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Catégorie : Quercynois célèbres

Maurice FAURE,

Maurice FAURE est né le lundi 2 janvier 1922 à Azérat en Dordogne. Agrégé d’histoire et de géographie, docteur en droit, il enseigne au Lycée Pierre de Fermat à Toulouse.

1948 : Professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Toulouse.
1947 : Attaché au Cabinet d’Yvon Delbos, ministre d’Etat.
1947-1948 : Chargé de mission au cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury (secrétaire d’Etat au Budget).
1950-1951 : Chef de cabinet de Maurice Bourgès-Maunoury (secrétaire d’Etat à la Présidence du Conseil).
1951 : Élu député radical-socialiste du Lot à 29 ans, et réélu en 1956 (député du Lot jusqu’en 1983).
1953-1955 : Secrétaire général du Parti Radical-Socialiste.
1956-1957 : Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans le cabinet de Guy Mollet. 1957-1958 : Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères dans les cabinets Bourgès-Maunoury et Félix Gaillard.
Mai 1958 : Ministre de l’Intérieur puis Ministre des Institutions européennes dans le cabinet Pierre Pflimlin.
1958 – 1983 : Député du Lot.
1960-1962 : Président du Groupe de l’Entente démocratique de l’Assemblée nationale.
1961-1965 et 1969-1971 : Président du Parti Radical-Socialiste.
1962-1967 : Président du groupe du Rassemblement Démocratique de l’Assemblée nationale.
1964-1970 : Président de la Commission de Développement Economique Régionale (CODER) Midi-Pyrénées
1965-1990 : Maire de Prayssac (de 1953 à 1965), maire de Cahors (de 1965 à 1990).
1971 : Président du Conseil Général du Lot (jusqu’en 1995)
Depuis 1974 : Vice-président du Conseil de la région Midi-Pyrénées.
1979 : Député européen de 1979 à 1981.
Mai 1981-Juin 1981 : Garde des Sceaux, Ministre de la Justice dans le premier gouvernement de Pierre Mauroy, sous la présidence de François Mitterrand.
1983-1988 : Sénateur du Lot, inscrit au groupe de la Gauche Démocratique
1988-1989 : Ministre d’Etat, ministre de l’Equipement et du Logement.
1989 : Membre du Conseil Constitutionnel.
1994 : Président d’honneur du Conseil général du Lot.
Il fût aussi Conseiller général du canton de Montcuq (Lot) pendant plus de trente ans.

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Photo aimablement prêtée par Charles Farreny, 46800 Montcuq

 

Maurice Faure : Européen radical

Ministre de François Mitterrand à deux reprises, membre du Conseil constitutionnel pendant dix ans, Maurice Faure reste l’une des figures historiques de la vie politique française. Dernier représentant d’envergure du radicalisme, il a été l’un des artisans de la construction européenne. Un livre d’entretiens, “D’une République à l’autre”, retrace l’itinéraire de ce pur lotois.

 

Rencontre avec Maurice Faure lors de sa venue à la librairie Castéla à Toulouse.

Opinion Indépendante : Vous rappelez dans votre livre que le radicalisme après-guerre a tenté d’incarner ce fameux “centre” (ce qu’il avait été d’une certaine manière durant l’entre-deux-guerres). Ne pensez-vous pas que c’est finalement le gaullisme qui a réussi à transcender le clivage gauche / droite ?

Maurice Faure : C’est quand même le parti radical qui a compté le plus de Présidents du Conseil sous la IVème République. Il a été de presque tous les gouvernements et c’était autour de lui que se faisaient les coalitions. C’était un pivot. Le gaullisme c’est avant tout l’élection du Président de la République au suffrage universel auquel les Français tiennent beaucoup. Mais cela coupe la France en deux : droite et gauche. Le parti radical lui-même s’est coupé en radicaux de gauche et de droite sous la Vème République.

à propos du Parti Radical de gauche aujourd’hui, vous dites “Il est condamné (…) il n’a plus grand chose de nouveau à proposer” et sa disparition est “inéluctable”. Ce n’est pas très gentil pour vos successeurs…

On m’a reproché les mêmes travers qu’eux. J’ai cherché des idées nouvelles pour les apporter au radicalisme et je n’en ai pas trouvé. Je constate que mes successeurs non plus n’en ont pas trouvé. Tous ces discours que nous faisons sont creux – comme la plupart des autres discours. Dans une certaine mesure, peut-être que le Parti Socialiste représente aujourd’hui ce qu’était le Parti Radical sous la IIIème République.

Vous êtes entré aux Jeunesses Radicales en 1938 puis dans la Résistance en juin 44 après le débarquement. Cela veut-il dire que vous avez été – comme beaucoup de Français – plus sensible aux accords de Munich signés par le radical Daladier qu’à l’appel du 18 juin 40 ?

Daladier parlait à propos des accords de Munich de “connerie” qu’on ne pouvait pas éviter de faire. Il a dit quand il a vu la foule qui venait l’acclamer à l’aéroport : “Ils ne savent pas ce qu’ils applaudissent”. Daladier le savait. Tout le monde applaudissait les accords de Munich. Moi aussi, j’étais pour. Mais cela n’a pas été un élément déterminant. Ils étaient inévitables. On a eu des mots très excessifs pour condamner Munich mais c’était pratiquement inévitable.

à propos de l’Europe, vous dites que la France doit lui transférer sa diplomatie, sa politique de défense, sa politique monétaire et sa politique économique. Comprenez-vous que de tels transferts puissent inquiéter de nombreux républicains et pas seulement “les gaullistes, les communistes et les lepénistes” que vous désignez comme les adversaires de l’Europe ?

Les gaullistes sont très divisés sur l’Europe. Ils ont beaucoup changé et par la voix de Chirac ils ont rallié l’idée européenne. Ils sont pour le vote à la majorité et l’élargissement de la communauté. Ceux qui sont avec Pasqua restent hostiles à l’Europe. Peut-être que l’Europe que je défends est en avance sur la conception de Chirac ou de Jospin ? Le principe de subsidiarité veut que chacun s’occupe de ce pour quoi il est le mieux qualifié. La diplomatie, la défense, la justice, l’économie, tout cela découle maintenant de la mondialisation. Si nous ne faisons pas en Europe un bloc qui adhère dans son ensemble à la mondialisation, que deviendra chacun des pays européens ? Unie, l’Europe existe. Divisée, elle n’est pas grand chose.

Selon vous, l’avenir de l’Europe c’est l’Euro et vous déclarez qu’une politique économique commune entraîne une politique commune. Ne pensez-vous pas qu’inféoder la politique – et le politique – à l’économie, à la monnaie et à la finance ne marque pas un renoncement des hommes politiques ?

C’est une vaste question. Le Mark est devenu en 1848 la monnaie commune des pays qui allaient former la Prusse. Cette monnaie commune les a conduits à avoir une politique commune. Je fais ce même pari pour l’Euro. J’espère qu’il est bon. Je n’en suis pas sûr mais je crois qu’il est bon. Est-ce un désavoeu pour les politiques ? Je ne le crois pas. L’Euro pose les mêmes problèmes qu’une monnaie nationale mais à l’échelle de l’Europe.

Toujours sur l’Europe, vous dites : “L’unité européenne est inscrite dans le destin, elle se fera inéluctablement”. Ce qui est frappant chez les partisans de l’Europe c’est ce messianisme – on invoque le “destin” ou un déterminisme historique – mais on a aussi connu cette croyance dans un “sens de l’Histoire” pour le communisme ce qui n’a pas empêché le communisme de s’effondrer…

L’Europe a 50 ans. Elle a commencé avec Robert Schumann qui a lancé un appel à une politique nouvelle qui sous-entendait la réconciliation avec l’Allemagne. Puis, il y a eu le début de la construction européenne avec le charbon, l’acier, le Traité de Rome… Cinquante ans après, on peut dire que le Traité de Rome a engendré l’Euro. Aujourd’hui, tout le monde parle d’une défense européenne commune. L’Euro va se réaliser et la politique étrangère commune finira par se réaliser. C’est quelque chose de solide car c’est voulu par les gouvernements, les parlements et les opinions. Cela plaide en faveur de ce que j’ai appelé le côté “inéluctable” de l’Europe.

Vous dites : “J’estime que nous devrions avoir une politique plus franchement pro-américaine”. Est-il possible pour la France d’être encore plus pro-américaine qu’aujourd’hui ?

