Préambule

Je ne m’engage pas dans une histoire de la Guilloune ni de Pasturat d’ailleurs. Les documents présentés sont trop peu nombreux et trop disparates pour cela.

J’apporte seulement quelques commentaires personnels suggérés par la connaissance d’une histoire plus large du pays ou bien plus proche de l’environnement immédiat et de ses habitants, je laisse à chacun le soin de construire, en poète, en amoureux de son coin de terre, l’histoire la plus proche possible de la vérité mais un tant soit peu idéalisée.

1) Les seigneuries
2) La propriété
3) L’exploitation
4) Aux temps de la révolution (suite)
5) Le 19ème siècle – Le domaine Bourgeois
6) Le moulin et ses problèmes
7) Les travailleurs

1 LES SEIGNEURIES DE LA BORIE REDONDE ET DE LA GUILLOUNE.
Lartigaud, dans son ouvrage « Le Quercy à la fin de la Guerre de Cent Ans » nous informe que les lieux de Béars et Saint Crépin étaient vidés de tout habitant. On peut considérer alors que les lieux de Pasturat et Saint Géry étaient tout autant désertés. Il écrit par ailleurs que le lieu de Pasturat fut alors acensé à des colons venus des provinces voisines, en particulier du Rouergue. Les conditions offertes avaient du les inciter à s’y installer. Le Chanoine Albe (1 M1 32/8), pour ce qui concerne la métairie de la Borie Redonde dit que celle-ci fut acensée avec le moulin de la Guilloune vers 1454 par le Seigneur de Saint Sulpice comme Seigneur de Saint Cirq Lapopie. C’est un lieu qu’il possède alors en toutes justices ( Haute, Moyenne et Basse). Sur un même lieu deux toponymes: le moulin qui est dit de la Guilloune mais aussi de Saint Géry car avec les terres, il appartient à la coseigneurie de Saint Géry, la Borie Redonde (ronde), concerne la métairie, c’est à dire l’unité du domaine agricole en exploitation et bien-sûr les bâtiments d’exploitation et d’habitation qui lui, pourra prendre le nom de château si un appartement y est réservé pour le seigneur lorsque celui-ci viendra quelque temps sur ses terres pour inspection ou autre. Ce sont des biens nobles, les seuls reconnus comme tels à Pasturat si l’on se fie aux déclarations des biens nobles dès le dix-septième siècle.
C’est aussi le moment de « détricoter les différentes structures « administratives » de Pasturat.

Pasturat deviendra paroisse avec desservant ( la Cure est celle de Saint Géry) vers 1650. Elle regroupera alors les habitants des Mazuts et écarts, Pasturat et écarts (coseigneuries de Galessie et Pellegry), les écarts de la Roumégouse, du Mas de Marty, de Serves et Pétral, Malauze, Pech Pitrou, (seigneurie de Saint Géry).

Si nous prenons l’histoire à partir du XVIIème siècle, époque pour laquelle nous accédons plus facilement à des documents écrits, Pasturat a, avec Galessie, deux co-seigneurs dont l’un le Collège de Pellegry sera le plus stable dans le temps, l’autre changeant de titulaire dans le cours des successions.

Depuis l’an 1701, les Nobles avaient à déclarer leurs propriétés et les revenus afférents. Voici, les déclarations (C1212-C121 3) rédigées la première par le co-seigneur de Saint Géry le 24 décembre 1785 en réponse à l’Arrêt du Conseil d’Etat du Roi du 19 août 1781.

« Nous, soussigné Louis Antoine de Contaut de Biron, Duc de Biron, Pair et Maréchal de France, Chevalier des Ordres du Roi, Colonel Général du Régiment des Cardes Françaises de sa Majesté, Gouverneur et Lieutenant Général pour le Roy de la Province du Haut et Bas Languedoc, Marquis de Cabreret, Comte de Roussillon, demeurant à Paris en notre hôtel rue de Varennes.

Un moulin à 4 tournantes sur le Celé
Un moulin à 2 tournantes ruisseau de Saint Martin, ne fonctionne que l’hyver et partie du printemps et de l’automne.
Une papeterie sur la Saigne

Une grand forêt appelée de Vialottes avec 11 métairies 3580 quarterées (1 quarterée de Caors: 0,510720 ha 1 quarterée = 4 quartonats=16 boissonnats) composée de 40 cannes carrées de 5 pieds 6 pouces (1 toise=6 pieds, 1 pied=12 pouces = 0,312 m). »

 

Dans cette contenance, en culture, froment, blé noir, avoine, orge et baillarge: 1200 Q Pré: 50Q, bois en pacage 2330 Q. Il se nourrit 2400 bêtes à laine, 120 bêtes à cornes, 300 chèvres. Se conserve quelques bots coupés tous les 30 ans. Il se fait des ventes de vieux bois, buis, ronces à St Géry. 2 Q de terre noble faisant partie d’une métairie Duporge. Ces 2 Q avaient été réservées pour bâtir un château lors de l’acensement du fief de St Céry. 1 vigne: 3 Q et 1 C ruinée depuis le froid de 1766… »

je donne ces informations qui ne concernent pas directement la Guilloune parce qu’elles montrent l’importance des biens de ce puissant Seigneur. Certes,il vécut surtout à la Cour de Versailles où il aurait été l’amant de Marie Antoinette. Elu représentant de la Noblesse du Quercy aux Etats Généraux de 1789, il suivit la Révolution en louvoyant servant celle-ci en tant que Général ce qui lui permit de servir l’Empire et d’avoir son nom inscrit sur l’Arc de Triomphe de l’Etoile à Paris.

 

Poursuivons:

 

« Une jouissance de la quantité de rente suivante sur le fief de St Géry par indivision avec Monsieur le Comte de Laroque Beaumont et Monsieur Cornède avec la moitié de la justice froment: 51 Q 3 C, avoine: autant, droit de fouage (57 paires de poules, 50 ivres de cire…). droit de bac sur la rivière avec droit de pêche, la 1/2 sur le fief de St Géry, en entier sur ceux des Masseries et Bouziès. »

 

Fouage: redevance qui se paye pour chaque feu.

 

Nous en arrivons aux biens du Comte de Beaumont.

 

« C 1219 Biens de Beaumont de Laroque Province de Haute Guyenne, Election de Cahors Communauté de St Géry et son annexe Pasturac.

 

En conformité de l’avis donné le 1er août 1783 par Messieurs les Procureurs Généraux susdits de l’administration de la Haute Guyenne: Voulant nous conformer à leur Demande: je soussigné, Louis de Beaumont Comte de Beaumont et de Laroque, Baron du Repaire, Seigneur de la Guilloune Pasturac et Maréchal des Camps et Armées du Roy, Chevalier de l’Ordre Royal et militaire de St Louis commandant pour sa Majesté dans la province du Périgord atteste et déclare avoir 3 fiefs distincts et séparés dans la paroisse de St Géry et dans son annexe de Pasturac, ce que les uns et les autres sont jouis en toutes justices.

 

1 Le fief appelé de St Géry

 

De ce fief je n’en possède que le quart par indivis avec Monsieur le Maréchal duc de Biron qui en jouit la moitié, et le quart restant est joui par le Sieur Cornède avocat au Parlement. Sa portion de celle dont je jouis furent acquises de Monsieur de Monsalés par acte du 10 juin 1717. Et l’acte fut passé par Mauri notaire royal du lieu de St Martin. A ce fief est attaché le droit d’accapte et celuy des lods et ventes.

 

Le quart du sus-dit fief de St Géry consiste en dix huit quartes froment, en vingt huit quartes avoine de rente annuelle, foncière et directe mesure de Cahors.

 

Portable à perpétuité par les Sindics dudit indivis en la dite ville de Cahors et en l’hôtel dudit Seigneur, plus consiste en neuf Livres, quinze sols d’argent appelé suite et le quart de soixante six chefs feus établis au dit lieu de St Géry lesquels feus dit-on sont réglés à deux Livres sept sols six deniers.

 

Par concequent, le quart revient annuellement à trente neuf Livres quatre sols sans compter les lods et ventes qui s’y payent au denier dix, ce dont on peut évaluer le quart annuellement à la somme de quinze Livres. En estimant les dix huit quartes de froment qui me sont payées annuellement sur le dit fief de St Géry au prix de dix Livres trois sols la quarte, elles montent à la somme de cent quatre vingt deux Livres quatorze sols. Les vingt huit quartes avoine au prix de quatre Livres la quarte font la somme de cent douze Livres. Le quart des chefs feux de trente neuf Livres quatre sols. Le quart des suites est de neuf Livres quatre sols.

 

je jouis dans les mêmes paroisses en seul le fief appelé la Guilloune ou Borie Redonde. Ce fief est en toute justice avec Droit de lodz et d’accapte.

 

La Demoiselle Cournède possède un lopin de terre pour lequel elle paye annuellement un boisseau de froment mesure de Caors, qu’on peut évaluer sur le même pied que les rentes dues par les habitants de St Géry, ce qui par conséquent est un objet annuellement de douze sols six deniers de rente.

 

Je jouis également en seul et dans les mêmes paroisses le fief appelé le moulin. Ce fief est le moulin même de St Géry sur lequel Monsieur Cournède est redevable de quatre quartes de froment et de quatre quartes de mixture. Cette rente est foncière et directe; elle est payable mesure de Caors. Ce fief est également en toute justice avec droits de lodz et d’accapte; à ce moulin est aussi attaché une rente de quelques anguilles et volailles; mais depuis l’inondation arrivée le 7 mars 1783 qui a emporté le moulin et sa chaussée qui y conduisait les eaux, le Sr Cournède se refuse de l’acquitement de cette rente et des autres droits et devoirs seigneuriaux dépendants de ce même fief de sorte qu’il ne peut en être fait mention que pour mémoire.

 

Biens fonds nobles.

 

Je possède aussi et noblement dans la paroisse de St Géry ou dans son annexe de Pasturac une isle qui a été entièrement ravagée et ruinée par l’inondation arrivée le 7 mars 1783 de sorte qu’elle se trouve actuellement traversée en quantité d’endroits par différents bras de la Rivière du Lot et que ce qui reste aujourd’ hui de cette isle n’est susceptible de porte aucune espèce de revenus, n’étant couverte que de mauvais jettins, de ronces, broussailles et graviers de manière que pour sauver les débris de cette isle il doit nécessairement en coûter infiniment plus cher que I »objet n’en vaudra jamais; ce qui fait que dès aujourd’hui comme dans les tems à venir, il doit être porté pour mémoire.

 

Article 3 du rôle. Communauté de St Céry, Monsieur le Comte de Beaumont.

 

Déclaration d’Antoine Cornède, avocat au Parlement. Vente du quart de la co-seigneurie de St Géry et Pasturac.

L’an 1717, le 10 juin, comparu Haut et Puissant Messire Louis Alexandre Crussol Duses chevalier Comte de Monsalès et noble Jean de Çajarc profoncier de Messire Emmanuel de Crussol lesquels ont fait vente à Messire Jean Baptiste Faurie et Messire Antoine Cornède Trésorier de France habitant la ville de Caors… la co-seigneurie et terre de St Géry en Rive d’Olt avec toute justice conjointement avec Messire de Contaut Comte de Cabrer et… conformément au bail à fief du mois de novembre 1464 reçu (…)

 

 

Dans la même déclaration celles de:

Raymond Cayla habitant les Masseries: 2 pièces de terre.

Antoine Milhau: 1 pièce de terre dans le fief des Masseries.

Alexandre Joseph Bess de la Romiguière habitant la ville de Caors: une métairie: la Romiguière dont une partie des terres est noble.

En un manoir seigneurial que j’habite lors de la levée des récoltes qui ne produit aucun revenu, où se trouvent encore deux granges couvertes de chaume, une écurie et deux petites étables, les terres nobles faisant une dépendance de la ditte métayrie pouvant être de contenance d’environ 35 ou 40 quarterées, le 1/3 en pacage, bois comptantes en buis ne pouvant servir qu’à faire paître les bestiaux. Le second tiers, en isles, padouin ou rivages entièrement ruinés par les fréquents débordements de la Rivière du Lot et le restant des terres labourables, les vignes… plus un petit fief vulgairement appelé de l’Héraut.

 

J’ai respecté l’orthographe utilisée dans les documents.

 

Les mots non déchiffrés sont signalés par (…).

La quarte de Caors vaut 7,5 dal.

Accapte: droit seigneurial sur les legs et héritages.

Lodz: droit seigneurial sur les mutations.

Padouin: vient peut-être de l’occitan padoenc: pâtis.

 

Collection Jean Michel Rivière

 

 

 

On peut remarquer que ces rentes sont fixes quelque soit la valeur de la récolte du moment. On rencontre par ailleurs des patronymes appartenant certainement à des familles que nous retrouverons ultérieurement dans I’ histoire de la Guilloune. Il est aussi question d’un petit manoir seigneurial utilisé lors des relevées des récoltes. Il en est de même à la Guilloune. En effet, il est question sur le terrier de Pasturac d’une rue du Château qui conduisait de l’Eglise au moulin en contournant l’actuelle propriété Jordanet.

