Auteur : christian.esteve Page 1 of 7

Les chèvres chantantes… A la découverte des Cornemuses des Pays de France

L’association La Mue Grèbus organise,

le vendredi 13 septembre à Larnagol, une causerie musicale sur les Cornemuses des Pays de France.

La causerie sera animée par Xavier Vidal et Albert Guibal.
Prix libre et nécessaire.
Rdv à 20h30 à la mairie de Larnagol.

Au plaisir de vous y voir.
Ludovic de la Compagnie La Mue Grèbus

La Joconde réfugiée au château de Montal

En 1940, pour échapper à la convoitise allemande, 3 200 tableaux ou objets du Louvre sont mis à l’abri à Montauban, puis, après l’invasion de la zone “libre” en novembre 1942, transférés dans le Lot.

L'exil de Mona Lisa vers les terres non occupées du Quercy …

L'exil de Mona Lisa vers les terres non occupées du Quercy …

Publiée par ville de Saint-Céré sur Lundi 11 juin 2018

© Source Ville de St Céré

Pas moins de soixante camions pour les acheminer vers leurs repaires : Montal, La Treyne, Bétaille, Vayrac, Lanzac,…, notre département abritant ainsi, comme on a pu le dire, “la plus forte densité de chefs-d’œuvre au km2”.

Parmi eux : La Joconde de Léonard de Vinci, L’indifférent de Watteau, l’Angélus de Millet, la maison du pendu de Cézanne, La Vierge au diadème bleu de Raphaël, L’élévation en croix de Rubens, La Sainte Famille de Rembrandt, etc…

En même temps que les tableaux et antiquités égyptiennes, des membres des personnels des Musées Nationaux sont aussi mis à l’abri. Le silence, la discrétion de la population complice de cette sauvegarde… tout simplement un acte de résistance qui honore les Lotois. Aucune alerte n’est à déplorer

Le Musée du Louvre caché dans le Lot

Une échappée belle en Quercy

Une échappée belle dans le Lot !

🌺🌿 Les ponts de mai on en profite et dans le LOT encore plus ! 😉Et si vous partiez par les petites routes à la découverte de ce Lot secret que l'on aime tant ?▶︎ bit.ly/2N67ize

Publiée par Destination Vallées Lot Dordogne sur Jeudi 18 avril 2019

Le nouveau numéro d’Entreprendre

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Le nouveau numéro d’Entreprendre, le magazine économique de la CCI du Lot est en cours de parution

Au sommaire :
▪️ Coups de pouce
▪️ Oh my Lot : plus qu’une marque !
▪️ Focus entreprises
▪️ Georges Vigouroux : un visionnaire attaché à ses racines lotoises
▪️ Focus : Initiative Lot
▪️ Un Oeil dans le rétro : Sermati
▪️ Infos économiques : Grand Débat National
▪️ Tendances de demain

Consultez-le directement en ligne : http://www.bitly.fr/ai5

Belle soirée du groupe Nadau à Luzech

La 10ème édition de la transhumance Rocamadour–> Luzech s’est achevée par un concert du célèbre groupe Nadau.

Ce fut, comme à chaque fois,  un réel moment de plaisir partagé et un magnifique spectacle bilingue de deux heures accompagné de la banda « In Vino Veritas ».

 

Los contes de l’agassa – les contes de la pie

Patrick Chalmel est originaire de Creysse. Il a appris l’occitan dans sa famille et vient de publier los contes de l’agassa en édition bilingue occitan et français.

Pour se procurer l’ouvrage :

Les contes de l’agaça – Les contes de la pie – 404 pages – bilingue – Edition du Bournat du Périgord – 13 rue Kleber 24000 Périgueux – 20 € – En souscription jusqu’au 1er avril au prix de 17€ + 7€ de port – revue.lobornat@laposte.net

Jean-Jacques Chapou 1909-1949

Jean-Jacques Chapou, une figure importante de la résistance dans le Lot

Jean-Jacques Chapou naît le 10 avril à Montcuq où ses parents, instituteurs, ont été nommés quelques années auparavant. C’est en troisième qu’il entre au Lycée Gambetta. Ses études secondaires finies, il se destine à l’enseignement : d’abord comme maître d’internat (1935-1936), puis comme professeur-adjoint (1937-1938). On le retrouve répétiteur, de 1938 à 1939 et de 1940 à 1941.