Tous nos partenaires sont favorables à une politique pro-américaine. La France est le seul des pays de la Communauté qui réclame son indépendance. Je suis pour cette indépendance mais il faudrait que les autres pays soient d’accord. Les Allemands, les Italiens et les autres n’ont qu’une idée : suivre les Américains. La France seule ne pourra pas réaliser son rêve d’indépendance.

Il y a quelques mois, le Commissaire au Plan Henri Guaino a été limogé pour avoir établi un rapport affirmant qu’il y avait sept millions de Français en situation d’exclusion sociale ou de grande précarité. Pour votre part, vous estimez le nombre “d’exclus” à trois millions. Sur ces trois millions, vous jugez qu’un quart de ces gens, “qui se plaisent sans domicile fixe”, est “irrécupérable” tandis qu’un autre quart “vit grâce aux prestations sociales et surtout, grâce au travail au noir”. Cette vision des choses n’est-elle pas un peu anachronique ?

Un quart de ces trois millions sera toujours chômeur. Pas pour en profiter mais ce sont des personnes qui sont inaptes au travail. Ensuite, il y a 800.000 à un million de personnes pour lesquelles c’est un métier d’être chômeur. Le système est le suivant : ils travaillent six mois puis se font licencier. Ils ont des allocations élevées pendant deux ans et ils font du travail au noir. Les véritables chômeurs ce sont les jeunes et surtout les gens entre 45 et 50 ans. Quand on est licencié à cet âge-là, on a du mal à retrouver un emploi. Ce sont de véritables chômeurs à plaindre.

Propos recueillis par Christian Authier

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Entretiens avec Christian Delacampagne, éditions Plon 

Les confessions de Maurice Faure

Il a fait l’Histoire

Maurice Faure vient de publier le seul ouvrage de son exceptionnelle carrière politique. «La-Dépêche du-Midi» a rencontré en exclusivité cet homme qui a tutoyé un demi siècle de politique française.

Il n’écrit pas. Il parle. Il parle très bien. A l’aune de sa carrière politique, Maurice Faure aurait pu prendre le temps d’écrire ses mémoires.

Des tomes et des tomes n’auraient pas épuisé ses souvenirs intacts. Cet orateur de génie s’est contenté de raconter sa vie politique à Christian Delacampagne, ami de son fils, spécialiste de philosophie politique et d’histoire contemporaine. Un bref ouvrage (trop bref ?) dans lequel l’ancien président du conseil général du Lot porte un regard sur sa très longue carrière. Sans fard ni miroir déformant il décrit plus d’un demisiècle de politique française. Un demi-siècle où il a souvent occupé des postes essentiels.

Maurice Faure nous invite à pénétrer dans cet univers, nous permet de rencontrer des grands personnages du siècle.

Le chemin parcouru par Maurice Faure ressemble à une ascension fulgurante de l’Everest suivie d’une promenade de santé, parfois agréable sinon monotone. Son Everest à lui c’est le Traité de Rome. L’acte fondateur de l’Europe. Il n’avait alors que 34-ans et déjà il était devenu le Mozart de la négociation, un diplomate reconnu.

En cette IVe république, armé du levier radical, il s’apprêtait à devenir l’un des plus grands hommes d’Etat français.

Mais la Ve république est passée par là avec son bipolarisme, son manichéisme droite-gauche.

Maurice Faure n’a pas choisi son camp. Il est du centre, du consensus, de l’harmonie des idées. A partir de cet instant il n’a trouvé que bien peu d’intérêt au combat politique. C’était un surdoué épicurien, un séducteur, qui n’a pas vraiment forcé son talent pour se maintenir parmi l’élite politique de l’Hexagone.

«Je ne regrette rien, j’ai fait ce que je voulais, je n’en demandais pas plus», affirme-t-il aujourd’hui. Il a compris sans doute avant tout le monde, qu’au regard de l’Histoire, la construction de l’Europe serait indélébile. Les hommes, eux, s’effacent.

Prayssac  Le forum et l’Empereur

Dans la cité du maréchal d’Empire Bessières, les références historiques ne manquent pas. On se plait à dire que le signataire français du Traité de Rome, acte fondateur de la construction européenne, n’était autre que le maire de Prayssac.

Dans la cité du maréchal d’Empire Bessières, les références historiques ne manquent pas. On se plait à dire que le signataire français du Traité de Rome, acte fondateur de la construction européenne, n’était autre que le maire de Prayssac. En 1956, Maurice Faure gérait la ville depuis trois ans. En deux mandats, il va assurer le décollage de l’économie et des infrastructures, avant de passer la main en 1965 à son épouse, Andrée, pour deux autres mandats. Les vieux Prayssacois vous diront qu’en fait il était resté un mairebis.

La station d’épuration, l’une des premières dans le Lot, la salle des fêtes, la piscine, le mille-clubs, le VVF, etc., c’est lui.

Michel Lolmède, le maire d’aujourd’hui, explique que «Maurice Faure est né politiquement à Prayssac et Bernard Charles biologiquement».

D’un maire à l’autre

Chaque personnalité d’envergure alimente le livre aux anecdotes. On raconte à Prayssac qu’un jour de foire, alors que Maurice Faure discutait sur la place lorsque la secrétaire de mairie vient lui annoncer que son fils est reçu à l’ENA. Un quidam s’écrie alors dans la foule : «Ça ne m’étonne pas, sa mère est si intelligente».

Bien entendu, il voulait dire : sa mère aussi est intelligente, corrige-t-on aussitôt, personne ne contestant les capacités intellectuelles de l’ancien ministre.

Le quiproquo résume en tous cas assez bien les rapports de déférence taquine entre celui qui a tant marqué de son empreinte la vie des Lotois et ses administrés eux-mêmes. Prayssac garde un peu la nostalgie de cette époque où les enjeux politiques quercynois se cristallisaient autour de la place d’Istrie, autour de «L’Empereur du Lot».

Extraits de “La Dépêche du Midi”

Le Lot a-t-il été pour vous un tremplin ou une histoire d’amour ?  
– S’il n’avait été qu’un tremplin, j’aurais été ministre vingt fois. Si je l’ai été moins que j’aurais pu l’être, c’est précisément parce que lorsque j’étais ministre, le Lot me manquait. Je me plais plus dans le Lot qu’à Paris et ce fut peut-être la faiblesse de ma carrière politique nationale. Ce pays est le mien. J’aime ses hommes, leur tempérament, leurs mœurs. Je me sens comme un poisson dans l’eau. C’est une longue histoire d’amour qui ne s’est pas démentie.
Extrait d’une interview de Maurice Faure parue dans Dire Lot n° 26, février-mars 1991

Jean LARTIGAUT, l’Historien du Quercy

Jean Lartigaut était né en 1925 à Montauban où son père, originaire du Bazadais et officier de cavalerie, tenait alors garnison. Sa mère, née de Camy-Gozon, appartenait à une très ancienne famille quercynoise établie en Bouriane, au château du Vigan. Il fit ses études secondaires au collège des Jésuites de Sarlat qui lui inculquèrent notamment les vertus de la discipline et le goût de l’Histoire.

En août 1944, il s’engage au 3ème régiment de hussards avec lequel il fait campagne jusqu’à la fin des hostilités. En 1947, après un passage à l’Ecole spéciale militaire interarmes, il est nommé aspirant. Promu sous-lieutenant en 1948 et lieutenant en 1950, il est volontaire pour servir dans la Légion étrangère et rejoint le 2ème REI. En 1954, après deux longs séjours en Indochine, il rentre en France pour être affecté au 126ème RI de Brive. En 1956 il quitte le service actif et en 1957 il est promu capitaine de réserve (il sera nommé chef de bataillon de réserve en 1965). Titulaire de la croix de guerre des TOE avec quatre citations, il a été décoré de la Légion d’honneur en 1955.

C’est donc en 1954, à son retour d’Extrême-Orient, que Jean Lartigaut épouse Guillemette de Valon, descendante d’une illustre famille du Quercy, qui lui donnera cinq enfants. Il quitte l’uniforme trois ans plus tard pour résider définitivement à Pontcirq et seconder son épouse dans la gestion du domaine de Labastidette.

Madame Lartigaut sut accepter avec philosophie la nouvelle vocation de son époux : la recherche historique. Vocation née lors de ses études à Sarlat, attisée par la passion de la lecture et la découverte de riches archives familiales 1. Sa rencontre avec Louis d’Alauzier fut déterminante 2. Celui qui devait devenir son “guide” l’initie à la paléographie et au dépouillement méthodique des Archives. D’emblée le néophyte s’enthousiasme pour le Moyen Age, avec une prédilection pour les XIVe et XVe siècles, se plongeant dans les minutes notariales et disséquant toutes les sources utilisables. L’occupation du sol, l’origine des seigneuries, l’organisation des réseaux paroissiaux, autant de sujets qui stimulent son insatiable curiosité. Tout naturellement il oriente ses investigations vers le repeuplement du Quercy après les malheurs de la guerre de Cent Ans, faisant sienne “l’immense peine des hommes”, celle de ces laboureurs qui furent les humbles artisans de la reconstruction de nos campagnes.