 

Sur un plan relevé en 1814 (en annexe) par les ingénieurs de la navigation, apparaît à côté de l’habitation du meunier une grande construction disparue en 1823 sur le cadastre mais persiste sa trace sous la forme d’une parcelle. Serait-ce le manoir? Ou bien la maison du meunier qui est vaste par rapport à l’exiguité habituelle des maisons paysannes du village aurait-il eu l’honneur d’être le « château »?

 

Revenons à nos seigneurs. Dans la déclaration d’Antoine Cornède apparaît le nom de Jean Baptiste Faurie. Or dans un texte notarié du 11 août 1778, Messire Armand de Beaumont est marié à Très Haute et Puissante Dame Marte Anne de Faurie. Cette dame y réclame des droits qu’elle aurait par testament sur les biens de la Comtesse d’Arcambal. Il est alors évident que toutes ces familles nobles de cette petite province du Quercy ont des liens plus ou moins proches dans l’espace et le temps, à l’image encore plus restreintes de leurs paysans tenanciers de leurs fiefs.

 

Quant aux titres de Haut et Puissant… pur formalisme auquel devaient tenir malgré tout ces hobereaux. Seuls, le Comte de Contaut et notre Comte de Beaumont pouvaient peut-être répondre par leurs titres à ces pompeux qualificatifs. La famille de Beaumont avait donné un archevêque de Paris, Christophe de Beaumont (1703-1781) fort célèbre pour son opposition farouche aux jansénistes et aux philosophes, en particulier Jean-Jacques Rousseau. Les Beaumont ont dans leur généalogie les Hébrard de St Sulpice, seigneurs importants au Haut Moyen Age. Enfin la date de 1464 nous situe sûrement l’époque des acensements de St Géry et Pasturac après la catastrophe de la Guerre de Cent Ans qui avait saigné la région.

 

Donnons pour conclusion à ce chapitre quelques autres information sur la famille de Beaumont. Ce patronyme est le « martin » de la noblesse et il est bien difficile d’y reconnaître le sien.

 

L’armorial (2M1 71) nous apprend que Guillaume de Roques, un des lointains ancêtres de nos comtes de Beaumont de Laroque, Armand, François, Louis… et d’autres a été nommé écuyer le 6 mai 1359 avec pour blason « trois rois d’échiquiers et une bordure engrelée de Rozet seigneur de colombier un lion.  »

 

Les noblesses indues se multiplient un peu trop au goût de Louis XIV. Des bourgeois devenus riches et influents sur la vie de la cité s’achètent quelques titres de noblesse (revoir son Bourgeois Gentilhomme de Molière). Le Roi décrête la nécessité d’ établir les preuves de la noblesse des familles qui se déclarent comme telles.

 

Ainsi apprenons nous qu’au XVIème siècle notre famille de Beaumont était affiliée à la famille de Ginouillac, dite de Ricard qui donneront quelques seigneurs à Galessie. Enfin des liens existent également avec la famille de Pellegry fondateur du Collège de ce nom à Cahors et Seigneur de Galessie-Pasturac.

 

Un acte de donation du 2 novembre 1787:

 

« Jeanne de Gazelles demoiselle Pages habitant de la Ville de Caors laquelle ayant de droit et cause de feux nobles Antoine, Jean Bernard de Cazelles, frère germain à ce dernier et procédant d’ailleurs en qualité d’héritière de droit de l’un et l’autre, a fait donation entre vifs, pure, simple et à jamais irrévocable, en faveur de très Haut et très Puissant seigneur, Messire Louis de Beaumont, comte de Beaumont et de Laroque, Marquis de St Géry, Baron du Repaire, Seigneur de Meyral, Castel d’Ibirac, St Aubin l’Hermitage, Beaumont et autres places, Maréchal des camps et armées du Roy, Chevalier de l’Ordre Royal et militaire de St Louis, commandant pour sa Majesté dans la Province du Périgord ici présent stipulant et acceptant, du droit de patronage et fondation de la Maison Religieuse des Révérends Pères de la Merci établie dans le faubourg St Georges de cette Ville, suivant l’acte de fondation et de donation que les dits feus seigneurs Antoine, Jean St Bernard de Cazelles archiprêtre et Antoine de Cazelles ses auteurs en consentirent en faveur des dits religieux le 8 octobre 1429 devant Jacobo Simonis notaire de la ville qui annote la dite fondation dans ses registres et qui après son décès fut grossoyé et rédigée par Jean de Lato autre not. de la m ville qui fut détempteur des notes du dit Jacobo, la dite Cazelles demoiselle de Fages fait en même temps donnâtion au dit Messire… de tous les droits quelconques dérivant du dit partage, fondation et dotation qu’elle a et qu’elle peut avoir sur la dite maison religieuse avec consentement qu’il exerce les dits droits le cas y échéant ainsi et de la m manière qu’elle en a ou pourrait avoir le droit et faculté, lui en transférant à cet effet tous les privilèges, droits et prérogatives à raison de ci-dessus, sous la condition expresse que le cas arrivant que la maison des dits Religieux serait éteinte, le dit Seigneur Comte de Beaumont veillera à ce que les biens affectés à la dite fondation soient appliqués à des oeuvres pies telles qu’il lui plaira, et que les messes et prières affectées et établies en faveur des auteurs de la ditte demoiselle, de leurs parents et familles soient conservés dans leur intégrité, comme aussi si faire se peut, il fera établir sur les revenus de la dite fondation une messe qui sera célébrée une fois l’an en l’honneur et mémoire de la dite demoiselle, et pour le repos de son âme, déclarant la dite demoiselle, qu’il y a quelques années qu’étant question de la suppression de la dite maison, elle aurait fait une procuration pour s’opposer au Conseil du Roy et veiller à l’emploi des dits biens… » (B327)

 

Effectivement un acte du 1 3 décembre 1777 informe de Beaumont que l’Evêque de Caors au nom du Roi de l’extinction et suppression de la Maison de l’Ordre de la Mercy et l’union des biens en dépendants au Collège de la Ville et Ecoles des Frères des Ecoles Chrétiennes. Les parties intéressées sont appelées à comparaître devant le commissaire nommé à cet effet par le Seigneur Evêque… donc lui, de Beaumont s’oppose à l’union de ces biens. A noter que le Seigneur Evêque de Caors fut depuis longtemps le plus puissant seigneur du Quercy.

 

Le texte suivant, bien que ne concernant pas la Guilloune, permet cependant de concrétiser l’hôtel qu’ habitait à Cahors notre Comte de Beaumont. C’est un acte concernant un bail pour le jardin de l’hôtel.

 

A titre de ferme pour trois ans, à Huguet Balivan, jardinier de la Ville de Cahors. Le jardin potager joignant l’hôtel au-dessous du parterre et divisé par une muraille nouvellement construite à hauteur d’appui à orner de vases et de caisses. Mettre des fleurs, légumages ou salades. Ne rien prendre à son agrément. S’occuper des orangers dans les serres. Tous les fruits vont au Seigneur: fraises, framboises, artichaux et autres. Le fermier aura droit aux légumages, racines et herbes potagères. Ne pas mettre de blé, chanvre, tincte et autres qui puissent gâter le terrain. Se réserve le Seigneur, l’entourement dans le jardin et entre les bâtisses des cuisines et celles du jardin des Trois Rois, destiné à bâtir écuries, remises et autres. Prendre dans la pièce d’eau le nécessaire à l’arrosement. Bien la nettoyer. Le fermier pourra loger en l’hôtel en devenant le portier et surveillant. Il pourra ramasser le bois. Prix: 72 Livres pour l’année à payer tous les six mois. (3 E 235 que j’ai résumé).

 

Nous verrons plus loin que nos fermiers de la Guilloune étaient par force des familiers de cet hôtel puisqu’ils devaient y apporter les rentes dues, soit en nature, soit en monnaie trébuchante. A remarquer la valeur intéressante du froment et du chanvre que le jardinier aurait tendance à y planter au lieu des « légumages et racines » bien méprisés aussi par le Seigneur.

 

 

 

Collection Jean Michel Rivière

 

 

 

2 LA PROPRIÉTÉ

 

Les biens consistent en un moulin et des terres limitées par le Lot et le chemin à la rivière et comprenant à peu près les 26 premiers numéros du cadastre actuel auxquels il faut ajouter les îles au destin bien fluctuant. D’autres biens sont répartis sur Pasturac seigneuries de Galessie et de Pellegry mais qui seront évoqués ultérieurement. Ainsi le Comte de Beaumont et Monsieur Cornède se partagent sur la base 3/4-1/4 le moulin et la Borie Redonde.

 

En revenant sur la précarité des îles, le texte suivant évoque un agrandissement du domaine, agrandissement qui peut être lors d’une forte crue fut anéanti.

 

le 3 décembre 1787:

 

 » de Beaumont,… Seigneur du fief de St Sulpice, de celui appelé Borie Redonde, de celui appelé Moulin de St Géry, de celui appelé du canal ou de la Buregarde de celui appelé Peyrelongue parce qu’il embrasse toute la plaine s/tuée au-dessus du Rocher de ce nom, ce Seigneur du Marquisat de St Géry et autres places, tous lesquels derniers fiefs ou seigneuries situés dans l’annexe ou paroisse de Pasturac, forment aujourd’hui la terre de Beaumont l’Hermitage située dans la Province du Quercy.

 

Lequel dit Seigneur Comte de Beaumont nous a dit qu’en qualité de propriétaire des sus-dites seigneuries il lui appartient toutes les îles, îlots et atterrissements qui se forment sur les bords et dans la rivière du Lot qui traverse les sus-dites seigneuries et comme il s’est formé une isle au-dessous du roc appelé Peyrelongue, le dit Seigneur nous a déclaré qu’en vertu de la…, la dite isle qui paraît être placée de manière à devoir s’agrandir considérablement lui appartient et en conséquence il nous a requis de l’accompagner pour lui en voir prendre possession dans les formes prescrites et aussitôt nous nous serions transportés dans la dite isle où le dit Seigneur a coupé lui-même et fait planter en notre présence des (…) saules ou aubiers et autres plants pour fortifier cette isle qui s’est formée un peu au-dessus d’une autre isle qui appartient au Sieur Cornède en vertu d’un traité consenti par les auteurs du dt Seigneur de Beaumont laquelle isle n’est aujourd’hui que de la contenance d’une once (moins d’un are) et demi au plus, que cette isle nous a paru avoir été autrefois très considérable mais aujourd’hui elle est réduite à presque rien, ayant été entraînée presqu’en son entier par la grande inondation arrivée le 7 mars 1783 et autres survenues successivement depuis cette époque de sorte qu’il est à croire que le moindre croissant autre sera de l’emporter….

 

Autre requète pour dans une autre isle, située du côté opposé et presqu’en en-dessous de l’ancienne forteresse du Château du Cuzol placé dans l’enceinte du Grand Rocher lesquelles dominent le bourg de St Géry et qui, dans les temps reculés, servaient à protéger les habitants du dit bourg; étant entrés dans cette isle le dt Seigneur nous a fait remarquer que depuis trente cinq ans, cette isle avait commencé à se former, ce que nous avons commis, et pour les informations que nous avons faites, nous avons appris que le père du dt Seigneur comparant avait toujours fait conserver et soigner la dt isil comme un bien appartenant à la Dame Comtesse de Beaumont, son épouse, Dame du dt lieu, et comme la Dame avait négligé de prendre possession en la forme prescrite de la dte isle, le Seigneur Comte de Beaumont, son fils a jugé à propos de remplir cette formalité quoique surabondante à cause de sa possession plus que trentenaire et quoique cette isle ait été considérablement endommagée par la sus-dte inondation de… Nous avons vu qu’il continue d’y faire des plantations et autres travaux nécessaires pour conserver cette isle qui ne tardera pas à se réunir à celle qui s’est formée depuis quarante cinq ans ou environ et qui n’est séparée de celle joignant le moulin que peu des eaux qui passent par par l’issue ou dé fuite construite dans la chaussée supérieure au dit moulin pour prendre le super flux des eaux qui n’auraient fait qu’engorger le dt moulin et qui séparent aujourd’hui l’isle où le dit Seigneur … a fait faire un jardin d’ornement, laquelle isle se trouve fermée de toutes parts par les eaux de la défuite du moulin et par celles qui passent par la défuite supérieure dont il vient d’être parlé laquelle se trouve placée dans la chaussée du moulin, laquelle isle est aujourd’hui de la contenance d’une quarte-rée ( 1/2 ha environ) au plus ayant été dégradée et même emportée par les eaux dans toute la partie supérieure à l’emplacement du du moulin à cause de la destruction presque totale de la chaussée en pierre qui y conduisait les eaux et qui laisse la dte isle dessous du dt moulin et sur la rive droite.