Mobilisé en 1939, il part pour Annot, petit village dans les Basses-Alpes. Dès 1940, il participe à quelques combats qui s’engagent à la frontière avec les soldats de Mussolini. Après l’armistice, il est démobilisé. Le 29 juillet 1940, il rejoint Cahors. A la fin de l’année 1941, il est renvoyé de l’Éducation Nationale par le gouvernement de Vichy, en raison de son appartenance à la franc-maçonnerie. A la recherche de travail, il devient secrétaire, en décembre 1941, au Groupement des Transports Routiers du Lot.

Au cours de l’hiver 1941-1942, Chapou entreprend de mettre sur pied la Résistance dans le Lot. Ce premier groupe veut former un syndicat clandestin tout en noyautant les syndicats officiels. Bientôt la Résistance touchera une part croissante de la population ; ainsi de 1942 à 1943, divers mouvements voient le jour.

Chapou devient le chef départemental du mouvement « Libération » dès septembre 1942. Il utilise son récent emploi de chef de service des autobus, à la maison Artigalas, à Cahors, comme moyen de reconnaissance continue de la région : il projette en effet d’élargir son mouvement.

Les autorités vichyssoises éprouvent une défiance grandissante envers ce fonctionnaire révoqué. Suite à une instruction ouverte contre lui, il est condamné par un tribunal spécial à Agen le 10 mars 1943, à un an de prison avec sursis. Le 8 juillet 1943, il quitte Cahors et rejoint le maquis d’Arcambal dit « France ». Il prend le nom de « Capitaine Philippe » et participe aux coups de mains, aux sabotages…

En 1944, il fait adhérer ses maquis aux Francs-Tireurs-Partisans, pour plus de coordination. Sabotages de voies ferrées, occupations de villes (Cajarc, Gramat…).

Route d’Eymoutiers, à la sortie de Bourganeuf (Creuse), le mémorial à J.-J. Chapou (Photo C. Laroche, Mémorial GenWeb)

Lorsque « Philippe » reçoit l’ordre de l’état-major supérieur des F.T.P. (3) de quitter le Lot pour prendre le commandement militaire des F.T.P. de la Corrèze, il abandonne son pseudonyme pour celui de « Kléber ».

Le dimanche 16 Juillet 1944, à Bourganeuf, pris dans une embuscade, il préfère la mort au déshonneur.

 

 

René Andrieu, qui l'a rejoint au maquis, dit de lui :
« Professeur adjoint au lycée de Cahors quand j’y étais élève, Philippe a été l’étincelle de la résistance armée dans le département. C’est lui qui a pris la tête du premier maquis, une vingtaine d’hommes armés de revolvers et de vieux fusils, traqués par les Groupes mobiles de réserve de Vichy. Il était un entraîneur d’hommes, toujours prêt à payer de sa personne, un mousquetaire courageux jusqu’à la témérité ». “Encerclé par les Allemands, il préféra se tuer plutôt que de se rendre. Sa dernière balle fut pour lui. Cela aussi, il me l’avait dit. Et il a tenu parole. C’était un brave”. (René Andrieu : Un rêve fou ?)

Le Lycée Gambetta, à Cahors, lui rend un dernier hommage le 18 décembre 1944 :
« Le corps de Jacques Chapou vint au parloir faire sa dernière halte. Couvert de drapeaux, entouré d’un amoncellement de fleurs, venues de tous les coins du Quercy, l’héroïque Capitaine Philippe… fut glorifié au cours d’une cérémonie grandiose où la population unanime honora une des plus hautes et des plus pures figures de la Résistance en Quercy » Discours de M. R. Saissac. Proviseur du Lycée. Distribution des Prix du 12 Juillet 1945.