 

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Jean Lartigaut entre Louis d’Alauzier (à gauche) et le Professeur Michel Labrousse lors du Congrès de la Fédération régionale des Sociétés Savantes – Cahors, 1977. (Archives S.E.L.)

En 1978, sous la direction de Philippe Wolff, il soutient à l’Université de Toulouse-Le Mirail sa thèse de doctorat sur “Les Campagnes du Quercy après la guerre de Cent Ans”. Cette œuvre majeure, publiée avec le concours du CNRS, attire aussitôt l’attention des médiévistes sur ses travaux et lui vaut, en 1980, le second prix Gobert de l’Académie des Inscriptions créé, doit-on le rappeler, pour “couronner le travail le plus savant et le plus profond sur l’Histoire de France”.

Il serait difficile d’énumérer tous les congrès, colloques ou journées d’études auxquels il a activement participé, comme les Journées internationales d’histoire de Flaran ou les Rencontres internationales d’archéologie et d’histoire de Commarque qui avaient sa préférence. Innombrables sont ses articles et communications parus dans notre bulletin et d’autres publications lotoises, régionales ou nationales. On en donnera prochainement une bibliographie détaillée.

Rappelons que parmi ses ouvrages figurent “Puy-l’Evêque au Moyen Age” (1991), les Atlas historiques de Cahors et Figeac (CNRS, 1983) et l’Histoire du Quercy, publiée sous sa direction (Privat, 1993), dont il a rédigé les quatre chapitres consacrés à la période médiévale (Xe-XVe siècles).

On se souviendra de l’accueil courtois et souriant qu’il réservait à ceux qui venaient le consulter à Labastidette, dans son cabinet de travail, au milieu de ses dossiers. Il prêtait une oreille attentive aux étudiants préparant un mémoire de maîtrise, un DESS, un DEA ou une thèse. Il se faisait un devoir de les conseiller, de les orienter, de les encourager, tout en leur communiquant généreusement ses sources d’information et ses notes personnelles.

Voici le moment venu d’évoquer la place tenue par Jean Lartigaut au sein de la Société des études du Lot. Il avait adhéré à 19 ans, avant même son départ sous les drapeaux ! Entré au conseil d’administration en 1960, il fut élu président en 1981 au fauteuil laissé vacant par le décès du général Soulié. Il était assidu à nos permanences du mardi et à nos séances mensuelles. Il était rarement absent de nos manifestations, à la fois organisateur, animateur et conférencier. En 1984 il avait été appelé pour quatre ans à la présidence de la Fédération des sociétés académiques et savantes Languedoc-Pyrénées-Gascogne (aujourd’hui Fédération historique Midi-Pyrénées).

On pourrait certes apporter d’autres éléments à cet essai biographique. Pour rappeler, par exemple, que de 1959 à 1965 il avait été maire de Pontcirq. Ou qu’en plus des décorations obtenues à titre militaire, il était également officier du Mérite et officier des Palmes académiques.

Doué d’une puissance de travail étonnante et d’une rigoureuse honnêteté intellectuelle, Jean Lartigaut était aussi un personnage profondément humain, d’un contact agréable, toujours heureux de partager ses vastes connaissances et sa riche expérience.

Nous garderons de lui l’image d’un chercheur exemplaire dont la notoriété n’avait en rien altéré la modestie naturelle. Il était notre maître. Il était notre ami.
Pierre Dalon

 

Hommage à Jean Lartigaut (1925-2004)

Les Archives départementales tiennent à évoquer dans ce numéro la mémoire d’un grand médiéviste récemment disparu : Jean Lartigaut.
Issu d’une famille de militaires, et militaire lui-même, rien ne paraissait prédestiner Jean Lartigaut .à une carrière de chercheur. Pourtant, en lisant l’avant-propos de la publication de sa thèse (Les campagnes du Quercy après la guerre de cent ans), trouve sous sa plume l’évocation de ces étés qui le ramenaient en Quercy, durant son enfance, vers une maison aimée et un vieux grenier où gisaient alors des archives familiales baignoire en zinc d’époque Napoléon Ill et une malle ventrue, usée par des voyages en diligence. Déjà l’intérêt pour l’histoire, en particulier celle du Moyen Age, était présent. L’installation définitive de Jean Lartigaut en Quercy, après des années de campagnes militaires,dans une maison au long passé, elle aussi nantie d’archives, lui permit d’entreprendre des recherches, épaulé et guidé par Louis d’Alauzier, autre grand médiéviste du Quercy, et par Philippe Wolff, professeur à l’Université de Toulouse.

Après sa thèse, publiée en 1978, Jean Lartigaut continua de dépouiller les minutiers de notaires et de publier de nombreux articles. Mais il contribua également à faire rentrer aux Archives du Lot plusieurs fonds d’archives privées, dont certains ont été classés par ses soins : citons notamment le fonds Camy-Gozon, le fonds de Valon, le fonds Lavaur de Laboisse…

Ses activités de recherche valurent à Jean Lartigaut d’être président de la Société des Études du Lot de 1981 à 2003 et président de la Fédération historique Languedoc-Pyrénées-Gascogne de 1984 à 1988.

Mme Duthu dans Archives Info n°16 – janvier 2005.

 

Notre ancien président et président d’honneur nous a quittés discrètement, le 4 novembre 2004, victime d’un malaise cardiaque, dans sa 79ème année.
Sa santé s’étant progressivement altérée au cours des derniers mois, il avait dû se résoudre à abandonner la présidence de la société. Lors de l’assemblée générale du 4 mars il avait été, à l’unanimité, élu président d’honneur en hommage à son œuvre d’historien et en reconnaissance des éminents services rendus à 
la Société des Études du Lot.
Une importante délégation s’est rendue le 6 novembre à Pontcirq pour assister à ses obsèques, avant de l’accompagner jusqu’à la chapelle de Labastidette où un hommage lui a été rendu avant l’inhumation dans le caveau de famille.


Article publié dans le Bulletin de la Société des Études du Lot,4ème facscicule 2004,
(Octobre-Décembre)

 

 

Charles Dumont

Charles Dumont est né à Cahors, le 26 mars 1929 . Ses études (médiocres), il les a faites à Toulouse. Sa passion de toujours : la musique. Mais, ni le piano, ni le solfège, ni la théorie ne se laisseront apprivoiser, dans un premier temps. La révélation viendra du jazz. La découverte de Louis Amstrong fera naître sa vocation pour la trompette. Monsieur Déjean, son professeur toulousain décèlera son talent d’instrumentiste.

Il était une fois…

A 15 ans, dans les années d’après-guerre, il crée son premier orchestre de jazz amateur, puis il monte à Paris, après l’obtention d’une médaille au Conservatoire de Toulouse.

L’accident : Dans le Paris des années difficiles, Charles subit une ablation apparemment bénigne des amygdales. II reprend prématurément ses exercices à la trompette, et c’est le drame, hémorragie, hospitalisation au sortir de laquelle la pratique de cet instrument lui est définitivement interdite.

Charles repart de zéro : Solitaire et démoralisé, il entre dans une église, Saint-Ambroise où Maître Paul-Silvia Hérard, titulaire des Grandes Orgues, est au clavier. L’organiste accepte de donner des leçons au jeune homme désemparé. Au terme de celles-ci, Charles, maîtrisant le clavier et l’harmonie, découvrira sa voie: il veut être compositeur de chansons.

Jusqu’aux années soixante : il fait, pour vivre, tous les petits métiers qui n’en sont pas, il compose , et doit à des femmes (déjà) ses premières rencontres déterminantes, celle du poète Francis Carco et celle de Michel Vaucaire. La suite appartient à la carrière ” en chansons ” et à la vie privée de Charles Dumont, l’une et l’autre bien remplies.

5Les années Piaf

” Cette chanson est tellement pour moi que je ne la chanterai pas. On dirait que je me pastiche “. C’est dans ces termes qu’Édith Piaf venait de refuser la ènième chanson du tandem Vaucaire-Dumont présentée par un éditeur. Aussi Charles n’espérait-il plus la rencontre avec Edith. Celleci, grâce à l’entêtement de Michel Vaucaire, eut lieu le 5 Octobre 1960, boulevard Lannes, chez Edith.

