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Léon Lafage

Léon Lafage  écrivain, poète occitaniste a brossé dans son oeuvre une fresque de ce Quercy, partie intime de son être. En dépeignant les villes, les routes, les habitants au phrasé si particulier, les coutumes, les récoltes, la vigne…, il s’est montré à la fois géographe, historien, sociologue. Son oeuvre permet aux lecteurs d’aujourd’hui de renouer avec un passé définitivement disparu.

Buste à Saint-Vincent-Rive-d’Olt

Il naît à Saint-Vincent-Rive-d’Olt, en 1874, au sein d’une famille bourgeoise, fervente occitaniste, cultivée (le grand-père quelque peu helléniste initie ses trois petits-fils à l’oeuvre d’Homère).

Après un passage à l’école du village, Léon Lafage suit les cours au Lycée de Cahors, avec entre autres comme camarades : Pierre Calel (Jules Lafforgue), Gustave Fréjaville…

La quiétude familiale se trouve bouleversée par la ruine du père, obligé d’éteindre les dettes d’un boutiquier indélicat en faveur duquel il a commis l’imprudence de se porter garant, règlement d’autant” plus douloureux que ses vignes sont alors ravagées par le phylloxéra. Reconverti dans le métier de percepteur, le chef de famille prend l’habitude d’effectuer ses déplacements en compagnie de son jeune fils. Quelles merveilleuses occasions pour l’enfant de s’imprégner des usages, des dictons, des locutions des villages !

Le baccalauréat en poche, Léon Lafage écrit déjà dans les journaux locaux. Il est alors Cadurcien, logeant sur les quais, dans un quartier où une foule de métiers artisanaux sont représentés et où règne la langue occitane.

Etudiant parisien, Lafage fréquente moins la Faculté de Droit que la “Taverne du Panthéon” ou le “Café Vachette” (les deux hauts lieux littéraires d’alors). Engagé par le “Réveil du Lot”, il ne fréquente plus guère que les théâtres. Encouragé par Gustave Larroumet, c’est l’époque aussi de ses premières compositions.

Dilettante, le jeune auteur se tourne temporairement vers d’autres activités, en particulier l’exploitation à Piolenc, en Vaucluse, d’une colline comportant des coulées de sable à verre, “La Montagne “, que possède sa mère. Les affaires sont mauvaises, il doit renoncer, regagner Paris et trouver un emploi.

C’est chose faite au Ministère de la Justice. Mais son travail le passionne peu, ses horaires s’avèrent plus que fantaisistes, et pourtant quelle source d’inspiration toutes ces plaintes enregistrées ! La plupart s’appuient en effet, avec ténacité, sur la tradition orale, séculaire, qui régit la vie rurale.

La “Revue Hebdomadaire” a édité son premier texte : un conte qui puise son inspiration dans les coutumes ancestrales de la campagne quercynoise ainsi cette invocation au cours d’un pèlerinage :

Pregalz per nautres Sant Perdos,
Que nautres espingarem per vos.

Priez pour notre Saint Perdoux,
Nous danserons pour vous.

D’autres contes et nouvelles trouveront leur place au supplément illustré du “Petit Parisien”, et au “Journal” dirigé par Catulle Mendes. Bernard Grasset, alors tout jeune éditeur, publie en 1907, son premier livre : “La chèvre de Pescadoire “. Les deux premiers récits se déroulent dans le Comtat Venaissin, les autres contes, dans le Quercy. Pescadoire, un grand-oncle de Lafage, a donné son nom au recueil. Cet ancien lieutenant aux zouaves pontificaux qui, après “treize duels” et une vie des plus singulières, promenait sa chèvre de par les chemins, “en veste d’alpaga, pantalon clair, gants beurre frais, coiffé d’un panama retroussé à la mousquetaire, un jonc à la main” , était connu de tout Piolenc. “La vie a passé dans ces pages…” commentera la “Revue de Paris”. Daudet, charmé par l’accent de cette première oeuvre, s’empresse d’en faire connaître l’auteur (1).

Le succès de “La chèvre de Pescadoire” pousse Grasset à demander à Lafage de franchir une étape, en écrivant un roman. “Par aventure” se présente en fait plutôt comme une longue nouvelle ayant pour toile de fond Paris et le Vaucluse. Puis paraît un recueil plus achevé : “Bel Ecu de Jean Clochepin”, un “livre tout de Querci “. Le premier conte, titre du recueil, narre l’histoire de Jean Clochepin, pauvre gueux, mendiant roulant sa bosse çà et là, bagarreur, rimailleur aussi à l’occasion, ce qui lui permet de plaire aux femmes et d’être maudit par les hommes. Une rixe justement l’entraîne derrière les barreaux. Qu’importe ! l’homme est débrouillard, que meure son geôlier, le voilà qui reprend sa place sans problème, dans la prison, mais aussi dans le lit conjugal !

En août 1914, la guerre retient Léon Lafage à son poste au Ministère, successivement à Cahors puis à Mont-de-Marsan. En 1916, il occupe à Londres le poste de Secrétaire général du Haut-Commissariat de France en Grande-Bretagne. Il détestera Londres, où il restera jusqu’à la fin de la guerre.

Lafage publie en 1921 son second roman : “Les abeilles mortes” histoire des pérégrinations orientales d’un gentilhomme quercynois ; puis son troisième roman “Bottier-Lampaigne” (1926), titre éponyme d’un député dont l’avènement, l’apogée et la chute sont relatés. Avec “La felouque bleue”, (1927), l’écrivain renoue avec un langage un peu suranné, aux mots rares, oubliés, chers à son coeur, restituant merveilleusement l’esprit, la naïveté du temps jadis. Le “Fifre et le buis” (1931), réunit quarante contes tour à tour pathétiques ou au contraire divertissants “telles les histoires du coq ivre mort, du lièvre qui subtilise les écus du chasseur” (2), du jeune soupirant de la fille du gardien du cimetière – spectateur assidu de tous les enterrements , “du vieil âne qui porte collées à sa peau les mouches nécessaires au pêcheur de truites…” (3). Après “Le pays de Gambetta” (1933), “La rose de cuir” en 1940, son dernier recueil de contes, passe quasiment inaperçu dans le contexte troublé de l’époque.

Léon Lafage passe la Seconde Guerre mondiale entre Tarbes et Lourdes, charmé par les Pyrénées. Il retourne à Paris en 1948, ne livrant plus qu’une production littéraire de plus en plus rare. Il meurt dans la capitale le 9 mars 1953, et repose dans son village natal.

Il a brossé dans son oeuvre une fresque de ce Quercy, partie intime de son être. En dépeignant les villes, les routes, les habitants au phrasé si particulier, les coutumes, les récoltes, la vigne…, il s’est montré à la fois géographe, historien, sociologue. Son oeuvre permet aux lecteurs d’aujourd’hui de renouer avec un passé définitivement disparu.

Texte extrait de :
La Mémoire vive, par Sophie Villes, Cahors, 1998

(1, 2 et 3) A. MOULIS : Léon Lafage, écrivain du Quercy”, Cahors, 1959.

Jean-François Champollion

Jean-François Champollion dit Champollion Le Jeune, égyptologue

Né à Figeac, le 23 décembre 1790 dans la maison de la rue de la Boudousquarie, il était le septième et dernier enfant de la famille Champollion. Le père était libraire et la mère issue d’une famille de tisserands.

Le jeune Jean-François fait preuve d’une grande précocité : à cinq ans il apprend à lire seul, dans les livres de la librairie paternelle, à 11 ans, il entre au tout nouveau lycée de Grenoble. Le jeune garçon stupéfie les inspecteurs généraux en traduisant à la perfection les vers les plus difficiles de Virgile et Horace.

Durant cette période, il étudie l’hébreu, l’arabe, le syrien, l’araméen. En 1804, il analyse l’étymologie hébraïque des noms de la Bible et écrit Remarques sur la fable des Géants . En 1805, il apprend l’éthiopien et le copte.

En 1807, il quitte le lycée et présente son essai de Description géographique de l’Egypte avant la conquête de Cambyse devant l’Académie des Sciences et des Arts, ce qui lui vaut d’être élu à cette Académie.

De 1809 à 1810, Champollion poursuit ses études à Paris à l’Ecole spéciale des langues orientales et au collège de France où il suit les cours de sanscrit, de chinois et de persan. Son intérêt pour l’Egypte ancienne ne fait que croître. Il approfondit l’usage du copte car il sait déjà que son travail sur les papyrus sera basé sur cette langue. Il réalise deux grammaires du copte ainsi qu’un dictionnaire.

A Paris, il travaille sur une copie de la pierre de Rosette découverte en 1799. Il ne partira pas en Angleterre pour travailler sur l’originale ; il se passionne au point de publier dès 1809 une théorie sur l’écriture égyptienne.

Grâce à l’intervention de Joseph Fourier, Napoléon dispense Champollion de la conscription. Jean-François revient à Grenoble auprès de son frère aîné lui-même professeur es-sciences. Il devient à 20 ans, professeur d’histoire ancienne à l’université de Grenoble en 1810.

En 1814, il publie les deux tomes de l’Egypte sous les Pharaons. Il identifie les groupes épithètes, ainsi que le pluriel. En 1815, il veut éditer un dictionnaire et une grammaire copte, mais ses travaux ne sont pas encore acceptés par l’Institut. Son frère Jacques-Joseph devenu secrétaire de Napoléon plaide sa cause, mais la défaite de Waterloo et la chute de l’Empire obligent les frères à quitter Grenoble.

A Paris il se consacre au déchiffrement des hiéroglyphes et en 1821 les travaux de Jean-François Champollion prennent un tour décisif : il déchiffre le nom de Ptolémée inscrit sur le cartouche, il dresse un tableau des correspondances entre signes hiéroglyphes et hiératiques. Sur l’obélisque de Philae, il reconnaît le nom de Cléopâtre, il retrouve ainsi les valeurs alphabétiques des 11 signes : 7 rendent des consonnes, 4 des voyelles.

Les Hiéroglyphes

Stèle de Nèfertiabet, bas-relief Gizeh (2590 avant JC) – Musée du Louvre

Cependant, en comptant les 1419 signes de la pierre de Rosette, pour rendre les 486 mots grecs, il déduit que les hiéroglyphes ne pouvaient transcrire uniquement des mots. En comparant des relevés provenant d’Abou Simbel, du temple de Ramsès II et du temple de Amada en Nubie, il arrive à la conclusion que l’écriture est à la fois symbolique, figurative et alphabétique dans un même texte, une même phrase ou un même mot.

Le 27 septembre 1822, Champollion fait l’exposé de ses découverte à l’Académie réunie en assemblée extraordinaire. En 1823 il publie son Panthéon égyptien, puis un an plus tard Le précis du système hiéroglyphique des Anciens Egyptiens.