 

Mème chose pour une isie située en face du Rocher de St Crépin et du même côté que le fief de St Sulpice et de Borie Redonde plus près que les rochers rive gauche. Trouvée dégradée mais susceptible de s’agrandir. Prise de possession. Valeur: 48 Livres. »

 

Ce texte est particulièrement riche d’informations concernant avant tout « le payasge », l’environnement climatique et ses aléas, les procédures d’acquisition de bien par un aristocrate.

 

Au sujet du canal de Laburgade, il est possible qu’il s’agisse de celui qui conduit les eaux au moulin de l’Iffernet (l’enfer).

 

Reste le domaine de Peyrelongue. S’agit-il de la pierre dressée appelée aujourd’hui « Dent de Me Armand » qui pourrait être Peyrelongue et les terres, la bande de plaine qui court entre la rivière et la falaise à partir de ce curieux rocher? (Aussi appelée L’Hile, ou la Halote).

 

Et le moulin? A ce moment de notre recherche nous possédons peu d’informations sur celui-ci. Il est fort probable que sa fondation remonte avant la Guerre de Cent Ans. Il apparait à l’acensement de 1454. Il fut moulin banier et moulin banal très certainement. Dans les actes notariés du XVIII ème, il est fait référence à son établissement antérieur à 1556. Quant à la partie technique, nous ne possédons, pour l’instant rien.

 

L’ouvrage de Françoise Auricoste sur les meuniers en Quercy aux XVIIème et XVIIIème siècles cite nos deux moulins de St Géry. Il semblerait qu’elle confonde l’un et l’autre. En effet si celui de l’Iffernet disparut après sa destruction, il en reste les murs et la roue perdue dans les ruines, le moulin de la Guilloune, effectivement hors fonctionnement en 1801 fut rétabli et moulut puis éclaira d’électricité jusque dans les années cinquante. Elle cite par ailleurs un acte de bail où les anciens propriétaires, toujours par paire, Maître Guillaume Faure conseiller du Roi et Maître François Espéret procureur de la Cour, habitant Pasturat, afferment le 12 novembre 1678 à deux meuniers père et fils des Masseries le moulin. Il s’agit de Pierre et Pierre Salvignac. Nous avons déjà rencontré le lien entre les Faure ou Faurie avec les de Beaumont par les femmes.

 

 

 

Collection Jean Michel Rivière

 

 

 

3 SON EXPLOITATION

 

Les quelques contrats de bail du XVIIIème siècle à notre disposition apportent un certain nombre d’informations quant à l’exploitation des deux fiefs. Ils sont loués à quelques riches paysans, car il faut de sérieux moyens pour répondre aux contrats. Il est vrai qu’ils sont aussi deux à prendre le bail. Bien souvent, le domaine est sous loué à des meuniers agriculteurs qui en seront les travailleurs exploitants.

 

Nous verrons ainsi apparaître des patronymes bien connus jusqu’à nos jours, familles issues de St Géry ou des Masseries.

 

Le 24 août 1734: afferme du Moulin de la Guilloune par Messire de la Roque et autres à Pierre Milhau.

Le 13 mai 1739, bail à ferme par Armand de Beaumont à Labro et Magot.

Le 15 avril 1754 Antoine Labro, fermier du Moulin de La Guilloune, domaine et autres droits seigneuriaux, habitant La Guilloune a reçu avant la passation d’Antoine Milhau meunier de St Géry, 30 Livres pour le droit de lodz que Labro pourrait prétendre sur les acquisitions faites par Milhau. (3E 713).

 

Résumé du contrat de bail du 24 août entre le Seigneur de Beaumont et sa Dame propriétaire, Jean Guillaume Cornède avocat à Caors et Pierre Mourgues, mendant et fermier et Pierre Milhau meunier concernant le moulin de la Guilloune. (Toujours les trois étages pour l’exploitation!)

Doit entretenir le moulin en bon père de famille.

Aller chercher le blé de ses chalands avec le bétail qu’il achètera.

Se charger du ferrement, meules et autres outils.

Se charger des réparations: pales, arbres. Mais le propriétaire fournira le bois nécessaire à leurs dépens.

Quand le dit moulin sera mis au sec pour faire le cambrage le tout sera fait aux dépens des dits propriétaires et aussi sera tenu le dit Milhau d’aider à la manoeuvre.

Si le moulin inondé par le Lot plus de quinze jours, les propriétaires tenus de lui diminuer les jours qu’il demeurera à moudre.

La ferme du dit moulin est à la quantité de 110 quartes de blé chaume des 9 années à savoir 90 quartes mixture et 20 quartes froment blé de mouture bon et marchand payable en 12 paiements égaux pendant quatre années et huit mois, (j’ai gardé quelques expressions du temps). (3E 1588).

 

Bail du 15 juin 1767 ( la présentation est un peu résumée)

 

La Guilloune Paroisse de Pasturac.

Messire Armand de Beaumont seigneur Comte de la Roque… et autres lieux habitant en son château de la Roque paroisse de Meyrac en son nom et au nom de son épouse Marianne Faurie avec promesse de lui faire ratifier le contrat au présent si besoin est lequel de gré a baillé à titre de ferme à Pierre et Jean Balitrand père et fils habitant du lieu de Roumégouse et à Jeanne Cambrel veuve d’Antoine Labro habitant du même lieu, ici présent et acceptant la Seigneurie de la Cuilloune située au même lieu et lieu de St Géry, consistant en deux domaines, l’un appelé la métairie haute et l’autre appelée Borie Redonde en 18 quartes de blé froment, 28 quartes avoine de rente et suites.

 

Comté de St Géry consistant en 3 portions sur 5 du moulin assis sur la rivière du Lot et au-dessous du château, bois, vignes, terres, taillis et (…) et un jardin sis en dessous du château et aussi droit de quitte nature (?)

Un petit jardin au-dessus du château et au levant d’y celui et de la moitié du fruit des arbres fruitiers, des dits biens qui pourront être confisqués au profit des Seigneurs des lieux. Bail de 9 années qui part au premier juin.

Ce texte situe parfaitement ce château qui fait mystère à Pasturat, près du moulin.

Ayant perçu la laine cette année ne prendra celle de la dernière année. Bail pour la somme de 1500 Livres, 4 paires de chapons, pour chacune des neuf années que les fermiers fourniront l’un pour l’autre sans discussion, le tout ou partie par chacun.

 

Promettent à payer au Seigneur en termes égaux le 1er sera fait le 25 décembre prochain, le suivant au 1er juin et. rendus en sa maison à Caors. Les chapons aux Fêtes de Noël.

En prix de ferme franche, quitte de toutes tailles et rentes et autres impositions. Les fruits en deux, droits seigneuriaux que les fermiers seront tenus de payer annuellement.

Entretenir et faire tenir la seigneurie à peine de dépens et dommages.

Les fermiers jouiront de la cuisine, un cuvier, grenier, une chambre du château sur état des lieux fait conjointement avec le Seigneur ou la Dame. A la fin du bail, les fermiers seront tenus de faire les réparations du toit.

Libre d’émonder, de couper le bois rampant pour le chauffage mais pas de commerce.

Prendre soin des bois et avertir le Seigneur de ceux qui causeraient dommage.

Complanter dans l’isle des peupliers et autres arbres la quantité que le Seigneur trouvera à propos.

En cas d’inondation, les bois endommagés seront à leur disposition, mais il leur sera défendu de faire ouvrage de poutres, soliveaux ou planches.

Toute coupe de bois, même mort, se fera sur autorisation. Jardin soigné.

Faire les charrois nécessaires pour l’usage de la maison, moulin et domaine.

Un état sera fait du matériel aratoire fourni.

Le bail ne pourra être modifié quelque soit les cas fortuits (inondations).

Entretenir les murailles.

Le Seigneur sera tenu de faire toutes les réparations au moulin.

Les Balitrand jouïront de la métairie haute pour 35O Livres 2 paires de chapon et le reste pour Cambrie (?).

Si le Seigneur vend, les fermiers ne pourront réclamer aucune indemnité pour non jouissance… et autres obligations sur les vignes à planter ou exploiter.

 

La somme de 1500 Livres est importante et explique la disposition sur deux fermiers.

Remarquez la faiblesse de 350 Livres pour la métairie haute qui comprend la sole, le cloup en partie et les vignasses en partie également donc de superficie bien supérieure mais certainement de rendement bien inférieur au moulin et à la Borie.

 

Les conditions peuvent paraître sévères surtout qu’elles sont fixées indépendamment des rendements ou des situations de catastrophes météorologiques. Il sera intéressant de comparer avec les baux accordés par les futurs propriétaires bourgeois.

 

Accordons aussi aux fermiers la malice nécessaire pour s’en sortir au mieux. Le Seigneur est loin. Il visite ses domaines une ou deux fois par an. Celui-ci, dans ses états de revenus rédigés pour la capitation noble, écrit souvent que les rentes dues ne sont pas payées par les fermiers pour cause de mauvais temps etc…

 

Il faut assurer l’entretien de tous ces bâtiments aussi un bail du 10 novembre 1787 est institué ainsi

 

(Je résume):

 

Haut et …

donne et baille à prix fait à Pierre Montsoutre dit Caspar, recouvreur habitant la Ville de Caors, ici présent et acceptant, le remaniement et entretien de tous les toits dépendants de son hôtel au dit Caors et ses dépendances (sis sur les fossés de la dite Ville), plus tous les toits dépendants des bâtisses qui appartiennent au dit seigneur dans la paroisse de Pasturat, toutes lesquelles bâtisses le dit Montsoutre a déclaré parfaitement connaître.

Bail à neuf ans, 36 Livres par an (en deux versements augmentés jusqu’à 40 Livres chaque année.

 

Deux baux à ferme se succèdent à quelques jours. Ils apportent chacun d’autres informations sur les modes d’exploitation en particulier, sur des contenus d’obligations parfois différentes, je résume ces textes notariés (3E 235).

 

Le premier est le fait de Marianne Faurie veuve de Messire Armand de Beaumont, et est daté du 3 avril 1778, le second est le fait du successeur Louis de Beaumont et est daté du 24 du même mois. Celui-ci annulant le premier certainement.

 

… baille à ferme la Seigneurie de la Guilloune sur Pasturat et St Géry.

Deux domaines, la métairie haute …, la Borie Redonde en 18 quartes de blé froment, 28 quartes avoine de rente, 3/5 portions du moulin en indivis au-dessous du château, bois, vignes, terres, friches, jardins…

Se réserve le droit d’habiter le château, petit jardin, pigeonnier, petite écurie (nouvelle),…confiscation possible.

Au fermier sera donné une grande salle et petite chambre au-dessus du logement dont jouissaient les précédents fermiers.

Le château, moulin, cuvier, grange et autres édifices baillés en bon état, à entretenir à leurs frais, exceptés les gros murs et les grosses réparations. Avertir en cas de gros travaux à faire.

Emonder, élaguer. Ne pas couper.Complanter l’île en peupliers et autres arbres…

Aucune diminution en cas de gelée, grêle, stérilité, inondations…

Payer la ferme en or et argent à porter au château de Meyral en Périgord (une trotte par les mauvais chemins d’alors et au mieux en mule!!!), la moitié à Noël, l’autre moitié à la St Jean (24 juin).

La Dame payera le pot de vin ou Epingles après l’adjudication des enchères ia somme de 96 Livres une fois payée au-dessus du prix du bail.

6 paires de chapons l’an. Loger l’intendant en inspection et son cheval. ,

Prendre la laine de l’année, laisser celle de la dernière. Laisser aux bordiers actuels la moitié de la recette.

 

 

Remarquer le pittoresque du pot de vin ou épingles, totalement légal en ce temps. Comme je l’avais dit déjà, le fermier n’est pas obligatoirement l’exploitant. Ce qui expliquerait la présence de bordiers qui ne sont que des travailleurs.

 

Louis de Beaumont…

faisant pour et au nom de Haute et Puissante Dame, Madame la Comtesse de Laroque, sa mère, nous a requis pour faire lecture des proclamations et conditions… à procéder aux enchères de la terre de la Guilloune.

1/ Que l’adjudicataire sera tenu de fournir à la dite Dame ou son représentant

l’avoine dont ils auront besoin pour le séjour. ,

2/ Les bois qui échoueront à la digue ou sur les îles…

3/ L’adjudicataire sera tenu de pierrer (épierrer) les champs qui en ont besoin ou de rassembler les pierres dans les endroits qui leur seront assignées.

4/ Le seigneur se réserve le droit de planter en vignes les terrains qui lui conviendra.

5/ En cas de rénovation pas d’indemnisation de chômage.

6/ Le Seigneur peut vendre les pièces qu’il lui conviendra avec indemnisation.

7/ La Dame se réserve les rentes et suites qui se découvriraient.

8/ A l’adjudicataire, 2 araires pour chaque paire de boeufs et 1 par année pour chaque paire de boeufs. Il prendra les arbres indiqués. Porté par Biaise Lagarrigue 2800 Livres à l’année.

