Catégorie : culture générale

Les croix wisigothiques de Graule-Basse à Carlucet, de Saint-Projet et de Rocamadour

Un texte proposé par Jacqueline Bazalgue, Docteur en études romanes

Notre rencontre avec la croix de Graule-Basse à Carlucet se situe en 1991 dans le cadre d’une préparation au colloque de Rocamadour sur L’Image du pèlerin au Moyen-Age et sous l’ancien Régime. Nous recherchions alors sur le terrain, les divers chemins roumieux conduisant à ces sanctuaires et donc celui qui, remontant de Salviac (église consacrée à Saint Jacques le Majeur), passant par Gourdon et Saint-Projet, allait rejoindre l’Hôpital Saint-Jacques le Majeur à Rocamadour.

Aucune travail de localisation n’avait été fait sur ce chemin. Aucune étude n’avait été consacrée à la croix de Graule-Basse surplombant la vallée de la Dame, à quelques encablures de l’actuelle D39. Complète, elle comporte une pierre oblongue suspendue à chaque bras. La croix située sur la place de Saint-Projet est dépourvue de ses ornements mais les trous de fixation sont toujours visibles.

Ces croix ont été sculptées au XVIIIe siècle, vers 1788, par Armand Salesse, un maçon d’Auzac, très vraisemblablement d’après des modèles anciens. Après une première approche publiée en 1992 nous signalions en 1994 cette croix parmi les éléments menacés par l’un des tracés de la future autoroute A20.

Le fût présente de bas en haut la pomme, le serpent tête en bas (le mal), suivi d’un cœur (l’amour qui en triomphe), de deux tibias, d’un crâne (l’homme ancien), et du Christ crucifié. Le tout surmonté d’une couronne de gloire ayant en son centre une colombe et, enfin, le titulus INRI. Nous fîmes alors part, dans Quercy-Recherche, de nos interrogations sur le sens de ces deux pendentifs : représentent-ils les deux larrons, le poids des péchés du monde, la Vierge et Saint Jean ?

Peu après nous eûmes en mains les travaux de J.M. Fernandez Pajares consacrés à la Croix d’Oviedo dite aussi Croix des Anges dans des enluminures de manuscrits. La caractéristique commune à toutes les croix étudiées est la présence des lettres grecques alpha et oméga suspendues à leurs bras. Aussi, avant même d’avoir rencontré la mention d’une Croix dels Angels dans un cadastre de Rocamadour du XVIIe siècle, nous avions pu faire, grâce à ces travaux universitaires, le rapprochement entre la croix de Graule-Basse, celle de Saint-Projet et la Croix des anges.

La célèbre croix d’Oviedo, est un bijou porté par Alphonse II le Chaste, roi des Asturies de 791 à 842 et qui se voulait, selon Yves Bonnaz, successeur des rois wisigoths de Tolède soutenus par l’Église. Cette croix participe sur le Camino aux récits légendaires de la victoire des troupes chrétiennes encadrées par des Wisigoths sur les musulmans. A partir de la victoire de Cavadonga la Cruz de Oviedo, appelée aussi Cruz de los Angeles, Croix des Anges, va s’implanter le long des chemins de la Reconquista et de Saint Jacques Matamoros présenté comme un héros.

Le Trésor de la Camara Santa à Oviedo renferme une croix donnée en 808 par Alphonse II le Chaste. On remarque les anciennes fixations des symboles du commencement et de la fin. De part et d’autre du pied de la croix, un ange a été ajouté.

Les travaux de Robert Favreau rappellent qu’en 711 le roi Rodrigue de Tolède a été « le dernier roi des Goths ». « Mais c’est à partir d’Alphonse II le Grand ou le Chaste (791-842) que va se développer l’emploi systématique par la monarchie asturienne de la croix pattée aux branches de laquelle sont attachés par des chaînettes l’alpha et l’oméga qu’on appellera dès lors croix d’Oviedo. Cette croix devint précisément alors le symbole d’une monarchie asturienne, consciente d’être l’héritière légitime de la monarchie qui régnait en Espagne avant l’invasion arabe. Alphonse II, dit la chronique d’Abelda, « établit à Oviedo l’ordre des Goths tout entier, tel qu’il avait existé à Tolède, tant dans l’Église qu’au Palais ». « Mais le modèle par excellence de la « croix d’Oviedo » est évidemment la croix dite des Anges qu’Alphonse II fit exécuter en 808 pour l’église Saint-Sauveur, cathédrale du nouveau siège épiscopal érigé à Oviedo ».