Non je ne regrette rien bouleversa Piaf et lui donna, de son propre aveu, l’énergie et le courage nécessaires pour faire sa rentrée à l’Olympia, en dépit d’un état de santé catastrophique. Créée en direct à Cinq colonnes à la Une, le plus prestigieux des magazines TV jamais réalisés, la chanson fit pleurer la France entière.

De la rencontre Piaf-Dumont naquit une quarantaine de chansons, le plus souvent signées Vaucaire-Dumont, parmi lesquelles Mon Dieu. Mais c’est une chanson signée Piaf-Dumont qui allait faire évoluer, sans qu’il en soit pleinement conscient, le sort de Charles. Piaf avait décidé qu’il l’interprèterait lui-même et qu’elle serait sa choriste. C’est donc avec Les Amants que Charles se vit propulser ” interprète “, presque à son corps défendant et qu’il fut amené sur scène auprès de Piaf.

Dans l’ombre des  « années perdues »C’est Charles lui-même qui appelle ” années perdues ” cet espace entre la fin de Piaf et le début de sa propre carrière d’interprète. Pourtant, ces années-là auront été plus fructueuses qu’on ne l’imagine. Pour le cinéma, Charles aura composé les musiques deTrafic et parade (films de Jacques Tati), et d’un film italien interprété par Elsa Martinelli Pour la TV, Charles aura composé les musiques et chansons des feuilletons Gorki le diable etMichel Vaillant. Aux USA, Charles aura rencontré Alan J. Lerner, père de My Fair Lady, Gigi, Un Américain à Paris… malheureusement, la comédie musicale issue de leur collaboration ne sera jamais montée. En revanche, Barbra Streisand, alors inconnue en France, enregistrera I’ve been here , en français Le mur , dont elle fera un succès outre-Atlantique. Dans cette grande époque des concours de chansons internationaux, Charles connaîtra quelques succès primés, dont Un Dimanche après la fin du monde , à Rio de Janeiro.

 

NON JE NE REGRETTE RIEN, UN SUCCÈS MONDIAL, INTEMPORELSi la voix de Piaf a transporté ” Non Je ne regrette rien ” à travers les continents, la chanson s’est envolée de ses propres ailes pour vivre sa vie à travers des interprétations multiples et parfois inattendues, celles de Duke Ellington et Shirley Basset, celle de la japonaise Yusiko Ishii et, pour la génération montante, celle des Garçons Bouchers et l’amusante prouesse de Bernadette Soubirous et ses Apparitions… sans parler des corps d’armée qui ont pu, ça et là, en faire spontanément leur hymne.Quand une chanson prend vie, on n’en maîtrise pas le devenir…

 

4Les années Dumont

En 1963, la disparition de Piaf isole Dumont, dont le nom et le style semblent définitivement liés à son irremplaçable interprète. Jusqu’au seuil des années 70, ce sera le purgatoire, doré, certes, mais purgatoire tout de même.

Écrite en 1967 avec Sophie Makhno, son directeur artistique de l’époque, Ta cigarette après l’amour marquera le départ du style intimiste de ” l’interprète ” Charles Dumont, mais il faudra attendre les années 70 pour que la chanson passe les interdits de 2 censures, l’une morale, l’autre anti-tabac et trouve sa place en radio et TV. Toute en nuances, la carrière de Charles l’amènera, de disques d’or en music halls, de tournées internationales en oeuvres inclassables, tels les Concerto pour une chanson et passion, à se trouver une place ” à part “, dans l’univers d’un show business où le business a pris le pas sur le show. Cette carrière, jalonnée de Disques d’Or et distinctions diverses, s’articule autour des battements du coeur de Charles et d’un public pour qui les modes n’ont qu’une médiocre importance au regard des saisons de la vie et de l’amour.

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Parmi ses interprètes de la première heure aux plus récents, Marie-José, Lucienne Delyle, Bourvil (Notre amour est en grève), Sidney Bechet (Pourtant), Luis Mariano (El Guerillero), Annie Cordy (Pantaléon), Dalida (Gitane), Michel Legrand (Lorsque Sophie Dansait), Juliette Gréco (La Propriétaire), Willy DeVille (Les Amants), Jacques Brel (Je m’en remets à toi), Heltau (création allemande de Une Chanson), Mireille Mathieu (Les Gens qui s’aiment, Mon Dieu), Barbra Streisand (Le Mur) …

 

Françoise SAGAN

Françoise SAGAN, une jeunesse éternelle jamais sortie de la célébrité depuis un demi-siècle

Françoise Quoirez est née le 21 juin 1935 à Cajarc ( Lot) . Elle a une dizaine d’années quand la famille emménage à Paris, dans les beaux quartiers de la rive droite. Son père Pierre, un industriel, apparaîtra souvent dans ses interviews comme un excellent fournisseur de bons mots. Cela n’empêche pas une éducation des plus strictes et bourgeoises, dans un cadre chaleureux. «Mes parents m’ont protégée», a toujours dit Sagan. Elle entre au couvent des Oiseaux en 1947. Elle est renvoyée pour son “dégoût de l’effort”.

Elle rate le bac en 1951, après une année surtout consacrée à écouter du jazz à Saint-Germain-des-Prés où, plus tard, elle se liera à Juliette Gréco, Jean-Paul Sartre et tant d’autres. Adolescente, elle lit Gide, Camus, Sartre, Rimbaud, Proust. Elle commence à la Sorbonne des études de lettres qu’elle ne poursuivra pas. Elle signe Sagan (Pseudonyme inspiré de la princesse de Sagan dans “A la Recherche du temps perdu ” de Proust) en publiant, en 1954, son premier roman,

fsagan001Bonjour Tristesse : l’histoire d’une jeune fille, Cécile, qui déteste la maîtresse de son père et qui ne sera pas étrangère au suicide de celle-ci. Sagan n’a pas encore vingt ans. Elle connaît un succès considérable (1 million d’exemplaires vendus en quelques semaines) et son livre est couronné par le prix des Critiques Pour la presse grand public, Sagan incarne alors la romancière “nouvelle vague”. En 1955 elle se rend à New York où son livre est traduit et y rencontre Truman Capote, puis elle part à Key West où elle verra Carson McCullers et Tennessee Williams, avec lequel elle se lie d’amitié : elle fera adapter à Paris sa pièce Sweet Birds of Youth.

Elle publie cette année-là son second roman : Un certain sourire. En 1957, Françoise Sagan est victime d’un grave accident de voiture qui lui vaut plusieurs semaines d’immobilisation. Elle publera en 1964, Toxiques, le journal. En 1957, paraît son troisième roman, Dans un mois dans un an. En 1958, elle épouse Guy Schoeller. En 1959 ce sera Aimez-vous Brahms? le portrait sans complaisance d’une femme de quarante ans. Grâce à ce roman Françoise Sagan échappe aux pages “faits divers” des magazines et réussit à se faire respecter en tant qu’écrivain. En 1960 sa première pièce, Château en Suède, est créée au théâtre de l’Atelier.

Dès lors Françoise Sagan alternera romans et pièces de théâtre. Dans La Chamade ( 1965), Un peu de soleil dans l’eau froide ( 1969), Le Lit défait ( 1977), La femme fardée (1977) , on retrouve l’univers de Sagan : la fragilité des liens amoureux, l’ennui dans l’élégance , la bourgeoisie désabusée, les soirées arrosées et mélancoliques dans les boîtes de nuit, les fuites en avant en voiture de sport… Dans De guerre lasse ( 1985) et Chagrin de passage ( 1995) Françoise Sagan évoque en plus le thème de la mort.

Françoise Sagan a également écrit pour le théâtre : Un Château en Suède (1960), Les Violons parfois ( 1961), Le Cheval évanoui (1966), Il fait beau jour et nuit ( 1978), Un piano dans l’herbe ( 1994). Françoise Sagan a reçu en 1985 le prix de la fondation Prince Pierre de Monaco pour l’ensemble de son œuvre. Depuis longtemps, on avait un peu oublié ses livres pour ne retenir qu’une invraisemblable accumulation d’histoires qui n’ont fait que renforcer sa légende : goût immodéré pour la vitesse et l’alcool, cures de désintoxication, grave accident de voiture de 1957, casinos, prise assumée de stupéfiants, plèvre déchirée lors d’un voyage en 1985 en Colombie avec son ami, le président François Mitterrand, procès Elf où certains auraient tenté de lui faire jouer les espionnes etc.