 

Il y a plusieurs remarques à faire. Les Seigneurs passent au bail par adjudication, courante pour des domaines d’une certaine importance, mais que nous n’avions pas rencontrés jusqu’à maintenant pour la Guilloune. Est-ce la volonté d’en tirer le maximum dans une conjoncture économique difficile? Pourquoi une seconde proclamation à quelques jours de la première et l’annulant certainement?

 

Nous ne pouvons émettre que des hypothèses pour l’instant: un problème juridique, un désistement de l’adjudicataire, une incapacité à répondre financièrement…?

 

Nous voyons apparaître quelques informations techniques. Les paires de beufs par exemple. Seuls les domaines assez vastes exigeaient la présence de tels attelages alors, c’est à dire la presque totalité du terroir cultivé. Seules, quelques modestes parcelles, appartenaient en propre aux habitants du village. Le plus « riche » d’entre eux possédait alors 1 ou 2 ha actuels comprenant surtout bois et grèzes.

 

Mais il est aussi vrai que chacun jouissait malgré tout d’un petit lopin de terre labourable. Ceci dit toute la population était constituée de travailleurs, brassiers et bordiers au service de ces domaines. Inutile d’ajouter que ces attelages de boeufs appartenaient exclusivement aux trois ou quatre seigneurs qui se partageaient les terres de Pasturat. Quant aux plus riches des travailleurs, s’ils pouvaient acquérir une mule…

 

Il est aussi question d’outils. L’araire est la machine essentielle du laboureur pasturacois. Comme le suggère le contenu du bail sus-dit, il est certainement fabriqué par l’agriculteur lui-même ou un « spécialiste » au village, puisqu’il est question de choisir l’arbre nécessaire à sa fabrication. On terminait l’outil par un soc en fer, soc interchangeable et adapté à la nature du sol ou du défonçage à accomplir. Ce dernier était forgé aussi au village par le forgeron paysan. L’araire était complétée par des pioches de différentes tailles pour casser les mottes dessoudées par le passage de l’araire en sillons croisés. Il fallait ensuite épierrer, il en est question dans les obligations du preneur. Tout cela était pénible et demandait une main d’oeuvre nombreuse, louée à la journée lors des travaux de « labour ». Nous anticipons sur l’étude qui sera faite ultérieurement sur les travaux agricoles à Pasturat au fil du temps.

 

Le texte notarié suivant (3E 722) nous fait appréhender un drame possible en cette fin du XVIIème siècle mais aussi de l’Ancien Régime. La contrainte par corps plongeait alors la famille dans la misère et la mendicité. N’oublions pas que cette période entre 1770 et 1789 est troublée par des catastrophes météorologiques; inondations « séculaires » grêles et orages dévastateurs comme ils apparaissent dans les textes que nous venons de rencontrer, sans oublier les années humides et froides ou chaudes et sèches.

 

Du 25 mai 1785 (en résumé):

Pierre Faurie de Merlan aurait baillé à demi-fruit à Jean Imbert natif d’Esclauzels habitant Pasturac le domaine du Causse de Pasturac appartenant au Comte de Beaumont Imbert aurait rendu compte pour les deux premières années et plus rien pour les années 82/83/84 alors que Faurie aurait baillé 2 quartes 1/2 de mixture.

 

Faire condamner pour la restitution des récoltes, le paiement de la mixture, le foin. Mais difficultés de rendre compte exact du produit des biens donc à régler 1575 Livres et 200 Livres le 11 décembre, 200 Livres un an après. Renoncent à la part de récolte. Main levée, soumise à la contrainte par corps.

 

On sent dans ce texte comme un éloignement du propriétaire, un laisser-aller dans la gestion, des textes apparemment contraignants mais peu suivis d’un côté comme de l’autre jusqu’au moment où les problèmes accumulés conduisent à l’accident. A remarquer également la difficulté de suivre qui est tenancier. Les noms se succèdent à rythme accéléré.

 

Par ailleurs 1 575 L est une très grosse somme pour un modeste travailleur du Causse. Une parcelle de terre labourable ordinaire se négocie alors entre 100 et 200L.

 

Les personnages rencontrés ici ne font que passer dans l’histoire de Pasturac, ombres vite absorbées par la misère. Ces quelques éléments, trop partiels certes, nous permettent cependant en confrontation avec l’histoire plus générale de la France de l’Ancien Régime, de saisir la précarité dans la vie quotidienne de ces travailleurs de la terre, contraints de louer leurs bras et leur force sans être assurés de leurs lendemains. On sent comme une insensibilité des maîtres, Seigneurs ou bourgeois, à la misère de leurs serviteurs. Ceux-ci n’étaient pas des anges et les tenants des baux montrent bien la méfiance tatillonne dont faisaient preuve les bailleurs à l’encontre de l’honnêteté et du sérieux de leurs paysans. Mais ces derniers n’avaient, pour leur survie, que des moyens peu francs à leur opposer.

 

Ces Seigneurs peu charitables, disons plutôt injustes envers leurs travailleurs, étaient très attachés à maintenir et entretenir par ailleurs des fondations religieuses pour en tirer des bénéfices tant matériels que spirituels. Dans ces conditions, plus encore dans les campagnes que dans les villes même si celles-ci parmi les plus grandes en prirent l’initiative, la Révolution qui devait mettre le feu aux châteaux ne pouvait tarder en ces années de misère de la fin du XVIIIème siècle.

 

4 Aux temps de la révolution

4) Aux temps de la révolution

 

5) Le 19ème siècle – Le domaine Bourgeois

 

6) Le moulin et ses problèmes

 

7) Les travailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 AUX TEMPS DE LA RÉVOLUTION

 

La période de la Révolution bouleverse bien des choses en France. En particulier les biens nobles sont confisqués et revendus, souvent aux enchères. Les acquéreurs sont .. les plus riches des bourgeois et des paysans. La classe paysanne dans son ensemble en profitera cependant pour devenir propriétaire, modeste certes. Ce n’est pas exactement le cas à Pasturac et à la Borie Redonde. Les biens nobles ne seront pas confisqués, au contraire des biens bien modestes de l’Eglise que le Président de la Commission chargé de la vente de ses biens s’attribuera sans problème. Pourquoi? Cela tient sûrement au comportement collaborateur du ci-devant Comte de Beaumont qui perdant ses biens en Périgord semble avoir préservé ceux qu’il possédait en Quercy, c’est à dire ses deux domaines à Pasturac, Pasturac où il s’est apparemment réfugié.

 

Un texte notarié nous plonge dans l’atmosphère de l’époque (2C 474): du 11 décembre 1790

 

« Le Comte de Beaumont dit que le cinq de ce mois, à quatre heures du soir, les habitants de la paroisse St Aubin diocèse de Caors et les détachements des incendiaires de Gourdon et de Salviac lui ont brûlé son château du Repaire dans lequel il tenait tous ses titres et papiers qui ont été consumés dans les flammes. Comme il lui reste en main une copie informe d’un acte privé qu’il a passé le 1er may 1789 à Jean Thénère du dit lieu de St Aubin il nous a requis de vouloir faire l’enregistrement de la copie informe ce qui lui a été octroyé… »

 

Nous interrompons ici un texte qui ne concerne pas la Guilloune mais qui illustre la célèbre « émotion » qui agita la classe paysanne de France et lui fit brûler châteaux et titres de peur de voir un processus d’appropriation des terres qui s’amorçait s’arrêter là.

 

Ce n’était pas le cas à la Guilloune où le Seigneur de Beaumont n’eut apparemment pas trop de problèmes. Ces biens reviendront aux mains d’un bourgeois de Caors après son décès selon une procédure qui, pour l’instant reste obscure. La période 1793/1799 nous a laissé des trous dans les archives notariales et bien des pièces nous font défaut. En attendant nous apprenons que le Comte de Beaumont vend une terre du terrement de la Guilloune à Antoine Cornède avocat 400 Livres, ceci le 6 octobre 1790.

 

C’est peut-être le moment de donner quelques prix en cette période difficile. En effet la Révolution a aussi comme cause des années de mauvaises récoltes et du renchérissement des grains.

 

La location annuelle d’une chambre à Cahors est de 20L (1 Livre= 1 Franc).

10 quartes de froment se vendent 260L en 1789 (période de disette), soit 26L la quarte de Caors qui équivaut à 7,5 dal ce qui nous fait 0,35L le litre.

La vente de 6 cartonnais (0,7660 ha) de terre, bois et grèze à Pasturat rapporte 72L. Cette terre de très mauvais rapport équivaut au prix de 20 dal de froment.

Une montre en or est gagée 72L.

Une quarte de millet coûte 100L donc 1 litre: 0,12L, 1l de froment=3I de millet.

Deux pièces cruciales vont nous permettre d’aborder la transition terres nobles- terres bourgeoises malgré les « trous » auparavant signalés.

 

(3E 722) Le 7 floréal AN VIII de la République:

 

A la Guilloune, commune de St Géry,

Marguerite Fumel épouse de « Do ou Dol » baille à ferme pour 9 ans les neuf récoltes prévues au profit d’Antoine Milhau de St Géry les domaines de la Guilloune et du Causse actuellement cultivés par Barthélémy Apchié dit pape en qualité de métayer à l’exception d’une pièce de terre appelée « la longue…? » à la rivière confrontant à l’est le chemin de service, au sud et au nord, Armand, à l’ouest terre de Fumel.

 

Une pièce de terre Le Cayrat à canabals confrontant à l’est le chemin public, Sa/gués et Armand.

Baille aussi les bâtisses, jardin, vignes cultivés actuellement par le bordier ou par d’autres particuliers à demy fruit.

Commence au 5 messidor prochain.

 

1475F annuels, 737,50F payé aujourd’hui le reste en deux termes. A payer en numéraire métallique ou en bled froment en mesure de Cahors, 12F la quarte, 6 paires de chapons 100 oeufs, 1 cochon gras de 3 q. ceci rendu au domaine saison requise par la coutume. Le cochon pourra être changé en orge pour 100F.

1 barrique de vin blanc de bonne qualité 4 charrettes de bois à brûler.

Prévoir une chambre pour la Fumel à l’entrée droite dans le corridor plus le cabinet qui communique. Placer 2 lits et 1 armoire.

Droit de prendre au jardin les légumes et de manger des raisins et des fruits de toutes esoèces…

Le fermier sera tenu de fournir la nourriture des deux chevaux lorsqu’elle viendra sur les biens affermés.

Payer les impôts locaux: valeur 150F pour la première année, remboursés par le fermier.

Tenu de faire les réparations d’entretien.

Prévenir la propriétaire dans la huitaine pour les travaux à sa charge.

Veiller à la conservation des bois se conformant aux loix constantes.

Il ne pourra profiter que de l’émondage. Il ne pourra couper des arbres sur pied que pour refaire les outils aratoires.

Il veillera à la culture et la conservation des vignes, des arbres fruitiers. Planter chaque année 30 peupliers sur le bord du rivage.

Quelque soit l’événement du procès poursuivi au nom de la citoyenne Cornède représentée par le citoyen Armand actuellement pendante au Tribunal de Cassation: il n’y aura aucune distraction du prix du bois.

Le fermier ne pourra jamais défricher les « francs mondes » (?) des fonds affermés qui longent la rivière.

Les prix annuels ne pourront être revus, refixés en fonction de cas fortuits.

Tous les meubles et matériels compris à l’inventaire seront entretenus.

Se charger de tous tes bestiaux et outils aratoires.

En cas de vouloir décharger le bordier faire un accord en présence de Fumel.

A la fin du bail rendre la même quantité de grains que trouvée au début:

12 quartes, 3 quartons de froment, 7 quartes de seigle, 2 quartes de fèves, 6 quartons de millet, 3 quartons de haricots blancs, 1 quarte 2 quartons d’orge, Iquarte 1 quarton de bas orge, 1 quarte d’avoine, 3 boisseaux de pois chiches, 1 quar-ton de blé noir, 3 quartes de graines de chénevis, surplus de la semence de blé froment 5 quartes et 1 quarton… les surplus partagés avec la Fumel.

Payer les droits sur les: 200F droits qui pourront s’élever à 500F.

 

A lire ainsi au premier degré, cet acte un peu désordre est riche de détails. Vues les conditions qui sont « offertes », on peut se demander ce que les fermiers ont gagné à la Révolution. La méticulosité exprimée ici semble confiner à la manie suspicieuse. La présence plus pressante de la propriétaire se fait aussi sentir. Maintenant examinons les détails. Ils seront évoqués dans le désordre du texte.

 

Barthélémy Apchié venait de s’installer à Pasturat dans la maison qui a gardé son surnom de pape. C’était le logis du métayer de la famille Cornède, maison qui se situait alors au centre de la propriété rurale qui s’étendait à l’ouest et au sud entre le village et les communaux del roc gros sur le canabal et la rivière.

 

Remarquer la primauté apparente du vin blanc et dont la qualité semble appréciée. D’ailleurs, les recommandations concernant le soin à apporter aux vignes signalent l’importance de cette culture.