Copie de la Citation de Jacques CHAPOU :

Par délégation du Commandant en chef des F.F.I., le colonel Rousselier, commandant la 12e Région Militaire, cite à l’ordre de la division à titre posthume, Chapou Jacques (Kleber), Capitaine, avec le motif suivant :
« Officier de haute valeur, d’une bravoure admirable. A organisé la Résistance dans le Lot, puis en Corrèze. A participé à de nombreuses actions contre l’ennemi. Directeur militaire de la Région Corrèzienne, a attaqué sans répit l’adversaire avec ses bataillons de patriotes. Combats de Tulle, Brive, d’Ussel. Directeur de l’inter-Région B, le 16 juillet 1944, est tombé dans une embuscade à Bourganeuf (Creuse). Blessé mortellement, a déchargé son revolver sur les Allemands et s’est achevé de sa dernière balle ».

La présente citation comporte l’attribution de la Croix de guerre à étoile d’argent.

Sophie VILLES, La Mémoire Vive, Cahors, 1998.


Les maquis

La transformation des refuges pour réfractaires ou résistants pourchassés en maquis s’est faite au fur et à mesure de l’arrivée sur le terrain de responsables à l’esprit offensif et de la disponibilité d’un armement minimal.

Dès 1943 les maquis s’organisent eux aussi en groupes francs. Les hommes vivent en totale clandestinité et sont mobilisés à plein temps. L’Armée secrète compte fin 1943 les maquis suivants :

– maquis Timo, du 1er avril 1943 à janvier 1944;
– maquis Bessières, du 15 février 1943 à février 1944;
– maquis France, du 3 mai 1943 à février 1944;
– maquis Caniac, du 15 juin 1943 à février 1944;
– maquis Douaumont, du 15 juin 1943 à février 1944;
– maquis Imbert, du 15 novembre 1943 à février 1944;
– maquis Liberté, du 15 novembre 1943 à février 1944;
– maquis République, du 15 novembre 1943 à février 1944;
– maquis Vayssette (Figeac), du 1er octobre 1943 au 15 juin 1944;
– maquis La Figuerade, du 1er mars 1943 au 30 octobre 1943.

C’est Jacques Chapou, « Philippe », qui assure la coordination de l’ensemble. Au titre de l’Armée secrète ? Au titre des M.U.R. ? La confusion est extrême. C’est sûrement au titre des deux, la distinction entre action armée et action civile n’étant pas très claire. Lorsque la direction de l’A.S.. est forte, les maquis sont A.S. Lorsque le comman­dement A.S. est mis en cause certains maquis se disent M.U.R.

Il est illusoire de vouloir coller une hiérarchie du type classique au-dessus des maquis. Les hommes des maquis ne connaissent que leur chef de maquis et ceux-ci sont farouchement indépendants et n’admettent pas qu’on leur impose un cadre rigide.

François Bessou et Jacques Chapou

Seul Chapou est admis par tous d’emblée. Son rôle est d’ailleurs tout en nuances. Il est l’exemple à suivre, le conseiller écouté, d’ins­tinct accepté.

Il ne s’agit pas de monter des opérations d’envergure mais d’orienter les actions au coup par coup. Sans état-major, avec un ou deux complices, Chapou est bien à la fin de 1943 le meneur de jeu des maquis, choisi d’instinct par tous.

Les maquisards de l’Armée secrète.

Un ouvrage, écrit par des amis très proches de Philippe, Georges Cazard et Marcel Metges, paru en 1950, retrace d’une façon magistrale le destin de ce grand résistant.

L’admiration qui l’entoure, la confiance qu’il inspire le poussent encore plus à se démarquer de l’A.S. et des M.U.R. Un rendez-vous manqué avec Collignon et Verlhac lui donne à penser à une mise à l’écart. C’est dans cet état d’esprit que se trouve Philippe lorsque, début 1944, le parti communiste lance une offensive d’envergure pour s’implanter en tant que tel dans la résistance lotoise.

