’une verrue). Mais le cognomen devint héréditaire et se mit à désigner les familles restreintes à l’intérieur de la grande famille ou gens. On fut alors souvent contraint de lui adjoindre un second surnom (exemple: Publius Cornelius Scipio Africanus).

L’arrivée du christianisme bouleverse ce système en important la philosophie biblique du nom. Le nom d’un homme, dans la Bible, n’est pas une simple étiquette, mais fait partie de son être. Donner un nom à un homme c’est prendre possession de son être: c’est pourquoi chaque fois que Dieu choisit un homme pour le charger d’une mission, il lui donne un nom nouveau. Ainsi Abram devient Abrahaml. Ainsi fait Jésus-Christ quand il choisit ses disciples: ” Tu es Simon, fils de Jonas, désormais tu seras appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre “‘. C’est pourquoi chez les premiers chrétiens, le changement de nom devient le signe de l’appartenance à Jésus-Christ. Comme l’eau du baptême, il matérialise l’accès à une vie nouvelle. Ce sont donc les Anglais qui sont dans la vérité historique quand ils appellent le prénom ” Christian name “. Avec le premier christianisme, on retrouve donc le système du nom individuel unique. Mais remarquons que ce nom nouveau imposé à tout converti n’est pas nécessairement un nom tiré de la tradition scripturaire biblique. II suffit que le converti ait un nom nouveau, fût-il tiré de la mythologie païenne.

Plus tard, I’Eglise fera exception à cette règle, tout au moins pour des personnages illustres: Clovis est sans doute le premier à avoir été baptisé sous son propre nom. Un autre bouleversement important du système anthroponymique apparaît en Occident avec les invasions germaniques. C’est ici qu’il convient de mettre en lumière un étonnant paradoxe de l’Histoire. Les envahisseurs germaniques (et spécialement les Francs) qui imposèrent leur aristocratie militaire au monde occidental, et en particulier à la Gaule, ne sont pas parvenus à imposer leur langue. S’ils y étaient parvenus, nous parlerions une sorte d’allemand.

Par contre, ils nous ont imposé leur système anthroponymique, si bien qu’à partir du 10è siècle les noms individuels germaniques sont majoritaires dans la plus grande partie de l’Europe occidentale. Quantité de ces noms germaniques sont encore des prénoms courants actuellement et nombre d’entre eux sont devenus des noms de famille: Bernard, Raymond, Roger, Arnaud, Gérard, Louis, Rolland, etc.

Cette mode des noms germaniques s’explique par trois facteurs combinés: d’abord la volonté d’imiter l’aristocratie qui était germanique; ensuite l’accord entre le système chrétien du nom individuel unique et le système germanique; enfin la pauvreté imaginative du fonds onomastique latin ou de ce qu’il en restait (Primus, Secundus, Tertius, Ouartus, etc.).
Ces noms germaniques sont toujours composés de deux parties (deux substantifs ou un substantif et un qualificatif): Bern-hardt (ours dur); Ragin-Mund (conseil et protection). L’onomastique occitane a incorporé cet apport germanique exactement comme l’a fait l’onomastique française. On est autorisé à supposer qu’à l’époque où ces noms germaniques se répandirent, c’est-à-dire vers le 10è siècle leur sens n’était déjà plus compris par les populations qui les adoptaient et même qu’ils n’étaient peut-être plus compris par les Francs eux-mêmes. À partir du moment où la société se structure mieux, où il devient nécessaire d’établir des recensements, où donc les écrits se multiplient, il devient nécessaire de donner à chacun un nom complémentaire. Cette nécessité est d’ailleurs accrue par la pauvreté du stock des noms individuels.

Chez les nobles, ce nom complémentaire est tout naturellement le nom du fief. Les clercs sont signalés par un qualificatif propre à leur état. Quant aux paysans, le nom complémentaire est parfois le nom de la villa, plus généralement le nom du casas exploité. Le nom du casas, donc de la maison, devient le nom du chef de famille qui y habite ainsi que celui de sa femme, de ses enfants et de tous ceux qui vivent sous son toit. C’est pourquoi, il peut donner l’impression d’être un véritable ” nom de famille ” héréditaire au sens où nous l’entendons aujourd’hui. II n’en est rien car ce nom ne s’attachait aux individus que dans la mesure où ceux-ci occupaient la terre qu’il désignait.

Que l’homme laisse sa terre pour une autre et il change aussitôt de nom: un cadet qui quittait sa maison natale et qui épousait une héritière n’était plus désigné par le nom de sa maison d’origine mais par celui de la maison de sa femme chez qui il venait habiter. Un homme pouvait donc porter un nom qui n’avait jamais appartenu à aucun de ses ascendants: le nom d’une maison acquise récemment par achat ou de toute autre manière. En somme, les modes de transmission du nom étaient exactement les mêmes chez les nobles et chez les paysans: dans toute la chrétienté occidentale, un noble prenait le nom de son fief et quand il vendait son fief, il vendait le nom avec Chez les habitants des villes, le nom complémentaire était soit un nom de métier, soit un nom permettant de situer la maison (près de la tour, à côté de l’église, de l’autre côté des fossés, etc.), soit encore un nom d’origine indiquant la localité d’où venait le nouveau poblan.

Le nom de famille tel que nous le connaissons aujourd’hui résulte de la transformation lente du nom complémentaire en nom héréditaire et non pas, comme on le croit trop souvent, d’un décret du pouvoir politique. Sans doute, pour la France, on invoque souvent l’Édit de Villers-Cotterêts qui instaura l’obligation de l’état civil. Mais l’Édit de Villers-Cotterêts ne fit que sanctionner et, tout au plus, régulariser, un état de fait: en effet, déjà sous le règne de Louis XI, il fallait une autorisation royale pour changer son nom patronymique. En fait, les noms complémentaires, qu’ils soient noms de fief, de Casas, de métier ou autre ont commencé à évoluer en noms de famille héréditaires à partir du 14è siècle. II n’empêche que la coexistence des deux systèmes de désignation (nom de maison et nom de famille héréditaire) fit que la plupart des gens furent désignés par deux noms, I’un et l’autre pouvant être utilisés dans des actes officiels: ce qui crée évidemment bien des difficultés pour qui veut identifier un personnage.

Per ne saber mai – Bibliographie

Bibliographie Dictionnaire étymologique des noms de famille gascons, Michel Grosclaude, Radio Païs RN 117 64230 POEY DE LESCAR, 1992, reprint 1999 Gramatica occitana (segon los parlars lengadocians), Loïs Alibèrt, C.E.O. (Centre d’Estudis Occitans), Montpelhièr 1976. Dictionnaire occitan-français (d’après les parlers languedociens), Louis Alibert, I.E.O. (Institut d’Estudis Occitans), Toulouse 1977. Lou Tresor dóu Felibrige, Frederic Mistral, data, reedicion C.P.M. (Culture Provençale et Méridionale) 1979. Dictionnaire latin-français, Félix Gaffiot, Hachette, Paris 1934. Toponymie occitane, Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Sud Ouest Université 1997. Etudes de linguistique romane et toponymie, Ernest Nègre, Collège d’Occitanie, Toulouse 1984.

La graphie occitane

La graphie occitane  

Référence Gaston Bazalgues

Pour écrire leur langue issue du latin populaire parlé, les premiers scribes occitans ont dû adapter le système orthographique du latin problème commun à toutes les langues romanes (français, italien, espagnol, catalan, …). Ce système orthographique sera celui de l’occitan jusqu’au 15e siècle. Après la croisade contre les albigeois, l’occitan est peu à peu chassé de l’école et de la vie administrative. L’édit de Villers-Cotterêts l’interdit officiellement en 1539. Les occitans parlent toujours leur langue, mais perdent leur système orthographique. s’ils veulent écrire dans leur langue, ils n’ont comme référence que le système du français. Chaque auteur occitan essaye de l’adapter à à sa langue revenue à l’état sauvage et ainsi naissent ce qu on appelle les graphies patoisantes de la langue d’oc. Cela jusqu’au XIXe siècle.

Des tentatives de normalisation graphique se multiplient. Originaire des Alpes de Provence, Honnorat propose dans son dictionnaire (1840) un système orthographique très proche de celui des troubadours et qui tout en respectant les dialectes permet leur intercompréhension. Ce système d’abord salué par Roumanille sera rejeté par ce dernier qui imposera une graphie française et rhodanienne à l’ensemble occitan. Cette graphie félibréenne (du nom de l’école littéraire d’Avignon dont Roumanille est, en 1854, un des fondateurs) est à tort parfois appelée mistralienne, Mistral ayant accepté ce système avec difficulté.

La graphie félibréenne est donc celle de la Renaissance littéraire occitane du XlXe siècle, avant tout localisée en Provence. Elle ne résout pas les problèmes posés par l’éparpillement dialectal et les autres régions occitanes entrant dans la Renaissance ne peuvent l’accepter. Les languedociens dès 1896 reprennent et modernisent la graphie des troubadours grâce aux travaux du limousin Joseph Roux puis de l’Escola occitana de Antonin Perbosc et Prosper Estieu, fondée en 1919.

En 1930 La Société d’Études Occitanes la vulgarise encore et Louis Alibert la perfectionne en 1935 dans sa grammaire puis dans son dictionnaire publié après sa mort en 1966 par l’lnstitut d’Études Occitanes.

De nos jours la graphie occitane permet de lire les troubadours dans leur texte; elle est celle des auteurs modernes, des chanteurs aussi. La graphie félibréenne subsiste aussi en Provence.

L’alphabet occitan

L’alphabet comprend 23 lettres.

A a    B be   C ce   D de    E e   F èfa  G ge   H acha  I i  J gi  L èla  M èma  N èna  O o

P pe  Q cu   R èrra  S èssa  T te  U u  V ve  X icsa  Z zèda

La prononciation des voyelles

L’occitan n’est pas une langue unifiée comme le français écrit. Il a une prononciation très diversifiée. Nous donnons ici une prononciation languedocienne centrale.  a et à se prononcent comme dans le mot français chat caval se lit kabal (cheval) cantaràs se lit kantaras (tu chanteras)

a marque du féminin

– se prononce a dans les articles définis la, las, les articles contractés, les possessifs ma, ta, sa.
– se prononce o partout ailleurs. la porta se lit la porto (la porte)

a et á en finales de verbes se prononcent o parla se Iit parlo (il parle) podiás se lit poudios (tu pouvais) parlan se lit parlon (ils parlent),

o pouvant être remplacé par ou (parloun) à la 3e personne du pluriel.