En 1824 il part pour un long périple en Italie, où il étudie dans tous les musées et les bibliothèques, les papyrus, les obélisques et collections rapportées de l’expédition de Bonaparte. A la demande de Champollion, le roi Charles X achète la collection d’antiquités égyptiennes du consul Henry Salt.

En 1826 il est nommé conservateur de la section égyptienne du Musée du Louvre, et il assure un cours public et gratuit d’archéologie. En 1827, Champollion embarque enfin vers la Vallée du Nil pour un voyage de dix-huit mois. Il reviendra avec des masses de notes, documents, textes et récits.

En 1826, Champollion est nommé conservateur du département d’égyptologie du musée du Louvre. En 1827, Champollion embarque enfin vers la Vallée du Nil pour un voyage de dix-huit mois. Il reviendra avec des masses de notes, documents, textes et récits.

A son retour en 1830, il est élu à l’Académie des inscriptions et Belles Lettres et reçoit en 1831 la chaire d’égyptologie créée pour lui au Collège de France. Il fait paraître quatre volumes de dessins relevés et croquis Ls monuments d’Egypte et de Nubie. Il écrit sa Grammaire égyptienne et son Dictionnaire égyptien, mais meurt à 42 ans, le 4 mars 1832 d’une attaque d’apoplexie sans avoir pu l’éditer.

Son frère Jacques-Joseph se charge d’éditer la Grammaire égyptienne en 1836, le Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique et les monuments de l’Egypte et de la Nubie en 1841. A son tour il meurt en 1867.

François de Salignac de Lamothe-Fénelon

François de Salignac de Lamothe-Fénelon dit FÉNELON, prélat et écrivain français est né au château de Lamothe-Fénelon (canton de Payrac, Lot) en 1651.

Philosophe, poète, évêque, il a laissé cinquante-cinq ouvrages, dont deux au moins le placent au premier rang de nos gloires littéraires.

A l’âge de douze ans, il vient suivre des cours à l’Université de Cahors. Après des études de belles-lettres et de philosophie, il se rend à Paris en 1665, pour achever plus rapidement sa formation.

Éprouvant un vif désir d’entrer dans la carrière ecclésiastique, il choisit de continuer ses études au séminaire de Saint-Sulpice. Il est ordonné prêtre à Sarlat le 17 avril 1677. (La lettre d’ordination est signée François, évêque de Sarlat).

Son goût passionné pour l’éloquence, le porte à devenir bientôt le prédicateur du jour. Tout en s’attirant l’admiration d’un public, il acquiert de nouveaux titres à l’estime de ses supérieurs. L’archevêque de Paris le nomme, en 1678, directeur des Nouvelles Catholiques, institution destinée à la rééducation de jeunes filles protestantes converties au catholicisme.

Protégé de Bossuet, doté d’une grande habilité dialectique, il commence à écrire quelques traités, comme les Dialogues sur l’éloquence en 1681 Il écrit en 1687 son Traité de l’éducation des filles, pour les huit filles du duc de Beauvilliers, dans lequel il professe des idées pédagogiques très modernes par leur tolérance. Cet écrit attire sur lui les regards du Roi : en 1689, Louis XIV, poussé par des courtisans amis de Fénelon, nomme ce dernier précepteur de ses petits fils, le Duc de Bourgogne et le Duc de Berry.

Fénelon rentre à l’Académie française en 1693. C’est dans cette intention de “perfectionner l’âme des princes” qu’il écrira son : Abrégé de l’histoire des anciens philosophes et ses Dialogues des morts (publié en 1712).

Louis XIV le nomme archevêque de Cambrai. En 1697, dans son ouvrage L’explication des Maximes des Saints, il défend le quiétisme contre Bossuet. Les deux grands prélats, naguère amis, se livrent désormais des combats théologiques.

Les Aventures de Télémaque (publiées en 1699), déplurent à Louis XIV qui, se déclarant pour Bossuet, exile Fénelon de sa Cour, le prive de ses titres et pensions, et sollicite la condamnation de son livre auprès du pape Innocent XII. L’ouvrage est en effet condamné en 1699, mais les raisons de cette condamnation ne sont pas toutes religieuses, les vues politiques très avancées de Fénelon y sont sûrement aussi pour beaucoup.

Le roi n’aime pas Fénelon qui écrit des ouvrages où il montre qu’il espère voir réformer le gouvernement de la France. Il meurt dans son diocèse de Cambrai en 1715.

Jean-Baptiste Bessières

Jean-Baptiste BESSIÈRES,
maréchal de France, duc d’Istrie
Prayssac, 1768 – Rippach (Saxe), 1813

Jean-Baptiste Bessières est né à Prayssac le 6 août 1768. Après des études au Collège royal de Cahors, où il est très bien noté, il se destine à faire des études de médecine à Montpellier, pour succéder à son père dans sa charge de chirurgien-barbier.

Mais sa famille étant subitement ruinée, le jeune Jean-Baptiste reste à Prayssac où il s’initie au métier avec son père.

Envoyé par ses concitoyens dans la garde constitutionnelle de Louis XVI en 1791, garde à cheval en avril 1792, licencié le 5 juin, entré dans la légion des Pyrénées, devenue le 22ème Régiment de chasseurs à cheval, le 1er novembre 1792, il connaît un avancement qui n’a rien de vertigineux surtout pour un garçon instruit.

A l’armée des Pyrénées, il gagne ses grades de lieutenant et de capitaine avant de passer en Italie et de servir sous Bonaparte comme commandant des guides. D’une très grande bravoure, il est plusieurs fois cité pour ses exploits.

C’est la campagne d’Italie qui va le mettre en pleine valeur : un rare coup de main devant Crémone le signale à l’attention du général en chef Napoléon-Bonaparte qu’il ne quittera plus guère et qui lui donne à former, organiser, commander la Compagnie des Guides (qui deviendra la Garde Impériale). Chef de brigade le 9 mars 1798, Bessières fait merveille en Égypte, où il participe avec Murat et Lannes à la victoire d’Aboukir.. Bonaparte l’emmène avec lui lorsqu’il quitte l’Égypte en catimini.

Lors du coup d’État de Brumaire, tandis que Murat chasse les députés, Bessières assure la protection de Bonaparte. Murat comme Bessières sont originaires du Lot, mais de tempérament opposé, Murat hâbleur et fonceur, Bessières taciturne et réfléchi, tous deux d’un égal courage.

L’inimitié entre ces « pays » si différents se renforcera lors du mariage de Caroline Bonaparte, Bessières ayant soutenu la candidature malheureuse de Lannes contre Murat. Nommé commandant des grenadiers à cheval de la garde consulaire, Bessières charge à Marengo. Promu général de brigade un mois plus tard, général de division en 1802, fait maréchal d’Empire le 19 mai 1804, le même jour que Murat ; en 1805, Bessières marche sur l’Autriche à la tête de la cavalerie de la garde impériale.

Sa charge à Austerlitz est un des temps forts de la bataille. A Eylau, c’est encore son intervention et celle de Murat qui emportent la victoire. En 1808, Bessières part pour l’Espagne et gagne la bataille de Medina del Rio Seco (14 juillet 1808). Rappelé par l’Empereur pour la guerre contre l’Autriche, il écrase la cavalerie ennemie à Landshut (21 avril 1809).

A Wagram, son cheval est fauché par un boulet. Duc d’Istrie depuis mai 1809, il passe quelques mois en Espagne en 1811. A la tête de la cavalerie de la garde impériale. Il fait la campagne de Russie. Son principal fait d’armes est le dégagement du quartier général de l’Empereur, attaqué par 8 000 cosaques à Maloiaroslavets, les 24-25 octobre 1812.

Quand débute la campagne de Saxe en 1813, l’Empereur lui confie toute la cavalerie de l’armée, mais Bessières est tué parmi les premiers près de Weissenfells, le 1er mai 1813 par un boulet de canon, lors d’une reconnaissance la veille de la bataille de Lützen. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Etoile, sur le coté est.

Bessières a été un des plus habiles lieutenants de Napoléon, un homme de guerre de premier ordre, doté d’une probité et d’un dévouement rares.

D’après Sophie Villes :
La Mémoire Vive ou l’histoire du Collège Gambetta et de ses grands hommes“, 1998 (PAE Collège Gambetta, Cahors)

Pierre Verlhac

Pierre Verlhac est né en 1868 à Souillac. Il est mort aux Quatres-routes en 1955.

Il fit une carrière d’instituteur. Laïque, ami de Louis-Jean Malvy, Pierre Verlhac militait en faveur des exclus et de la langue d’oc. Il a été l’animateur de la section de Souillac de la ligue des droits de l’homme, et s’est engagé en faveur des républicains espagnols.

Il était aussi un musicien populaire, un fin conteur occitan, un auteur de poèmes et de chansons. Signalons également qu’il fut un des premiers à militer pour l’enseignement de l’occitan.

A lire l’article qui lui est consacré par Gaston Bazalgues dans la revue QUERCY RECHERCHE dans son numéro 96.

Tous les textes et poèmes ci-dessous sont reproduits par Quercy Net, avec l’autorisation de la famille de Pierre Verlhac ©


T’aïmi Soulhac (chanson sur l’air de “Charme d’amour”)

T’aïmi Soulhac, polida vila,
Pincada sus un pitchou riu,
Acocolada dins ton niu,
Ont la vida i es bien tranquila,
T’aïmi Soulhac, polida vila.

Es rescondut dinsun trauquet,
Oval, tout pres de la riviera,
Que faï bronzit son fin orquet,
En lo bressen l’annada entiera,
Coma un nene dins sa brassiera.

Quand lo solelh sus el lusit,
Sus sa companha bravonela
Que cosqueletga e resolit
Mon vielh Soulhac sembla una estela
Es escompat dins de dentela.

Contaria pas per ma vilota
Mai me donesson tout Paris
Per que la trova trop bravota
e qu’ai l’amor de mon païs
Contaria pas per va vilota.

Dins mon Soulhac ieu restarai
Fier s’aqui ma vida s’engruna
Lo servirai, lo contarai
Que sera tota ma fortuna
T’aïmi Soulhac, o ma comuna !

 

La lampe (écrit en décembre 1938)

L’ennui tombe sur moi comme un lourd crépuscule.
Ma chambre est pleine d’ombre et mon coeur est désert.
Espoirs, regrets, désirs, tout est mort ! et dans l’air,
Je ne sais quoi de morne et de glacé circule.

Mon âme, où tout le deuil des choses s’accumule,
Tremble devant le soir, d’un grand frisson amer.
L’horizon a sombré dans la brume d’hiver.
On dirait que la vie, incertaine recule.