Pour le P.C. ramener vers lui les militants communistes qui agissent au sein des divers mouvements est facile. Mais cela ne suffit pas, il lui faut récupérer tout ce qui est valable chez les autres. Philippe est un objectif de choix. « Récupérer » Philippe c’est aussi faire main basse sur les maquis A.S. et grâce à « Georges », communiste, chef du maquis Bessières depuis peu, s’installer en force dans ce département plutôt anticommuniste. Philippe hésite longtemps puis, vers le 15 janvier 1944, accepte.

Quinze jours après l’acceptation de Philippe, les groupes « Francs-Tireurs Partisans » émergent dans le Lot; le 15 février, la plupart des maquis A.S. ou M.U.R. passent aux F.T.P. avec armes et bagages, et en mars 1944 le triangle de direction F.T.P. est constitué :

– commissaire aux effectifs : Georges;
– commissaire technique : Gaston;
– commissaire aux opérations : Philippe.

L’éclatement des maquis A.S., M.U.R. ou S.-Vény qui fait suite au changement d’orientation de Jacques Chapou n’est que le prolo­gue d’une longue action menée par les F.T.P. pour prendre en main la Résistance lotoise. Un résultat positif pour les A.S.-Vény est quand même enregistré. Les groupes gagnent en homogénéité et en esprit d’équipe ce qu’ils ont perdu en hommes et en armes.
[…]

Ombres et espérances en Quercy, (Armée secrète le Groupe Vény du Lot 1940-1945), Les Éditions de la Bouriane, Gourdon, 1999.

Pierre Benoit, écrivain français

Pierre Benoit écrivain français et académicien dans le calme du Quercy qu’il a tant aimé.  1886-1962

En Juillet 1925, Pierre Benoit envisage un séjour à la Grande Chartreuse mais son ami, Anatole de Monzie lui fit un tel éloge de Saint-Céré, son pays d’adoption, qu’il accepta de changer le lieu de sa retraite. Il débarqua donc en gare de Brive, où M. David l’attendait, pour passer quelques jours au calme avant de repartir vers de nouveaux horizons. Quinze ans plus tard, il était toujours là.

Arrivé à Saint-Céré, il s’installa à l’Hôtel du Touring, place du Gravier, propriété de Monsieur et Madame David. Il choisit la chambre numéro 2, la plus petite, d’où il pouvait voir les Tours de Saint-Laurent.

Rapidement acclimaté et séduit par le pays, Pierre Benoit menait à Saint-Céré une vie quasi monacale, s’enfermant dans sa chambre, refusant toute visite et ne ressortant qu’en fin d’après midi, soit pour faire une promenade dans les rues, soit pour se rendre à la librairie de son ami Vertuel.

Dans la chambre numéro 2 Pierre Benoit écrivit tout ou partie de nombreux romans: Le Roi Lépreux, Erromango, Le Soleil de Minuit, L’Île Verte, Fort de France, Monsieur de la Ferté, Boissière, La Dame de l’Ouest, Les Compagnons d’Ulysse, Bethsabée, Notre dame de Tortose sans oublier ses trois romans “quercynois”, Alberte en 1926, Le Déjeuner de Sousceyrac en 1931 et Lunegarde en 1942. Le manuscrit de ce dernier roman a été dactylographié par Jean Vertuel, libraire et éditeur très connu à Saint-Céré.

Il écrivit également un ouvrage moins connu :”L’Homme qui était trop grand”, à deux mains avec son ami Claude Farrère, Académicien Français lui aussi. Après deux jours passés ensemble à définir l’intrigue et le plan de ce roman, ils se séparèrent. Pierre Benoit écrivit, à Saint-Céré, onze chapitres et Claude Farrère, treize. En cinq jours seulement, à l’Hôtel du Touring, ils firent ensemble les dernières mises au point du manuscrit définitif.

Pierre Benoit fut élu à l’Académie Française, au sixième fauteuil, en 1931. Le vingt-sept septembre de cette même année se déroula à Saint-Céré, en présence de sept cents invités, un banquet mémorable pour fêter cette élection. Des Ministres, des personnalités du monde littéraire et du spectacle ainsi que ses nombreux amis de la région y assistèrent.