á et à portent toujours l’accent tonique.

e n’est jamais muet comme en français.

e et é se prononcent comme dans le mot français blé negre se lit nègre (noir) pél se lit pél (cheveu)

è se prononce comme dans le mot français mer lèbre se lit lèbré (lièvre)

é et è portent toujours l’accent tonique.

i se prononce généralement i comme en français ric se lit rik (riche)

o et ô se prononcent ou lo lop se lit lou loup (le loup) renós se lit rénouss (hargneux)

ò se prononce o la mòstra se lit la mostro (la montre)

ò et ó portent toujours l’accent tonique.

u se prononce comme dans le mot français mule segur se lit ségur (sûr)

u se prononce ou après voyelle sauf s’il porte un tréma paure se lit paouré (pauvre) diurn se lit diurn (diurne).

La prononciation des consonnes

Nous n’indiquons ici que ce qui différencie l’occitan du français.

b et v ont une prononciation à peu près identique et proche du castillan b vaca se lit bako (vache)

g se prononce dj devant e et i gelada se lit djélado (gelée) ginèsta se lit djinèsto (genêt)

g se prononce tch en fin de mot après voyelle estug se lit éstutch (étui)

h remplace souvent f en gascon. C’est une aspiration la hèsta: la fête, la fèsta (fèsto) en languedocien, etc.

j se prononce dj joc se lit djok (jeu)

m en fin de mot se prononce souvent n cantam se lit cantan (nous chantons)

n en fin de mot ne se prononce pas pan se lit pa (pain)

r est presque toujours « roulé »; il ne se prononce pas en finale de verbe à l’infinitif, en fin de mot parfois parlar se lit parla (parler)

Tableau récapitulatif des principaux faits de prononciation

a marque du féminin se prononce o
e n’est jamais muet
o et ó se prononcent ou
ò se prononce o
ch se prononce tch
lh et nh équivalent à ill et gn du français gn se prononce n redoublé
r de l’infinitif n’est jamais prononcé

L’accentuation

Les mots terminés par une voyelle ou une voyelle suivie de s ont l’accent tonique sur l’avant-dernière syllabe fenèstra, negresa, espatla
Les mots terminés par une consonne autre que s ou par une diphtongue ont l’accent tonique sur la dernière syllabe cantar, jamai, pauruc
Cas particulier des mots terminés par une voyelle suivie de n:
1 ) si ce sont des verbes, ils ont l’accent tonique sur l’avant dernière syllabe cantan, legisson
2) partout ailleurs l’accent tonique tombe sur la dernière syllabe: fenestron (petite fenêtre)

Les mots qui font exception à ces règles portent un accent graphique: l’accent aigu. Les voyelles portant un accent grave sont toniques penós (pénible), espés (épais), de galís (obliquement) cantarà, la pòrta, la lèbre.

Les parlers occitans

Nous ne savons pas grand chose des dialectes occitans du Moyen-Age et ne connaissons qu’une langue unifiée alors par l’écriture. Dès que l’écriture a été abandonnée, les anciens dialectes ont dû se développer et l’occitan moderne n’est donc pas une langue homogèneL’occitan parlé dans le Lot fait partie du Nord languedocien à la limite du limousin et de l’auvergnat. La langue parlée, le carcinol se rattache au languedocien du Nord, pas loin du limousin et de l’auvergnat

Les grands dialectes occitans sont indiqués sur la carte ci-dessous

Le parler quercynois

Le parler carcinòl fait partie du dialecte languedocien de la langue occitane, ou langue d’oc. Voici quelques particularités du parler quercynois :

Dans les monosyllabes le a se prononce souvent o : lo can ( le chien) lou co, lo pan (le pain) lou po, plan (beaucoup) plo, la (article féminin) lo.
Au milieu d’un mot, le a peut se transformer en un son proche du o : la campana (la cloche) lo compono, la cadièra (la chaise) lo codièro.
Les pluriels des verbes en -an se disent souvent on : parlan (ils parlent) porlon, cantan (ils chantent) konton, parlaràn (ils parleront) porloron , cantaràn (ils chanteront) contoron.
Les consonnes finales parfois ne s’entendent pas : Cajarc kodjar, Lauzés lawzé, Gramat groma, mancat (manqué) monka, bastit (bâti) bosti.
Les c et p de la fin d’un mot, et aussi les -ch et -eg (qui font tch d’habitude) deviennent un t : lo ròc (rocher) lou rot, lo lop (le loup) lou lout, estrech (étroit) éstrét, lo puèg (la colline) lou pèt.
Dans l’est du Quercy, le l qui est devant une consonne devient un w : l’alba (l’aube) l’albo o l’awbo.
Le pronom personnel neutre, qui s’écrit o, se prononce souvent zou, et z’ devant une voyelle : o farai (je le ferai) zou faray, o aviá vist (il l’avait vu) z’abio bist.
Mais surtout ceux qui parlent occitan doivent toujours essayer de retrouver leur façon personnelle de prononcer.
Les zones de l’occitan carcinòl sont marquées sur cette carte (le contour représente le département du Lot)

carcinol

D’après Poulet et Krispin, dans Los parlars carcinòls, Cercle occitan de Figeac, IEO du Lot, 1991

 

Les origines de la langue occitane

La langue d’oc est l’une des huit langues romanes issues du latin et non pas “un vulgaire patois, une sous-langue parlée par des paysans ignares”

LES ORIGINES  D’après Maryse Rouy

Le latin pour origine

Pendant les premiers siècles de notre ère, en raison de la domination romaine, toute une partie du monde méditerranéen se rassemble en une vaste communauté linguistique qui durera aussi longtemps que se maintiendra l’unité de l’empire. Le latin, comme langue parlée, disparaît après le VIe siècle ou, plutôt, se transforme en un certain nombre de parlers nouveaux : l’espagnol, le portugais, le français, l’occitan, l’italien le catalan et le roumain.

En Gaule, les Francs installés au nord de la Loire fondent, sous Clovis, un royaume qui sera le berceau de la France. Leur influence linguistique se limitant à cette partie du territoire déterminera l’actuelle division de la France en parlers d’oïl et parlers d’oc, ces deux mots signifiant oui dans chacun des deux idiomes.

Pourquoi occitan ?

Les occitans ne se sont pas d’abord définis par leur langue mais par leur civilisation qui a donné à l’europe les troubadours, l’idée que les hommes sont égaux en droit, une tolérance raciale et religieuse et un nouvel amour qui voit la première promotion morale et sociale de la femme. Occitan est un néologisme créé par la chancellerie française royale à la fin de la croisade contre les albigeois. L’occitanie désigne l’ensemble des terres sur lesquelles on parle la langue d’OC. au départ il s’agit d’une création coloniale du Roi de France. L’occitan est le terme qui s’est imposé récemment pour désigner les parlers d’oc, c’est-à-dire l’ensemble des parlers de type méridional situé, en France, au sud d’une ligne approximative Gironde-Alpes et auquel on ajoute le val d’Aoste, en Italie.

Il existe six dialectes occitans qui sont : le provençal, le languedocien, le gascon, le limousin, l’auvergnat et le vivaro-alpin.

L’âge d’or des troubadours

A la fin du XIe siècle, tandis que la chanson de geste, où dominent les thèmes guerriers, s’épanouit dans le Nord de la France encore frustre, règne dans le sud, une civilisation plus riche, plus raffinée, plus élégante. C’est là que l’inspiration lyrique confère une dignité nouvelle au thème de l’amour qu’elle transforme complètement : l’amant se présente en soupirant, se proclame le vassal de sa dame, et fait l’amour le but de sa vie. Tel Bernard de Vendatour, troubadour du XIIe siècle qui chante : “Que vaut la vie sans amour? Ne sert qu’à ennuyer les gens.”

Né dans l’aire linguistique d’oc, probablement en Limousin, ce genre nouveau, que l’on appelera la poésie courtoise parce qu’elle s’adresse à un public de cour, se propage rapidement, non seulement dans toute la partie méridionale de la France actuelle, mais également en Italie, en Espagne et au Portugal. Cette société tolérante, dans un monde qui l’est peu, accepte et encourage la propagation du catharisme. Cette attitude provoque une réaction violente : une croisade lancée par le pape Innocent III et menée par les rois de France.

Dite des Albigeois, cette croisade, dont le prétexte est la lutte contre l’hérésie, aboutit à la conquête des régions du Sud par la France, en 1229, et au déclin de la civilisation et de la littérature méridionales, une fois éteints les derniers feux de la révolte exprimés dans les poèmes polémiques, les “sirventès”

Le Félibrige et le déclin

La colonisation des régions conquises ne se fait pas sans peine : de nombreuses révoltes éclatent, mais elles sont réprimées dans le sang et n’aboutissent pas. La langue occitane reste parlée, mais la langue écrite, celle de l’administration devient peu à peu celle du pouvoir : le français. Au début du XVIIe siècle, on assiste à une forte recrudescence de créations occitanes: oeuvres carnavalesques, théatre, satires, noëls, spectacles de rue. Mais le classicisme et le pouvoir absolu de Louis XIV consomment l’aliénation culturelle: des Académies locales, filiales de l’Académie Française, sont créées dans le but de répandre le français. Les enfants de la société nantie sont éduqués en français par les Jésuites. Cependant la langue d’oc continue d’être parlée par tout le corps social et, si on ne l’écrit plus, on réédite les écrits du début du siècle qui ont un public nombreux.

Au XVIIIe et jusqu’au milieu du XIXe siècle se succèdent les périodes de stérilité et les périodes de renouveau. L’Occitanie, victime de la volonté centralisatrice issue de la révolution et perpétuée par les divers régimes qui l’ont suivie est une réalité linguistique, mais n’a pas d’existence administrative ni politique. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle un mouvement occitaniste dont Frédéric Mistral est la figure la plus représentative, le Félibrige, a un gros impact sur la vie littéraire occitane.

Mais ses membres ne portent pas sur le plan politique leur rêve nationaliste et fédéraliste. Ils ne se soucient pas de l’enseignement primaire, croyant qu’apprendre aux enfants à lire les almanachs félibréens suffirait pour sauvegarder la langue. Conséquemment , ce mouvement qui a provoqué un renouveau littéraire indéniable, n’a pas empêché l’occitan de pâtir gravement de l’avènement de l’enseignement obligatoire vers la fin du siècle.