La Cruz de Oviedo apparaît dès le IXe siècle dans des miniatures ornant la première page de nombreux manuscrits. Nos travaux publiés dans les Actes du Colloque consacré à Uc de Saint-Circ en 1999 puis dans l’Encyclopédie Bonneton, ont bénéficié de ces informations.

Une « Croix dels Angels » attestée à Rocamadour en 1659

Il existait à Rocamadour une croix, aujourd’hui disparue, reliée directement au roi Alphonse II puisqu’elle porte le nom de Croix dels Angels. Elle confirme l’existence de croix wisigothes dans le Lot et figure à plusieurs reprises sur le Cadastre de Rocamadour de 1659 dans des confronts: « confronte terre de monsieur Chourini, avec chemin qui va de la croix dels angelz à la Fage… » ; « terre à la Clarzie, confronte avec le chemin allant de la Croix dels angelz à la Fage… » ; «Plantier à la croix dels Angels confronte avec chemin qui dessert la fontaine de Notre Dame avec rocher dudit tènement… ».

Nous ne connaissons pas l’apparence de cette croix disparue. Celle-ci n’aurait, du reste, peut-être pas été comprise. Mais la transmission écrite de son nom, croix dels angels, bien connu des spécialistes, perdure et ne laissek aucun doute sur sa dimension historique. Aussi avons-nous intégré ce célèbre toponyme dans notre travail sur les lieux-dits de Carlucet en 2017 dans la revue Racines.

La dénomination Croix dels Angels clairement établie dans le Cadastre de Rocamadour montre que celle-ci n’était pas inconnue dans le diocèse de Cahors. Sa localisation, tout comme celle de Graule-Basse, se situe dans le canton de Gramat.

De nombreux sujets de recherche inédits concernant Rocamadour et son secteur sont toujours envisageables. Il reste à retrouver dans les textes et sur le terrain si d’autres Croix des Anges, disparues ou toujours en place, ont laissé des traces dans le diocèse de Cahors.

La croix aux pierres oblongues de Carlucet et sa jumelle de Saint-Projet, sculptées par Armand Salesse, sont bien d’origine wisigothique. Le point de départ est un modèle byzantin aboutissant au bijou porté par Alphonse II le Chaste, roi des Asturies, qui se voulait continuateur des Goths, puis à la Croix d’Oviedo et à la Croix des Anges. Voir les travaux universitaires cités en bibliographie.

Il est logique de retrouver ces croix à haute signification historique- la croix victorieuse, victoire de la chrétienté- sur les chemins empruntés par les pèlerins de Saint Jacques avant la présence des routes créées au XIXe siècle.

Il existe, dans le Lot, une croix de modèle comparable comportant une substitution très originale des pendentifs. D’autres nous ont été signalés sur la Via Tolosana et à Solosancho, balisant elles aussi, le Chemin de Saint-Jacques.

De même origine wisigothique est la croix occitane appelée aussi, entre autres, Croix de Pise.

Jacqueline Bazalgues

BIBLIOGRAPHIE

Classement par ordre d’apparition dans le texte.

L’Image du pèlerin au Moyen Age et sous l’Ancien Régime, Colloque international sous la direction de Pierre-André Sigal, Rocamadour, 30 sept.-3 oct. 1993. Les Amis de Rocamadour : Actes du colloque, 1994. Nous avons alors communiqué ces itinéraires à M. René de la Coste Messelière, président de la Société des Amis de Saint-Jacques qui a bien voulu reprendre le tracé de nos itinéraires dans sa présentation (p 396).

Bazalgues, Jacqueline : Autour de Rocamadour. Des chemins de l’Ouysse aux chemins de Saint-Jacques. Amis de Rocamadour : Annales, 1992, n°1.