Dans son discours prononcé ce jour-là il déclara notamment : “J’ai pu, depuis, aller me promener un peu partout, en Chine, à la Martinique, à Tahiti; il me semble que chacun de ces voyages n’a eu d’autre but que de fortifier les motifs que j’ai d’être attaché à ce pays, de désirer y enterrer définitivement le fameux bâton de pèlerin. Que d’abord je n’aie pas éprouvé quelque remords, c’est autre chose. Entre Dax, berceau des miens, Albi où je suis né, Paris dont je n’ai tout de même pas à me plaindre, j’ai pu me sentir un peu tiraillé. Puis, j’ai réfléchi et sans avoir de notions de trigonométrie particulièrement brillantes, je me suis aperçu que Saint-Céré occupait à peu prés le centre du triangle déterminé par ces trois villes. Ce jour-là, mes derniers scrupules ont été levés”.

Il reçut à cette occasion son épée d’Académicien, conçue et réalisée par le premier ferronnier français, Raymond Subes, originaire, bien évidemment, du Quercy.

Cette fête fut copieusement arrosée. Pierre Benoit, un peu éméché, demanda, à l’issue du repas à la “muse de l’arrondissement” de se dévêtir totalement, ce qu’elle fit volontiers. La dame frissonnante et ravie reçut des mains de Pierre Benoit et du Ministre de l’Éducation Nationale d’alors, Anatole de Monzie, une douche au champagne.

Certains messieurs du Quai Conti, ayant appris cet événement, peu dans l’esprit de cette vénérable maison, firent retarder sa réception sous la Coupole au vingt-quatre Novembre 1932, soit plus d’un an plus tard.

Les trois romans quercynois de Pierre Benoit connurent un grand succès de librairie comme d’ailleurs chacun des quarante-trois romans écrits en quarante-cinq années. En effet, au terme de sa vie, les œuvres de Pierre Benoit s’étaient déjà vendues à plus de cinq millions d’exemplaires et les ventes continuèrent après sa disparition en 1962. Ces chiffres feraient pâlir de jalousie bien des écrivains actuels.

De ces trois romans furent tirées des adaptations diverses.

Lunegarde fut porté à l’écran en 1945, mis en scène par Marc Allégret avec notamment Gaby Morlay et Danièle Delorme mais ce film, malgré la notoriété de l’auteur, du metteur en scène et des acteurs ne connut pas un très grand succès.

Alberte fut, pour sa part, porté au théâtre en 1950 avec, à nouveau Gaby Morlay. Cette pièce ne fut jamais jouée sur une scène parisienne. Elle fut cependant jouée dans de nombreuses villes de province, en Afrique du Nord, en Belgique, en Suisse, en Espagne et en Argentine.

Le Déjeuner de Sousceyrac n’eut ni une destinée cinématographique ni théâtrale. Une adaptation de plus de quatre heures fut faite pour “Radio Paris” qui la diffusa le cinq novembre 1939.

Il y a quelques années la télévision adapta ce roman (avec assez peu de bonheur) et le diffusa dans une version tournée à… Autoire ! Pierre Benoit fut donc très attaché au Lot et il est dommage que son souvenir s’estompe. Lui qui connut une gloire immense, qui fut ce que l’on appellerait aujourd’hui une “star”, sombre dans l’oubli.

Bernard VIALATTE
Président de l’ «Association des Amis de Pierre Benoit ».
Pour tout renseignement Bvialatte@aol.com

Léon Gambetta

Léon Gambetta,
député, ministre de l’Intérieur, président du Conseil

Avocat, né à Cahors en 1838 dans une famille italienne, Léon Gambetta, monté à Paris pour y chercher la fortune, incarne les débuts de la Troisième République. Il devient célèbre en 1868 après sa plaidoirie dans le procès Baudin. Il est élu député l’année suivante sur un programme qui en fait le porte-parole des Républicains les plus intransigeants.

Le bazar des parents de Gambetta était proche de la cathédrale et l’enseigne
en est toujours visible.