Scolarisation et francisation allant de pair, l’occitan devient hors la loi à l’école. Les instituteurs se font les exécutants zélés d’une politique d’élimination de l’idiome vernaculaire: ils apprennent aux enfants à avoir honte de la langue de leurs parents. Le français est présenté comme un moyen d’ascension sociale ce qui explique la faible résistance à l’entreprise de francisation. Ce travail de propagande est complété auprès des jeunes gens par le service militaire obligatoire.

La reconquète ?

Après 1965 la culture occitane sort du ghetto intellectuel. L’Institut d’estudis occitans devient un organisme de rencontre et de réflexion. Un nouveau départ est possible grâce aux travaux de Louis Alibert, artisan de la renaissance linguistique, de Robert Lafont, théoricien de l’occitanisme progressiste et de quelques autres. On assiste à une explosion nationaliste dans laquelle les jeunes tiennent une place importante. La chanson ne se cantonne plus dans le folklore: elle devient revendication culturelle et politique. Nous retiendrons les noms des interprètes les plus connus: Claude Marti, Mans de Breich, Patric, Los de Nadau, Daumas, Tocabiol, Jacmelina, Maria Rouanet…

Malheureusement, de moins en moins de jeunes comprennent et parlent la langue. Sans une reconnaissance de l’occitan avec enseignement de la langue à l’école et création de médias, dans quelques décennies, il ne sera plus connu que de quelques universitaires ou de quelques “vieux fossiles” que l’on montrera aux touristes…

Maurice FAURE,

Maurice FAURE est né le lundi 2 janvier 1922 à Azérat en Dordogne. Agrégé d’histoire et de géographie, docteur en droit, il enseigne au Lycée Pierre de Fermat à Toulouse.

1948 : Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse.
1947 : Attaché au Cabinet d’Yvon Delbos, ministre d’Etat.
1947-1948 : Chargé de mission au cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury (secrétaire d’Etat au Budget).
1950-1951 : Chef de cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury (secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil).
1951 : Élu député radical-socialiste du Lot à 29 ans, et réélu en 1956 (député du Lot jusqu’en 1983).
1953-1955 : Secrétaire général du Parti Radical-Socialiste.
1956-1957 : Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans le cabinet de Guy Mollet. 1957-1958 : Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans les cabinets Bourgès-Maunoury et Félix Gaillard.
Mai 1958 : Ministre de l’Intérieur puis Ministre des Institutions européennes dans le cabinet Pierre Pflimlin.
1958 – 1983 : Député du Lot.
1960-1962 : Président du Groupe de l’Entente démocratique de l’Assemblée nationale.
1961-1965 et 1969-1971 : Président du Parti Radical-Socialiste.
1962-1967 : Président du groupe du Rassemblement Démocratique de l’Assemblée nationale.
1964-1970 : Président de la Commission de Développement Economique Régionale (CODER) Midi-Pyrénées
1965-1990 : Maire de Prayssac (de 1953 à 1965), maire de Cahors (de 1965 à 1990).
1971 : Président du Conseil Général du Lot (jusqu’en 1995)
Depuis 1974 : Vice-président du Conseil de la région Midi-Pyrénées.
1979 : Député européen de 1979 à 1981.
Mai 1981-Juin 1981 : Garde des Sceaux, Ministre de la Justice dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, sous la présidence de François Mitterrand.
1983-1988 : Sénateur du Lot, inscrit au groupe de la Gauche Démocratique
1988-1989 : Ministre d’Etat, ministre de l’Equipement et du Logement.
1989 : Membre du Conseil Constitutionnel.
1994 : Président d’honneur du Conseil général du Lot.
Il fût aussi Conseiller général du canton de Montcuq (Lot) pendant plus de trente ans.

foule

Photo aimablement prêtée par Charles Farreny, 46800 Montcuq

 

Maurice Faure : Européen radical

Ministre de François Mitterrand à deux reprises, membre du Conseil constitutionnel pendant dix ans, Maurice Faure reste l’une des figures historiques de la vie politique française. Dernier représentant d’envergure du radicalisme, il a été l’un des artisans de la construction européenne. Un livre d’entretiens, “D’une République à l’autre”, retrace l’itinéraire de ce pur lotois.

 

Rencontre avec Maurice Faure lors de sa venue à la librairie Castéla à Toulouse.

Opinion Indépendante : Vous rappelez dans votre livre que le radicalisme après-guerre a tenté d’incarner ce fameux “centre” (ce qu’il avait été d’une certaine manière durant l’entre-deux-guerres). Ne pensez-vous pas que c’est finalement le gaullisme qui a réussi à transcender le clivage gauche / droite ?

Maurice Faure : C’est quand même le parti radical qui a compté le plus de Présidents du Conseil sous la IVème République. Il a été de presque tous les gouvernements et c’était autour de lui que se faisaient les coalitions. C’était un pivot. Le gaullisme c’est avant tout l’élection du Président de la République au suffrage universel auquel les Français tiennent beaucoup. Mais cela coupe la France en deux : droite et gauche. Le parti radical lui-même s’est coupé en radicaux de gauche et de droite sous la Vème République.

à propos du Parti Radical de gauche aujourd’hui, vous dites “Il est condamné (…) il n’a plus grand chose de nouveau à proposer” et sa disparition est “inéluctable”. Ce n’est pas très gentil pour vos successeurs…

On m’a reproché les mêmes travers qu’eux. J’ai cherché des idées nouvelles pour les apporter au radicalisme et je n’en ai pas trouvé. Je constate que mes successeurs non plus n’en ont pas trouvé. Tous ces discours que nous faisons sont creux – comme la plupart des autres discours. Dans une certaine mesure, peut-être que le Parti Socialiste représente aujourd’hui ce qu’était le Parti Radical sous la IIIème République.

Vous êtes entré aux Jeunesses Radicales en 1938 puis dans la Résistance en juin 44 après le débarquement. Cela veut-il dire que vous avez été – comme beaucoup de Français – plus sensible aux accords de Munich signés par le radical Daladier qu’à l’appel du 18 juin 40 ?

Daladier parlait à propos des accords de Munich de “connerie” qu’on ne pouvait pas éviter de faire. Il a dit quand il a vu la foule qui venait l’acclamer à l’aéroport : “Ils ne savent pas ce qu’ils applaudissent”. Daladier le savait. Tout le monde applaudissait les accords de Munich. Moi aussi, j’étais pour. Mais cela n’a pas été un élément déterminant. Ils étaient inévitables. On a eu des mots très excessifs pour condamner Munich mais c’était pratiquement inévitable.

à propos de l’Europe, vous dites que la France doit lui transférer sa diplomatie, sa politique de défense, sa politique monétaire et sa politique économique. Comprenez-vous que de tels transferts puissent inquiéter de nombreux républicains et pas seulement “les gaullistes, les communistes et les lepénistes” que vous désignez comme les adversaires de l’Europe ?

Les gaullistes sont très divisés sur l’Europe. Ils ont beaucoup changé et par la voix de Chirac ils ont rallié l’idée européenne. Ils sont pour le vote à la majorité et l’élargissement de la communauté. Ceux qui sont avec Pasqua restent hostiles à l’Europe. Peut-être que l’Europe que je défends est en avance sur la conception de Chirac ou de Jospin ? Le principe de subsidiarité veut que chacun s’occupe de ce pour quoi il est le mieux qualifié. La diplomatie, la défense, la justice, l’économie, tout cela découle maintenant de la mondialisation. Si nous ne faisons pas en Europe un bloc qui adhère dans son ensemble à la mondialisation, que deviendra chacun des pays européens ? Unie, l’Europe existe. Divisée, elle n’est pas grand chose.

Selon vous, l’avenir de l’Europe c’est l’Euro et vous déclarez qu’une politique économique commune entraîne une politique commune. Ne pensez-vous pas qu’inféoder la politique – et le politique – à l’économie, à la monnaie et à la finance ne marque pas un renoncement des hommes politiques ?

C’est une vaste question. Le Mark est devenu en 1848 la monnaie commune des pays qui allaient former la Prusse. Cette monnaie commune les a conduits à avoir une politique commune. Je fais ce même pari pour l’Euro. J’espère qu’il est bon. Je n’en suis pas sûr mais je crois qu’il est bon. Est-ce un désavoeu pour les politiques ? Je ne le crois pas. L’Euro pose les mêmes problèmes qu’une monnaie nationale mais à l’échelle de l’Europe.

Toujours sur l’Europe, vous dites : “L’unité européenne est inscrite dans le destin, elle se fera inéluctablement”. Ce qui est frappant chez les partisans de l’Europe c’est ce messianisme – on invoque le “destin” ou un déterminisme historique – mais on a aussi connu cette croyance dans un “sens de l’Histoire” pour le communisme ce qui n’a pas empêché le communisme de s’effondrer…

L’Europe a 50 ans. Elle a commencé avec Robert Schumann qui a lancé un appel à une politique nouvelle qui sous-entendait la réconciliation avec l’Allemagne. Puis, il y a eu le début de la construction européenne avec le charbon, l’acier, le Traité de Rome… Cinquante ans après, on peut dire que le Traité de Rome a engendré l’Euro. Aujourd’hui, tout le monde parle d’une défense européenne commune. L’Euro va se réaliser et la politique étrangère commune finira par se réaliser. C’est quelque chose de solide car c’est voulu par les gouvernements, les parlements et les opinions. Cela plaide en faveur de ce que j’ai appelé le côté “inéluctable” de l’Europe.

Vous dites : “J’estime que nous devrions avoir une politique plus franchement pro-américaine”. Est-il possible pour la France d’être encore plus pro-américaine qu’aujourd’hui ?

Tous nos partenaires sont favorables à une politique pro-américaine. La France est le seul des pays de la Communauté qui réclame son indépendance. Je suis pour cette indépendance mais il faudrait que les autres pays soient d’accord. Les Allemands, les Italiens et les autres n’ont qu’une idée : suivre les Américains. La France seule ne pourra pas réaliser son rêve d’indépendance.

Il y a quelques mois, le Commissaire au Plan Henri Guaino a été limogé pour avoir établi un rapport affirmant qu’il y avait sept millions de Français en situation d’exclusion sociale ou de grande précarité. Pour votre part, vous estimez le nombre “d’exclus” à trois millions. Sur ces trois millions, vous jugez qu’un quart de ces gens, “qui se plaisent sans domicile fixe”, est “irrécupérable” tandis qu’un autre quart “vit grâce aux prestations sociales et surtout, grâce au travail au noir”. Cette vision des choses n’est-elle pas un peu anachronique ?