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BIBLIOGRAPHIE DE L’ÉCRIVAINE : Françoise Sagan avait publié une cinquantaine de livres, dont une bonne partie parue chez Julliard. – “Bonjour Tristesse” (1954) – “Un certain sourire” (1956) – “New York” (textes, 1956) – “Dans un mois, dans un an” (1957) – “Aimez-vous Brahms” (1959) – “Toxique” (1964) – “La Chamade” (1965) – “Le Garde du coeur” (1968) – “Un peu de soleil dans l’eau froide” (1969) – “Des Bleus à l’âme” (1972) – “Il est des parfums” (1973, en coll. avec Guillaume Hanoteau) – “Les Merveilleux nuages “(1973) – “Un Profil perdu” (1974) – “Réponses” (1975) – “Des yeux de soie” (nouvelles, 1975) – “Brigitte Bardot” (1975) – “Musiques de scènes” (nouvelles, 1981) – “La Femme fardée” (1981) – “Un Orage immobile” (1983) – “Avec mon meilleur souvenir” (1984, mémoires) – “De Guerre lasse” (1985) – “Sarah Bernhardt, ou Le rire incassable” (1987) – “Un Sang d’aquarelle” (1987) – “Au marbre: Chroniques retrouvées, 1952-1962” (1988) – “La Laisse” (1989) – “Les Faux-Fuyants” (1992) – “Répliques” (1992) – ” La Maison de Raquel Vega” (1992) – “Oeuvres” (1993) – “…Et toute ma sympathie” (1993) – “Un Chagrin de passage” (1994). – “Le Miroir égaré” (1996) – “Derrière l’épaule” (1998) Théâtre – “Château en Suède” (1959) – “Les Violons parfois” (1961) – “La Robe mauve de Valentine” (1963) – “Bonheur, impair et passe” (1964) – “Le Cheval évanoui” (1966) – “L’Echarde” (1966) – “Un Piano dans l’herbe” (1970) – “Zaphorie” (1973) – “Le Lit défait” (1977) – “Le sang des Borgia” dialogue et co-scénario avec J. Quoirez, 1978) – “Pol Vandromme” (1978) – “Il fait beau jour et nuit” (1978) – “Le Chien couchant” (1980) – “L’Excès contraire” (1987) Cinéma – “Aimez-vous Brahms” (scénario) d’Anatole Litvak (1961) – “Landru” (scénario) de Claude Chabrol, 1962) – “Les Fougères bleues” (mise en scène et scénario, 1976)

La fin de la saga Sagan « Je suis futile, mais la futilité consiste à s’occuper de choses intéressantes » avait-elle coutume de dire à François Mitterrand qu’elle recevait dans sa maison natale de Cajarc (Lot). Dans ses romans, Françoise Sagan racontait en effet avec légèreté les choses graves de la vie. Son irruption dans une Maserati rouge au cœur des événements de mai 1968 résume sans doute aussi les excès, l’oisiveté et le goût pour la provocation mondaine d’une personnalité qui, mèche blonde en bataille et cigarette au bout des lèvres, a incarné la France des années 1960 et 1970. « La gloire et le succès me délivrèrent très tôt de mes rêves de gloire et de succès » déclarait Sagan en évoquant « Bonjour tristesse », son premier roman, devenu un mythe littéraire.

De son vrai nom Françoise Quoirez, née le 21 juin 1935 dans une famille d’industriels fortunés, elle a tout juste 18 ans quand elle achève en sept semaines dans la maison de campagne de Cajarc, l’écriture du manuscrit qu’elle signe sous un pseudonyme emprunté à l’œuvre de Marcel Proust. Des millions d’exemplaires sont vendus à travers le monde (un million aux Etats-Unis) et toute une génération se passionne pour Cécile, l’héroïne éprise de liberté et hantée par la solitude, dont le destin s’achève tragiquement sur une route.

LA PEUR DE LA SOLITUDE, L’ANGOISSE DE LA NUIT

C’est justement après un accident de voiture en 1957 que bascule la vie de l’écrivaine. Ses fresques littéraires, plus appréciées du public que de la critique et des jurys de concours, attirent moins l’attention que ses frasques mondaines. Passion immodérée pour la vitesse, voyages dans les paradis artificiels revendiqués, cures de désintoxication, fraude fiscale qui lui a valu une condamnation pénale un an après avoir écopé d’une autre peine pour trafic de stupéfiants, apparition dans l’affaire Elf…

Cette vie sulfureuse et effrénée de jet setteuse cynique, les dépenses sans compter d’une fortune colossale, sont pour elle une arme contre une timidité maladive qui la fait bredouiller devant les micros et une angoisse de la nuit qui ne la quitte pas depuis son séjour au pensionnat du couvent des Oiseaux en 1947. D’ailleurs, si elle n’obtient pas son bac en 1951, c’est qu’elle préfère écouter jusqu’à l’aube du jazz et Juliette Greco à Saint-Germain des Prés et Sartre au café de Flore. Ils deviendront ses compagnons parisiens. A ses maris, l’éditeur Guy Schoeller et l’Américain Bob Wetshoff, père de son fils Denis, elle préfère ses amis, intellectuels, bringueurs ou politiques (de gauche).

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SES ÉTÉS À CAJARC

Mais plutôt qu’à Saint-Tropez, c’est à Cajarc qu’elle passe le mois d’août. Françoise Sagan a largement contribué à la renommée de cette bastide lotoise blottie au cœur de son méandre. Rituellement, François Mitterrand rendait visite à l’écrivaine sur les bords du Lot. « Elle est tout simplement saganesque » commentait Mitterrand à son propos. Lecteur assidu de l’œuvre et fasciné par une personnalité qui correspondait sans doute à l’idée qu’il se faisait de la vie et de l’être humain, il la conviait régulièrement dans le cercle de ses amis littéraires et dans ses déplacements. Elle a d’ailleurs failli laisser la vie en Colombie en 1985 lors d’un voyage présidentiel, victime d’un décollement de la plèvre. A partir de cette époque, ses oeuvres rencontrent moins de succès. Ses déficiences pulmonaires et chaque disparition d’ami l’affectent tout autant. Malade, ruinée, plus présente à la chronique judiciaire qu’à la rubrique mondaine, elle vend ses biens, se fait héberger par ses amis et doit sa liberté à des protections politiques.

En 1998, elle publie son dernier livre (Derrière l’épaule). En dehors de ses fans, il passe inaperçu. Elle s’est éteinte ce 24 septembre 2004 à Honfleur à 69 ans, victime d’une embolie pulmonaire, achevant sa lutte contre la solitude. Le chef de l’Etat, de nombreuses personnalités de droite comme de gauche ainsi que du monde littéraire ont salué cette « figure éminente », « flamboyante et mélancolique ». Pascal Jalabert – La Dépêche du Midi, 25/09/2004

MARDI 28 SEPTEMBRE 2004

Ses proches, amis et voisins ont rendu un dernier hommage à Françoise Sagan. L’écrivain a été inhumée mardi après-midi dans le petit cimetière du hameau de Seuzac, où se trouve le caveau de sa famille, à quelques kilomètres de sa ville natale de Cajarc (Lot), en présence d’environ 200 personnes. Le gouvernement français était représenté par le ministre de la Culture et de la Communication Renaud

1987

Donnedieu de Vabres et la ministre de l’Egalité et de la Parité professionnelle Nicole Ameline. Juliette Greco, Pierre Bergé, l’écrivain Bernard Frank étaient aussi venus rendre un dernier hommage à celle qui fut célèbre dès l’âge de 19 ans avec son roman “Bonjour tristesse”. Aux côtés de son fils Denis Westhoff et de sa soeur Suzanne, une cinquantaine de personnes parmi les plus proches amis et habitants du hameau avaient pu pénétrer dans l’enceinte du cimetière.

Sous un doux soleil, un brève bénédiction religieuse a précédé l’inhumation de Françoise Sagan. Celle-ci repose désormais dans une tombe à côté d’une de ses plus proches amies, face au caveau où sont enterrés ses parents et son frère Jacques Quoirez. Brigitte Bardot, qui n’a pu se rendre aux obsèques à cause de son état de santé, a estimé que Françoise Sagan a été “terrassée par la maladie et les impôts”. Elle confie que Sagan et elle “étaient comme deux soeurs jumelles reliées par nos destins”.

Christian Signol

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Christian Signol est né en 1947, aux Quatre Routes, un hameau du Quercy blotti au pied des causses de Martel et de Gramat. Le petit garçon mène une existence heureuse entre ses parents et ses grands-parents. Son univers s’étend de l’école communale (dont il dévore la bibliothèque) à la campagne environnante. Les moissons, les vendanges, la cueillette des champignons, les parties de pêche l’été sur la Dordogne sont autant de «bonheurs d’enfance».