Je vais mettre très haut ma lampe et ma pensée,
Pour que, si quelque ami, passant sur la chaussée,
Vers mon humble logis vient à lever les yeux,

Ou bien si quelque rêve égaré dans les cieux,
Cherche, pour s’y poser, une âme triste et tendre,
L’ami songe à monter, et le rêve à descendre.

Mon front trop lourd s’incline et je suis las d’attendre.
Voici que le jour point ; ma lampe va mourir.
Ils ne sont pas venus, ceux qui devaient venir.


Josepon e l’Emperur

Josepon e l’emperur est une histoire de fin de banquet sans prétention. C’est l’histoire d’un souillagais qui lors de son service militaire rencontre l’empereur Louis Bonaparte, mais le héros n’est pas celui qu’on croit. Ce texte décrit bien une époque où les quercinois parlent mieux l’occitan que le français.

Josepon Bernotel fasia son servici al 78ème quand, un matin, una novèla recruda arribèt à l’escoada.

Josepon, assetat sus son bas-flanc, fumava una vièlha pipa culotada quand lo novèl blu s’aprochèt, li demandèt del fèc e s’assetèt a costat de guel.

– Comment t’appelles-tu ?
– Josepon Bernotel.

– Tu parles français ?
– Je le comprenne mais pour le parladis j’étions plus fort en patois.

– D’où es-tu ?
– De Souillac.

– Où celà se trouve-t-il ?
– Tu n’en connes pas ta jographie, ni mai ieu tanpauc. Tu ne saves pas où se trouve Souillac, la plus poulide ville du Lot où res manque, mila Dius ?

– Si c’est dans le Lot, je vois.
– Et toi caman que tu t’appelles ?

– Louis Bonaparte.
– Quoi que tu fais dans le civil ? Tu n’as pas une place ?

– Oui, pas trop mal.
– Eh bé tope aqui Bonatrappe. Tu déves savre lisir, tu m’apprendra à lisir un peu.

– C’est entendu et toi tu m’apprendras ta belle langue patoise (qui de l’avis de Charles Nodier développe tant de noblesse et d’imagination.
– Je n’enconné pas tous ces bestials mais pel potois tè: diga-li que vengue mila Dius !

Louis Bonaparte aprenguèt perfectament lo potois mas Bernotel poguèt pas aprene a legir. Tot parièr, fasquèron un brave parelh d’amics.

Bernotel, son temps acabat, torna a Solhac. Tres ans après, lo portur li porta una letra. Josepon la vira e la revira entre sos dets.

– Tè factur, legis-me aquela letra. Lo factur la duèrp, la legis e ne’n tira un bilhet de cinq cents francs.
– Bogre, quo’s l’Emperur que t’escriu e t’espèra dissabte a detz oras.

– L’Emperur, mila Dius, e qué me vol aquel ome ? Pagui regulieroment ma talha, n’ai jamai fach de mal a degun, mos certificats al regiment portan: bon soldat, bonne conduite… Qué diable me vol aquel ome ?

Josepon, la letra a la man, vai trovar lo mèra.

– Digatz-me, monsur lo mèra, qué me vol l’Emperur ?
– E mon brave Josepon, del moment que t’envoia los sous pel viatge, te cal i anar, veiras aital de qué te vol.

Mon Josepon part per Paris. A detz oras se presenta a las Tuilarias. Es arrestat a la porta per un oficièr que li demanda ço que vol.

– Vèni veire l’Emperur, pardi !
– Avez-vous une lettre d’audience ?

– De qué, nom d’un Diu, n’ai pas de letra de dança mai l’Emperur m’a mandat venir. Tenètz, legissètz aquel papieron.

L’oficièr legis e saluda. Josepon dintra, agacha de tots pans e, a una fenèstra, te guèita Louis Bonaparte.

– O ! per mon arma ! A ! pr’exemple, quo’s un pauc fort, es aqui mon vièlh Louis, o ! lo diable me flambe ne’n soi tot estomagat, davala un psuc, me foras veire ont cal passar.

Un autre oficièr, tot cambaligat d’or, ven prene Josepon e lo mena davant Bonaparte. Louis e guel s’embraçan coma pan tendre.

– Mai diga-donc Louis, ès dins un polit ostal ! Tu tanben ès vengut veire l’Emperur ? As una bona plaça ? Qué fas ?
– Que soi content de te veire Bernotel e de parlar un brieu lo potois que m’as après.

– Es maridat Louis ?
– Oui.

– Coma s’apela ta femna ?
– Eugénie.

– Génie quo’s un polit nom. Es qué as deus mainatges ?
– Oui, un drolle.

– N’a màs un troç de gaulem ? Me faras pas veire ta femna ?
– Si, mai es pas levada encara.

– Es pas levada ! Qual troç de fenhanta ! E la daissas far ? E ben, mon vièlh, li te brandiria las negras ieu !

L’emperur risia, risia, risia de bon cur.

– Quo te fai rire aquo. La nostra se lèva a poncha d’auba e d’aquesta ora a bacat los tessons, mozut las vacas e estremat la bugada. Podes pas la degordir un pauc nom d’un Diu !

An aquel moment, I’lmperatriça intrigada peus escluts de rire de l’Emperur, alors qu’aquel d’aqui èra totjorn triste, dintra ambe lo pichon mainatjon.

– Quo’s Génie aquela ?
– Oui.

– Compren lo potois ?
– Non.

– Tant pis ! Bonjour Génie comme ça va ? Oh que votre drolle il est mindiou, il est brave mais qu’il est prin: c’est un regoutsioulou: il faudra me le donner, je le d’emporterai à Souillac et quand il tournera, il aura des galojes comme s’il avait les gotages. II faut que je le poutoune ce drolle. Tenez Génie véqui deux sous pour lui cromper un croque-lin.

L’lmperatriça es aurida. L’Emperur ritz a se’n téner las costas.

– Mai diga-donc Louis, quo’s pas tot aquo, quo’s pro parlufejar, I’Emperur m’a escrich de venir lo veire. Se Io conneisses, mena-me près de guel. Tè, agacha sa letra. Qué diable me voI ?

– Mon amic Bernotel, I’Emperur volia te veire per serra la man d’un brave ome. Quo i arriba pas trop sovent. Quo’s ieu que soi l’Emperur.

– Ane, ane, fasque pas lo nèci, bogre de falordas vos està suau.
– Mai te disi que quo’s ieu l’Emperur.

– C’est varté Génie ?
– Oui.

– E ben mon tesson, en parlent per respect, escusa-me, ne’n soi tot embluat. Me racontas pas de porrimelas benleu ? E ben que lo diable me crame, podètz o dire qu’avètz una brava plaça. Coquin de Diu, I’estonament me copa l’alen, bufi coma un cordaire.

Mai parlem que valgue. Soi content de t’aver vist mai me tarda d’esprandir, soi tot escafornit. I a pas moien de far chabrot ?

 

Louis Jean Malvy

Louis Malvy est né à Figeac le 1er décembre 1875, il est décédé à Paris le 9 juin 1949.

Louis-Jean Malvy est issu d’une famille de Souillac, dont on retrouve des traces dans les registres locaux jusqu’en 1466 et de la petite bourgeoisie active d’artisans et de commerçants : aubergistes, vitriers, plâtriers, négociants….

Son père, Martin Malvy, directeur d’une minoterie, a été élu maire (de gauche ; radical-socialiste) de Souillac en 1892 et conseiller général du canton en 1894.

Avocat, Député radical-socialiste de 1906 à 1919, il fut un spécialiste des questions économiques et financières. Très proche de Caillaux, il fut considéré comme le meilleur représentant de la politique financière de ce dernier. Gaston Doumergue lui confia le portefeuille du Commerce et des PTT en 1913, et après l’assassinat de Gaston Calmette et un remaniement ministériel, celui de l’Intérieur en juin 1914 (ministère René Viviani), poste qu’il conserve dans les ministères Briand et Ribot

En août 1917, alors que la propagande défaitiste est à son paroxysme, Louis Malvy est attaqué par la droite (Léon Daudet, directeur du journal royaliste L’Action française) qui lui reproche son manque de fermeté dans la répression des grèves, et son « défaitisme ».

Louis Malvy, photo du journal Le Réveil du Lot du samedi 22 novembre 1924.

Il est même accusé d’avoir renseigné l’ennemi lors de l’attaque du chemin des Dames (1).

Il démissionne le 31 août 1917 et entraîne dans sa chute le ministère Ribot. Traduit à sa demande, devant la Haute Cour de justice, il est accusé de forfaiture et condamné à cinq ans de bannissement (août 1918).

Il revient en France après avoir expurgé sa peine, reçoit l’accueil de la population lotoise et est élu député du Lot (1924 à 1942). Nommé ministre de l’Intérieur dans le cabinet Aristide Briand (1926), il est forcé de démissionner après un mois par les violentes attaques de la droite.

Il fut l’ami de Pierre Verlhac, célèbre poète occitan.

(1) Louis-Jean Malvy, ayant connu l’emprisonnement et l’exil à la suite de l’épuration Clémenceau, a expliqué l’affaire simplement : “Il fallait un responsable à certains échecs militaires, il fallait trouver des causes d’ordre politique aux mouvements qui se produisirent dans l’armée en juin 1917.”

Roger Couderc

Roger Couderc est né le 12 juillet 1918 à Souillac où son père dirigeait l’hôtel Bellevue. Dès l’enfance il commence le rugby au sein de « La Quercynoise », association sportive du Lycée Gambetta à Cahors où il y prépare son bac.

Il participe à de nombreux matchs, notamment contre « La violette » de Toulouse. Etudiant à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts, il se révèle un peintre de talent : l’état lui achètera d’ailleurs une de ses œuvres, possession actuelle du musée d’Anzin (Nord).

L’art étant insuffisant pour satisfaire ses appétits, il se tourne vers le journalisme et entre à l’Agence de Presse Fournier comme stagiaire. En 1939 il est appelé au 12ème régiment d’artillerie coloniale à Agen, en compagne de l’acteur Charles Boyer. Puis il se retrouve prisonnier en Allemagne au stalag XIII A où il est chargé de reconstruire le stadium local.

Blessé au genou à la suite d’un bombardement, il est autorisé à rentrer au pays. Il va se joindre au maquis du Gers.

Il s’initie au métier de journaliste dans différents journaux : d’abord à Libre, organe des Prisonniers de guerre et déportés, dont le directeur était François Mitterrand, puis au Courrier de la Nièvre, à La Dépêche du Midi, au Midi-Olympique, à L’Auto-Journal.