 

Il y a procès. La succession d’un indivis n’est pas chose facile après la disparition de Beaumont et de Cornède en la période troublée de la fin de la Révolution. C’est la saison des accaparements illégaux devant un certain vide juridictionnel. Nous verrons plus loin comment ceci se résoudra. Preuve supplémentaire que le fermier n’est pas l’exploitant direct. Il confie le travail à un couple de bordiers auquel peut s’ajouter des travailleurs occasionnels.

 

Nous possédons aussi un inventaire intéressant des espèces cultivées. Le froment et la vigne sont destinés à la vente, peut-être à l’exportation. En effet Pasturat avait au moins un port (avec St Géry), un second éventuellement près de L’iffernet puisqu’il fut objet de dispute avec les habitants d’Esclauzels. Un maître de bateau (les Delsol) et un charpentier de bateau vivaient sur Pasturat. Nous savons par ailleurs que les transports de pondérables se faisaient par gabarre durant la période des hautes eaux. Les vins descendaient jusqu’à Bordeaux.

 

Le seigle et le blé noir servaient à l’alimentation humaine, le reste des petits grains à l’alimentation animale. Reste le problème du millet. Or en occitan le maïs est le milh et la prononciation est très proche. Cependant, un peu plus tard nous verrons apparaître dans les cultures à Pasturat, le blé de Turquie, qui lui est vraiment le maïs, et qui servira d’abord à l’alimentation animale.

 

Les animaux ne sont pas détaillés: mais il y a les boeufs, quelques moutons et chèvres, peut-être quelques vaches mais pas trop car le problème à Pasturat comme en Quercy est le manque d’herbages et de fourrages, de paille même, souvent remplacés par le buis, le genièvre ou les feuilles de peupliers.

 

Le 24 prairial AN IX (1801) est évoqué le problème de succession sur le moulin de la Guilloune.

 

Le propriétaire actuel est Jean Baptiste ARMAND succédant à Louis BEAUMONT par vente par successeurs avant son décès mais délaissement demandé d’une partie du moulin.

 

Biens consistants en maisons, jardins, terres labourables, vignes, bois, grèzes: deux corps de domaines: métairie basse Borie Redonde, Causse dans les communes de St Géry, Pasturac, Bears.

 

En attendant de prendre possession des biens, être institué réelle dépendance.

Monsieur Armand a été introduit à la maison de la Guilloune, du moulin, des îles, métairie basse. Possession réelle actuelle, puis maison du Causse, granges, terres labourables, vignes, bois, grèze,…

Qui sont les successeurs à de Beaumont? je n’ai pas trouvé trace d’eux.

 

Par ailleurs une pièce datée du 28 prairial AN IV (1796) traite d’un procès avec le citoyen Beaumont après décès d’Antoine Cornède propriétaire habitant St Géry (le Conseiller au Parlement avait aussi abandonné Caors). L’inventaire qui y est établi signale sur la Guilloune, la part du moulin, une petite maison et la part d’iles dont l’une, la supérieure s’appelle la Brasse.

 

Bien des zones d’ombre restent à éclairer, cependant s’ouvre ainsi l’ère nouvelle de la Guilloune sous la férule de maître Jean-Baptiste Armand et de ses descendants qui régneront sur la première partie du XIXème siècle.

 

5 LE XIXème SIECLE , LE DOMAINE BOURGEOIS

 

En France, en général, la Révolution a permis aux paysans d’acquérir des terres nobles ou d’église devenues Biens Nationaux et vendues aux enchères. A une exception près et encore ces terres sont acquises directement du seigneur, ce n’est pas le cas à Pasturat. Les domaines passent directement et quasiment intacts des mains des possédants de l’Ancien Régime à celles des bourgeois enchérisseurs.

 

Pour Pasturat et la Guilloune, le démantèlement au profit des agriculteurs commencera timidement après 1820 et ne s’accélérera qu’après 1850. A ce moment d’ailleurs la démographie de la paroisse qui avait été montante jusqu’à la Révolution va commencer sa lente décrue. Et c’est au moment de cet accaparement des terres par les paysans que s’affirme la dépopulation. Aussi depuis la fin du XVIIIème siècle l’abandon progressif de l’exploitation de vastes espaces dans les causses avait commencé. Cela

fera l’objet d’une étude ultérieure.

 

Dans les premières années du siècle, Jean Baptiste Alain Armand, successeur de de Beaumont, va échanger, vendre des terres avec et aux autres propriétaires de domaines, les Cornède, Cambournac et surtout les Salgues Dabouysse, successeurs et héritiers des Nobles Pages de Gazelles, autre seigneurie de Pasturat. Ceci afin de remodeler son exploitation sans doute.

 

Se mêlent à ces mutations, quelques ventes minimes à des habitants cultivateurs. Le 14 juillet 1807, un échange est établi entre j.B.A. Armand avocat à Cahors et Rosé Magot épouse de Jean Mignot qui s’était, avec son mari, installée sur le causse dans les premières années de ta Révolution. Valeur 100F donc petite mutation.

 

Le 30 septembre 1813, vente de j.B.A Armand à Antoine Balitrand d’une terre labourable de 12,60a à Roucou pour un montant de 600F payé comptant (4762F l’ha).

 

Le 4 juillet 1816, J.B.A. Armand, employé à l’Administration des Biens Réunis, vend à Madame Marianne Dablanc de Labouysse, épouse de Charles Salgues (qui sera maire d’Arcambal) une pièce de terre labourable sur Pasturat et d’une autre entière al Cloups pour 4600F payé comptant.

 

A remarquer le changement de fonction de notre maître Armand. Il est une chose à dire à ce moment proche de la première Révolution industrielle: les nobles vivaient des rentes de leurs fiefs et des fruits qu’ils en tiraient. Les bourgeois travaillent ou ont une fonction souvent salariée et les rentes issues de l’agriculture de leurs domaines sont un complément qui ne fera que fondre devant l’extension de l’industrie et de ses profits et de la rente sur le capital.

 

A nouveau, le 7 août 1817, vente d’une pièce de terre labourable à Antoine Balitrand. Superficie: 6,39a pour 300F payé comptant (4694F l’ha). Les parcelles mesurées selon les anciennes mesures de Caors sont exprimées en mesures métriques d’où leur complexité. Ces modestes biens ne sont acquis que par les plus « nantis » des agriculteurs du pays.

 

Le 23 décembre 1820, J.B.A. Armand propriétaire habitant Cahors vend à Dame Marie Anne Dablanc de Labouysse et Monsieur Charles Salgues son époux, le petit domaine du causse comprenant grange avec padoutn, jeune vigne et pâture joignants et séparés du dit padouin par un chemin,

Une maison avec petit jardin, padouin et enclos, le tout joignant.

La terre labourable: la Solle en entier.

En entier le bois dit des Escaliers. Ensemble la terre labourable et pâture, joignant au bois des acquéreurs.

Pièce de terre al Cassagnou au causse.

Prix: 14 500F, 3 000F déjà payés en numéraires, le reste 2 000 en février, 2 000 en mars, 3 000 le 24 juin et le reste 4 500F. Les deux derniers termes à intérêt 5% dégressif sur capital.

Faculté de purger en établissant des hypothèques sur ces biens. Les sommes seront comptées dans leur maison en raison de leurs infirmités.

Un padouin: un padouenc: un petit pâtis pour faire paître.

Illustration de ce que j’avançais précédemment sur la perte relative de valeur des biens ruraux et dont on se débarrasse.

 

Par contre le moulin de la Guilloune n’est pas un bien dont on se débarrasse quoiqu’il ne soit pas sans exiger beaucoup de l’exploitant et du propriétaire et sans non plus poser bien des problèmes.

 

Le 1 août 1822, des habitants de St Céry ont porté une pétition contre la construction d’un nouveau pertuis par le sieur Armand qui occasionne par la force des eaux des enlèvements de terre; une pièce entière est partie. Ils demandent des travaux pour éviter ce problème, aux frais d’Armand.

 

Refus du sieur Armand au Préfet Marquis de Saint Félix le 14 juillet 1826. Nouvelle pétition demandant des travaux aux frais conjoints de l’Etat et d’Armand. L’administration reproche que des travaux aient été réalisés sans autorisation en 1802.

 

On évoque également deux pétitions apportées au propriétaire en 1815 alors qu’ Armand avait prolongé le bajoyer de 10m et ainsi fait un angle de 15dg avec le mur existant. Il faudrait également enlever les piquets plantés dans le banc des graviers et essarter les arbustes. (99 51). Monsieur Armand gèrerait-il trop légèrement ses affaires? Ce problème n’est pas nouveau puisqu’il semble prendre naissance avec la reconstruction du moulin après 1801.

 

En effet une pétition de J.B.A Armand est adressée à l’Administration pour le rétablissement du passelis vis à vis le pas volant une digue ou massif de 20 toises de long (37,44m) adossé à la terre ferme. Cette digue évitera les crues d’emporter la terre et les bateaux de s’échouer en cas d’étiage. Autorisation accordée par le Citoyen Préfet, de rétablir le passelis à l’extrémité de la digue de son moulin. Se conformer à l’Arrêt du Conseil du 7 juillet 1782. La largeur: 5 doubles mètres, longueur du bajoyer de 10 doubles mètres, 32 cm de chute. Seuil supérieur: 65cm et profondeur au-dessus de la ligne des basses eaux. (99S1).

 

Et le meunier Pierre Milhau?

 

Il prend à bail à ferme, le 1er juillet 1821, le bac de St Géry. Cela n’appartient pas à la Guilloune mais concerne bien les habitants de Pasturat même si ce bac est avant tout destiné aux habitants de St Géry. En voici les termes:

 

Le Maire de St Géry est représenté par Jean Faurie propriétaire aux Masseries et Adjoint au Maire depuis 5 ans au premier janvier prochain.

Bail affermé à Pierre Milhau dit Lapègue cultivateur à St Géry. Le bailleur (le preneur) fournit une barque en bon état, 1 câble et tous les agrais nécessaires pour la commodité et la sûreté du passage dont le service se fera depuis le 1/10 au 1/4 de 6h du matin à 6h du soir du 1/4 au 1/10 de 4h du matin à 9h du soir, sans interruption.

Il doit pouvoir passer 1 homme et 1 cheval dès qu’ils se présentent, il en sera de même de 2 ou un seul homme au prix de 10c.

Le prix du bail payé par trimestre et d’avance. Tarifs: cheval, cavalier et valise: 10c cheval ou mulet chargé: 10e cheval ou mulet non chargé: 5c 1 âne ou anesse non chargés: 2c 1/2 1 boeuf ou une vache: 5c

Mulet, cheval, boeuf, vache pour labour 2d/2 ,

Veau ou porc gras: 5c

mouton, brebis, chèvre, jeune cochon: 2c1/2 Au-delà de 50 moutons etc… diminuer de 1/4. Les conducteurs: 5c les habitants de la commune: 2cl/2 par charrette attelée: 40c. En cas de grosses eaux, reconnues comme telles lorsqu’elles atteindront la grosse pierre qui est au claux de (…?) paye double droit.

Gendarmerie en tournée, militaires munis de feuille de route, les mendiants de la commune: rien.

Bail: 200F annuellement.

Pierre Faurie se porte caution.

 

Le 6 janvier 1824, J.B.A. Armand baille à ferme à Jean Marques dit marchand et François Magot 1ha de terre au Canabal (chènevière) au prix annuel de 3hl et 4 dal (4 quartes) de blé froment bon, sec et net au mois d’août: évalué 50F. 200F payable  », en avril sur 9 ans.

 

Toujours la référence aux anciennes mesures toujours en usage certainement chez les paysans.

Le froment est la céréale de valeur. On « l’exporte » et on la cultive sur les meilleures terres. Il semble aussi que le Canabal destiné à une autre culture de prix, le chanvre, soit moins fidèle à cette plante textile.

 

Le 9 décembre 1824: bail à Jean Baptiste Loulmet 44a à la Sorte Redonde pour 80F annuels. Le loyer est de 7dal 6l de blé. A remarquer la part du loyer en nature.

 

Pour le même agriculteur, J.B.A. baillera le 13 décembre 1829, 1 chènevière dans la plaine pour 60F annuels. C’est alors qu’une autre culture à fort rendement numéraire s’impose à Pasturat: le tabac. C’est en 1810 que le Lot fut inclus dans les douze départements autorisés à la culture du tabac. En effet, le 30 décembre 1826, J.B.A Armand baille à Pierre Fargues 20a de terre arable à la Coustanelle avec possibilité de faire sécher le tabac dans la maison et l’écurie dite la maison haute au prix de 40F annuels sur 9 ans.

 

Plusieurs remarques sont intéressantes à faire. La première: le prix de location à l’ha pour le froment est de 200F, pour le tabac, 40F/ 0,20X 5= 200F.

 

Le problème du séchage: une maison non habitée, celle de la métairie haute, la mode est inventée. Elle dit aussi que les terres se regroupent, que les logis s’abandonnent parce que la population diminue en nombre. Enfin, j’ajouterai que ce texte notarié est le premier que j’ai rencontré qui fait mention du tabac, ce qui ne signifie pas que le tabac ne fut déjà cultivé à Pasturat.