A onze ans, il est mis en pension au lycée de Brive. Il vit comme un drame cet éloignement du pays natal. Il dira plus tard : Cette déchirure a fait de moi un écrivain. Après des études universitaires de lettres et de droit, Christian Signol débute dans la vie professionnelle comme rédacteur administratif à la mairie de Brive.

Christian Signol est, avec Claude Michelet, l’écrivain le plus populaire de l’Ecole de Brive. C’est en 1984 qu’il a publié son premier livre, Les Cailloux bleus. Au rythme d’un roman par an ensuite (dont la magnifique trilogie de La Rivière Espérance), il a bâti une œuvre baignée par le parfum de la terre.

Il est heureux de se dire l’héritier d’une longue ligne de gens courageux et fiers, originaire du Périgord par son père et du Quercy par sa mère. D’où des personnages d’une ampleur et d’une sincérité plus vraies que nature où le poids naturel des racines écrase les modes et le parisianisme le plus frelaté.

«Homme de terroir, Christian Signol anime son pays d’une vie qui doit autant à la terre elle-même, à ses couleurs, à sa lumière, au cortège charnel de ses courbes et de ses senteurs qu’aux hommes, aux familles, aux métiers dont il sait la peupler. Ce contour insuffle aux destins anonymes, une ampleur et une sincérité, une humilité, aussi, qui sont des choses rares. C’est cet art du simple et du vrai, ce poids naturel des racines qui font le charme et le succès de ses livres.» LE FIGARO

La statue de Gambetta

La statue de Gambetta à Saigon ?

 

La statue de Gambetta a aussi été placée à Saigon Place Gambetta

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La statue de Gambetta, la même que celle qui est à Cahors, avait été installée à Saïgon.

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Voici la carte postale la représentant. Je me suis rendu à Saïgon/Hô Chi Minh Ville récemment, je l’ai cherchée, je ne l’ai pas trouvée. Je pense qu’elle a été déposée et sans doute fondue… Sic transit…

JB, mai 2005

Galiot de Genouillac, Seigneur d’Assier, Grand maître de l’artillerie de François Ier

galiot

Léonard Limosin – Portrait de Galiot de Genouillac entre 1540 et 1546 – émail peint sur cuivre – H : 19,6 ; La : 14,2 – Limoges, musée municipal de l’Evêché [inv. 87.446] – Achat, 1987. – Cliché F. Magnoux.

Jacques de Genouillac, – dit Galiot, est né en 1465, de Jean II Ricard de Gourdon de Genouillac et de Catherine Del Bosc descendante de la famille d’Assier.

En 1480 il devient Page du Roy Louis XI ; à la mort de celui-ci, le Roy Charles VIII lui succède. Galiot est admis dans l’une des Compagnies des Gentils-hommes de la Garde du Roy en 1491. Il devient écuyer du Roy, en 1492 Grand écuyer du Dauphin. A l’avènement de Louis XII en 1498, il est Capitaine de Francs Archers du Quercy, Agenois et Gascogne. Il est en outre Capitaine d’une compagnie de 25 lances.

En 1501, il prend part aux opérations de la Flotte Chrétienne contre les Turcs en mer Egée. Jusqu’en 1512, il est de toutes les campagnes, Flandres, Italie. Cette année là, il est nommé maître et Capitaine Général de l’artillerie, le 16 mai 1512. En 1515 Louis XII décède, François Ier lui succède et confîrme Galiot dans ses charges.

En août 1515, le seigneur d’Assier fait franchir les Alpes à 72 gros canards et 2500 pionniers par les cols de Mont Genèvre et de Suze. Les 13, 14 et 15 septembre 1515 : Bataille de Marignan et victoire des armés Françaises grâce à Galiot et à son artillerie.

En 1520, il organise l’entrevue du “Camp du Drap d’Or” entre Henri VIII d’Angleterre et François Ier. Il commande et guerroie un peu partout jusqu’à la campagne du Milanais qui débute en 1524.

Le 25 Février 1525 : désastre de Pavie, François Ier est capturé ainsi que son fidèle maître d’artillerie.

Galiot de Genouillac, relâché, s’occupe le la libération de son Roy et fait merveille dans cette tâche diplomatique. Après le retour du Roy en 1526, celui-ci le nomme le 2 mars, Grand Ecuyer de France et, lui confère l’ordre de St Michel. Cette charge de Grand Ecuyer lui donne la troisième place dans le Royaume, après le Roy et le Connetable.

En 1530 il organise : le retour des Fils de France, gardés en otages en Espagne depuis 1526 et la réception à Bayonne de la future Reine Eléonore, soeur de Charles Quint. Malgré qu’ils soient Beaux-frères François Ier et Charles Quint entament une troisième guerre.

Nous conquérons la Savoie et le Piémont. La compagnie de 100 lances, qui appartient à Galiot, est commandée par son fils François d’Assier de Genouillac. Celui-ci, fils de Galiot et de sa deuxième épouse Françoise de la Queille, sera tué en 1544 à la Bataille de Cerisoles qui sera une victoire.

En 1541 il est nommé aussi Lieutenant Général en Guyenne. En 1542 au début de la quatrième guerre avec Charles Quint le Grand Ecuyer de France, seigneur d’Assier est blessé au siège de Perpignan. Il dirige en 1544 le siège de Luxembourg avant la campagne de Cerisoles en Italie, où son fils devait trouver la mort.

Le 23 février 1546, il devient Lieutenant Général pour le Roy et est nommé Gouverneur du Languedoc. Le 15 octobre 1546 le seigneur Galiot meurt après une vie d’Honneur et de Gloire au service de la France. Seule reste de la Famille de Genouillac : Jeanne de Genouillac, que Galiot eut en 1512 de son mariage premier avec Catherine d’Archiac Dame de Lonzac (Charente Maritime), laquelle Jeanne était l’épouse du seigneur Charles de Crussol Vicomte d’Uzès (maintenant Duc de Crussol d’Uzès). La fille de Galiot, héritière de tous ses biens par la mort de son frère, François d’Assier, brave et vaillant et seigneur, qui reçut une blessure mortelle à la bataille de Cérizolles, fut d’abord mariée à un Cruzol d’Uzès, et épousa, en secondes noces, le comte de Rhin-Saluces. Dans une transaction, passée en 1558 avec Hebrad, seigneur de Saint-Sulpice, elle se qualifie de dame d’Assier, comtesse de Rhin et de Quercy, femme de Jean Philippe, comte de Rhin-Saluces, colonel d’un régiment de vingt enseignes de Lansquenets.

Jacques DUEZE, pape sous le nom de Jean XXII – (Cahors 1245 – Avignon 1334)

Jacques Duèze (ou d’Euze) est né à Cahors vers 1245, d’une famille de banquiers. L’évêque de Toulouse lui ouvre la voie vers la cour de Rome. Jacques Duèze a étudié le droit canon et le droit civil à Paris et Orléans. En 1299, il est nommé évêque de Fréjus. En 1309 il devient chancellier de Charles II de Naples et est nommé en 1312 Cardinal de Porto.

La renommée de cet homme de bien, contribue à son élection à la papauté en 1316, mettant un terme à la longue querelle de succession au pape Clément V. Le 7 août 1316 il succède au Pape Clément V et transfère définitivement la cour papale en Avignon. Jean XXII est élu en raison de son grand âge, 72 ans, qui ne le prédestinait qu’à un règne “intérimaire”. Ancien évêque d’Avignon, c’est tout naturellement qu’il s’y installe, et, malgré son intention de ramener la papauté à Rome, il y restera jusqu’à sa mort, 18 ans après.

Deuxième pape à régner en Avignon (de 1316 à 1334). Il a contribué à centraliser l’administration de l’église, condamné les “Franciscains spirituels” et réaffirmé l’autorité papale lors des élections à l’empire d’Autriche.

Pendant cette première période, de 1309 à 1376, sept papes se succèdent à Avignon : Clément V, Jean XXII, Benoît XII, Clément VI, Innocent VI, Urbain V et Grégoire XI. Ces années vont radicalement transformer la ville et la marquer d’une empreinte à laquelle elle doit encore sa renommée mondiale.

Jean XXII participe à la prospérité de l’Église et rétablit la doctrine catholique sur le droit de propriété. Son action incessante le conduit à fonder les universités de Cahors et de Cambridge, à évangéliser l’Afrique et la Chine, à partir en croisade contre les Turcs. Cependant, les besoins financiers grandissent, et le système de fiscalité qu’il inaugura jeta le discrédit sur la papauté en Avignon.