Bazalgues, jacqueline : Quelques sites menacés par l’implantation de l’autoroute A20 entre Labastide-Murat et la vallée de la Dame. Cahors : QuercyRecherche, 1994, n° 75.

Fernandez Pajares, Jose Maria : La Cruz de los Angeles en la miniatura espanola. Oviedo : Boletin del Instituto de Estudios Asturianos, 1969, n° 67, pp 281-304.

Bonnaz, Yves : Divers aspects de la continuité wisigothique de la monarchie asturienne. In :

Mélanges de la Casa de Velázquez, 1976, t. 12.

Favreau, Robert: La « croix victorieuse » des rois des Asturies (VIIIe-Xe siècles). Inscriptions et communication du pouvoir. In : L’écriture publique du pouvoir (en ligne). Pessac, Ausonius Éditions, 2005.

Bazalgues, Jacqueline : Fontaines et légendes sur les chemins de Sainte Marie et de Saint Jacques autour de Rocamadour. Actes du 13e colloque Croyances populaires, conjurations, superstitions. Le Cap d’Agde, 14 juin 1997. Montpellier : Centre d’Études et de Recherches Catalanes de l’Université Paul Valéry et Association pour la Promotion des Archives d’Agde, 1998.

Bazalgues, Jacqueline : Sur les traces du troubadour Uc de Saint-Circ à Saint-Cyr d’Alzou, Rocamadour et Montpellier. In : Uc de Saint-Circ et son temps. Actes du Colloque de Thégra. Édition Thégra Animation et C.N.R.S., 1999.

Bazalgues, Jacqueline : Pèlerinages et croyances populaires. Encyclopédie Lot. Paris : Bonneton, 2000.

Cadastre de la Commune de Rocamadour, 1659. Livre Terrier servant de base à l’imposition.

Bazalgues, Jacqueline : Une « Croix des Anges » à Rocamadour. De « la Croix d’Oviedo »

A « la Croix des Anges ». Alvignac : Racines. Hors-série L’Alzou, 2001.

Bazalgues, jacqueline et Gaston : Itinéraires roumieux autour de Rocamadour. Alvignac : Racines, 2016, n° 21. Suite à la conférence du 26 novembre.

L’UPTC dévoile son programme !

programme octobre

2023-2024 un programme toujours aussi diversifié, avec de nouvelles thématiques sociétales et environnementales

Nos adhérents retrouveront les grands domaines qu’ils apprécient De l’histoire des Balkans à la Sicile d’hier et d’aujourd’hui, l’histoire sera représentée, sans oublier celle des femmes au XIXème siècle et pendant les Années folles, tandis que l’on découvrira l’histoire des Insoumis du Poitou.

Au menu de l’histoire de l’art, il sera question de la peinture d’icône, des Etrusques, et du séjour d’André Derain dans le Lot.

Les premiers photographes lotois nous seront présentés, et on pourra revisiter le Requiem de Mozart. Colette et Shakespeare seront invités en littérature et en cette année du centenaire de sa mort, Sarah Bernhardt sera à l’honneur.

Nos philosophes débattront du jeu, de la lecture, de l’étrangeté à travers Magritte, de la notion de mal, d’écologie.

Notre ancrage dans l’histoire locale se déclinera à travers l’histoire de Carennac et de Saint- Cirq-Lapopie et dans le parcours d’un bagnard lotois à Saint-Laurent du Maroni.

La notion de frontières, des portes ou des murs, en ces temps troublés, sera en débat.

Enfin la prévention santé se portera sur les facteurs de risques du cancer et l’accompagnement du vieillissement afin de mieux s’en prémunir.

De nouvelles thématiques sociétales et environnementales D’écologie et d’environnement il sera question avec les défis de demain sur la question de l’eau, le dérèglement climatique forcé ou forçage anthropique sera la question posée par un spécialiste.

Paléontologie et géologie sont aussi au menu avec les crises de la vie de la Terre et les risques volcaniques.

Les questions sociétales seront abordées à travers les fake-news et la désinformation, le sens et la reconnaissance au travail.

Un économiste pourra aborder la question des inégalités reliée à la transition énergétique.

Dans le domaine de la bioéthique, des chercheurs développeront l’état de la question en matière de Procréation Médicalement Assistée, de recherche sur l’embryon, d’information génétique.