Partisan de la guerre à outrance en 1870-1871, il est membre du gouvernement de la Défense nationale. Après la défaite de Sedan (2 septembre 1870), il participe à la journée du 4 septembre au cours de laquelle sont proclamées la chute de l’empereur et la Troisième république.

Ministre de l’Intérieur, il quitte Paris en ballon le 7 octobre pour préparer la résistance à l’ennemi à Tours, où il prend également le portefeuille de la Guerre.

10 francs Gambetta

Le 4 septembre 1870, il est avec Jules Favre à la tête des légalistes qui veulent l’établissement de la République dans l’ordre. Bien qu’hostile à la capitulation, il accepte l’armistice en janvier 1871 pour mieux préparer la “guerre à outrance”.

Il démissionne lorsque ses électeurs du Bas-Rhin sont abandonnés à l’Allemagne, mais est réélu en juillet 1871.

Après s’être opposé à Thiers car refusant une République conservatrice, il devient un politique clairvoyant et attentif aux réalités.

Il participe à provoquer la crise du 16 mai 1877 (qui voit s’opposer le président Mac-Mahon et le chef du gouvernement J. Simon), dont il est considéré comme le vainqueur.

Mais certains sont jaloux de son succès (Jules Grévy), et Gambetta est maintenu à l’écart du pouvoir sauf pendant une courte période de novembre 1881 à janvier 1882 (pendant laquelle, d’ailleurs, il décevra et sera accusé de “trahir la République” par Clemenceau).

Il meurt à 44 ans d’une septicémie consécutive à un banal accident.

 
Cahors, le monument à Léon Gambetta

Inauguré en avril 1884. Statue de Falguière, qui nous montre le tribun, devant les allées Fénelon, appuyé sur un canon, bras tendu, en pleine déclamation patriotique.

A droite une carte postale ancienne, nous montre le monument dans son état d’origine : le soubassement du socle était décoré de statues de marin et d’un drapeau de bronze, lesquels furent ont été envoyées à la fonte durant l’occupation.

Léon Lafage

Léon Lafage  écrivain, poète occitaniste a brossé dans son oeuvre une fresque de ce Quercy, partie intime de son être. En dépeignant les villes, les routes, les habitants au phrasé si particulier, les coutumes, les récoltes, la vigne…, il s’est montré à la fois géographe, historien, sociologue. Son oeuvre permet aux lecteurs d’aujourd’hui de renouer avec un passé définitivement disparu.

Buste à Saint-Vincent-Rive-d’Olt

Il naît à Saint-Vincent-Rive-d’Olt, en 1874, au sein d’une famille bourgeoise, fervente occitaniste, cultivée (le grand-père quelque peu helléniste initie ses trois petits-fils à l’oeuvre d’Homère).

Après un passage à l’école du village, Léon Lafage suit les cours au Lycée de Cahors, avec entre autres comme camarades : Pierre Calel (Jules Lafforgue), Gustave Fréjaville…

La quiétude familiale se trouve bouleversée par la ruine du père, obligé d’éteindre les dettes d’un boutiquier indélicat en faveur duquel il a commis l’imprudence de se porter garant, règlement d’autant” plus douloureux que ses vignes sont alors ravagées par le phylloxéra. Reconverti dans le métier de percepteur, le chef de famille prend l’habitude d’effectuer ses déplacements en compagnie de son jeune fils. Quelles merveilleuses occasions pour l’enfant de s’imprégner des usages, des dictons, des locutions des villages !

Le baccalauréat en poche, Léon Lafage écrit déjà dans les journaux locaux. Il est alors Cadurcien, logeant sur les quais, dans un quartier où une foule de métiers artisanaux sont représentés et où règne la langue occitane.

Etudiant parisien, Lafage fréquente moins la Faculté de Droit que la “Taverne du Panthéon” ou le “Café Vachette” (les deux hauts lieux littéraires d’alors). Engagé par le “Réveil du Lot”, il ne fréquente plus guère que les théâtres. Encouragé par Gustave Larroumet, c’est l’époque aussi de ses premières compositions.