Dès le début de son pontificat, Jean XXII prend parti dans le conflit ancien qui oppose deux factions dans l’ordre des Franciscains : les “Spirituels”, qui prônent une adhérence stricte aux règles de pauvreté de Saint François, et les “Conventuels”, qui ont une approche plus large. Il soutient les Conventuels et persécute les Spirituels qui s’opposent à lui. Plus tard, il condamnera toute la théorie de la pauvreté évangélique dans deux décrets : “Ad Conditorem Canonum” (1322) et “Cum Inter Nonnullos” (1323), utilisant des preuves tirées de l’écriture pour démontrer que le Christ et les apôtres auraient possédé des biens temporels.

Jean intervient également dans la querelle qui oppose Louis de Bavière (l’empereur Louis IV) et Frédéric d’Autriche pour la couronne du Saint Empire Romain Germanique. Il excommunie Louis de Bavière mais le 18 avril 1328, celui-ci fait déposer Jean XXII à Rome. Le franciscain Pierre de Corbara (Pietro Rainalducci) est alors élu antipape sous le nom de Nicholas V et est excommunié par Jean XXII.

Ancien évêque d’Avignon, c’est dans cette ville qu’il s’installa, comme deuxième pape, de 1316 à 1334. Jean XII participe à la prospérité de l’Église et rétablit la doctrine catholique sur le droit de propriété. Au cours de son pontificat, Jean XXII contribue à promouvoir l’activité missionnaire en Asie. Il crée des évêchés catholiques en Anatolie, en Arménie en Iran et en Inde. Il fonde une bibliothèque pontificale à Rome et une université à Cahors et à Cambridge, il contribue à évangéliser l’Afrique et la Chine, il part en croisade contre les

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Cahors, la Tour dite du Pape Jean XXII

Turcs. Cependant, les besoins financiers grandissent, et le système de fiscalité qu’il inaugura jeta le discrédit sur la papauté en Avignon.

Il contribue également à à fortifier diverses places fortes afin de protéger les alentours de la cité papale. De son pontificat datent le surhaussement du donjon féodal et les fortifications de l’église de Saint-Laurent-des-Arbres.

Successeur de Clément V (qui prit une part active au démantèlement de l’Ordre du Temple sous le règne de Philippe Le Bel), Jean XXII aurait fait partie, officieusement, du premier groupe d’hommes qui fondirent les légendaires Frères Aînés de la Rose Croix (F.A.R.+C.). Roger CARO, dans son Legenda, montre avec force détails, comment Jean XXII fut initié au Grand Art par ce dernier groupe de Templiers, révélant son intérêt pour la “Chimie de Dieu”. Dans les deux traités “L’Elixir des Philosophes” et “L’Art Transmutatoire”, Jean XXII nous délivre ses connaissances très détaillées et nous lègue ainsi le témoignage opératif d’un alchimiste du 14e siècle.

Sur son lit de mort, Jean XXII doit rétracter les propositions énoncées lors de ses derniers sermons. Il mourut le 4 décembre 1334 laissant la mémoire du plus grand pape d’Avignon. Il fut le 194e pape.

Pierre Duèze, frère de Jean XXII, avait fait édifier vers 1322 un palais situé en haut de la ville. Une tour des remparts, construite le siècle précédent, y fut incluse. Cette tour s’orne de fenêtres du XIVeme siècle

Autres sites internet :

Jean XXII (Wikipédia)

Jean XXII (Compilhistoire)

Uc de Saint-Circ, un père de la Renaissance Italienne

Uc de Saint-Circ est né à Thégra à la fin du XIIème siècle. Son père, petit vavasseur (1), avait dû quitter son château de Saint-Cirq (graphie actuelle) situé sur l’actuelle commune de Couzou, sans doute ruiné par Henri Court-Mantel lors du sac de Rocamadour en 1183. Pour éviter une copropriété des biens familiaux (selon la coutume occitane, cadet d’une nombreuse fratrie, il était copropriétaire de ses biens avec ses frères) ses frères l’envoient étudier à Montpellier où on le destinait à l’état de Clerc.

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Château de Saint-Cirq (graphie actuelle)

Rappelons que Montpellier, alors sous la domination des rois d’Aragon et de Majorque, était une ville universitaire très importante où se retrouvaient de nombreux quercynois. Inversement, les professeurs de Montpellier enseignaient à l’Université de Cahors. Dans la capitale culturelle des rois d’Aragon où l’apport scientifique des musulmans et des juifs est important, Uc a pu acquérir, au moins en partie, les trois premières branches du savoir, le trivium : grammaire (latin classique), rhétorique et logique. Mais il ne devient pas clerc, il se fait jongleur et entre au service du comte de Rodez, du vicomte de Turenne et du bon dauphin d’Auvergne. Il sert de lien entre ces trois puissantes. Très tôt, il devient troubadour, nous dirions aujourd’hui, auteur-compositeur, un intellectuel profane du Moyen Age.

On le retrouve en Gascogne, auprès de Savaric de Mauléon, de la comtesse de Bénauges, en Poitou puis en Aragon et en Castille. En Provence enfin, d’où il gagne la Marche de Trévise vers 1220. Là il prend épouse et dernière date connue de sa vie, est accusé d’hérésie et d’usure en 1257 (Cathare ou bien Cahorsin ?). En Italie du nord, son rôle est fondamental dans la gestion de la Renaissance. Exilé, faidit, il apporte à sa patrie d’adoption le texte troubadouresque. Sur place il crée des vidas, premières biographies de troubadours marquées par la nostalgie d’un temps heureux, d’un pays perdu et remis dans le droit chemin obscurantiste par la ruée des croisés. C’est le point de départ, en Europe, de la critique littéraire en langue vulgaire et de la nouvelle en prose. Il y a un suivi des vidas au Novellino anonyme puis à Boccace et jusqu’à nos jours.

Uc est ainsi devenu, en Italie, un poéticien, un maître du trobar et plus encore, selon l’expression de Robert Laffont : « Le grand témoin de l’Occitanie en Italie ». Il ne nous reste qu’une cinquantaine de textes écrits par Uc et trois musiques qui permettent d’entrevoir un musicien de talent. Son œuvre est un « roman vécu ». Enfin, nous savons depuis peu, grâce aux travaux de Saverio Guida de l’université de Messine, qu’Uc de Saint-Circ et Uc Faidit sont une seule et même personne. Uc Faidit écrit vers 1240 le Donatz proençals, une grammaire, un traité de versification suivi d’un dictionnaire des rimes. Deux versions : une en oc et l’autre en latin. L’ouvrage est novateur (les exemples sont créés et non empruntés) et permettra à Dante, en différenciant le volgare du latino, de promouvoir l’italien moderne.

Depuis quelques années, l’Association Thégra Animation fait revivre Uc de Saint-Circ à travers un son et lumière retraçant sa vie et lui a consacré un colloque en 1998. Un cd de Gérard Zuchetto a été enregistré dans l’église de Thégra.

D’après : Anthologie des Poètes du Quercy, par Gilles Lades, éditions du Laquet et Encyclopédie du Lot, Bonneton.

(1) VAVASSEUR, subst. masc. C’était le vassal d’un autre vassal, ou celui qui tenait un fief d’un vassal qui relevait lui-même d’un seigneur. D’autres historiens entendent que Vavasseur était une dignité immédiatement au-dessous de celle de baron.

Luctérius, première grande personnalité qu’aient connu les terres du Quercy…

Premier siècle avant J.-C., Lucterios (aussi connu sous la version latinisée Lucterius) est le dernier chef gaulois à résister à Jules César. Un an après la reddition de Vercingétorix à Alésia, Lucterios et Drappès se réfugient dans l’oppidum d’Uxellodunum où eut lieu la dernière bataille de la guerre des Gaules, en 51 avant J.-C. Il trouve refuge chez le chef arverne Epasnactos, qui le livre à César. Wikipedia

Lucterius est le nom du véritable Abraracourcix, c’est-à-dire du véritable dernier chef gaulois qui résista à César. Son retranchement ne s’appelait pas Petitbonum mais Uxellodunum. Il n’était pas en Bretagne mais dans le Quercy. En plus de ces légers détails et pour tout le reste il ressemble plus à Asterix : il était courageux, volontaire, plein de bonnes idées, sans peur et sans reproche. La ressemblance avec la bande dessinée est d’ailleurs si forte que, aussi incroyable que cela paraisse, les disputes en Quercy n’en finissent pas pour savoir exactement où était situé l’oppidum d’Uxellodunum.