Après un passage à la radio française : RTL et Europe 1, il rentre à la télévision en 1955 et il se spécialise dans le reportage sportif : rugby, catch et sport automobile. À partir de 1968, il forma avec Pierre Albaladejo un tandem de commentateurs (un journaliste et un consultant, une première).

Suite aux événements de mai 1968 en France, il fit partie de la charrette des journalistes sportifs licenciés par l’ORTF, au même titre que Roger Marcillac, Robert Chapatte et Thierry Roland. Il réintégra la structure, ainsi que les deux derniers cités, sur Antenne 2 pour faire partie de l’équipe du magazine hebdomadaire sportif Stade 2 en 1975.

Stèle Roger Courderc à Mauvezin

Via ses commentaires enthousiastes et enflammés, parfois chauvins mais toujours bon enfant, il contribua largement à populariser le rugby en France. Son « Allez les petits » pour encourager le XV de France, son chant de la Marseillaise pendant un essai français contre les All Blacks en 1979, sont restés célèbres.

Ses réparties flamboyantes lors des grands matchs de catch parisiens télévisés durant les années 1960 sont également restées dans toutes les mémoires.

Il fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur en 1982. Il prit sa retraite en 1983, Pierre Salviac lui succédant aux commentaires sur Antenne 2. À sa retraite internationale, le capitaine de l’équipe de France Jean-Pierre Rives lui remit son dernier maillot. Il décède le 26 janvier 1984 à Paris. Il est enterré à Mauvezin dans le Gers ; une stèle à sa mémoire y est installée.

De très nombreux stades ou complexes sportifs portent aujourd’hui son nom en France.

D’après : La Mémoire vive, Sophie Villes, Cahors, 1998 et Wikipédia

Joachim Murat

Joachim Murat est né à Labastide-Fortunière, (aujourd’hui Coeur de Causse et anciennement Labastide-Murat), Lot, le 25 mars 1767, fusillé à Pizzo (Calabre) le 13 octobre 1815. Il fût Maréchal de France, Prince, grand amiral de France, grand duc de Clèves et de Berg, roi de Naples.

Fils d’aubergiste, il entre au Collège royal de Cahors avec Bessières et Ambert, puis au séminaire des Lazaristes à Toulouse. Pas très passionné par l’étude de la théologie, il s’enfuit et s’engage dans l’armée en 1787.

Il devient officier en 1792 et fait partie de la garde constitutionnelle de Louis XVI. Il seconde Bonaparte lors du 13 Vendémiaire et devient son aide de camp lors de la campagne d’Italie (1796).

Nommé général pendant la campagne d’Egypte, il participe activement au 18 Brumaire et devient commandant de la garde consulaire.

En 1800, il épouse Caroline Bonaparte. Napoléon le comble d’honneurs : il est maréchal en 1804 puis prince d’Empire en 1805. Il participe aux campagnes de l’Empire en faisant preuve d’un remarquable courage physique.

Il accepte le royaume de Naples en juillet 1808 et règne – avec faste – sous le nom de Joachim Napoléon en poursuivant les réformes inspirées du Consulat entamées par son prédécesseur, Joseph Bonaparte. Rappelé par Napoléon, il participe à la campagne de Russie.

Tableau de A. Gros (Musée du Louvre)

En 1812, l’empereur, rentrant à Paris, lui laisse le commandement. Mais, après une violente dispute avec Davout, il abandonne son poste en janvier 1813 et rentre dans son royaume où il intrigue avec l’Autriche. Cela ne l’empêche pas de participer avec Napoléon à la campagne d’Allemagne de 1813.

Finalement, le Congrès de Vienne rend Naples à l’Autriche et Murat échoue à soulever les nationalistes italiens. Au moment des Cent-jours, il les incite à lutter pour leur indépendance et déclare la guerre à l’Autriche (30 mars 1815). Après Waterloo, il se réfugie en Corse et tente un débarquement en Calabre. Il y est capturé, condamné et fusillé sur ordre de Ferdinand IV, le 13 octobre 1815.

Le château de Labastide-Murat a été édifié par Joachim Murat (1767-1815). André Murat son frère fut chargé de la bonne exécution du château destiné à la famille. André Murat, frère de Joachim, fut maire de Labastide-Fortunière de 1800 à 1816 et de 1819 à 1841.

Le fils d’André, Pierre Gaétan, puis son petit-fils, Joachim, seront élus tour à tour député du Lot.

Du plus pur style Empire, le château s’élève au sud du village au centre d’un parc magnifique. Le premier plan a été dressé par Lecomte, architecte de Joachim Murat alors grand duc de Berg. Ce plan établi sur le modèle du palais de l’Élysée, résidence de Murat, gouverneur de Paris, fut modifié par la suite. Les travaux commençaient le 30 août 1807 se poursuivirent jusqu’à décembre 1814. Des aménagements se prolongèrent jusqu’en juin 1817.

 

Olympe de Gouges

Lorsque Robespierre et ses amis en novembre 1793 se félicitent d’avoir guillotiné une femme pour ses idées démocratiques (aucune attaque contre les personnes ni contre les biens, aucun acte de trahison ne pouvaient lui être reprochés), ils ne devinaient pas qu’ils seraient eux-mêmes bientôt raccourcis et jetés aux poubelles de l’Histoire. Que c’est leur victime, la plus belle des Quercynoises, qui serait reconnue comme la fondatrice des mouvements pour l’émancipation des femmes.

Olympe n’est pas entrée au Panthéon, mais l’auteur de l’article a déjà suggéré que son nom soit donné à l’université de Cahors, si celle-ci est un jour rétablie. L’occasion de rendre hommage à une femme exécutée le 3 novembre 1793 pour avoir, entre autres, demandé le droit de vote pour ses sœurs, lesquelles devront attendre 1945 (en France) pour ce faire.

Olympe est née en 1745 de la passion de Jean-Jacques Lefranc de Caïx pour son premier amour de jeunesse à Montauban, Anne-Olympe Mouisset, épouse Gouze. Jamais reconnue par son père naturel, Marie Gouze, veuve très jeune d’un monsieur Aubry, choisira d’être appelée Olympe de Gouges. Elle sera décapitée en 1793 par Robespierre parce qu’elle a exigé l’égalité des sexes et la démocratie. C’est le moment où son fils Pierre, qu’elle adorait, va la renier.

Depuis la division du Quercy par Napoléon en deux départements, Lot et Tarn-et-Garonne, c’est Montauban, sa ville natale, grâce au regretté Félix Castan, qui a le mieux conservé son souvenir en attribuant son nom à un lycée. Mais Olympe appartient au Quercy dans son ensemble et mérite assurément que les élus réclament qu’elle figure à l’avenir non seulement sur des timbres de la Poste, ou les euro-billets.

Jusqu’aux travaux d’une parfaite érudition d’Olivier Blanc, colorés de sympathie communicative pour le sujet de son étude, Olympe était souvent décrite, avec condescendance, comme une exaltée politique, un auteur sans grand intérêt, une illettrée suspecte de galanterie, mais dont il convenait – malgré tout – de reconnaître un coup de génie : avoir détourné la “Déclaration des Droits de l’Homme” en la faisant suivre d’une “Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne” qui a fait le tour du monde et a été au centre des célébrations du bicentenaire de la Révolution française.

Un génie en avance sur son temps

En fait, comme Louise Labbé deux siècles auparavant, Olympe est tout simplement un génie en avance sur son temps, en avance sur ses premiers commentateurs, y compris Michelet et pas seulement pour sa Déclaration. C’est une héroïne qui s’impose pour un roman, un film, une bande dessinée, un opéra, c’est un grand personnage de l’Histoire de l’humanité dans laquelle une province et un pays peuvent se reconnaître, et qui n’appartient pas seulement aux militantes féministes qui lui ont déjà rendu divers hommages mérités. On rêve de retrouver le manuscrit du roman qu’Alexandre Dumas n’a pas écrit sur Olympe de Gouges après son Olympe de Clèves.

C’est le mélange intime, sans contradictions, de sa manière de vivre son théâtre et ses convictions, de s’exprimer et de se battre, qui a été reproché à Olympe de Gouges, mais qui, aujourd’hui, impressionne le plus : il est vraisemblable qu’elle ne savait pas très bien écrire, mais elle dictait admirablement, comprenant aussi qu’il suffisait de changer quelques mots et d’ajouter un ou deux paragraphes pour que certains textes admis et admirés explosent en plein vol comme des feux d’artifice.

Amour de la liberté et liberté de l’amour

Le père d’Olympe, J.-J. Lefranc, Marquis de Pompignan, de l’Académie Française (1709-1784)

Veuve très jeune, décrite par tous comme une femme d’une beauté exceptionnelle, Olympe décide de quitter le Quercy avec son fils Pierre. Ce serait à ce moment-là, selon certains de ses admirateurs, qu’Olympe aurait fait escale à Parnac, au bord du Lot, exactement en face du château de son père à Caïx, où elle ne semble avoir jamais été admise. C’est ainsi qu’Olympe est devenue l’ombre qui hante les vieilles pierres de Régagnac.

De là, elle s’installe à Paris où elle apprendra à parler français, vivant en femme libre et libertine, c’est-à-dire en choisissant ses amants avec discernement, sans se remarier, en dépensant les ressources offertes par son principal amoureux, à publier des affiches politiques, des manifestes et des pièces de théâtre qui témoignent d’une prodigieuse anticipation démocratique : égalité des sexes, y compris dans les engagements conjugaux et les séparations, reconnaissance et égalité pour les enfants adultérins, jury populaire pour les crimes et délits, solidarité avec les plus démunis, impôts sur le revenu, libération des esclaves dans les colonies françaises, abolition de la peine de mort, etc.

Et il ne s’agit pas d’une mondaine à la Simone de Beauvoir qui aurait eu le petit talent de repérer les thèmes porteurs de l’époque pour les avilir dans la complaisante adoration des dictatures. Olympe ne récupère pas, elle ne se compromet pas, elle précède – avec un courage incontestable pour déglinguer toutes les dictatures.

Contre les sanguinocrates

Elle insulte les Comédiens-français qui refusent de se teinter le visage avec du jus de réglisse pour jouer le rôle des nègres dans sa pièce sur l’esclavage. Elle descend dans la rue pour faire face aux abrutis venus la conspuer sous ses fenêtres.

Républicaine, elle se propose comme avocat de Louis XVI parce qu’elle craint que celui du monarque, Malesherbes âgé, ne fatigue en expliquant, pertinemment, que la logique impose de garder le roi vivant, une fois la royauté déchue, car Capet guillotiné aurait fatalement un successeur dynastique et une régence dans l’émigration. On croirait entendre Cromwell expliquant à Mordaunt, dans Vingt ans après, pourquoi il eut été préférable qu’il laissa le roi Charles échapper à la hache du bourreau.