Un quart de ces trois millions sera toujours chômeur. Pas pour en profiter mais ce sont des personnes qui sont inaptes au travail. Ensuite, il y a 800.000 à un million de personnes pour lesquelles c’est un métier d’être chômeur. Le système est le suivant : ils travaillent six mois puis se font licencier. Ils ont des allocations élevées pendant deux ans et ils font du travail au noir. Les véritables chômeurs ce sont les jeunes et surtout les gens entre 45 et 50 ans. Quand on est licencié à cet âge-là, on a du mal à retrouver un emploi. Ce sont de véritables chômeurs à plaindre.

Propos recueillis par Christian Authier

ouvrage01

Entretiens avec Christian Delacampagne, éditions Plon 

Les confessions de Maurice Faure

Il a fait l’Histoire

Maurice Faure vient de publier le seul ouvrage de son exceptionnelle carrière politique. «La-Dépêche du-Midi» a rencontré en exclusivité cet homme qui a tutoyé un demi siècle de politique française.

Il n’écrit pas. Il parle. Il parle très bien. A l’aune de sa carrière politique, Maurice Faure aurait pu prendre le temps d’écrire ses mémoires.

Des tomes et des tomes n’auraient pas épuisé ses souvenirs intacts. Cet orateur de génie s’est contenté de raconter sa vie politique à Christian Delacampagne, ami de son fils, spécialiste de philosophie politique et d’histoire contemporaine. Un bref ouvrage (trop bref ?) dans lequel l’ancien président du conseil général du Lot porte un regard sur sa très longue carrière. Sans fard ni miroir déformant il décrit plus d’un demisiècle de politique française. Un demi-siècle où il a souvent occupé des postes essentiels.

Maurice Faure nous invite à pénétrer dans cet univers, nous permet de rencontrer des grands personnages du siècle.

Le chemin parcouru par Maurice Faure ressemble à une ascension fulgurante de l’Everest suivie d’une promenade de santé, parfois agréable sinon monotone. Son Everest à lui c’est le Traité de Rome. L’acte fondateur de l’Europe. Il n’avait alors que 34-ans et déjà il était devenu le Mozart de la négociation, un diplomate reconnu.

En cette IVe république, armé du levier radical, il s’apprêtait à devenir l’un des plus grands hommes d’Etat français.

Mais la Ve république est passée par là avec son bipolarisme, son manichéisme droite-gauche.

Maurice Faure n’a pas choisi son camp. Il est du centre, du consensus, de l’harmonie des idées. A partir de cet instant il n’a trouvé que bien peu d’intérêt au combat politique. C’était un surdoué épicurien, un séducteur, qui n’a pas vraiment forcé son talent pour se maintenir parmi l’élite politique de l’Hexagone.

«Je ne regrette rien, j’ai fait ce que je voulais, je n’en demandais pas plus», affirme-t-il aujourd’hui. Il a compris sans doute avant tout le monde, qu’au regard de l’Histoire, la construction de l’Europe serait indélébile. Les hommes, eux, s’effacent.

Prayssac  Le forum et l’Empereur

Dans la cité du maréchal d’Empire Bessières, les références historiques ne manquent pas. On se plait à dire que le signataire français du Traité de Rome, acte fondateur de la construction européenne, n’était autre que le maire de Prayssac.

Dans la cité du maréchal d’Empire Bessières, les références historiques ne manquent pas. On se plait à dire que le signataire français du Traité de Rome, acte fondateur de la construction européenne, n’était autre que le maire de Prayssac. En 1956, Maurice Faure gérait la ville depuis trois ans. En deux mandats, il va assurer le décollage de l’économie et des infrastructures, avant de passer la main en 1965 à son épouse, Andrée, pour deux autres mandats. Les vieux Prayssacois vous diront qu’en fait il était resté un mairebis.

La station d’épuration, l’une des premières dans le Lot, la salle des fêtes, la piscine, le mille-clubs, le VVF, etc., c’est lui.

Michel Lolmède, le maire d’aujourd’hui, explique que «Maurice Faure est né politiquement à Prayssac et Bernard Charles biologiquement».

D’un maire à l’autre

Chaque personnalité d’envergure alimente le livre aux anecdotes. On raconte à Prayssac qu’un jour de foire, alors que Maurice Faure discutait sur la place lorsque la secrétaire de mairie vient lui annoncer que son fils est reçu à l’ENA. Un quidam s’écrie alors dans la foule : «Ça ne m’étonne pas, sa mère est si intelligente».

Bien entendu, il voulait dire : sa mère aussi est intelligente, corrige-t-on aussitôt, personne ne contestant les capacités intellectuelles de l’ancien ministre.

Le quiproquo résume en tous cas assez bien les rapports de déférence taquine entre celui qui a tant marqué de son empreinte la vie des Lotois et ses administrés eux-mêmes. Prayssac garde un peu la nostalgie de cette époque où les enjeux politiques quercynois se cristallisaient autour de la place d’Istrie, autour de «L’Empereur du Lot».

Extraits de “La Dépêche du Midi”

Le Lot a-t-il été pour vous un tremplin ou une histoire d’amour ?  
– S’il n’avait été qu’un tremplin, j’aurais été ministre vingt fois. Si je l’ai été moins que j’aurais pu l’être, c’est précisément parce que lorsque j’étais ministre, le Lot me manquait. Je me plais plus dans le Lot qu’à Paris et ce fut peut-être la faiblesse de ma carrière politique nationale. Ce pays est le mien. J’aime ses hommes, leur tempérament, leurs mœurs. Je me sens comme un poisson dans l’eau. C’est une longue histoire d’amour qui ne s’est pas démentie.
Extrait d’une interview de Maurice Faure parue dans Dire Lot n° 26, février-mars 1991

Les régions naturelles

Description des terroirs

INTRODUCTION

La présentation de la géologie du Quercy sur ce site me donne l’occasion de transmettre à un large public les observations faites, au cours de mes randonnées souterraines effectuées dans ma jeunesse, puis comme géologue de terrain. Amoureux des causses du Quercy, très jeune j’ai commencé à errer, d’abord dans les coteaux environnant Cahors, puis au fur et à mesure, en prenant un champ d’investigations de plus en plus grand, j’ai eu l’opportunité de parcourir la quasi-totalité du Quercy à la recherche d’affleurements me permettant de reconstituer l’histoire géologique dans le cadre du levé des cartes géologiques quercynoises. J’ai rassemblé ici les observations récupérées dans mes carnets de terrains que j’ai complétées par des interprétations permettant de mieux décrypter la mise en place des paysages actuels. Il est nécessaire de rappeler ici que j’ai profité largement des travaux effectués par les précurseurs qui ont révélé le sous-sol quercynois, je pense particulièrement : Aux 1ères observations, effectuées à l’aube du 19ème siècle, par Dufrénoy et Élie de Beaumont dans le cadre de la carte géologique de la France. Aux géologues des universités de Besançon, Marseille et Toulouse qui ont levé les cartes géologiques à 1/80 000 de Brive, Cahors, Gourdon et Montauban. Aux travaux de A. Thévenin préfigurant la géologie moderne au début du XX.ème À F. Ellenberger et M. Durand-Delga qui ont étudié la structure du massif de la Grésigne et à B. Gèze et A. Cavaillé qui ont participé à la révision des anciennes cartes à 1/80 000. Aux précurseurs de l’hydrogéologie quercynoise : E.A. Martel 1894 et 1930, qui explore et donne une description détaillée du karst quercynois. B. Gèze qui rédige en 1937 le premier travail à vocation hydrogéologique. H. Roques, A.Cavaillé et Ph. Renault poursuivent l’étude du karst quercynois de 1956 à 1974. Faisant suite à cette longue série de travaux concernant essentiellement la morphologie karstique et l’inventaire des cavités, une analyse plus poussée mais ne concernant que la bordure nord du causse de Limogne sera publiée par A.Tarisse en 1974. Cette thèse sera suivie de près par l’inventaire hydrogéologique du Quercy réalisé par J., G.Astruc et J.-C.Soulé en 1976 et 1977. On doit à A. Mangin d’avoir orienté plusieurs sujets de thèse sur le fonctionnement des aquifères du causse de Martel. Les études d’impact des travaux autoroutiers ont permis de mieux dessiner les limites du bassin versant des sources du Blagour, de l’Ouysse et de la fontaine des Chartreux.  Jean, Guy ASTRUC

DESCRIPTION DES TERROIRS

Le Quercy, situé sur la bordure orientale du bassin d’Aquitaine, constitue le piedmont du Massif central. L’âge des terrains formant l’ossature de ce pays s’échelonne du Primaire au Quaternaire (cf. carte géologique). Ce territoire qui ne possède pas d’unité géographique est formé par la réunion de plusieurs terroirs calqués sur les ensembles géologiques.

On peut distinguer : Le Ségala, Le Limargue et le Terrefort, Les Causses du Quercy, La Bouriane, Le Quercy Blanc, Le Pays des Serres, La Grésigne, Les grandes vallées, Les Coteaux de Monclar.

piednoir

Le monolithe du Pied Noir à proximité de Gourdon

Le Ségala au substratum primaire, occupe la marge orientale du département du Lot, dans les cantons de Latronquière et de Sousceyrac. C’est le prolongement quercynois du Massif Central. Dans lequel se localise le point culminant du Quercy à Labastide-du-Haut-Mont (783 m). Ces reliefs appartiennent à l’ancienne chaîne Hercynienne qui depuis l’Irlande traverse la France pour atteindre les confins de l’Europe orientale. Elle est représentée par un cortège de roches métamorphiques et granitiques qui s’étirent en bandes étroites du SE au NW, selon la direction armoricaine. Les petits bassins houillers de Saint-Perdoux et du Bouyssou comblés par des conglomérats, des grès et des pélites d’âge Stéphanien et Autunien témoignent du démantèlement de la chaîne Hercynienne à la fin du Primaire.

Le Limargue aux sols argilo-marneux, calcaires et gréseux liasiques séparent les causses du Quercy du Ségala cristallophyllien. Cette bande étroite de terrain s’étire entre les vallées de la Dordogne et du Lot. Dans les environs de Figeac et en bordure du massif de Grésigne, elle est désignée Terrefort comme dans le Rouergue voisin.