Dilettante, le jeune auteur se tourne temporairement vers d’autres activités, en particulier l’exploitation à Piolenc, en Vaucluse, d’une colline comportant des coulées de sable à verre, “La Montagne “, que possède sa mère. Les affaires sont mauvaises, il doit renoncer, regagner Paris et trouver un emploi.

C’est chose faite au Ministère de la Justice. Mais son travail le passionne peu, ses horaires s’avèrent plus que fantaisistes, et pourtant quelle source d’inspiration toutes ces plaintes enregistrées ! La plupart s’appuient en effet, avec ténacité, sur la tradition orale, séculaire, qui régit la vie rurale.

La “Revue Hebdomadaire” a édité son premier texte : un conte qui puise son inspiration dans les coutumes ancestrales de la campagne quercynoise ainsi cette invocation au cours d’un pèlerinage :

Pregalz per nautres Sant Perdos,
Que nautres espingarem per vos.

Priez pour notre Saint Perdoux,
Nous danserons pour vous.

D’autres contes et nouvelles trouveront leur place au supplément illustré du “Petit Parisien”, et au “Journal” dirigé par Catulle Mendes. Bernard Grasset, alors tout jeune éditeur, publie en 1907, son premier livre : “La chèvre de Pescadoire “. Les deux premiers récits se déroulent dans le Comtat Venaissin, les autres contes, dans le Quercy. Pescadoire, un grand-oncle de Lafage, a donné son nom au recueil. Cet ancien lieutenant aux zouaves pontificaux qui, après “treize duels” et une vie des plus singulières, promenait sa chèvre de par les chemins, “en veste d’alpaga, pantalon clair, gants beurre frais, coiffé d’un panama retroussé à la mousquetaire, un jonc à la main” , était connu de tout Piolenc. “La vie a passé dans ces pages…” commentera la “Revue de Paris”. Daudet, charmé par l’accent de cette première oeuvre, s’empresse d’en faire connaître l’auteur (1).

Le succès de “La chèvre de Pescadoire” pousse Grasset à demander à Lafage de franchir une étape, en écrivant un roman. “Par aventure” se présente en fait plutôt comme une longue nouvelle ayant pour toile de fond Paris et le Vaucluse. Puis paraît un recueil plus achevé : “Bel Ecu de Jean Clochepin”, un “livre tout de Querci “. Le premier conte, titre du recueil, narre l’histoire de Jean Clochepin, pauvre gueux, mendiant roulant sa bosse çà et là, bagarreur, rimailleur aussi à l’occasion, ce qui lui permet de plaire aux femmes et d’être maudit par les hommes. Une rixe justement l’entraîne derrière les barreaux. Qu’importe ! l’homme est débrouillard, que meure son geôlier, le voilà qui reprend sa place sans problème, dans la prison, mais aussi dans le lit conjugal !

En août 1914, la guerre retient Léon Lafage à son poste au Ministère, successivement à Cahors puis à Mont-de-Marsan. En 1916, il occupe à Londres le poste de Secrétaire général du Haut-Commissariat de France en Grande-Bretagne. Il détestera Londres, où il restera jusqu’à la fin de la guerre.

Lafage publie en 1921 son second roman : “Les abeilles mortes” histoire des pérégrinations orientales d’un gentilhomme quercynois ; puis son troisième roman “Bottier-Lampaigne” (1926), titre éponyme d’un député dont l’avènement, l’apogée et la chute sont relatés. Avec “La felouque bleue”, (1927), l’écrivain renoue avec un langage un peu suranné, aux mots rares, oubliés, chers à son coeur, restituant merveilleusement l’esprit, la naïveté du temps jadis. Le “Fifre et le buis” (1931), réunit quarante contes tour à tour pathétiques ou au contraire divertissants “telles les histoires du coq ivre mort, du lièvre qui subtilise les écus du chasseur” (2), du jeune soupirant de la fille du gardien du cimetière – spectateur assidu de tous les enterrements , “du vieil âne qui porte collées à sa peau les mouches nécessaires au pêcheur de truites…” (3). Après “Le pays de Gambetta” (1933), “La rose de cuir” en 1940, son dernier recueil de contes, passe quasiment inaperçu dans le contexte troublé de l’époque.