Le courage d’Olympe va s’illustrer de manière encore plus confondante et émouvante lorsque, de sa prison, à la veille d’une exécution à laquelle elle aurait pu échapper en tentant une évasion, son “Adresse au Tribunal révolutionnaire” s’en prend à Robespierre avec une éloquence et une violence rarement entendues contre les Montagnards pendant la Révolution française.

Mad Maximilien, le mollah de la religion de l’Être suprême, le plus célèbre des sanguinocrates, le pervers dissimulé dans la défense des cordonniers d’Arras, l’ancêtre de Staline et de ses purges, de Mao Tse-Tung et de ses massacres, l’inspirateur de si nombreux dictateurs, ne peut supporter des vérités assenées avec tant de fougue : Olympe est guillotinée le 13 brumaire de l’An 2 (le 3 novembre 1793) le jour de la première, à l’Académie de musique (le futur Opéra), de Miltiade à Marathon (musique de Le Moyne sur des paroles de Guillard), quelques jours après la première parisienne sur cette même scène des Noces de Figaro de Mozart.

Le bicentenaire de la Révolution française ne pouvait guère glorifier la guillotine qui décapita en France près de 20 000 personnes en quelques mois, celle-là même qui trancha le cou de Mme Roland et d’Olympe de Gouges. Avec ses bois peints en rouge, elle ne semble pas avoir été époussetée pour l’occasion, ni dressée pour la commémoration.

Le château de Parnac, où Olympe trouva, dit-on abri lorsque la porte de celui de Caïx, restait fermée

Elle est restée piteusement rangée dans les réserves de la Conciergerie et inscrite sur l’inventaire du ministère de la Justice.

Mais elle en sortira sans doute pour les films en préparation sur Olympe, de Montauban à Parnac, puis du Quercy à l’échafaud de la Place de la Révolution (désormais Place de la Concorde), pour exalter le souvenir de la belle Quercynoise et lui faire retrouver la position qui lui revient.

René Viénet : rene.vienet@free.fr

L’article de René Viénet a été publié en français le 3 novembre 2001 à Cahors .

Rarement l’histoire nous propose des figures aussi intellectuellement stimulantes que celle d’Olympe de Gouges. Pourtant, deux siècles ont été nécessaires pour que l’on distingue enfin cette femme extraordinaire, qui, en son temps, avait fait siennes les valeurs qui fondent notre pacte républicain.

De 1789 à 1793, année de sa fin tragique, elle a régulièrement adressé de nombreuses lettres et autant d’imprimés (pièces de théâtre, affiches et brochures) aux assemblées élues. La plupart de ces documents forment la chronique ininterrompue d’une prise de parole audacieuse et si révolutionnaire, celle d’une femme libre à une époque où les femmes n’étaient ni électrices ni éligibles.

Les combats humanistes d’Olympe de Gouges, incomprise ou longtemps marginalisée pour de mauvaises raisons liées à son sexe ou à ses opinions politiques girondines, nous touchent aujourd’hui. Elle passe à juste titre pour l’ancêtre du féminisme moderne. Sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (1791), texte fondateur, constitue aujourd’hui un repère pour tous ceux qui, dans le monde, luttent contre les maltraitances et les discriminations visant les femmes.

Plus que tout autre, Olympe de Gouges a fait la promotion continue des droits civils et politiques au féminin, que ce soit dans ses brochures politiques ou dans son théâtre engagé. Dans une de ses pièces, elle stigmatise la prise de voile forcée des jeunes filles sans dot, usage fréquent dans la France d’Ancien régime ; dans une autre, elle revendique une loi sur le divorce si nécessaire, selon elle, pour permettre aux femmes maltraitées d’échapper à leur bourreau domestique ; dans son roman Le prince philosophe, elle insiste sur l’importance de l’éducation des femmes.

Olympe de Gouges ne s’est pas contentée de restreindre sa parole à la sphère privée, aux salons philosophiques ou libéraux qu’elle fréquentait, que ce soit chez Mmes Helvétius ou Condorcet, mais elle s’est s’est directement impliquée dans le grand débat public de 1789.

Dans la Lettre au Peuple ou dans ses Remarques patriotiques, elle inaugura cette « carrière épineuse où, disait-elle, tant d’hommes ont trébuché ». Par des apparitions remarquées dans les assemblées élues, dans les sections et les clubs, elle s’exprimait avec chaleur, initiant une garde nationale de femmes (juin 1791) ou soutenant des manifestations publiques ou défilés de femmes, autant de projets qu’elle cherchait à faire valider par l’Assemblée nationale.

Elle entendait ainsi donner visibilité, consistance et respectabilité à l’engagement politique au féminin. Sentant monter les périls, Olympe de Gouges a diffusé des écrits courageux dans le souci de favoriser l’union et la réconciliation nationale à l’heure de « la patrie en danger ». Et elle s’est élevée contre les factions « désorganisatrices » et la violence.

Après le 10 août 1792, qui marque la fin de la monarchie, elle a dénoncé les massacres de septembre par cette phrase sublime : « le sang même des coupables, versé avec cruauté et profusion souille éternellement la révolution et d’un système de gouvernement on passe dans un autre ».

Elle s’éleva contre les dangers de la dictature montagnarde ciblant Robespierre et Marat qu’elle soupçonnait de prétendre au « dictatoriat ».

Dans une lettre du 9 juin 1793 à la Convention, elle dénonça le coup d’état contre‑révolutionnaire dirigé contre les députés girondins – plus de 150 députés furent en effet arrêtés le jour même ou les semaines suivantes -, et elle mit en cause la légitimité du gouvernement et de l’Assemblée soi-disant épurée mais désormais sous influence.

Dans une affiche en date du 20 juillet 1793 elle proposait de s’en remettre au peuple réuni en assemblées primaires pour se prononcer sur la forme du gouvernement souhaité par les Français. Cet acte de résistance contre l’oppression lui valut d’être arrêtée par les amis de Robespierre dont plusieurs étaient membres du jury qui la condamna à mort le 2 novembre 1793.

Olympe de Gouges fut avant tout une humaniste, une philanthrope et, à sa manière si originale et sincère, une philosophe des Lumières. Elle a été l’avocate de toutes les grandes causes de son temps, que ce soit celle des exclus de la société civile et politique ou celle des esclaves noirs des colonies françaises, ainsi qu’elle le rappelle dans sa dernière affiche en forme de testament (Une patriote persécutée, 1793).

Elle y faisait notamment un rapprochement entre l’arbitraire de sa situation, au pied de l’échafaud, et l’emprisonnement par lettre de cachet qui l’avait menacée lorsqu’elle avait inauguré, en 1785, le premier débat national sur la suppression de l’esclavage dans les colonies. Olympe de Gouges a toute sa place dans la mémoire collective.

Olivier BLANC
Historien

 

Le 19 octobre 2016, un buste d’Olympe de Gouges a été installé dans la salle des Quatre-Colonnes du palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. C’est la première représentation d’une femme politique parmi les œuvres d’art présentées dans l’édifice.

Léon Bouzerand ; le Doisneau de Cahors

Léon Bouzerand est né en 1907 à Cahors où puisaient ses racines familiales très anciennes et où il est mort le 18 novembre 1972. Après ses études au Lycée Gambetta à Cahors puis au Lycée Pierre de Fermat à Toulouse, jusqu’au baccalauréat de philosophie, Léon Bouzerand est allé étudier la photographie à Paris.

Il a été élève de la promotion de 1932 de l’Ecole nationale de photographie de la rue de Vaugirard, (devenue aujourd’hui École nationale supérieure Louis Lumière, ENSLL.) Il a ouvert ensuite, le 13 février 1934, rue Foch, à Cahors, un studio, un atelier et un magasin de photographie. Tout au long de sa vie, Léon Bouzerand a été un fervent sportif, mais aussi un homme de culture, latiniste, germaniste, brillant joueur d’échecs.

100 000 images : Toujours armé de ses appareils, Leica, Rollei, …, il a notamment réalisé au long de sa carrière, plus de 100 000 images illustrant la vie quotidienne dans le Lot et la France des années 1930 aux années 1970. Il a également collaboré au quotidien Sud-Ouest.

Certaines de ses photographies empreintes de tendresse, d’humour ou reflets d’un art de vivre aujourd’hui disparu, ont été reprises dans des livres publiés.

Le premier de ces ouvrages, paru en 1991, Vitesse limitée, est consacré à l’automobile sous toutes ses facettes dans le Cahors des années 50 aux années 70;

le deuxième, publié en 1992, Couleur rugby, concerne le rugby sur les stades et ses supporters dans les mêmes années.

Un troisième volume, est paru en mai 2010, Cahors en devantures, et retrace la vie de la cité à travers les activités commerciales et les espaces de commerce. Ces trois livres ont été édités par l’ « Association Vitesse limitée » présidée par Jean-Louis Marre, avec le soutien de Jean-Louis Nespoulous, photographe et successeur de Léon Bouzerand qui a eu à cœur de faire renaître une œuvre photographique riche et savoureuse et celui du journaliste Christian Cazard.

D’autres ouvrages sur son œuvre sont envisagés ainsi qu’une présentation de ses photographies au Musée Henri Martin à Cahors.

   

De Jean-Louis Nespoulous (extrait du volume Vitesse limitée, Cahors, 1950-1965 )  : 

« En rangs serrés dans leurs boîtes jaunes, dormaient 100 000 portes ouvertes sur Cahors. Cahors qui va au bal, au marché, aux boules, la Dauphine devant le Tivoli et le Grand Charles sur le parvis de la Mairie. La braderie ronronne au centre, Édith Piaf fait chavirer la succursale Citroën. Et toujours l’ombre de Toto sur la ville.

Communion le matin. Vêpres en ovalie. Fêtards du soir. Vitrines de nuit. Ces vedettes qui passent. Des boules de neige jusqu’au bac, ce quotidien cyclique, que l’on pensait immuable et qui glisse imperceptiblement vers le journal télévisé.

Et toujours ces images carrées, au Rollei ou au Sem. Pudeur du cadrage. Chaleur de la lumière. Générosité de la visée. Regard et clin d’œil. Qui donc a dit qu’elles étaient fixées à jamais ces humbles pellicules de vie ? Regardez bien. Cherchez le détail. Elles frémissent encore. 1950/1970 – 20 ans- 100 000 clichés d’une exceptionnelle qualité et diversité, à travers lesquels on lit le professionnalisme d’un œil et la grandeur d’un cœur, ceux de « Toto » Bouzerand. »

De Jacques Bouzerand (extrait du volume Vitesse limitée, Cahors, 1950-1965 ) :

« Léon, que tout le monde appelle Toto, a 7 ans lorsque son père meurt. Il fréquente le Lycée Gambetta où, excellent en allemand et en latin, il passe son premier bachot.