 

Le 1 décembre 1833, J.B.A. Armand baille à Jean Baptiste Loulmet 80a de terre labourable à la Borie Redonde, 24a au chemin Grand, 24a sous lous Brouals et 100a au Pré pour 9 ans et 420F annuels. Utilisation possible des bâtiments du dit Armand pour serrer le tabac.: 2,28ha pour 480F= à peu près 210F I’ha. Faible augmentation ! Ce qui semble augmenter c’est les surfaces proposées à cette culture. Par ailleurs il est bon de savoir que J.B.A Armand est contrôleur des Tabacs de la Régie Royale à Cahors depuis au moins 1824.

 

Revenons aux ventes aux agriculteurs: (3E714)

 

Le 27 avril 1823 J.B.A Armand habitant Cahors vend à Charles Delsol et à Etienne Delsol son fils, maîtres de bateau, 20a sous les Brouals et 20a aux Saoulas pour 2000F, 1800F sont payés comptant, les 200F le seront à la St Jean prochaine (24 juin): prix à l’ha: 5000F. Le monsieur a besoin de liquidités et les maîtres de bateau gagnent bien leur vie, périlleuse certes.

 

Le 19 ami 1823, vente à Antoine Loulmet de 17a 67ca aux Saoulas pour 1000F (5650F I’ha!), 17,67a= 5 boisselats anciens.

Le 19 mai 1823, à François Fargues 20a(2 quartonnats) aux Saoulas (rivage non compris) 1000F (5000F I’ha) 676F comptant.

Le 9 juin 1823 à Jean Baptiste Dots et Jeanne Viguié, son épouse, 20a de terre labourable à la Rivière et 2 pâtures jointes à la Caufou (four à chaux) al cap du Travers Rouge: 1000F payés comptant.

 

Le 24 juin 1823, à Jean Ausset 20a au Brouals et 20a aux Saoulas: 1880F dont 1200F comptant (4500F l’ha).

Le même jour, échange avec Antoine Vinel 24a à la Rivière. Revenu annuel de 50F pour un capital de 1000F pour une terre labourable à la Rivière, revenu 5F pour 100F de capital. Soulte de 900F payée comptant. On sent comme une amélioration financière chez les humbles agriculteurs.

 

Le 18 juillet 1823, vend à Jean Baptiste Loulmet et Louis Loulmet, prêtre Recteur à Valroufié (seul prêtre né à Pasturat à ma connaissance), à Louise sa soeur une petite terre à Roucou 20a, 1000F comptant.

 

A Jean Baptiste Loulmet et Magdeleine Balitrand, 25a 62ca sous Lou Brouals. Bornée. 1500F dont 1040 payés comptant: 5854F l’ha. Les acheteurs savent-ils compter ou la terre du Brouals vaut-elle mieux que celle de la Rivière ?

 

A François Lapergue 242ca de terre labourable à Lou Brouals pour 50F payés comptant.

Le 26 décembre 1823, vend à Etienne Balat 20a de terre labourable à Lou Saoulas 700F dont 568 comptant. (3500F l’ha).

 

Ces documents ne concernent pas directement la Guilloune mais illustrent les prémices d’un futur démembrement des domaines bourgeois au profit des habitants qui doivent certainement beaucoup travailler et beaucoup économiser pour acheter ces petits lopins de terre.

 

Le 9 décembre 1824, J.B.A.Armand baille à ferme pour 9 ans par lots de 44a pour 80F et 15dal de blé froment ses terres à la Rivière à un certain nombre d’ habitants dont je me plais à citer les noms: Raymond Balitrand, Joseph Guiral, Antoine Loulmet Rigalou, Antoine Vinel, François Lapergue, Bernard Marques, François Fargues.

A Jean Sembel, 1ha Sous le Pré de terre labourable à 4m des noyers pour 180F et 35 dal de blé froment. En cas de culture du tabac, il y a possibilité de le faire sécher dans sa maison.

Le 13 décembre 1829, bail à ferme pour 9 ans à J.B. Loulmet d’une chènevière dans la plaine 60F annuels.

Un nouveau bail à ferme est établi le 1 décembre 1833 à J.B. Loulmet: 80a à la Borie, 24a au Chemin Grand, 24a au Brouals, 100a au Pré pour 420F annuels avec possibilité d’utiliser les bâtiments pour serrer le tabac.

Le 19 octobre 1837, J.B.A. Armand est décédé. Sa veuve, Dame Elisabeth Belvezir baille à ferme à Louis Marques Quinquil pour 9 ans 1 carreau de terre labourable à la Rivière pour 20F payable en mars.

Le 1 avril 1837, Dame Belvezir propriétaire, habitant Pasturat, baille à ferme à Etienne Balat 38,25a de terre labourable Sous le Pré plus un îlot sous la digue du moulin en avant de la grande digue pour 100F annuels.

 

Cette longue litanie de textes de ventes et de baux, apparemment fastidieuse à lire nous fait cependant entrer dans la vie du hameau et nous matérialise des ombres, ceux des êtres qui ont fait cette terre. Dans d’autres actes nous aurions trouver les noms de Pierre Fargues, Pierre Brassac, Antoine Périé, Jean Sembel, François Loulmet, Guillaume Marques Mauri sabotier auquel est loué un bois aux Tertres autrement appelé Lou Brouals de Roucou. Toutes ces personnes nous les retrouverons bien vivantes dans une étude ultérieure.

 

On peut aussi s’apercevoir que les toponymes n’ont qu’une durée de vie limitée dans le temps et qu’ils meurent dans la mémoire des habitants pour faire place à de nouveaux vocables.

Le reste du bois loué au sabotier, est baillé à Pierre Marcenac, forgeron venu de St Géry et qui s’est construit une maison devant l’Eglise sur un terrain acheté au sabotier justement. Dans ces baux, seul l’ébranchage revient aux locataires. Le produit de la coupe est pour le propriétaire.

 

Le 31 mai 1840:

 

…entre Pierre Edouard Armand de Cahors, Dame Marie Antoinette Mathilde Armand, veuve Bladinières, Léon Théodore Armand, Etienne Emile Armand employé des Tabacs, soeur et frères avec le pouvoir de vendre le Domaine de la Cuilloune à Etienne De/sol propriétaire cultivateur et Françoise Labro, son épouse, pour une petite pièce de terre; petite chènevière partie basse à la Rivière…

 

Remarquons qu’ Etienne Delsol a abandonné le bateau. Il est propriétaire cultivateur. Il n’y a pas si longtemps, lui et ses voisins étaient des brassiers, des bordiers, métayers et laboureurs, ils sont devenus propriétaires. Or, ils le sont pour si peu ! A peine plus qu’il y a 30 ou 40 ans quand ils ne possédaient qu’un jardin, un lopin de terre, une pièce de bois ou de grèze.

 

Le 18 février 1845, ventes faites par Léon Armand propriétaire à Pasturat pour Monsieur Pierre Edmond Armand, Inspecteur à la Banque Union à Paris, Emile Armand, employé de l’Administration des Tabacs à Dumazan (Lot et Garonne), Dame Mathilde Armand…colonel à Cahors (veuve de), dans le cadre de la succession de J.B.A., à Etienne Balat, Jean Ausset, François Andrieu, Pierre Dajean, Bernard Marques Mauri (Prix à l’ha: 7800F). Ces ventes ont pour but d’éponger les dettes commises par J.B.A.

 

Le 6 octobre 1854 (3E715) est une date importante puisque le moulin et une partie du domaine, enfin ce qui en reste, va changer de mains.En effet à cette date, un échange est conclu avec Raymond Cayla des Masseries et Auricoste de St Géry.

 

Le moulin de la Guilloune avec tous ses agrès et bêtes de somme.

L’Ile dit le jardin attenant au moulin avec îlot.

L’ile Grande: toutes tes îles sous la chaussée.

Un lambeau de rivage limité par le chemin qui va au bac jusqu’à l’abreuvoir sous le mur du jardin.

Portion de maison au nord ouest. Chambre des meuniers et l’alcôve, petit salon, deux chambres attenant avec portion de terrasse cont’rgue, portion de cave sous ta gâterie, chambre grenier, partie de galetas.

Si te propriétaire vendait sa part de maison, Cayta et Auricoste resteraient propriétaires des caves.

Nécessité de créer une porte entre les deux parties. Frais de cloison communs.

Interdiction de construire tout ce qui pourrait nuire au moulin.

Pour Léon Armand droit de mouture gratuite et droit de passage par te moulin.

Les biens viennent de la succession de J.B.A. Armand du 9 mai 1846 passant par les héritiers de Louis de Beaumont et Mademoiselle Cornède au 13 prairial AN IX (1801)

Cayla donne à Armand, les terres labourables, vignes, prés, pâtures, rivages au Roc Blanc et une terre labourable au Cartayroux (St Géry).

Le moulin a été construit avant l’Ordonnace Royale de 1555 (Charles IX).

Le revenu est estimé à 2500F. La soulte est de 31 000F.

3000F sont payés comptant et la suite le sera en 10 annuités. Les hypothèques se font sur 15 000F.

 

Toujours l’importance des bêtes de somme pour un moulin puisque le meunier est chargé du transport des grains à l’aller et de la farine au retour chez le client. A remarquer également le changement de vocabulaire; le revenu a remplacé la rente.

 

Un détail tout à fait anecdotique: notre Léon Armand est poète. Il est cité dans l’Anthologie des poètes quercinois.

 

Le 12 décembre 1859, Raymond Cayla, fermier du bac de St Géry pour 6 ans rétrocède à Jean Rigouste et Jean Lagarrigue pour 300F annuels la ferme. Sont à leurs frais les agrès, cordes, le bateau et le passe-cheval. Le passage sera gratuit pour la famille, les domestiques et les meuniers de M. Cayla.

 

Ce texte et le précédent en disent assez long sur l’aisance et tes biens de M. Cayla qui est aussi fermier du bac de Conduché. Le nouveau propriétaire va louer à bail à différents travailleurs de Pasturat. je cite quelques uns de ces baux car ils nous informent sur les plantes cultivées, les procédés utilisés, l’occupation des sols…

 

Le 28 juillet 1867, Raymond Cayla baille à ferme à Pierre Marques 63,80a de terre la bourable entière la Borie Redonde pour 187,50F annuels à la remise des tabacs, à Pierre Poussou (notre premier cantonnier sur le village) 63,80a, pièce attenante à la précédente pour le même prix. Cela pour 9 ans.

 

Pierre Marques aura droit à la récolte de noix (plantation d’arbres sur les terres labourables: technique à nouveau recommandée en 2002).

M. Cayla se réserve le droit de planter 2000 pieds de tabacs tous les ans et cultivés par Pierre Marques mais qui resteront sa propriété. A diviser en 2 soles. A défoncer du sud au nord sous peine de payer des dommages et intérêts.

 

On peut juger de la précision et de la rigueur apportées aux procédés techniques à utiliser pour respecter les sols et le rendement conjugués. Une telle « sagesse » nous confond à l’heure actuelle ou le respect n’est guère plus de mise aux champs. A remarquer aussi, une tradition dans un pays où le sol est rare. On possède un autre métier, voire plusieurs, celui d’agriculteur ne suffisant pas toujours.

 

On retrouvera les mêmes spécificités dans le bail suivant:

 

Le 14 octobre 1869, Raymond Cayla baille à Joseph Mignot cultivateur au Causse 19,14a de terre labourable et vigne à la Borie Redonde.

La pièce partira du chemin du moulin jusqu’au chemin du milieu de l’immeuble dit le Canabal confrontant le chemin du moulin à Pasturat: 60F annuels pour 8 ans.

A laisser en sortie en « ratauble,  » de blé ou de luzerne (sainfoin).

Défoncer la terre en remontant du côté du chemin du moulin sur 20 mètres de longueur.

 

Nous pouvons remarquer deux choses. Les baux étaient établis jusqu’au début du siècle à partir du mois de décembre pour la plupart d’entre eux. Cela ne semble plus le cas. Par ailleurs le terme de « défoncer » pour labourer, car il s’agit vraiment de défoncer le sol en surface et d’en briser les mottes à la pioche ou au bident, d’épierrer ensuite si nécessaire. Le défonçage se faisait normalement en croisé, d’où la forme proche du carré des parcelles. Cependant ici, le sens unique semble s’imposer. Serait-ce la conséquence de l’utilisation d’une charrue, machine qui effectivement commence à être rencontrée dans les inventaires après décès de l’époque à Pasturat.

 

Nous terminerons ces baux par cette vente datée du 4 mars

1891 de M. Cayla Raymond, minotier à St Céry et de M. Cazes à Jean Baptiste Ausset et Magdeleine Auricoste de Pasturat, de 49,11a de terre labourable à la Cuil-loune ou Borie Redonde N 12 section B bornées, plantées à 75cm d’une rangée de vignes et du côté opposé à la parcelle vendue aux Mignot. Haut confrontant au chemin du moulin au chemin public. En bas servitude pour le passage des boeufs et charrettes. Obligation d’entretenir les chemins. Pour la somme de 3900F (environ 7800F l’ha).