Les causses du Quercy forment un ensemble de plateaux calcaires, s’étendent sur environ 8000 km2, traversés par les vallées de la Dordogne, du Lot et de l’Aveyron. Celles-ci individualisent, du Nord au Sud, les causses de Martel, de Gramat et de Limogne. Ce dernier, se prolonge en Tarn-et-Garonne, jusqu’au massif de la Grésigne. Ce sont des reliefs karstiques typiques, taraudés par d’innombrables cloups (dolines) et igues (gouffres). Dans les environs de Flaujac-Gare, Caniac-du-Causse et de Beauregard, on peut compter jusqu’à 30 dolines au km2. Ils sont entaillés par de longues vallées à écoulements épisodiques, telle la vallée de la Dame sur le causse de Gramat ou les vallées de la Valse et de la Joyeuse sur le causse de Limogne. Ici les écoulements sont souvent collectés par des ruisseaux souterrains à l’origine de puissantes émergences comme les sources du Blagour, de l’Ouysse, la Fontaine des Chartreux, le gour de Lantouy, la Gourgue de Saint-Antonin-Noble-Val ou Thouriès. L’entablement calcaire des causses du Quercy, constitué principalement par des calcaires et des dolomies du Jurassique moyen et supérieur, supporte localement des formations superficielles tertiaires, qui donne un caractère propre à chaque causse. Le causse de Martel a piégé, dans de vastes cuvettes, des formations détritiques argilo-sableuses à l’origine de sols fertiles supportant cultures et forêts. Le causse de Limogne est partiellement couvert, aux environs de Bach, de Vaylats et de Caylus, par un important manteau de formations argilo-marneuses tertiaires qui favorise une couverture végétale contrastée. Ce caractère le distingue du Causse de Limogne septentrional, beaucoup plus aride. A l’ouest de la vallée de la Dame, au voisinage de la vallée du Céou et dans les environs de Cahors, un réseau de combes (vallons), entaille profondément des terrains marno-calcaires kimméridgiens. Entre les combes, les interfluves sont occupés par de hautes collines convexes, aux versants abrupts souvent encombrés de castines (grèzes). Cette morphologie particulière (downs) caractérise la région comprise entre Payrac et Labastide-Marnhac.

La Bouriane est le prolongement lotois du Périgord Noir. Anciennement, la Bouriane correspondait seulement à une petite seigneurie des environs de Gourdon. Aujourd’hui, les géographes, utilisent le nom de Pays Bourian pour désigner un ensemble de micros pays : la Châtaigneraie, le Frau de Lavercantière, et des lambeaux de causses. Le trait commun de cette une zone est la présence d’une couverture détritique argilo-sableuse tertiaire nappant des calcaires jurassiques et crétacés intensément karstifiés. La Bouriane possède une mosaïque de sols, souvent acides dans les vallées et sur les plateaux, toujours calcaires au voisinage des pechs (collines). Cette région est couverte d’une végétation abondante, presque luxuriante, contrastant fortement avec l’aridité des causses. Les vallées de la Thèze, de la Masse, du Céou et de la Marcillande issues de sources abondantes et pérennes, entaillent les formations crétacées et jurassiques leur conférant un aspect des plus pittoresque. Le Quercy Blanc au sous-sol argilo-calcaire (Éocène à Miocène), est caractérisé autour de Lalbenque, Laburgade et Cieurac par des plateaux de calcaires lacustres, crayeux. Les vallées, du Lendou, de la Barguelonne et du Lemboulas, établies dans les marnes oligocènes sont orientées vers le sud-ouest en direction du Tarn et de l’Aveyron. Les coteaux s’étirent alors en lanières étroites et ramifiées appelées serres ; ils sont souvent couronnés par des marnes à bad-lands. La couleur généralement blanchâtre de ces terrains lacustres et palustres est à l’origine du nom de cette région naturelle.

Le Pays des Serres au substratum argilo-marneux tertiaire (Oligocène), occupe un vaste territoire qui s’étant au Nord des vallées du Tarn et de l’Aveyron. Cette région de coteaux, marque la transition entre les causses du Quercy et la vallée de la Garonne ; entre les vallées établies dans les marnes oligocènes et orientées vers le sud-ouest en direction du Tarn et de l’Aveyron, les coteaux s’étirent en lanières étroites appelées serres.

Les coteaux de Monclar au substratum argilo-marneux tertiaire (Oligocène), occupent un vaste territoire, limité au nord par la vallée de l’Aveyron et au nord-est par le massif grésignol. Cette région de coteaux au relief accusé, taillée dans les molasses argilo-marneuses tertiaires, marque la transition entre les causses du Quercy, le massif de la Grésigne et les vallées de l’Aveyron et du Tarn ; entre les petites vallées, établies dans les marnes oligocènes, ces coteaux s’étirent en lanières étroites et ramifiées, localement appelées serres.

Le massif de la Grésigne domine le Bas-Pays montalbanais, séparant les causses du Quercy de l’Albigeois. Cet anticlinal à cœur permo-triasique (Le faciès grézeux du Trias étant à l’origine du nom de Grésigne) évidé est occupé par une forêt domaniale. Sur sa périphérie, les calcaires jurassiques forment une auréole, entaillée par les gorges de l’Aveyron au Nord et de la Vère à l’Ouest ; elle est dominée par les buttes-témoins supportant les cités médiévales de Bruniquel, Penne et Puycelci. Ces pittoresques bourgades, associées au cadre naturel de la forêt, font de la Grésigne un des principaux pôles touristiques de la région Midi-Pyrénées.

Les vallées, grandes vallées sillonnées par la Dordogne, le Lot, l’Aveyron, le Tarn et la Garonne, entaillent le Quercy d’Est en Ouest tel des rubans déroulés. La basse plaine et les terrasses de ces vallées supportent des alluvions aux sols fertiles, qui unies à un climat plus doux et à la présence d’eau dans leurs sous-sols en font depuis des temps reculés une région à vocation agricole essentiellement réservée à la culture fruitière et maraîchère. La Dordogne, aux eaux tumultueuses, a sculpté des méandres qui supportent des terrasses alluviales où se sont installées de nombreuses agglomérations. La vallée très large dans son tronçon liasique, se rétrécit considérablement en aval de Saint-Denis-lès-Martel dans la traversée des calcaires plus durs du Jurassique moyen. Le Lot aux eaux domestiquées par les aménagements hydrauliques effectués depuis le Moyen Age pour faciliter la navigation, s’écoule lentement par biefs successifs séparés par des chaussées (petit barrages). Il pénètre dans le Quercy au pied des falaises de Capdenac-le-Haut et rejoint les plaines de l’Agenais en aval de Fumel. L’Aveyron en amont de Montricoux a sculpté de splendides gorges qui se poursuivent, jusqu’aux environs de Saint-Antonin-Noble-Val. En aval de Montricoux, la basse plaine et les terrasses étagées supportent des sols fertiles, donnant lieu à une intense arboriculture fruitière. Les villes d’Albias, Nègrepelisse et Montricoux, qui jalonnent la rivière, ont une activité commerciale et artisanale, soutenue par la proximité de l’agglomération montalbanaise. La Garonne et le Tarn séparent le Quercy de la Lomagne et du Tolosan. La confluence de ces deux vallées constitue un ensemble alluvial important qui forme la terminaison méridionale du Quercy. Les terrasses qui traduisent l’encaissement progressif de cette rivière depuis le Pliocène sont bien individualisées et constituent le lieux de prédilection pour l’agriculture

© Jean, Guy Astruc et Quercy Net

Le moulin de Floressas

Situation et présentation

La colline de Floressas est située prés de la vallée du Lot, au sud-ouest de la ville de Puy-l’Evêque, dans le synclinal du Boulvé de direction N 500 E. Celui-ci, bordé au nord-ouest par une flexure parallèle à l’axe du synclinal, s’ennoie au sud-ouest sous la Molasse de l’Agenais datée de l’Oligocène. Le paysage est celui du Quercy Blanc, dont la spécificité géomorphologique est la présence de “serres”, collines ou croupes en doigts de gants, surmontées par des marnes et calcaires blancs (R. Clozier, 1930; 1940).

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Formations sédimentaires de la colline de Floressas (Lot).

Cette colline est présentée comme un affleurement très représentatif du Sidérolitique en position stratigraphique, avec la carrière de Fumel (Lot-et-Garonne).

Formations sédimentaires de la colline de Floressas (Lot). Sur le flanc sud de la colline, les faciès sidérolitiques sont bien individualisés. Ils reposent sur un substratum de calcaire kimméridgien marin et peuvent être regroupés en deux ensembles : – un ensemble inférieur (~ 40 m) de couleur dominante rouge, gréseux sablo-argileux à concrétions et nodules ferrugineux importants; – un ensemble supérieur (~15 m) de couleur plus claire (blanc-beige-rose) carbonaté, argilo-sableux conglomératique, a concrétions et/ou galets calcaires et ferrugineux.

Au-dessus, un calcaire lacustre oligocène, épais d’au moins 25 m, couronne la colline et supporte l’ancien moulin à vent. Il faut cependant préciser que le Kimméridgien n’est pas le seul substratum possible. Des îlots de Crétacé supérieur, marin, peuvent affleurer aux alentours de Floressas.

Il faut également noter sur le plateau jurassique, certains affleurements d’argiles rouges à graviers de quartz et pisolithes de fer renfermant des fragments de Rudistes.

L’ensemble rouge inférieur : Les Grès du Boulvé

Cet ensemble est globalement induré, noduleux ou granulaire. Au milieu, cette induration prend un caractère de grès (Grés du Boulvé) à allure massive, soit à débit columnaire à fentes planaires horizontales ou verticales, soit à débit prismatique à faces courbes. On y note la présence de nodules ferrugineux, dont le dégagement par le ruissellement façonne un aspect conglomératique. Sous les grés, la couleur devient ocre-jaune, et la roche friable. Au-dessus, le niveau passe au rouge sombre, contient des concrétions ou des galets ferrugineux et s’ameublit également. Dans tout l’ensemble, un faciès tacheté multicolore apparaît sans répartition préférentielle. Les minéraux essentiels sont le quartz, la kaolinite, la goethite et l’hématite. La composition chimique moyenne montre l’abondance de silice (65 %, soit 50 % de quartz). Les oxydes d’aluminium et de fer représentent 13 %. Les grains de quartz sont en voie d’altération et se présentent toujours corrodés et fissurés. La goethite, constituant une grande part de la fraction argileuse, peut être substituée par de l’aluminium. Les minéraux accessoires en grains sont composés de zircon, ilménite, tourmaline, anatase, rutile et feldspath. Des minéraux argileux à l’état de traces sont représentés par l’illite, la smectite. Dans les nodules et concrétions ferrugineux, goethite et hématite alumineuses sont nettement décelables. Tous ces caractères permettent donc d’attribuer le profil à argiles rouges et niveaux ferrugineux indurés (Grés du Boulvé) à des vieux profils d’altération ferrallitique. D’autres sites sont à rattacher au profil de Floressas comme à Ségos, Riais, Le Boulvé, Fumel, Gavaudun, Cayrol, les Cabèques, Cazals et Uzech. Il est alors possible de parler, à l’échelle régionale, de véritable manteau d’altération s’enracinant dans les roches sédimentaires.