Grand, costaud, chevelure brune, d’épaisses lunettes, élégant, l’air sérieux, c’est un sportif. Il pratique avec bonheur l’athlétisme, la course, le javelot, le saut en hauteur, à « l’Aviron cadurcien », et le tennis au terrain de jeu du Parc Tassart.

Mais il a horreur de l’eau et l’on ne le verra jamais nager à « Marianne », dans le Lot, derrière le stade, lieu de baignade traditionnel des jeunes cadurciens de l’époque.

C’est à Toulouse au Lycée Fermat, qu’il passe son bac philo, une matière qui le passionnera toujours. En 1928 un terrible accident sur la moto qu’il pilotait près de Mercuès le cloue au lit pour plusieurs mois. Rétabli, il « monte » à Paris en 1930, et entre à l’école de photographie… »

Extrait de : http://fr.wikipedia.org/wiki/Léon_Bouzerand et textes de Jacques Bouzerand

Photos : http://www.luminous-lint.com/app/photographer/Leon__Bouzerand/C/ 

Taxi Erasme à Cahors ; en attendant le client… – 1950

Le Doisneau de Cahors par Michel Desmoulin, Extrait de :
http://desmoulin.net/index.php?2005/11/26/16-le-doisneau-de-cahors

Comme Doisneau – ils avaient le même âge – Léon Bouzerand a photographié la rue, avec talent, humour et un goût prononcé pour l’anecdote.

A Cahors, où il a passé toute sa vie en dehors de son séjour à la célèbre école de photographie de la rue de Vaugirard, qui a formé tant de grands photographes, tout le monde l’appelle Toto.

Muni de son Rolleiflex, il a, pendant près de quarante ans, saisi des scènes de la vie quotidienne dans cette merveilleuse petite préfecture du Quercy.

Ces clichés, si on laisse aller son imagination, restituent, avec beaucoup de poésie et de tendresse, l’histoire de cette ville attachante.

Les boutiques ont changé, les immeubles, les métiers aussi ; son œuvre, des milliers de photos, constitue la mémoire de cette ville au siècle dernier.

Les « anciens » ne se lassent pas de regarder ces photos avec nostalgie. Les touristes et les habitants de fraîche date découvrent avec intérêt – parfois même avec passion – ce petit coin de la douce France au temps de la quatrième République…

Léon Bouzerand, moins connu que Doisneau, – Cahors n’est pas Paris – a laissé, après son décès, le 18 novembre 1972, une œuvre qui mériterait d’être mieux connue et surtout reconnue.

Léon Bouzerand Autoportrait

Au stade. Match de rugby contre Lourdes !

Concentration lors d’une partie de cartes – 1950

Cahors, la place du marché

Suzanne Bouzerand devant le magasin de la rue Foch – 1960

Fabien Galthié Lotois de coeur

Le Quercy vu par Georges Coulonges

Quelques années avant sa mort, en octobre 2001, Quercy Net avait demandé à Georges Coulonges de nous parler de son Quercy !

Voici le texte qu’il nous avait gentiment adressé.

 

Fait du Lot et du Tarn-et-Garonne, de truffes et de chasselas, de roc et d’eau vive, de moulins, de châteaux, de ciel large et de grottes multiples, le Quercy a deux capitales : Cahors et Montauban.

Mon grand-père était né à Montauban. J’habite à quelques petits kilomètres de Cahors.

A Cahors se dresse, magistral, majestueux, le pont Valentré. Dés que je le vis, portant ses trois tours au-dessus de la rivière, dès que j’appris qu’en sept siècles jamais il n’avait cédé à l’ennemi, je décidai qu’il serait mon ami.

Mieux : sans modestie aucune, je décrétai qu’il me ressemblait, qu’il est un peu moi-même : il n’attaque jamais. Mais… si on l’attaque, on le trouve. Solide. Lorsque je vais le voir, à voix basse – pour ne pas effaroucher les touristes – je fredonne l’une de mes chansons que Ferrat mit en musique, chanta, porta au succès. Elle s’appelle Potemkine et n’a, bien sûr, rien à voir avec les barques qui glissent sur le Lot. Il n’empêche : il est des jours où (ne le répétez pas), je crois que, dans sa pierre, le pont, sûr de son droit, chante avec moi :

M’en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l’on n’est pas toujours du côté du plus fort ?

A Montauban, bien sûr, vous connaissez la place Nationale, cette merveille entourée de briques roses, d’arcades, de galeries que l’on admire à la première rencontre, qui nous émeuvent lorsqu’on apprend qu’elles avaient nom « Couvert des fleurs » et « Couvert des sabots », « Couvert des drapiers » mesurant à l’aune de bois le cadis, gloire de la ville et fortune des tisserands.

Sous ces couverts peut-être joua mon grand-père. Et sur les bords du Tarn aux moulins imposants, aux gabarres emportant vers Bordeaux, les Colonies, les Amériques, le travail des hommes d’ici, joua sans doute ce petit garçon qui devait devenir M. Jean-Auguste Ingres, peintre de son état et violoniste à temps, peut-être pas perdu.

Le Musée de Montauban s’appelle le Musée Ingres. Le violon de M. Ingres est à l’intérieur du Musée. Le Musée est un étui grandiose, dominant le Tarn et valant dans sa pierre et ses bois autant que les expositions toujours renouvelées, toujours belles qu’il présente.

Cela commence par les sous-sols où somnolent, désormais inutiles, les instruments de torture de jadis. Montons. La torture disparaît, la culture se montre.

Oui, comme le pont Valentré, le Musée Ingres m’est cher : enfonçant la barbarie, il s’élève vers l’art. C’est-à-dire vers la Paix.

J’aime la paix du Quercy.

Je la trouve dans la plaine et sur le causse, au détour du chemin. Je la respire, je la garde et parfois je la mets dans un roman. Pour la partager.

Avec vous.

 

 

Georges Coulonges

auteur populaire, scénariste de télévision.
Il résida plus de 35 ans en Quercy Blanc  1923-2003

Si la chanson oblige l’homme à faire une toute petite gymnastique cérébrale, elle devient cet instrument grâce auquel l’homme se cultive. GEORGES COULONGES

La France entière a chanté et chante encore du Georges Coulonges. Car cet écrivain aux talents multiples, né le 4 avril 1923, à Lacanau, fut d’abord auteur pour les plus grands de nos chanteurs:

Potemkine, La fête aux copains et la commune pour Jean Ferrat, L’enfant au tambour pour Nana Mouskouri sont de lui.

Et Marcel Amont, Mouloudji, Les Frères jacques, Juliette Gréco, Bourvil, Annie Cordy,… lui doivent une part de leur succès, sans oublier, bien sûr, ce gigantesque PARIS POPULI qui, en deux heures de chant original, raconte sur une musique de Francis Lemarque l’histoire de Paris de 1789 à 1944.

Parallèlement, pour son premier roman, Georges Coulonges reçoit des mains de Jules Romains le Grand Prix de l’Humour 1964, suivi, pour son deuxième ouvrage, en 1966, du Prix Alphonse Allais.

Dès lors, il s’éloigne peu à peu de la chanson, pour laquelle il écrit encore deux essais très remarqués : LA COMMUNE EN CHANTANT, étude fouillée de la Commune de 1871 à travers les textes de ses chansons (dont il tirera un spectacle chanté notamment par Mouloudji) et LA CHANSON EN SON TEMPS, que ses confrères récompensant d’un Prix Exceptionnel de la SACEM. En 1980, la même SACEM couronne Georges Coulonges pour l’ensemble de son oeuvre.

II écrit ensuite pour la télévision et fait entrer Anatole France dans les foyers avec La Rôtisserie de la reine Pédauque, jouée entre autres par Georges Wilson. II adapte également ses propres romans : Pause-Café, Joëlle Mazart et La Terre et le Moulin.

Véritable “baladin de l’écriture”, c’est au théâtre qu’il mène alors ses pas en écrivant pour Jean-Louis BARRAULT deux de ses plus belles réussites : Les Strauss et Zadig, d’après Voltaire, qui sera couronné par le Prix Plaisir du théâtre en 1979.

Depuis 1984, Georges Coulonges se consacre au roman. C’est d’abord la grande série romanesque des CHEMINS DE NOS PÈRES dont le cinquième volet, LA FÊTE DES ÉCOLES, contant l’aventure en Aveyron, à la fin du siècle dernier, d’une jeune institutrice partagée entre sa foi religieuse et son désir de servir l’école de la République, comptera plus de 400 000 lecteurs. La télévision le rappelle alors et son roman LES TERRES GELÉES, paru en 1994, est adapté par France 3 l’année suivante.

LA MADELON DE L’AN 40, (1995) – qui raconte l’histoire d’une adolescente révoltée par la défaite de 1940, par l’arrivée des Allemands et le comportement de ceux qui, dans son village, l’acceptent trop facilement et L’ENFANT SOUS LES ÉTOILES (1996) sont encore et toujours la plus belle illustration de ce que disait Jean-Louis Barrault :

” Tout ce que Coulonges écrit est savoureux. Cela a du rythme. II y a du soleil dans son style.”

LES FLAMMES DE LA LIBERTÉ, (1997) parle du climat paroxystique de la France de 1944 où les passions exacerbées des habitants d’un village girondin se font jour: héroïsme ou lâcheté, haine ou amour. Dans MA COMMUNALE AVAIT RAISON (1998), Coulonges raconte sa vie jalonnée de rencontres, amis, interprètes, artistes ou comédiens, dont il fait le portrait vivant et pittoresque. LES BLÉS DEVIENNENT PAILLE (1999), narre la vie d’un couple, bouleversée par des circonstances exceptionnelles au début de 1914. Entre Albin, catholique patriote, et Janotte, protestante pacifiste, l’amour est-il possible ?

Dans L’ÉTÉ DU GRAND BONHEUR, Georges Coulonges évoque la joie des premiers congés payés en 1936 à travers le portrait de deux adolescentes. Ce livre a reçu le Prix des Maisons de la Presse 2000.

Mai 1968 et Limoges plantent le décor de son roman DES AMANTS DE PORCELAINE où, avec beaucoup de justesse, Georges Coulonges évoque le bouleversement des rapports parents / enfants.

En mars 2002 paraît LE PAYS DES TOMATES PLATES, une satire savoureuse sur notre société.

Texte bibliographique : Presses de la Cité, production Jeannine Balland, mars 2002.

Il décède le 12 juin 2003 dans sa maison “La Cachotte” à Lhospitalet.