 

Pour terminer le XIXème siècle, et nous n’aborderons le XXème que pour tout ce qui concerne le moulin sur le plan technique, je signalerai, pour le 14 août 1906, le passage d’un cyclone qui a détruit toutes les récoltes, déraciné les arbres, mis à terre les vignes, endommagé toutes les maisons, granges et édifices publics. La perte évaluée chez M. Cayla s’élève à 4000F. Ce cataclysme météorologique, qu’on dirait maintenant centenaire s’est reproduit sous une forme un peu moins violente le 7 juillet 1981.

 

6 LE MOULIN ET SES PROBLEMES

 

Je n’ai rencontré jusqu’ici que peu d’informations concernant la construction, les réparations, le fonctionnement technique, l’exploitation du moulin. Pour compléter ces connaissances, on peut interroger le récent ouvrage de Françoise Auricoste: Les Meuniers en Quercy aux XVIIème et XVIIIème siècles », édition du Roc de Bourzac.

 

Le 9 nivôse AN II (1794): un état des moulins de la commune de Galessie cite un seul moulin en ruine à Galessie. Comme les terres, les moulins ont été négligés ou abandonnés. Par ailleurs un état du prix du moulage nous informe que, le grain étant voiture par le meunier: il en coûte

10 sous par quarte de Cahors,

12 sous par quarte de Galessie, ; ‘

15 sous par quarte des Mazuts,

1 Livre par quarte de Pasturat (20 sous).

 

Cet état prouve certainement que plus aucun moulin ne fonctionne sur la commune et en particulier, celui de Pasturat. Par ailleurs, le moulin est vendu et baillé à ferme en 1799. Des travaux ont du être effectués alors. Puis en 1801, il est considéré comme ruiné. Mais nous savons aussi que des travaux importants ont été réalisés à partir de cette date.

 

En 1806, un état de la navigation sur le Lot évoque le moulin de l’Iffernet. Il ne concerne pas notre étude mais il est voisin et nous intéresse. On y apprend que la fontaine (source ou résurgence) qui l’alimente est d’un débit considérable:

 

Cette fontaine sort d’un rocher escarpé sur la rive gauche du Lot. Les eaux sont contenues dans un très beau réservoir et font aller au moulin à 2 meules appartenant à Monsieur de la Romiguière. Sa chute forme une cascade se jetant dans le Lot. Elle est située dans la commune de St Géry à 7200m de l’embouchure du Celé.

 

Pour 1837, nous avons un état des chemins. Citons ceux qui conduisent au moulin:

N 20 du Moulin à Pasturat: Port du moulin à la Croix d’Apchié (maison du pape) et au bout de la rivière de Pasturat. Au bas de la côte, chemin N 12 (du port de St Céry au Causse et à la Croix de Parrayne):

Longueur 550 m, largeur 2 à 3 m. Juste pour le passage d’étroites charrettes comme celles qui existent encore dans quelques granges.

 

En 1839 ce chemin mesure: longueur 600 m, largeur: 4m.

En 1881  »  » longueur 500 m, largeur 3 m!

Le N 62: chemin de Pasturat au Château de la Cuilloune tendant au moulin, passant au bout des Canavals, traversant la propriété de Monsieur Armand et longeant le haut du bois de ce dernier: 300 m et 3 m.

Le N 65: chemin du moulin au bac (ou port de St Céry): 1100 m et 3 m. Les Archives Départementales conservent un plan relevé en 1814 du moulin et de son environnement.

 

Arrivent les travaux de construction des écluses, ce qui apporte quelques perturbations. Des problèmes apparaissent avec l’administration qui reproche aux co-propriétaires du moulin d’avoir rempli leurs obligations d’entretien jusqu’au 14 août 1860 et que depuis, ceux-ci considèrent que les détériorations ont été produits par les travaux engagés par l’administration. Il faut ajouter qu’un accord s’était fait entre l’administration et les propriétaires lors de la reconstruction de la chaussée. Ces derniers assuraient l’entretien de la chaussée à leurs frais mais ne payaient aucun droit à l’Etat.

 

Le 17 février 1862 les 3 co-propriétaires sont mis en demeure de fermer immédiatement à l’aide d’enrochements formés de gros blocs de: 0,30m (?) et au-dessus, où des petites brèches se sont produites sur 20 m dans la partie du barrage de St Géry, voisine de l’île.

 

Le 24 juin 1862, les sieurs Raymond Cayla, Victor Conduché et Jean-Louis Dablanc, co-propriétaires du Moulin réclament des indemnités pour le préjudice subit après travaux sur la digue ayant modifié le débit des eaux (existence légale avant 1566).

 

Mais les travaux leur rapportent: moins de perte en étiage d’une valeur de 100F annuels au capital de 2000F pour la substitution du canal au pertuis, alors qu’avant ces travaux, la digue (à entretien à leurs frais) présentait des besoins de gros travaux estimés 3000F, somme qu’ils doivent à l’Etat.

L’ administration doit 1000F, elle accorde 5000F+1000F.

 

Enfin, pour 1904, nous possédons une description technique. Nom de l’usine: Barrage de St Géry

Moulin de la Cuilloune.

Nom de l’industriel: Ms Cayla Raymond, Conduché Ludovic Industrie principale: mouture des céréales.

Existence légale reconnue par un Arrêté du Conseil de Préfecture du 21 janvier 1862. Volume concédé: tout soit 12 m3 au débit d’étiage Puissance motrice: 293 CV

Puissance utilisée: 29 CV. Ne paie pas de redevance.

D’après une convention du 21 avril 1868, approuvée par décision ministérielle le 15 mai 1869, l’entretien du barrage entièrement à la charge de l’Etat.

En contre-partie, les propriétaires renoncent à toute indemnité pour chômage pendant la durée des travaux pour suppression de l’îlot de Pasturat et pour dommages à l’île du même nom.

Le moulin est condamné et dans les années 1930, il abandonne la mouture pour la fabrication de l’électricité pour les habitants de Pasturat.

 

Un plan d’électrification est accepté le 15 mars 1931.

Vente au compteur le Kw/h: 1,20F, au forfait: lampe de 25 bougies: 30F annuels. Courant continu.

Usine à la Guilloune.

Dynamo actionnée par un rouet de 7 CV.

Distribution par deux conducteurs en cuivre de 30/10 mm de diamètre, consoles, potelets en fer ou poteaux en bois. Conducteurs toujours à distance réglementaire des immeubles. Isolateurs en verre à double cloche.

Poteaux en chêne goudronnés à la base, jumelés en angle, distancés de 9 m minimum à 40 m maximum.

Suivre les rues et chemins vicinaux.

 

 

 

7 LES TRAVAILLEURS

 

Nous connaissons les propriétaires, nobles et bourgeois, quelques uns des fermiers, il nous reste à connaître les travailleurs, les meuniers et leurs domestiques. Il faut bien dire que ces derniers ont laissé peu de traces dans les archives. Ils sont comme des ombres qui apparaissent fugitivement dans un acte notarié et disparaissent à jamais.

 

Mêmes les actes d’Etat Civil sont d’une grande discrétion. Si certains meuniers sont « lisibles », c’est parce qu’ils se sont inscrits dans la durée, une lignée. Ainsi des baux à ferme, des actes de mariages, naissances et de décès nous parient d’eux. Mais les domestiques, présents sur le moulin, certainement pour trop peu de temps, embauchés sans contrat, n’ont laissé que très peu de traces. Et pourtant n’étaient-ils pas alors les vrais ferments de vie du village? N’était-ce point eux qui passaient en chantant ou criant sur leur mule chargée de sacs? N’était-ce pas à eux que chaque habitant avait à faire pour la mouture du grain dans le but de faire cuire le pain quotidien?

 

Pas de contrat donc de travail, pas de trace d’accidents et il dut bien y en avoir. Les informations qui suivent sont évidemment très lacunaires et imprécises sur les causes d’une apparition ou d’une disparition.

 

Le bâtiment lui-même, trop souvent exposé à la fureur d’une rivière sauvage et non maîtrisée, a été maintes fois endommagé ou détruit, puis reconstruit. Nous le supposons mais nous n’en avons pour l’instant aucune preuve.

 

Enfin n’oublions pas que le moulin pouvait se trouver en chômage pour une période plus ou moins longue en raison des crues, de l’étiage ou des grosses réparations, j’allais dire rituelles. Voici donc quelques dates et quelques noms.

 

Le 15 février 1692, baptême de Marguerite Lagarde, fille de Guillaume meunier, et de Gabriel le Espéret au moulin de la Guilloune.

Le 24 juillet 1692, sépulture de Catherine Vignal du moulin de Pasturac: est-ce une domestique de passage?

Le 9 octobre 1734 est pris un bail par Pierre Milhau meunier à la Guilloune et son épouse Marie Lagarde.

Le 22 avril 1741, baptême de Marie Milhau fille de Pierre , meunier et de Marie Lagarde. Le parrain est Antoine Lagarde meunier et la marraine, Marie Milhau. On reste entre meuniers et la longévité de la présence des Milhau à la Guilloune explique cette « abondante » information.

 

Le 2 octobre 1742, baptême de Toinette Labro, fille d’Antoine, de Jeanne Combes habitant le Repaire de la Guilloune. Le parrain est Antoine Carrié tisserand et la marraine Toinette (…?). Voici peu de temps après un nouveau meunier. Est-ce un domestique? Est-il associé à Milhau? A remarquer par ailleurs le vieux terme de repaire haut médiéval. Il désignait alors un fief attribué ou auto-attribué à quelque chevalier de récente extraction de la tourbe paysanne. Une tour et un manoir seigneuriaux en constituaient le principal immobilier. Souvent placé sur une voie de passage, ici le Lot, il se nourrissait des péages imposés aux voyageurs et manants.

 

En janvier 1744, mariage d’Antoine Milhau, fils de Pierre meunier et de Marie Lagarde avec Marguerite Balitrand fille d’Antoine laboureur et Marie Magot. Témoins: Marie Milhau, Raymond Cayla, brassier des Masseries. Ce dernier, un Cayla, est encore un bien modeste travailleur.

 

Les Milhau est l’exemple même d’une dynastie de meuniers, chose courante en Quercy et ailleurs. La place devait être disputée. Pour y accéder, il fallait déjà être un peu fortuné. Mais le travail ne manquait pas. S’ajoutait à cela une relative honnêteté qui ,ajoutait aux revenus légaux. Aussi les meuniers avaient triste réputation. Il fallait veiller aux poids au départ et à l’arrivée. Le meunier avait droit au 1/24ème du poids de la mouture.

Le 23 avril 1744, une donation s’effectue au lieu de la Guilloune:

 

Lieu de la Guilloune, paroisse de Pasturac en Quercy avant midy,Antoine Brassac dit Laroche travailleur du lieu de St Céry, lequel de gré sans être séduit ny suborné et pour les bons et agréables services qu’il a reçu et espère recevoir à l’avenir d’Antoine Labro travailleur aussi habitant du même lieu, donation pure et simple entre vifs et a jamais irrévocable au dit Labro icy présent et acceptant de tout et chacun des biens à luy présentement appartenant.

Biens situés sur la paroisse de St Géry, valeur 100 Livres.

1 lit garni de coultre, coussin, 1 chalet avec 7 coussin, 3 linceuls, 2 caisses usées, 6…de barriques de bois de châtaigner, 2 barriques grosses,… 2 plats plats, 7 assiette, 2 écue/les et 6 cuillères d’étain, 1 paire de landiers, un pendant à feu, 7 marmitte, 7 poêle à feu, 1 poêle à frire, 7 bassinoire, 7 table de bois noyer faite en plaint, 7 autre grande table qu’il a prêtée à Pierre Milhau que le dit Labro pourra retirer quand bon lui semblera, 7 seau avec la coffe, 1 fonco, 2 chaudrons, 1 casserole de cuivre, 2 comportes, 2 foussons, 3 bêches de valeur 80L.

Brassac se réserve 3L.

Labro devra le nourrir, l’entretenir en travaillant en son pouvoir présent. ( B284 ).

 

Ainsi assurait-on ses vieux jours lorsque son travail quotidien ne vous avait pas enrichi de biens « rentables ».

Nous avons ici trois personnages, le fermier Pierre Milhau, le meunier, Antoine Labro, le travailleur, Antoine Brassac.

Ce maigre inventaire dessine toute la misère d’une vie consacrée au travail pour le profit du meunier et de son propriétaire.

 

Plus tard un reçu du 15 avril 1754 nous précise:

 

Antoine Labro, fermier de la Guilloune, domaine et autres droits seigneuriaux habitant la Guilloune a reçu avant la passation d’Antoine Milhau, meunier à St Géry 30L pour le droit de lodz que Labro pourrait prétendre sur les acquisitions faites par Milhau. ( 3E 721 ).