Uxellodunum

Gravure représentant
Uxellodunum comme on se l’imaginait au XVIème siècle.

La première grande personnalité qu’aient connu les terres du Quercy est sans nul doute Luctérius. A l’époque où vécut Luctérius le Quercy n’existait pas sous ce nom du moins, c’était le pays des Cadurques, nom du peuple qui habitait ces terres. Luctérius s’est grandement distingué durant les deux dernières années de la guerre des Gaules, mais ne semble pas être reconnu à sa juste valeur par les historiens lotois. Il fit pourtant preuve d’ héroïsme sur le territoire même du Quercy. Nous savons que Luctérius vécut durant le premier siècle avant J.C., et nous connaissons ses agissements grâce aux témoignages de César ainsi que d’Hirtius (compagnon de César), qui sont relatés dans les livres VII et VIII de la Guerre des Gaules (Bello Gallico).

Luctérius était issu du peuple des Cadurques, qui occupé approximativement le territoire de l’ancienne province du Quercy. Il fut une des grandes figures de la Gaule un allié de Vercingétorix et vraisemblablement, également un ami. Son peuple, les Cadurques furent en effet parmi les premiers à répondre à l’appel à la rébellion de Vercingétorix. Le grand César lui-même se méfiait de Luctérius dès le début de la révolte gauloise, qualifiant le chef Cadurque d’être un homme « d’une extrême audace ».

On sait que Vercingétorix l’envoya dans le territoire des Rutènes, peuple voisin des Cadurques, sur qui il devait avoir une certaine influence, le livre VII de la guerre des Gaules nous rapporte ceci : « Luctérius le Cadurque qui avait été envoyé chez les Rutènes les gagne aux Arvernes. Bien mieux il trouve de nouveaux alliés dans son voisinage : les Gabales du Gévaudan et les Nitiobriges de l’Agenais. Puis ayant réuni une forte troupe il entreprend d’envahir la Province en direction de Narbonne ». Il contraint César qui revenait d’Italie, à rejoindre Narbonne où il fit fuir ses troupes .

Puis, bien qu’il ne soit pas nommé, on peut déduire que Luctérius ait été présent à l’assemblée de Bibracte, qui se déroula après le succès de Gergovie. Vercingétorix décida alors d’empêcher César de rentrer en Italie, et distribua alors les règles à chacun. « Il envoie les Rutènes et les Cadurques ravager le pays des Volsques Arécomiques ». Luctérius descendit donc une nouvelle fois vers la Province romaine.

Mais la suite des événements perturba les plans Gaulois. Vercingétorix se retrouve encerclé dans Alésia et effectue un appel, 12.000 hommes sont alors réclamés aux Rutènes, 35.000 aux Cadurques, afin de former une armée de secours capable de libérer les assiégés d’Alésia.

Luctérius fut donc vraisemblablement présent au siège d’Alésia, puisque l’on nous dit qu’il en a « gardé un douloureux souvenir », au moment où il prépare la ville d’Uxellodunum à ce qui sera l’ultime siège mené par César en Gaule.

Uxellodunum, les irréductibles

Après la déroute d’Alésia, notre chef Cadurque, ne désarma pas, et continua à vouloir résister à l’envahisseur. Luctérius, s’associe alors à un autre chef rebelle, Drappès de Sens, à eux deux, il vont vivre les derniers moments de la lutte pour l’indépendance gauloise. En 51 avant J.C., les deux chefs gaulois Drappès et Luctérius sortant de l’enfer d’Alésia, vont prêter main-forte à Dumnacos qui se bat du côté de Poitiers. Ils subissent là une nouvelle défaite par Labiennus, mais rassemblent quelques 3000 rescapés ils descendent dans le sud. Mais, poursuivis par Caninius et ses deux légions, ils s’enferment dans la ville d’Uxellodunum qui se situait dans le pays des Cadurques.

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Enluminure médiévale origine BNF représentant la bataille d’Uxellodunum

Luctérius, qui eut autrefois cette ville dans sa clientèle, gagna facilement les habitants à sa cause. Les deux chefs, décidèrent alors d’aller faire de grandes provisions de blé, afin de pouvoir tenir un long siège. C’est lors d’un des convois pour introduire du blé dans la place, que la troupe de Luctérius est surprise. Tous les Gaulois furent alors massacrés, seul Luctérius et quelques hommes purent s’enfuir. Les hommes de Drappès furent également défaits. Drappès fait prisonnier, honora sa mort en ajoutant volontairement la privation de toute nourriture aux douleurs que lui causaient les fers dont il était chargé, il se laissa mourir en peu de jours. Fabius et deux légions, puis César lui-même avec toute sa cavalerie ainsi que Calénus avec deux légions vinrent continuer le siège Uxellodunum où il ne restait plus que deux mille défenseurs dépourvus des deux chefs emblématiques Drappès et Luctérius.

Les Gaulois était bien pourvus en vivre, César résolut donc de les priver d’eau. Portant des archers, des frondeurs et des machines de guerres sur la rive gauche de la rivière qui entourait presque toute la montagne sur laquelle la ville était juchée et en face des pentes plus aisées, les Gaulois ne possédaient plus pour s’approvisionner en eau qu’une source au nord de la place qui coulait au pied du mur de celle-ci. César fit construire une terrasse (agger) de 18 m, une tour de 10 étages du haut de laquelle de l’artillerie empêchait les Gaulois de sortir de leurs murs. Par des tranchées couvertes et des galeries sous roche, les Romains parviennent à tarir la source et les Gaulois se rendirent. César fit couper les mains à tous ceux qui avaient porté les armes et se fit livrer Lucter par Epasnactos. Drappès lui se laissa mourir de faim.

Quant à Luctérius, qui était parvenu à s’enfuir, il fut livré à César par le chef Arvernes Espagnactos

Jacques-Joseph Champollion rappelait dans son ouvrage « Nouvelles recherches sur la ville gauloise d’Uxellodunum », que « les auteurs romains avaient écrit de ces deux chefs Gaulois que ce qu’ils ont cru dire de défavorable à leur mémoire. » Le même auteur écrivit sur Luctérius, que son « sort variable des armes le ramenant dans son propre pays, il y rendit ses compatriotes témoins de ses derniers efforts pour l’indépendance des Gaules, et vint, chargé de chaînes, expier, en présence de César, son inutile courage. »

Jacques-Joseph Champollion constatait avec regret, au sujet de Luctérius le Cadurque, qu’ « aucun monument public n’en consacra le souvenir ; l’empire des vainqueurs ne pouvoit le permettre ». Champollion l’aîné, découvrit néanmoins une inscription latine inédite qui se trouvait à Pern, sur une pierre de marbre servant de marche pied à l’autel. L’inscription en beaux caractères romains laissait lire : MARCO LUCTERIO. Champollion Figeac, alors accompagné de M. Lacoste (Hist. de la province Quercy en 4 vol.) purent déchiffrer la précieuse pierre, qui indique que ce monument fut élevé par la cité des Cadurci à Marc Lucter, surnommé Lion, fils de Lucter surnommé Senicianus, qui avait exercé toutes les charges publiques dans sa patrie, et qui était alors le prêtre envoyé par la même cité pour desservir l’autel dédié à Auguste, situé au confluent de la Saône et du Rhône, à Lyon.

Jacques-Joseph rappelait que « plusieurs monuments de même genre que celui-ci rappellent les noms de quelques prêtres de l’autel que les soixante cités des Gaules consacrèrent à Auguste .» Cette tablette est très importante, car le Marc Lucter mentionné est un descendant de notre Luctérius, qui fut le dernier chef Gaulois connut à lutter pour l’indépendance de son peuple. Il pourrait même être le petit fils du grand chef rebelle. Encore de nos jours, nous ne connaissons pas le sort qui fut attribué à notre illustre irréductible gaulois, César l’emmena-t-il à Rome comme Vercingétorix, ou bien sa soumission lui a-elle sauvée sa vie ? A l’heure actuelle nul ne peut prétendre le savoir.

Jacques-Joseph Champollion regrettait en 1816, qu’aucun monument n’eut était consacré à Luctérius, de nos jours le constat reste le même, seul un buste en marbre blanc exécutée en 1844 par un certain Dominique Molhnet, qui est exposé à la bibliothèque municipale de Cahors, honore la mémoire du grand Luctérius. A noter que Capdenac qui prétend être le lieu de l’ancienne Uxellodunum, a appelé sa place principale, « place Lucter ».

Mathieu MARTY

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