 

Poèmes de Paul Froment

Retrouvez ci-dessous en graphie normalisée,

quelques poèmes de Paul Froment 


Nadal

Tot lo monde al canton s’arruca
Près del fuèc,viu coma un radal
E dins cada foguièr s’aluca,
Flamba la soca de Nadal.

De castanhas, a la velhada,
Grílhan e mínjan, dinc’apuèi
Qu’aniràn, figura emborlhada,
A la messa de mièjanuèit.

Dins son cap baissat l’ancian folha,
Cèrca quauque vièlh sovenir ;
La mamet, filant sa conolha,
Ditz un conte a ne’n plus fenir

Parla d’un prince a fièra mina,

Polit, joine e qué sabi mai !
Los drollets prés de la menina,
D’escotar s’alàssan jamai ;

E la blonda filheta ainada
Que dejà n’a pàs fred als-uèlhs
Rèiva benlèu que n’es l’aimada
D’un bèl galant d’aquels temps vièlhs.


En processiu

L’autre jorn qu’èra l’Ascensiu,
Sèi estat a la processiu,
Coma pas un en devociu.

Tant que podiái los uèlhs a tèrra,
Renat coma un soldat en guèrra
E la man dreita sus l’esquerra.

Son braç anant balinç-balanç,
Lo de darrèr vai me possant
Suls talons d’aquel de davant.

Lo solelh sus òmes flambava,
Sus las femnas, lo vent bufava,
E sus tots la calor tombava.

Dus per dus, plan-planet, tot doç,
Sul camin blancós e poscós,
Nos n’anàvem coma d’aucons.

En lai, la campana tintava,
Davant, la banièra flotava,
E darrer , lo curè cantava.

Cantava <<Criste, audi-nòs !>>
E los clèrcs, n’as aquí ne’n vòls,
Respondián, un fin, l’autre gròs.

Un degaunhava lo tonèrre,
L’autre, un pòrc que per tuar van quèrre,
E l’autre, las vacas del Pièrre.

Per tenir las femnas en reng,
Vai un vielh fabricièn que ten
Lo baston de comandament.

Près de las polidas se carra
E travèrs las joinas se sarra.
– L’an que ven, io, preni la barra ! –

E flor de lire al cur tot blanc,
Las filhetas, alai, davant,
Polidas coma un sòl se’n van !

En cantant, de printemps vestidas,
Sembla autant de ròsas floridas
Al solhel de mai espelidas.

Tant frisada coma d’anhèls,
N’i a que pòrtan al cap dels pièls
Un folard, d’autres de capèls

Ronds e grands coma de crubèlas
Que suls uèlhs, flambentas estèlas
Semblan d’eteignoirs a candelas.


Flor d’estiu

L’aire risent, tendre, amistós,
La pèl canda, la talha fina
E color d’òr, un pièl sedós,
Mitat defèit, frisant l’esquina,

L’uèlh, coquin, temptaire, amorós,
Viu, coma un miralh ilumina;
Sus sa boca, niu de potons
L’enveja vai cridant famina.

Mai leugèra qu’un parpalhòl,

Canta en venint de la segada
Milhor que cap de rossinhòl.

Son corsatge fai badalhòl
E, dinca el sen mièi despolhada;
Lo vent folet baisa son còl.


Per segasons

(Vist e sentit)

De las clicas dinca a la nuèit,
Lo blat rostit daureja anuèit
Coma lo solelh que l’a cuèit.

Un aigat de calor rajòla
D’aquel grand lustre que pindòla,
E la cigala se desòla.

Canta, vaquí tot çò que fai;
D’aicí, d’amont, d’aquí, d’en-lai,
Crida, mès trabalha jamai.

En ausint parèlha ressèga
Qu’estorditz las gents d’una lèga,
Lo paisan del lièit se derega.

Cal segar ! Lo blat es madur,
E, de paur qu’arribès malur
Diu s’arremausar viste e dur.

Es temps d’atrapar la faucilha;
Avant l’alba cadun se quilha
e dins los grans camps s’escampilha.

Lo rastolh atend de volams,
La canha a quitat los fenhants;
Partèm totis, pichos e grands;

Totis partèm a la segada,
L’utís al punh, mancha troçada.
E nos alinham en cordada.

Fasèm lo signe de la crotz.
Que Diu nos presèrve surtot
De tot mal ! en tot e pertot !

Començam: lo de davant tira,
Per lo siègre cadun s’estira,
En pausant juste se revira.

Un galòpa l’autre que fug,
Jan vai cauçat, Pièrre pè nut,
Paul marcha mèma tot cap nut.

Omes, vièlhas son en camisa,
Mès lo mantèl de nuèit defisa
Sus las dròllas tota analisa.

Portant un fin cotilhonet
Daissa prene l’aire al molet
E de genolhs mostra un cornet …

Lo vent folet que permena
Davant io fai flotar sans pena …
En curiós bufa a pèrdre alena.

Malur d’aver de distracciu !
Al flotament plen d’atenciu,
Ei picat un artelh al viu !

Ma curiosetat es pagada:
Per una maudita pensada,
Tortejarèi una mesada !

***

Lo pif en l’èr, rens corbats,
Lo morre al sòl, aquí doblats,
Copam, marcham escambarlats.

La tèrra se desemmantèla,
Darrèr nosauts cada gabèla
Pareis un riban de dantèla.

E davant, quitam pel costat,
Coma una mar d’espics de blat
Que lo vent fliussa a volontat.

L’òme, dins la granda estenduda,
Sembla una formic que se muda,
E portant l’aurà lèu tonduda.

***
Al solelh que tomba d’aplomb,
En aiga l’esquina se fond;
Un riu pissa del cap al fons;

E de susor nòstre front nada.
La luseta, seca, cramada,
Auriá besonh d’èstre luntada.

Pintam, pintam coma de traucs,
A plens veires, a plens ichaus,
E mai bevèm, mai venèm cauds.

Mès cada còp quaqu’un s’entalha,
Copa un det per copar la plaha,
Lo sang pissa coma en batalha …

De romècs e d’arrèsta-buèu,
De caucides, pertot ne plèu,
Dins las patas s’engúlhan lèu.

Sans permissiu e sans patanta,
N’èi sentit dintrar mai de cranta;
Un tronc sortit, l’autre se planta.

En veirent aquò, me sèi mes
Chirurgien; opèri per res,
Jamai digun n’a pus mens pres !

Tiri los troncs sans far de plaga,
Surtot als dets finòts sans baga
Dont la mèstra dins l’uèlh me paga !
***

« Ardit ! anem, nos cal botar,
Ça dits quauqu’un, viste e cantar ! »
Son tot prestes l’escotar !

E còp sec, d’una voès qu’enaira,
Fan bronzir la marcha tindaira
D’una vielha cançon segaira.

Aquò derevelha en passant,
Dels talons fai montar lo sang,
E dins las regas nos preissam.

Nos preissam tant qu’apuèi nos triga
D’adreçar los rens de fatiga,
E la coina ven nòstra amiga.

A pena avèm juntat las celhas,
Una voès bufa a las aurelhas;
« Se cal tirar de per las pelhas ! »


La cancon de la cigala

Levatz-vos, pauròts,
Cauçatz los esclòps,
E, lonjant la sèga,
Començatz, amics,
Dins lo talh d’espics !
Sèga, sèga, sèga !
En copant lo blat
Quilhetz pas lo cap
Per çò qu’avèm triga;
Arribats amont,
Galopatz al fons.
Sèga, sèga, liga !
Lo volam en man,
D’un jorn a doman
I a log d’una lèga,
Mès cal tirar dur,
Lo blat es madur.
Sèga, sèga, sèga !
Goiats, al trabalh !
Quitetz pas l’ostal.
D’anar veire miga
N’es plus la sason
Per velhar ‘l canton.
Sèga, sèga, liga !
Copatz bas e rond,
Tot fai plan besonh
E quand se derèga,
Sul volam, en crotz,
Ziu ! passatz la cot.
Sèga, sèga, liga !
Quan siòsque matin,
Viste cal partir
Car ciá que Diu crèga
Diuriá s’amassar
Sans tròp trigossar.
Sèga, sèga, sèga !
Que cadun amb io
Cante sa cançon,
De mon ziga-ziga,
Tot en caminant,
Seguiretz lo lanç.
Sèga, sèga, liga !


Pels paures !

A Jacques de Bonal

Riches, revelhatz-vos !… L’ivèrn negre qu’apròcha
Vos diu far sovenir dels malurós sans fuèc,
Sans un bocin de pan, sans un sòu dins la pòcha,
Sans abric per passar la nuèit.

Sèm per nos adujar dins aqueste bas monde;
Lo bon Diu nos a fèits per tant de nos aimar:
Donatz, riches, donatz ! Que vostre cur responde
Al que vos alonga la man.

Dels bens qu’avètz reçuts fasètz un bon usatge,
Si voletz viure urós e morir sans socis
Donatz als paures vièlhs que tot corbats per l’atge
Tristament siegon los camins.

Pels que a l’entorn de vos vívon la sofrença,
Tròp fièrs per demandar, rescondent lors dolors;
Sans o lor far sentir, sioguètz lor providença,
Sans dire res secorrètz-los.

Prenètz pietat d’aquels que n’an paire ni maire,
Coma d’ausels sans niu abandonats solets;
Que, pertot rebutats, digun n’aima, pecaire;
Pensatz als paures pichienets !

Donatz, n’auretz plan pro ! Quand seretz dins la tomba,
N’auretz besonh de res, ni res vos servirà;
Vostre òr se n’anirà coma l’aiga que tomba,
Lo bien fèit sol vos restarà.

Al mes n’aublidetz pas los de dins la misèra,
Zo meriten o non, donatz, donatz totjorn !
Diu vos en tendrà compte a vòstra ora darrèra;
La recompensa aurà son torn.

Lo Calelh, 23 d’octòbre de 1892


Lo ressegaire

Es amont, pincat dins l’aire.
Sus son chavalet tot dreit,
Fague calor, fague fret,
I es totjorn, lo ressegaire.
De sa femna, de son paire,
De son dròlle pichienet,
Cal que ganhe lo panet.
A ! cal far mai que se jaire !
Agusa quand pica gaire
Sa ressèga, beu s’a set,
S’a talent, minja’n crostet.
Guèita se tot vai d’escaire
E pincat amont, tot dreit,
Ressèga sul chevalet.

Massels 1892 – (Lo Calelh, 15 de març de 1892)


Novembre

La fuèlha dels albres rosseja
Tombarà dins gaire de temps.
Bufa dejà la bisa freja;
L’ivèrn adara nos atend.

Dins los bòscs despolhats e tristes,
Los casses van èstre flaurits
E los auselons que havem vistes,
Pendent los bèls temps son partits.