 

Ainsi Antoine Milhau a succédé à Antoine Labro, SOL de droit de lodz représentent les droits seigneuriaux sur les mutations des biens immobiliers.

Un contrat de bail du 24 août 1764 nous ramène à la famille Milhau, famille qui sera alliée à cette époque à la famille de Raymond Cayla.

 

Contrat de bail entre le Seigneur de Beaumont et sa Dame propriétaire Jean Guillaume Cornède avocat à Caors, Pierre Mourgues mandant et fermier et Pierre Milhau, meunier concernant le moulin de la Cuilloune:

doit entretenir le moulin en bon père de famille.

Aller chercher le blé de ses chai ans avec le bétail qu’il achètera.

Se charger du ferrement, meules et autres outils.

Se chargera des réparations: pales, arbres. Mais le propriétaire fournira le bois nécessaire à leurs dépens.

Quand le dit moulin sera mis au sec pour faire le cambrage, le tout sera fait aux dépens des dits propriétaires et aussi sera tenu le dit Milhau d’aider à la manoeuvre.

Si le moulin inondé par le Lot plus de quinze jours, les propriétaires seront tenus de lui diminuer les jours qu’il demeurera à moudre.

La ferme du dit moulin est à la quantité de 110 quartes de blé chaume des 9 années, à savoir 90 quartes de mixture et 20 quartes de froment, blé de mouture bon et marchand payable en 12 paiements égaux pendant 4 années 8 mois. (3E1588).

 

Nous avons déjà rencontré ce texte mais il est intéressant de le réintroduire ici. Il semblerait que le prix est au forfait fixé sur un nombre de jours de mouture établi arbitrairement (et la rente).

 

J’ajouterai pour tout ce qui concerne le travail technique exigé pour le fonctionnement du moulin tel qu’il apparait dans ce texte, qu’il est utile de consulter l’ouvrage de Françoise Auricoste sur les moulins et meuniers en Quercy aux XVII et XVIIIèmes siècles.

 

Je cite le contrat de mariage suivant bien qu’il ne concerne pas la Guilloune car il fait entrer en scène des familles qui auront un rôle à jouer au moulin de Pasturat dans les décennies voire le siècle à venir.

 

Le 7 avril 1769, Raymond Cayla fils d’autre laboureur et feue Marie Milhau habitant les Masseries,

Jeanne Balitrand, fille de Pierre et de Marie Armand habitant la Roumégouse, paroisse de Pasturac

assistés de Raymond Cayla son père, autre Raymond et Magdeleine Milhau ses oncle et tante et la dite Balitrand de Pierre, ses père et mère et plus autres parents et amys communs, mariage contracté le 29 décembre 1768.

Raymond Cayla père au futur époux fait donation d’une pièce de terre rivière basse des Masseries. Que le futur jouisse de suite des biens de feue Marie Milhau avec promesse de ne rien demander de plus.

De Raymond Cayla, oncle et parrain, donation de la moitié de tous 565 biens avec la moitié des charges au lieu des Masseries, s’en servant en maître usufruitaire et supportant les charges du dit mariage.

Son unique héritier général peut disposer immédiatement de tous ses biens:

Valeur: 4000 livres, meubles: 1200 Livres.

Raymond Cayla garde la jouissance des rentes et intérêts non plus les biens acquis par Monsieur Milhau.

 

La famille Cayla fait partie de ce qu’on appelle de riches laboureurs. Rappelons nous de ce travailleur qui offrait son pauvre bien d’une valeur de 100L au meunier chez qui il travaillait.

 

En 1807, un reçu de Pierre Milhau nous informe qu’il est meunier à St Géry, c’est à dire soit à la Guilloune, soit à l’Iffernet.

En 1819, .naissance de Jean Baptiste Valat fils d’Etienne 31 ans et Marie Feau 32 ans, meunier du sieur Armand. Ce dernier serait-il parrain de l’enfant? Cela se faisait de la part des riches patrons en direction de leurs domestiques.

 

En 1821, Pierre Milhau prend à bail à ferme le bac de St Géry. Cette prise en charge du bac par le meunier était assez courant. On pourrait ajouter la ferme de la pêche sous l’Ancien Régime mais nous verrons ceci dans l’étude sur Pasturat.

 

Nous sautons à 1862, le 18 juillet, au testament de Louis Cayla cultivateur à la Guilloune où celui-ci lègue tous ses biens à Louis son petit neveu, fils de Raymond.

 

Je peux citer encore quelques fantômes: Marie Fourgous 23 jours, fille de Jean Louis et Thérèse Mathurin, ouvrier au moulin, décédée le 1er juillet 1789. Sans ce drame, nous ne connaitrions pas les noms de ces modestes travailleurs qui n’ont fait que passer. Ils représentent, avec Ortance Mazembert, fille de Firmin et Rosé Louvet, décédée le 8 avril 1890, tous ces humbles travailleurs qui ne laissent aucune trace, qui ont modelé cette terre et ce paysage et qu’on a vite oubliés.

 

Je terminerais par un accident dont a été témoin le moulin sans y être responsable de quoi que ce soit.

Le 16 septembre 1829, une gabarre franchissant le pertuis du moulin, le Lot étant en crue, s’engloutit. Louis Troncet et Jean Crésit s’accrochent à un pieu. Conduché et Pécoul les ramènent à terre. Alary de Vers a disparu. Son corps sera retrouvé le 8 octobre à la Tuilerie du côté de St Géry.

 

Les transports par gabarre s’effectuaient lors des hautes eaux La rivière non canalisée, encombrée d’ilôts et de bancs de sable, élargissait son lit et sa profondeur irrégulière et souvent insuffisante ne rendait pas la navigation possible au-delà de quatre ou cinq mois, en général en hiver. Dans le cas présent nous avons à faire à une crue exceptionnelle en fin d’été. A remarquer les patronymes des « matelots » qui ne sont pas d’ici comme le sont les sauveteurs.

 

Quelques documents provenant des archives privées de Monsieur Cayla, descendant de l’un des anciens propriétaires du moulin apportent quelques informations supplémentaires. Nous sommes en 1858 pour commencer. Deux éléments se combinent alors pour provoquer quelques problèmes: la construction de l’écluse de St Géry qui vient de se terminer et qui se répercute sur la chaussée par une modification des flux et un précédent accord entre l’Administration et les propriétaires laissant à la charge de ceux-ci l’entretien de la chaussée contre une non-imposition sur le moulin.

 

Un rapport daté du 22 juin 1860 explique que le pertuis vient d’être remplacé par une écluse à sas construite au bout d’une dérivation établie à l’aide d’une digue parallèle à la rive et venant s’accoler à l’ancienne chaussée. L’ensemble exhausse le niveau de l’eau. Les ingénieurs en concluent qu’en conséquence, la force motrice du moulin en est accrue et que par ailleurs, lors des étiages, le moulin ne subit plus de chômage.

 

Les propriétaires, Cayla, Dablanc et Conduché ne sont pas d’accord avec ces conclusions et se plaignent de graves préjudices pour lesquels ils réclament des indemnités. Deux experts sont nommés et rédigent un long rapport dont je ne donnerai que le résumé.

 

On y apprend d’abord que la dérivation et l’écluse ont été construites dans les années 1857-1859. On y reconnaît le bien fondé des réclamations. La chaussée et le niveau du barrage avant construction de la dérivation étaient suffisants à la bonne marche du moulin. La chaussée alors, protégée par des bancs de sable et îlots n’exigeait aucun entretien. La suppression de ces bancs permet maintenant aux eaux d’affouiller et d’endommager la chaussée. Les travaux ont accru de 30 à 100% les forces d’affouillement. Aussi trois brèches se sont ouvertes et l’administration devraient les refermer à ses frais. Cependant l’administration à plusieurs reprises met en demeure les usiniers de fermer les brèches à leur charge.

 

Un Arrêté du Conseil de Préfecture du 24 juin 1862 statue sur l’affaire dans le sens de l’administration. On peut imaginer que les propriétaires ont rédigé une pétition au niveau hiérarchique plus élevé puisque cet Arrêté est annulé par décision ministérielle et impériale.

 

Nous sautons quelques années et en 1868 un rapport de l’Ingénieur ordinaire décrit ainsi le barrage:

 

Le barrage de St Géry accolé à la digue de la dérivation de ce nom est un des plus vieux barrages en enrochements du Lot. Formé de petits matériaux, il est sujet à des avaries fréquentes qui ne peuvent éviter un grand développement et la faiblesse de sa chute, aussi est-il sans cesse renouvelé et, contrairement à ce qui a lieu pour les anciens barrages, il n’a pas été partiellement étanché par les dépôts qui s’accumulent d’ ordinaire entre les enrochements et présente, en outre, une direction offensive pour la digue de la dérivation.

 

Enfin le dernier ouvrage est fondé sur un enrochement et ne maintient pas la retenue sur la moitié de sa longueur qui n’a pas été étanchée. Il résulte de cet état de chose que le bief de St Géry est très maigre pendant l’été et que la navigation est exposée à voir disparaître d’un moment à l’autre le barrage qui est fort mal entretenu par les propriétaires de l’usine qu’il alimente et n’offre plus qu’une très faible résistance aux actions des crues et des glaces flottantes… Il y a bien longtemps qu’on a vu des glaces flottantes !

 

Le projet est un nouveau barrage construit en aval avec l’adjonction de deux pertuis permettant le réglage des flux. Sa chute à l’étiage sera de 2,19m et son développement de 135m non compris une branche de 60m faisant partie du barrage actuel et faisant office de déversoir près de l’usine et qui est en très mauvais état. L’exhaussement des eaux en étiage sera de 0,50m. Les berges sont assez hautes pour ne pas en souffrir. Le rapport ajoute qu’il était naturel d’exiger une subvention de la part des usiniers si l’administration se chargeait des travaux d’entretien. Mais le moulin est de faible importance, sa clientèle minime, conséquences de la présence proche d’autres moulins. En fait l’administration pourrait renoncer à exiger toute indemnité fixée sur la plus value occasionnée par ces travaux puisque cette dernière ne peut être que minime et que la force motrice ainsi acquise dépasse les besoins du moulin.

 

Le nouveau projet, bien que coûteux, évalué à 85000F et dépassant de 5000F la première estimation semble devoir l’emporter. En effet restaurer l’ancien barrage reviendrait à 140000F. Le nouveau, de type vertical et entièrement maçonné serait plus solide.

 

Les propriétaires, Raymond Cayla, père et fils et Victor Conduché s’engagent à ne pas réclamer d’indemnité pour le chômage et la disparition partielle ou totale d’île et d’îlot, suites des travaux de construction du nouveau barrage. Cela représentera leur participation financière aux frais engagés pour un ouvrage qui doit améliorer l’exploitation du moulin. L’administration se chargera, elle, de l’entretien futur du barrage.

 

En 1873, le service de la Navigation du Lot recharge la branche du barrage attenante au moulin.

En 1878, Raymond Cayla demande l’autorisation de faire usage d’un bateau particulier dans le cadre de l’exploitation du moulin, lui permettant ainsi de passer le personnel, les chevaux et charrettes, les céréales d’une rive à l’autre. Autorisation accordée avec défense de passer toute personne étrangère au service.

 

En 1893, Monsieur Raymond Cayla, Maire de St Géry et propriétaire du moulin de la Guilloune, demande à l’administration d’entretenir le barrage où l’eau s’infiltre puisqu’elle s’y était engagée en 1868. Cette demande est réitérée en 1904, en 1919, ajoutant que la construction d’un batardeau résoudrait ce problème d’infiltration. Apparemment, l’administration fait la sourde oreille, en accusant d’ailleurs l’usinier d’être responsable des dommages pour lesquels il réclame des travaux: il aurait fait une coupe d’arbres qui protégeaient le barrage des dits affouillements.

 

En 1928, donc après la crue centenaire de 1927, Raymond Cayla expose que la chaussée de St Céry a été endommagée gravement et qu’une brèche profonde s’est creusée et continue de se creuser. Il insiste à nouveau pour que l’administration réponde à ses devoirs de réparation. Mais un décret du 28 décembre 1926 a rayé le Lot des voies navigables…

 

En 1945, on annonce la fin du rationnement en pain pour octobre ou novembre. La meunerie du Lot désire s’organiser pour pouvoir affronter l’augmentation de la demande dans un cadre de liberté d’exploitation retrouvée. Ainsi créérerait-on l’organisation l’Union Meunière du Lot.

 

En 1949, un procès verbal de recolement constate la qualité des travaux effectués au barrage. A remarquer qu’on engageait des travaux, coûteux de toute façon, pour un moulin de faible importance mais certainement encore utile en cette période de pénurie de l’après guerre.

 

En 1954, Monsieur Cayla ayant commandé la fermeture de l’écluse, un certain nombre d’habitants de St Géry veut s’y opposer et rédige une pétition. Pour éviter des inconvénients graves pour l’usine, l’administration confirme la fermeture de l’écluse.

 

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