© Jean, Guy Astruc et Quercy Net

La couasne de Floirac

La couasne de Floirac (1) forme un chenal localisé en rive gauche de la Dordogne, large d’environ 30 m, séparant le lit majeur de la terrasse de Floirac ; elle est dominée par la petite falaise supportant le château de Pech d’Agudes.

Ce chenal, en communication avec la Dordogne par un étroit goulet, peut être remonté en barque sur environ 150 m. Dans le prolongement du chenal, un lit très envasé, quasiment à sec une grande partie de l’année, se prolonge jusqu’à proximité du moulin de Bascle. En étiage un léger courant issu d’une source pérenne (Q ~ 5 à 10 l/s) alimente le chenal ; d’autres sources de moindre importance, dont la grotte-source (2) (Q <0,5 l/s), jalonnent la falaise.

La falaise supportant la terrasse de Floirac entaille les marnes et les calcaires jurassiques (Toarcien, Aalénien et Bajocien). Elle est affectée de multiples diaclases et failles dont les directions principales sont : N 70° E et NS. Schéma de l’environnement de la couasne de Floirac Le long de la falaise surplombant la couasne on observe de nombreuses cavités dont les principales sont la grotte du Port-Vieux et la grotte-source.

En étiage, la profondeur de la couasne est très difficile à évaluer à cause des irrégularités du fond et de l’abondance des algues et autres encombrements (troncs d’arbres etc…) du chenal. Elle avoisine une profondeur moyenne d’environ 1 m. A une trentaine de mètres en amont de la grotte de Port-Vieux, un seuil rocheux forme un haut fond proche de quelques décimètres de la surface.

Environnement géologique

La couasne de Floirac est située dans un contexte géologique particulièrement intéressant, elle se localise dans deux unités géologiques très contrastées : Les alluvions de la basse plaine de la vallée de la Dordogne et les calcaires jurassiques formant la base du causse de Gramat.

Les alluvions de la vallée de la Dordogne.

La Dordogne, dans son parcours quercynois, coule au fond d’une vallée (altitude de 85 m au Roc à 125 m en amont de Gintrac) encaissée et très pittoresque. De Puybrun à Souillac, la rivière développe de vastes méandres dont la rive concave est dominée par de hautes falaises entaillant profondément les calcaires du Jurassique.

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Les terrasses étagées, généralement localisées sur le lobe des méandres, supportent des alluvions fertiles distribuées sur trois niveaux d’accumulation : la basse plaine, la moyenne terrasse et la haute terrasse. L’épaisseur totale des alluvions de la basse plaine est de 7 à 8 m en aval (secteur de Souillac), elle dépasse localement 10 m vers Pinsac (12,5 m au sondage de Baussone), 10 m au Pont de Carennac pour atteindre exceptionnellement 20 m à l’ancienne gravière du Pont de Floirac.

Les formations jurassiques

Le Toarcien forme l’ensemble des pentes boisées ou herbacées qui séparent la falaise domérienne de la corniche des causses de Gramat et de Martel. Au voisinage de la vallée de la Dordogne, le sommet du Toarcien consolidé de bancs calcaires, forme falaise et le contact avec l’unité supérieure (Formation d’Autoire : Aalénien-Bajocien) peut se localiser une dizaine de mètres au-dessus du pied de la corniche du Causse. La partie supérieure du Toarcien, qui voit l’apparition de faciès carbonatés est bien visible, elle arme la base de la falaise au voisinage de la source de la couasne. Sur ces marnes reposent ensuite un ensemble à majorité calcaire où des Pleydellia apparaissent dès la base : au Moulin de Bascle.

L’Aalénien (formation d’Autoire, membre de La Toulzanie (3)) affleure vers la base de la falaise entre la grotte source et le moulin de Bascle. Cet ensemble est identique à celui décrit à la coupe de La Poujade (Loubressac) montre, reposant sur le Toarcien, 5 à 6 m de calcaires roux, bioclastiques à oncolites de plus en plus fréquents vers le sommet, surmontés par 8 à 10 m de dolomies macrocristallines à rognons de silex bruns. Une surface ravinée, parfois soulignée par un niveau à géodes (calcite et quartz bipyramidés) limite cet ensemble au sommet.

Le Bajocien (formation d’Autoire, membres de Calvignac et du Pech Affamat (3)) forme les grandes falaises, en rive droite et en rive gauche de la vallée de la Dordogne, entre Gluges et St.-Denis-lès-Martel. Il forme un affleurement remarquable entre la fontaine de Briance et La Croix de Mirandol. Coupe géologique de la couasne de Floirac

ORIGINALITE ET HYPOTHESE DE FORMATION DE LA COUASNE

 

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La couasne constitue le témoin d’un ancien bras de la Dordogne qui isolait l’île de la Borgne des coteaux jurassiques et qui s’étirait entre le pont suspendu d’Ourjac et le Pech d’Agudes. L’examen des anciens cadastres et des photographies aériennes prises à quelques décennies d’intervalles, fait apparaître des changements notables, à l’échelle humaine, de la morphologie de la basse plaine de la vallée de la Dordogne.

Le lit majeur du fleuve occupe l’ensemble de la basse plaine. Les alluvions très épaisses, que nous estimons à 6 à 8 m dans la couasne, atteignent près de 20 mètres d’épaisseur en amont de Vayrac. Cet alluvionnement de la basse plaine masque presque complètement le substratum jurassique, on l’observe seulement au seuil de Copeyre (le rocher coupé), quelques kilomètres en aval de la couasne et il s’agit certainement d’un ancien méandre recoupé.

La Dordogne, à cette époque, contournait par le SE le rocher sur lequel est construit le château de Foussac et parcourrait la plaine entre les Vacants et le bourg de Floirac. Les couasnes de la vallée de la Dordogne constituent des reliquats de bras divagants de la Dordogne dans sa vaste plaine alluviale. Elles se forment par obstruction d’un bras de la rivière ; des végétaux arrachés aux berges, des levées graveleuses déplacées par les crues ou des effondrements rocheux sont à l’origine des ces obstructions qui peuvent être permanentes ou temporaires. « Généralement, cet abandon d’un bras de la rivière est lié à l’abaissement d’un seuil, par déplacement de sédiments dans un autre bras qui va devenir par-là le lit principal » (4) .

Parfois, les obstructions isolent le chenal du lit vif de la Dordogne, on est alors en présence d’une mare d’eau stagnante désignée bras-mort. En étiage, la couasne de Floirac est principalement alimentée par une source, issue vraisemblablement de la nappe aquifère des alluvions de la basse plaine, et dans une moindre mesure, par les écoulements du karst jurassique, dont certains sont bien visibles en longeant la falaise bordière.

(1) Couasne : ce mot est utilisé dans la vallée de la Dordogne pour désigner un chenal abandonné aux eaux souvent stagnantes (bras-mort).
(2) CARRIERE M. (1962) - Spéléologie de la commune de Floirac. Spélunca n° 2, p. 39-40.
(3) PELISSIE T. (1982) - Le Causse jurassique de Limogne-en-Quercy: stratigraphie - sédimentologie - structure. Thèse doct. 3ème cycle, Univ. de Toulouse.
(4) Carrière M. communication orale

La fontaine des chartreux

Elle a donné son nom à Cahors

Coincée entre les coteaux et la rivière, l’eau jaillit des entrailles de la terre par un gouffre profond de plus de 140 mètres.

Cette splendide résurgence vauclusienne, vénérée dans l’antiquité, comme l’atteste les nombreuses monnaies découvertes récemment dans sa vasque, a même donné son nom, dès le début du premier siècle, à la ville gallo-romaine Divona Cadurcorum, qui se transforma en Cahors au moyen âge.

Captée par pompage, l’eau de la fontaine des Chartreux, alimente en eau potable toute l’agglomération de Cahors et ses environs.

Hydrogéologie

La fontaine des Chartreux, et ses griffons, jaillissent le long de flexures et de failles annexes de l’accident géologique Ouest-Quercynois, de direction N 145° E, qui recoupe la vallée du Lot à Cahors.

Le système karstique de la fontaine des Chartreux intéresse une série de terrains du Jurassique supérieur, d’âge Callovien, Oxfordien et Kimméridgien inférieur, faiblement inclinée en direction du nord-ouest.

Dans la partie aval du bassin versant, les terrains argileux du Kimméridgien supérieur se superposent en continuité stratigraphique, à l’ensemble inférieur.

Carte du bassin versant de la fontaine des Chartreux Le bassin versant, localisé principalement au sud-est de la source, d’une surface supérieure à 300 km2, draine une grande partie du Causse de Limogne et des coteaux environnant.

Le débit de la fontaine des Chartreux, qui en étiage est d’environ 2m3/seconde, peut dépasser après de fortes précipitations 50m3 /seconde. Une série de gouffres géants, dépassant parfois 100 mètres de diamètres, jalonnent le parcours des eaux souterraines. Les plus spectaculaires sont les igues de Saint-Cirice et les igues d’Aujols.

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© Jean, Guy Astruc et Quercy Net

Saint Cirq Lapopie

Des conditions géomorphologiques très précises sont à l’origine de la création au Moyen Âge du village fortifié, considéré aujourd’hui comme l’un des plus beaux sites de France.

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Le bourg de Saint-Cirq-Lapopie surplombe la vallée du Lot Le sous-sol du quartier de Saint-Cirq, compris entre la colline et le rocher supportant l’église et les ruines du château, est constitué par des sables argileux renfermant une nappe d’eau. Ce réservoir aquifère était exploité par les anciens habitants de Saint-Cirq par des puits creusés à l’intérieur des caves.

A Saint-Cirq-Lapopie, 3 grandes étapes ont façonné le paysage : Il y a plus de 160 MA, la mer jurassique a déposé des sédiments calcaires formant le substratum du paysage, depuis le causse de Saint-Cirq jusqu’au lit du Lot. Aux environs de – 50 MA, au Tertiaire, des sables argileux ont comblé complètement une très vaste cavité qui s’étendait du causse de Saint-Cirq peut être jusqu’au niveau du Lot.