Enfin des contacts sont pris pour une conférence autour du conflit ukrainien et de la place de l’Ukraine en Europe.

Une année sportive Une histoire de l’équipe de rugby de Cahors, en présence d’un joueur, est prévue en 2024, après la Coupe du Monde de Rugby organisée cet automne et la place des femmes dans l’olympisme fera l’objet d’une conférence au printemps avant les Jeux Olympiques de Paris 2024.

L’organisation d’une journée inter-associative avec la Société des études du Lot et le Carrefour des sciences et des arts, le 2 décembre prochain, autour de la figure d’Armand Viré, un aventurier des sciences dans le Lot, illustre notre souci de travailler en partenariat avec les associations culturelles lotoises.

De même avec nos sœurs voisines, l’université populaire de Caussade et celle de Prayssac des partenariats se tissent par des échanges d’intervenants et de pratiques.

Nous aurons le plaisir en mai 2024 d’accueillir à Cahors la réunion annuelle du Comité Régional des Universités Populaires d’Occitanie qui coordonne les actions menées par les universités populaires de la Région Occitanie. La question de l’engagement et de la transmission de notre héritage associatif était au cœur de nos dernières rencontres.

Le programme détaillé des conférences organisées sur les 3 prochains mois est à consulter sur le site https://uptc-cahors.org/

L’UPTC est partenaire de Quercy net

Le vent d’autan souffle aussi sur Cazals !

Va-t-il décoiffer la culture locale ou tout naturellement lui faire partager un nouveau maillon de la chaîne culturelle ? Le vent d’autan est le nom de la première librairie qui vient d’ouvrir ses portes sur Cazals. Pari risqué, mais si l’on en croit les paroles de Marie Cossart relevées dans ActuLot par Luc Gétreau, l’argumentaire est séduisant d’autant que les lieux sont garnis en événements de tous genres, la Bouriane n’étant pas en reste.

Installée sur la place principale de Cazals avec terrasse pour partager quelques douceurs et boissons, la librairie “Le vent d’autan” sera également visible sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram).

Librairie Le vent d’autan, Place Hugues Salel – Tél : 09.81.91.29.26 – librairieleventdautan@gmail.com

L’Université Pour Tous Cahors Quercy (UPTC), nouveau partenaire de Quercy.net

Initiée par le Conseil des sages auprès de la ville de Cahors, et créée en août 2018, sur le modèle des Universités du Temps libre, est une association qui a pour but l’accès aux savoirs et aux connaissances pour tous, des échanges et du lien social.

Son originalité : la valorisation des ressources intellectuelles et scientifiques du territoire lotois sur le mode du bénévolat, à travers l’engagement d’intervenants spécialisés ou passionnés dans leur domaine, avec des exigences de rigueur méthodologique et pédagogique.
L’UPTC est une Université pour les seniors, mais aussi pour les jeunes et les adultes en activité ou non, avides de savoirs et de connaissances, en dehors d’un parcours universitaire diplômant.
Elle est membre du réseau national et régional des Universités du Temps libre

Chaque année universitaire, une cinquantaine de conférences sont proposées dans de multiples domaines : philosophie, archéologie, histoire, arts, littérature, musique, médecine-santé, économie, droit, paléontologie, géologie… pour environ 300 adhérents

Quelques conférences exceptionnelles sont également organisées hors calendrier habituel en lien avec l’actualité (Ukraine, environnement…)
Enfin l’UPTC développe des partenariats locaux et régionaux (Société des Etudes du Lot, Université populaire de Caussade …), comme par exemple “l’année Gambetta”

Le Bureau de l’association est actuellement composé de :
– Danièle MARIOTTO, présidente
– Michel DURAND, vice-président
– Geneviève GUINDE, trésorière
– Christiane DEWITTE, secrétaire
– Marc SELLES, secrétaire en charge du numérique

L’adhésion annuelle de 20 € donne accès gratuitement aux conférences, une participation de 5 € par conférence est demandée aux non-adhérents

Retrouvez-nous sur notre site internet : uptc-cahors.org
Nous contacter : contact@uptc-cahors.org

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