L’iròndela se n’es anada,
Quitent nòstre cèl sombre e gris,
Vèrs una pus doça contrada,
Luènh, plan luènh, dins un caud païs.

Los brolhards, la plèja, los gibres,
Arríban per nos enojar.
Grivas e mèrles pels genibres
Cèrcan quaques gruns a minjar.

Dins los prats capelats d’albièra,
buèus o vacas paisseran plus.
Caldra restar sus la litièra,
Per tots mets verds, de caulets crus.

Mosca, parpalhòl e ligosta
Disparesséran a bèl talh,
Quand pels rius lo gèl farà crosta,
Cambiarà l’aiga en fred cristal.

Lo solelh, plen de fenhantisa,
Se levarà plus de matin,
Cobèrt de quauqua bruma grisa,
Lo pus sovent per l’escantir.

E la nèu, de sa raubba blanca,
Sailarà las planas, los tucs,
Per aquèls que son a tot manca,
Piètre temps, pels paures pè-nuds.


Vendenhas

Nòstres valents paisants, lo long de la penjada,
Pér anar vendenhar se son escampilhats;
En man los grans panièrs, atentifs e corbats
Amàssan vistament la recòlta sucrada.
Quan del bèl madur, la desca es emplenada,
Líuran dins lo tonèl ont los rasions grudats,
Bulíran pauc a pauc, cada còp empacats,
E forníran bien lèu la liquor tant aimada !
Qu’as d’amics, paure vin, tu qu’escauduras tant
Lo còs. l’esprit, lo cur. Per io, res qu’en pensant
A ton gos parfumat, me’n prusís la luseta !
S’enquèra los marchands te daissàven tit pur !
Mès lo diable sol sap qual es lo pus volur;
Nos fóton un bardís que val pas de piqueta !


Floressàs, mon país natal

Benlèu de mos lecturs que m’interèssi gaire,
Digun n’a jamai vist l’endreit ont sèi nascut
E d’ont sèi davalat aiciu, tal qu’un perdut,
En quêtant mos amics e mon paire e ma maire.

O Floressàs aimat, per tant de poder plaire
Al passant que te vei, sès pas pro bien metut !
Mes ses mon brèç, es pro, t’èi totjorn conescut,
Ei galopat tos camps e viscut de ton aire.

Tanben, se quauque còp vèni te visitar,
Corri mai qu’un lapin, mon cur bat a petar
Quand vesi puntejar tas duas tors que s’enàrtan.

Aquò’s pus fort que io, me ven la grema a l’uèlh
En pensant al bèl temps, dins l’ostal paternèl…
A ! malurós tres còps, malurós los que pàrtan !

(Lo Calelh. 1èr de janvièr de 1893)

Paul Froment

Humble et charmant poète laboureur
(1875-1898)

Paul Froment est né près de Floressas, commune de Puy-L’Evêque dans le Lot, le dimanche 17 janvier 1875.On peut voir encore, au hameau de Lamuraque, à 1.500 mètres du bourg, l’humble maison, aujourd’hui transformée en grange, où il vit le jour.

Il était l’aîné d’une honnête famille de petits paysans, à peu près ruinés par le phylloxéra, qui prirent le parti héroïque, pour payer quelques dettes, de se mettre en condition.

Aller à la journée dans les fermes voisines, puis se louer à l’année, ce fut aussi le sort de Paul, dès que ses bras eurent la force de tenir un outil, c’est-à-dire presque au sortir de l’école primaire.

Nous le trouvons, en 1892, à Massels, près de Penne, en Agenais. Dès ce moment, sans aucune préparation livresque, ignorant même les notions élémentaires de la prosodie, il commence à rimer, tout en labourant, ses premières inspirations.

“Au bout de chaque sillon la stance s’envolait (fragnolo); à la fin du journal de labour, il tenait son poème. “

1892, c’est l’époque où Victor Delbergé lance, à Villeneuve, un petit journal de patoisants, lou Calel, largement ouvert à toutes les bonnes volontés; Froment y fait ses débuts (15 mai 1892), y rencontre quelques bons amis: Alban Vergne, Aristide Salères, et devient un collaborateur régulier et apprécié du journal.

En 1893, se trouvant à Bélugue, près de Floressas, il fait la connaissance d’un écrivain de talent, son voisin de Ferrières, Francis Maratuech.

Celui-ci a raconté, comment il fit la conquête de cet adolescent timide et un peu ombrageux, sa joie de le voir arriver chaque soir dans le négligé de sa tenue de travail et les bonnes veillées littéraires, sous le manteau d’aïeule de la vaste cheminée, où on lisait en commun quelques pages à la lueur économique du calel.

Ce qu’il faut noter, c’est l’influence des plus heureuses qu’exerça Maratuech, homme de goût autant que de cœur, sur le développement du jeune talent. Il fut des premiers à comprendre le poète et à l’encourager. Leur amitié ne se démentit jamais et, après avoir mis à Flous de Primo une préface étincelante, Maratuech fut en quelque sorte l’exécuteur testamentaire de Froment et donna à la Revue de France et au Feu Follet les derniers poèmes que nous connaissions de lui.

L’existence de Froment se partage dès lors entre Floressas, où il fait des séjours prolongés, et la région de Villeneuve, où il occupe diverses places.

En 1895, Froment – il était alors valet de ferme au Laurier, près de Villeneuve – envoya aux jeux floraux de l’Escolo Moundino, à Toulouse, un manuscrit de Sasous e Mesados et obtint un deuxième prix de sonnet.

Il fit plus : il se rendit à Toulouse et prit part à la félibrée du 26 mai. Il faut imaginer l’apparition, dans la salle des fêtes du Conservatoire, de ce petit paysan timide, disant simplement, sans grands gestes, les yeux au ciel, sa pauvre vie de misère et les histoires du village.

Les toulousains ne lui ménagèrent pas leurs bravos. Encouragé par ce premier succès, Froment résolut de réunir en volume ses premières pièces. Ce fut un gros sacrifice pour sa pauvre bourse; il dut faire presque entièrement les frais de l’édition.

Vers la fin de l’année, A trabès regos paraissait à Villeneuve, chez Victor Delbergé, en une élégante plaquette de soixante-douze pages. L’auteur avait vingt ans.

Ce petit livre fut une révélation.

Mistral, le premier, en deux longues colonnes de l’Aiôli (17 janvier 1896), souhaitait une affectueuse bienvenue au ” poète Froment ” et résumait ainsi son appréciation: ” A trabès regos es la cansoun veritablamen viscudo d’un enfant de la terro que la Muso a flourejat “.

Paul Mariéton saluait, dans la Revue Félibréenne, ” L’avènement de ce pur artiste de nature ” et ajoutait, en conclusion: ” Paul Froment est en situation favorable pour donner au Midi un nouveau grand poète “.

Antonin Perbosc, dans la même revue, consacrait un article important au nouveau venu, et l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse, qui avait rétabli, en 1895, ses concours en langue d’oc, “marquait d’une note blanche cette œuvre de début ” (rapport de 1896).

Le petit valet, cependant, continuait à produire et, I’année suivante, il adressait à la même Académie le manuscrit de Flous de Primo. Un œillet d’argent récompensa cet envoi.

L’œillet d’argent, applicable à tous les genres, avait une valeur de 100 francs, et le pauvre Froment, dons les gages à l’époque étaient de quelque 30 pistoles, s’autorisant au surplus de précédents illustres, troqua contre un beau billet la fleur immortelle.

Quelques mois après, au début de novembre 1897, le recueil de Flous de Primo sortait de l’imprimerie Chabrié, à Villeneuve. Sur ces entrefaites, le poète était appelé au service militaire et, le 15 novembre, il partait pour le 12è régiment d’infanterie, à Lyon.

Mistral le recommanda à un de ses bons amis lyonnais, Eugène Vial ; mais, en dépit de cette amitié précieuse, Froment, qui gardait la nostalgie de la terre natale et n’arrivait pas à se consoler d’un amour malheureux, connut à Lyon des jours de profonde tristesse: témoin ses dernières poésies, d’un accent étrange, inouï dans son œuvre antérieure, et qui ont une amère saveur de larmes et de désespoir.

Sept mois après son entrée au régiment, le 10 juin 1898, au retour d’une permission passée à Floressas, le petit soldat disparut. Le 15 juin, son corps était retiré du Rhône, aux Roches-de-Condrieu (Isère), à une quarantaine de kilomètres au-dessous de Lyon.

Ses amis s’émurent, on fit une enquête, mais le mystère de cette fin tragique ne fut jamais pleinement élucidé. Mistral, qui l’appréciait et qui songeait à lui pour le grand prix de poésie aux Jeux Floraux du Septénaire de 1899, pleura la fin prématurée de ” l’humble et charmant poète laboureur, tombé, comme un fils de roi, sous le poignard de quelque assassin stupide “.

Des démarches entreprises par ses amis, au premier rang desquels Georges Leygues, député de Villeneuve, aboutirent au transport du corps à Floressas aux frais de l’Etat. Les restes de Paul Froment reposent dans le petit cimetière du village natal.

En 1903, ses admirateurs lui érigèrent, par souscription publique, à Penne-d’Agenais, un monument modeste qui fut inauguré le 23 juillet, sous la présidence de M. Chaumié, ministre de l’Instruction publique.

En 1998 à Floressas, à l’occasion du centenaire de sa mort, une stèle réalisée par Jean Luc Rouquié tailleur de pierre à Floressac était édifiée à la mémoire de l’enfant du pays. Le buste de Paul Froment est l’oeuvre de Louis Laur sculpteur villeneuvois.

A l’initiative du Maire de Floressas, Yves Froment, la place du village porte désormais son nom.


ŒUVRES DE PAUL FROMENT :

Retrouvez quelques poèmes de Paul Froment en cliquant ici

1892. – Les premiers essais de Froment ont paru dans lou Calel, Journal patois de Villeneuve-sur-Lot, directeur Victor Delbergé, année 1892, 1893, 1894, 1895 et 1896.

1895.-A trabès régos, rimos d’un pitiou paysan 72 pages. Imprimerie Victor Delbergé, Villeneuve-sur-Lot.

1897.-Flous de Primo, rimos d’un pitchou paisan, pre-facío de Francis Maratuech, XVI-72 pages. Imprimerie Ernest Chabrié, Villeneuve-sur Lot

1898.-Dernières poésies de Paul Froment, publiées par Francis Maratuech à la Revue de France, numéro spécial de septembre 1898, consacré aux Cadets de Gascogne.

1899.-Voix d’outre-tombe, poésies inédites de P. Froment publiées par Francis Maratuech à la revue le Feu Follet décembre janvier 1899.

1928.-Lous èls e la bouco, poème inédit (Oc, 1″ juin 1928).

 

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