Depuis 5 à 6 MA, de la fin du Tertiaire au Quaternaire, le Lot, en creusant sa vallée, a déblayé ces sables créant le replat supportant le village et séparant ainsi du causse le piton rocheux du château.

St Namphaise créait des lacs …

Sur les plateaux quercynois arides, comme le Causse de Gramat, l’eau fut souvent un souci constant.

Aucun effort n’était ménagé pour la capturer avant sa fuite dans les profondeurs… Chaque habitation avait sa citerne alimentée par le ruissellement des toitures. Dans les pâturages les plus éloignés, de grands bassins creusés dans les affleurements rocheux compacts, recueillaient la pluie pour abreuver le bétail.

La légende attribue ces « lacs » à Saint-Namphaise : en effet cet officier de Charlemagne, devenu ermite de la forêt de la Braunhie se serait dévoué à cette tâche afin d’adoucir la vie des bergers et des brebis en saison de sécheresse, et fait creuser les rochers dans les rares endroits où l’eau de pluie n’est pas « avalée » par le sol poreux.

Son tombeau, conservé à Caniac-du-Causse, fut le but d’un pèlerinage dès le Moyen Age. On venait y évoquer le Saint pour la guérison du « mal caduc », l’épilepsie.

On peut voir «un lac de Saint-Namphaise» au nord de Livernon, en bordure de la route : c’est un miroir d’eau au pied d’une caselle.

Le Lac de Lacam ou le mariage de l’eau avec la pierre
lacamIl s’agit sans doute du site rural le plus photographié du Quercy tant il est emblématique des paysages du Causse. En effet il marie deux éléments : l’eau et la pierre, l’un trop rare, l’autre trop abondant. En effet les agriculteurs pour rendre leurs champs cultivables devaient d’abord l’épierrer : un travail fastidieux, réservé en priorité aux enfants dont la petite taille leur permettait de se courber avec – paraît-il – moins de fatigue ! Les pierres ainsi récupérées servaient d’abord à borner la parcelle par des murs, puis à construire un abris pour le bétail. Ensuite, on creusait un lac artificiel, qui profitant des pentes supérieures, récupérait l’eau de pluie et servait ainsi d’abreuvoir.
 
Quissac :  Le lac des places
Taillé assez profondément dans le rocher, de forme rectangulaire, avec un côté en pente douce, ce bassin est le modèle type des lacs de Saint Namphaise. Il n’y en pas moins de trente et un sur la commune et plusieurs centaines, de tailles très diverses, sur le Causse. Ils ont toujours servis d’abreuvoir pour les troupeaux, et parfois de lavoir, quand un côté du bassin est constitué de pierres lisses et inclinées. Alimentés par des sources ou bien l’eau de pluie ou de ruissellement, ces réservoirs d’eau ont permis, pendant des siècles, à une agriculture pastorale de se développer sur un terroir réputé pour son aridité.

Sols et sous-sols

d'après Jean-Fourgous, A travers le Lot, 1985.

D’une superficie de 5 226 kilomètres carrés, le Lot appartient à la partie Sud du Massif Central et se rattache à l’Est à l’Auvergne. De ce dernier côté, le sol est formé de roches granitiques anciennes, avec une altitude moyenne de 600 m et le point culminant du département, le pic de Labastide-du-Haut-Mont, atteint 781 m. En bordure de ce pays montagneux – dit « Ségala », parce que seul le seigle y mûrissait – se rencontre une bande large d’environ 10 km constituée de terrains argileux et marneux. C’est le « Limargue », propre à la culture et aux pâturages, rappelant un peu certains paysages de Normandie.

Un sol analogue constitue le début de la plaine d’Aquitaine, au Sud-Ouest du département, dans le « Quercy Blanc », ainsi nommé à cause de ses collines blanchâtres. Son sol est composé de calcaire d’eau douce et de molasses. Dans le Nord-Est, touchant au Lot-et-Garonne et à la Dordogne, est la « Bouriane » , région fraîche et verdoyante où poussent le pin et le châtaignier. Le sol est formé de calcaires gréseux moins perméables que ceux des Causses.

Le reste du département – près des deux tiers de sa surface – est formé par les plateaux des « Causses » , plateaux ondulés d’un paysage plutôt mélancolique, élevés en moyenne de 300 m et aux larges horizons peuplés pour beaucoup de bois de chênes. On y distingue : dans la partie supérieure du département, au Nord de la Dordogne, le Causse de Martel ; entre Dordogne et Lot, le Causse de Gramat – le plus vaste, mais aussi le plus sauvage et le plus désolé – avec la région de la Braunhie (prononcer Brogne) autour de cette ville ; dans le Bas Quercy, le Causse de Limogne dont l’aspect est beaucoup plus méditerranéen.

Ces Causses sont formés par des terrains calcaires, très perméables, d’une surface sèche et aride, à l’herbe rare mais savoureuse pour les moutons ; le fond et le versant des vallées qui les coupent sont cultivés. Privée d’eau superficielle dans les hautes terres, cette partie du Lot est le domaine des gouffres, grottes et rivières souterraines. Absorbées par les fissures, les eaux se sont enfouies dans le sous-sol depuis des millénaires, créant des cavernes dont les voûtes se sont parfois effondrées (gouffres, igues, abîmes naturels ; cloups, vastes cuvettes creusées par dépression ou par érosion superficielle), forant des galeries, laissant après leur disparition des grottes décorées de concrétions. En d’autres cas, les eaux, après avoir circulé sous terre, reparaissent au jour sous forme de résurgences, comme à la fontaine des Chartreux, à Cahors, aux sources de l’Ouysse, près Rocamadour, ou à Font-Polémie, dans la vallée du Vers. En plus du gouffre et de la rivière souterraine de Padirac, il est possible de visiter un certain nombre de grottes accessibles au public : Pech Merle (Cabrerets), Cougnac (Gourdon), Lacave, Presque, Bellevue (Marcilhac)… Deux affluents de la Garonne, la Dordogne et le Lot, traversent le département d’Est en Ouest.

Jean LARTIGAUT, l’Historien du Quercy

Jean Lartigaut était né en 1925 à Montauban où son père, originaire du Bazadais et officier de cavalerie, tenait alors garnison. Sa mère, née de Camy-Gozon, appartenait à une très ancienne famille quercynoise établie en Bouriane, au château du Vigan. Il fit ses études secondaires au collège des Jésuites de Sarlat qui lui inculquèrent notamment les vertus de la discipline et le goût de l’Histoire.

En août 1944, il s’engage au 3ème régiment de hussards avec lequel il fait campagne jusqu’à la fin des hostilités. En 1947, après un passage à l’Ecole spéciale militaire interarmes, il est nommé aspirant. Promu sous-lieutenant en 1948 et lieutenant en 1950, il est volontaire pour servir dans la Légion étrangère et rejoint le 2ème REI. En 1954, après deux longs séjours en Indochine, il rentre en France pour être affecté au 126ème RI de Brive. En 1956 il quitte le service actif et en 1957 il est promu capitaine de réserve (il sera nommé chef de bataillon de réserve en 1965). Titulaire de la croix de guerre des TOE avec quatre citations, il a été décoré de la Légion d’honneur en 1955.

C’est donc en 1954, à son retour d’Extrême-Orient, que Jean Lartigaut épouse Guillemette de Valon, descendante d’une illustre famille du Quercy, qui lui donnera cinq enfants. Il quitte l’uniforme trois ans plus tard pour résider définitivement à Pontcirq et seconder son épouse dans la gestion du domaine de Labastidette.

Madame Lartigaut sut accepter avec philosophie la nouvelle vocation de son époux : la recherche historique. Vocation née lors de ses études à Sarlat, attisée par la passion de la lecture et la découverte de riches archives familiales 1. Sa rencontre avec Louis d’Alauzier fut déterminante 2. Celui qui devait devenir son “guide” l’initie à la paléographie et au dépouillement méthodique des Archives. D’emblée le néophyte s’enthousiasme pour le Moyen Age, avec une prédilection pour les XIVe et XVe siècles, se plongeant dans les minutes notariales et disséquant toutes les sources utilisables. L’occupation du sol, l’origine des seigneuries, l’organisation des réseaux paroissiaux, autant de sujets qui stimulent son insatiable curiosité. Tout naturellement il oriente ses investigations vers le repeuplement du Quercy après les malheurs de la guerre de Cent Ans, faisant sienne “l’immense peine des hommes”, celle de ces laboureurs qui furent les humbles artisans de la reconstruction de nos campagnes.

 

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Jean Lartigaut entre Louis d’Alauzier (à gauche) et le Professeur Michel Labrousse lors du Congrès de la Fédération régionale des Sociétés Savantes – Cahors, 1977. (Archives S.E.L.)

En 1978, sous la direction de Philippe Wolff, il soutient à l’Université de Toulouse-Le Mirail sa thèse de doctorat sur “Les Campagnes du Quercy après la guerre de Cent Ans”. Cette œuvre majeure, publiée avec le concours du CNRS, attire aussitôt l’attention des médiévistes sur ses travaux et lui vaut, en 1980, le second prix Gobert de l’Académie des Inscriptions créé, doit-on le rappeler, pour “couronner le travail le plus savant et le plus profond sur l’Histoire de France”.

Il serait difficile d’énumérer tous les congrès, colloques ou journées d’études auxquels il a activement participé, comme les Journées internationales d’histoire de Flaran ou les Rencontres internationales d’archéologie et d’histoire de Commarque qui avaient sa préférence. Innombrables sont ses articles et communications parus dans notre bulletin et d’autres publications lotoises, régionales ou nationales. On en donnera prochainement une bibliographie détaillée.

Rappelons que parmi ses ouvrages figurent “Puy-l’Evêque au Moyen Age” (1991), les Atlas historiques de Cahors et Figeac (CNRS, 1983) et l’Histoire du Quercy, publiée sous sa direction (Privat, 1993), dont il a rédigé les quatre chapitres consacrés à la période médiévale (Xe-XVe siècles).

On se souviendra de l’accueil courtois et souriant qu’il réservait à ceux qui venaient le consulter à Labastidette, dans son cabinet de travail, au milieu de ses dossiers. Il prêtait une oreille attentive aux étudiants préparant un mémoire de maîtrise, un DESS, un DEA ou une thèse. Il se faisait un devoir de les conseiller, de les orienter, de les encourager, tout en leur communiquant généreusement ses sources d’information et ses notes personnelles.

Voici le moment venu d’évoquer la place tenue par Jean Lartigaut au sein de la Société des études du Lot. Il avait adhéré à 19 ans, avant même son départ sous les drapeaux ! Entré au conseil d’administration en 1960, il fut élu président en 1981 au fauteuil laissé vacant par le décès du général Soulié. Il était assidu à nos permanences du mardi et à nos séances mensuelles. Il était rarement absent de nos manifestations, à la fois organisateur, animateur et conférencier. En 1984 il avait été appelé pour quatre ans à la présidence de la Fédération des sociétés académiques et savantes Languedoc-Pyrénées-Gascogne (aujourd’hui Fédération historique Midi-Pyrénées).

On pourrait certes apporter d’autres éléments à cet essai biographique. Pour rappeler, par exemple, que de 1959 à 1965 il avait été maire de Pontcirq. Ou qu’en plus des décorations obtenues à titre militaire, il était également officier du Mérite et officier des Palmes académiques.

Doué d’une puissance de travail étonnante et d’une rigoureuse honnêteté intellectuelle, Jean Lartigaut était aussi un personnage profondément humain, d’un contact agréable, toujours heureux de partager ses vastes connaissances et sa riche expérience.

Nous garderons de lui l’image d’un chercheur exemplaire dont la notoriété n’avait en rien altéré la modestie naturelle. Il était notre maître. Il était notre ami.
Pierre Dalon

 

Hommage à Jean Lartigaut (1925-2004)

Les Archives départementales tiennent à évoquer dans ce numéro la mémoire d’un grand médiéviste récemment disparu : Jean Lartigaut.
Issu d’une famille de militaires, et militaire lui-même, rien ne paraissait prédestiner Jean Lartigaut .à une carrière de chercheur. Pourtant, en lisant l’avant-propos de la publication de sa thèse (Les campagnes du Quercy après la guerre de cent ans), trouve sous sa plume l’évocation de ces étés qui le ramenaient en Quercy, durant son enfance, vers une maison aimée et un vieux grenier où gisaient alors des archives familiales baignoire en zinc d’époque Napoléon Ill et une malle ventrue, usée par des voyages en diligence. Déjà l’intérêt pour l’histoire, en particulier celle du Moyen Age, était présent. L’installation définitive de Jean Lartigaut en Quercy, après des années de campagnes militaires,dans une maison au long passé, elle aussi nantie d’archives, lui permit d’entreprendre des recherches, épaulé et guidé par Louis d’Alauzier, autre grand médiéviste du Quercy, et par Philippe Wolff, professeur à l’Université de Toulouse.

Après sa thèse, publiée en 1978, Jean Lartigaut continua de dépouiller les minutiers de notaires et de publier de nombreux articles. Mais il contribua également à faire rentrer aux Archives du Lot plusieurs fonds d’archives privées, dont certains ont été classés par ses soins : citons notamment le fonds Camy-Gozon, le fonds de Valon, le fonds Lavaur de Laboisse…

Ses activités de recherche valurent à Jean Lartigaut d’être président de la Société des Études du Lot de 1981 à 2003 et président de la Fédération historique Languedoc-Pyrénées-Gascogne de 1984 à 1988.

Mme Duthu dans Archives Info n°16 – janvier 2005.

 

Notre ancien président et président d’honneur nous a quittés discrètement, le 4 novembre 2004, victime d’un malaise cardiaque, dans sa 79ème année.
Sa santé s’étant progressivement altérée au cours des derniers mois, il avait dû se résoudre à abandonner la présidence de la société. Lors de l’assemblée générale du 4 mars il avait été, à l’unanimité, élu président d’honneur en hommage à son œuvre d’historien et en reconnaissance des éminents services rendus à 
la Société des Études du Lot.
Une importante délégation s’est rendue le 6 novembre à Pontcirq pour assister à ses obsèques, avant de l’accompagner jusqu’à la chapelle de Labastidette où un hommage lui a été rendu avant l’inhumation dans le caveau de famille.


Article publié dans le Bulletin de la Société des Études du Lot,4ème facscicule 2004,
(Octobre-Décembre)

 

 

Charles Dumont

Charles Dumont est né à Cahors, le 26 mars 1929 . Ses études (médiocres), il les a faites à Toulouse. Sa passion de toujours : la musique. Mais, ni le piano, ni le solfège, ni la théorie ne se laisseront apprivoiser, dans un premier temps. La révélation viendra du jazz. La découverte de Louis Amstrong fera naître sa vocation pour la trompette. Monsieur Déjean, son professeur toulousain décèlera son talent d’instrumentiste.

Il était une fois…

A 15 ans, dans les années d’après-guerre, il crée son premier orchestre de jazz amateur, puis il monte à Paris, après l’obtention d’une médaille au Conservatoire de Toulouse.

L’accident : Dans le Paris des années difficiles, Charles subit une ablation apparemment bénigne des amygdales. II reprend prématurément ses exercices à la trompette, et c’est le drame, hémorragie, hospitalisation au sortir de laquelle la pratique de cet instrument lui est définitivement interdite.

Charles repart de zéro : Solitaire et démoralisé, il entre dans une église, Saint-Ambroise où Maître Paul-Silvia Hérard, titulaire des Grandes Orgues, est au clavier. L’organiste accepte de donner des leçons au jeune homme désemparé. Au terme de celles-ci, Charles, maîtrisant le clavier et l’harmonie, découvrira sa voie: il veut être compositeur de chansons.

Jusqu’aux années soixante : il fait, pour vivre, tous les petits métiers qui n’en sont pas, il compose , et doit à des femmes (déjà) ses premières rencontres déterminantes, celle du poète Francis Carco et celle de Michel Vaucaire. La suite appartient à la carrière ” en chansons ” et à la vie privée de Charles Dumont, l’une et l’autre bien remplies.

5Les années Piaf

” Cette chanson est tellement pour moi que je ne la chanterai pas. On dirait que je me pastiche “. C’est dans ces termes qu’Édith Piaf venait de refuser la ènième chanson du tandem Vaucaire-Dumont présentée par un éditeur. Aussi Charles n’espérait-il plus la rencontre avec Edith. Celleci, grâce à l’entêtement de Michel Vaucaire, eut lieu le 5 Octobre 1960, boulevard Lannes, chez Edith.

Non je ne regrette rien bouleversa Piaf et lui donna, de son propre aveu, l’énergie et le courage nécessaires pour faire sa rentrée à l’Olympia, en dépit d’un état de santé catastrophique. Créée en direct à Cinq colonnes à la Une, le plus prestigieux des magazines TV jamais réalisés, la chanson fit pleurer la France entière.

De la rencontre Piaf-Dumont naquit une quarantaine de chansons, le plus souvent signées Vaucaire-Dumont, parmi lesquelles Mon Dieu. Mais c’est une chanson signée Piaf-Dumont qui allait faire évoluer, sans qu’il en soit pleinement conscient, le sort de Charles. Piaf avait décidé qu’il l’interprèterait lui-même et qu’elle serait sa choriste. C’est donc avec Les Amants que Charles se vit propulser ” interprète “, presque à son corps défendant et qu’il fut amené sur scène auprès de Piaf.

Dans l’ombre des  « années perdues »C’est Charles lui-même qui appelle ” années perdues ” cet espace entre la fin de Piaf et le début de sa propre carrière d’interprète. Pourtant, ces années-là auront été plus fructueuses qu’on ne l’imagine. Pour le cinéma, Charles aura composé les musiques deTrafic et parade (films de Jacques Tati), et d’un film italien interprété par Elsa Martinelli Pour la TV, Charles aura composé les musiques et chansons des feuilletons Gorki le diable etMichel Vaillant. Aux USA, Charles aura rencontré Alan J. Lerner, père de My Fair Lady, Gigi, Un Américain à Paris… malheureusement, la comédie musicale issue de leur collaboration ne sera jamais montée. En revanche, Barbra Streisand, alors inconnue en France, enregistrera I’ve been here , en français Le mur , dont elle fera un succès outre-Atlantique. Dans cette grande époque des concours de chansons internationaux, Charles connaîtra quelques succès primés, dont Un Dimanche après la fin du monde , à Rio de Janeiro.

 

NON JE NE REGRETTE RIEN, UN SUCCÈS MONDIAL, INTEMPORELSi la voix de Piaf a transporté ” Non Je ne regrette rien ” à travers les continents, la chanson s’est envolée de ses propres ailes pour vivre sa vie à travers des interprétations multiples et parfois inattendues, celles de Duke Ellington et Shirley Basset, celle de la japonaise Yusiko Ishii et, pour la génération montante, celle des Garçons Bouchers et l’amusante prouesse de Bernadette Soubirous et ses Apparitions… sans parler des corps d’armée qui ont pu, ça et là, en faire spontanément leur hymne.Quand une chanson prend vie, on n’en maîtrise pas le devenir…

 

4Les années Dumont

En 1963, la disparition de Piaf isole Dumont, dont le nom et le style semblent définitivement liés à son irremplaçable interprète. Jusqu’au seuil des années 70, ce sera le purgatoire, doré, certes, mais purgatoire tout de même.

Écrite en 1967 avec Sophie Makhno, son directeur artistique de l’époque, Ta cigarette après l’amour marquera le départ du style intimiste de ” l’interprète ” Charles Dumont, mais il faudra attendre les années 70 pour que la chanson passe les interdits de 2 censures, l’une morale, l’autre anti-tabac et trouve sa place en radio et TV. Toute en nuances, la carrière de Charles l’amènera, de disques d’or en music halls, de tournées internationales en oeuvres inclassables, tels les Concerto pour une chanson et passion, à se trouver une place ” à part “, dans l’univers d’un show business où le business a pris le pas sur le show. Cette carrière, jalonnée de Disques d’Or et distinctions diverses, s’articule autour des battements du coeur de Charles et d’un public pour qui les modes n’ont qu’une médiocre importance au regard des saisons de la vie et de l’amour.

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Parmi ses interprètes de la première heure aux plus récents, Marie-José, Lucienne Delyle, Bourvil (Notre amour est en grève), Sidney Bechet (Pourtant), Luis Mariano (El Guerillero), Annie Cordy (Pantaléon), Dalida (Gitane), Michel Legrand (Lorsque Sophie Dansait), Juliette Gréco (La Propriétaire), Willy DeVille (Les Amants), Jacques Brel (Je m’en remets à toi), Heltau (création allemande de Une Chanson), Mireille Mathieu (Les Gens qui s’aiment, Mon Dieu), Barbra Streisand (Le Mur) …

 

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