Léon Lafage passe la Seconde Guerre mondiale entre Tarbes et Lourdes, charmé par les Pyrénées. Il retourne à Paris en 1948, ne livrant plus qu’une production littéraire de plus en plus rare. Il meurt dans la capitale le 9 mars 1953, et repose dans son village natal.

Il a brossé dans son oeuvre une fresque de ce Quercy, partie intime de son être. En dépeignant les villes, les routes, les habitants au phrasé si particulier, les coutumes, les récoltes, la vigne…, il s’est montré à la fois géographe, historien, sociologue. Son oeuvre permet aux lecteurs d’aujourd’hui de renouer avec un passé définitivement disparu.

Texte extrait de :
La Mémoire vive, par Sophie Villes, Cahors, 1998

(1, 2 et 3) A. MOULIS : Léon Lafage, écrivain du Quercy”, Cahors, 1959.

Jean-François Champollion

Jean-François Champollion dit Champollion Le Jeune, égyptologue

Né à Figeac, le 23 décembre 1790 dans la maison de la rue de la Boudousquarie, il était le septième et dernier enfant de la famille Champollion. Le père était libraire et la mère issue d’une famille de tisserands.

Le jeune Jean-François fait preuve d’une grande précocité : à cinq ans il apprend à lire seul, dans les livres de la librairie paternelle, à 11 ans, il entre au tout nouveau lycée de Grenoble. Le jeune garçon stupéfie les inspecteurs généraux en traduisant à la perfection les vers les plus difficiles de Virgile et Horace.

Durant cette période, il étudie l’hébreu, l’arabe, le syrien, l’araméen. En 1804, il analyse l’étymologie hébraïque des noms de la Bible et écrit Remarques sur la fable des Géants . En 1805, il apprend l’éthiopien et le copte.

En 1807, il quitte le lycée et présente son essai de Description géographique de l’Egypte avant la conquête de Cambyse devant l’Académie des Sciences et des Arts, ce qui lui vaut d’être élu à cette Académie.

De 1809 à 1810, Champollion poursuit ses études à Paris à l’Ecole spéciale des langues orientales et au collège de France où il suit les cours de sanscrit, de chinois et de persan. Son intérêt pour l’Egypte ancienne ne fait que croître. Il approfondit l’usage du copte car il sait déjà que son travail sur les papyrus sera basé sur cette langue. Il réalise deux grammaires du copte ainsi qu’un dictionnaire.

A Paris, il travaille sur une copie de la pierre de Rosette découverte en 1799. Il ne partira pas en Angleterre pour travailler sur l’originale ; il se passionne au point de publier dès 1809 une théorie sur l’écriture égyptienne.

Grâce à l’intervention de Joseph Fourier, Napoléon dispense Champollion de la conscription. Jean-François revient à Grenoble auprès de son frère aîné lui-même professeur es-sciences. Il devient à 20 ans, professeur d’histoire ancienne à l’université de Grenoble en 1810.

En 1814, il publie les deux tomes de l’Egypte sous les Pharaons. Il identifie les groupes épithètes, ainsi que le pluriel. En 1815, il veut éditer un dictionnaire et une grammaire copte, mais ses travaux ne sont pas encore acceptés par l’Institut. Son frère Jacques-Joseph devenu secrétaire de Napoléon plaide sa cause, mais la défaite de Waterloo et la chute de l’Empire obligent les frères à quitter Grenoble.

A Paris il se consacre au déchiffrement des hiéroglyphes et en 1821 les travaux de Jean-François Champollion prennent un tour décisif : il déchiffre le nom de Ptolémée inscrit sur le cartouche, il dresse un tableau des correspondances entre signes hiéroglyphes et hiératiques. Sur l’obélisque de Philae, il reconnaît le nom de Cléopâtre, il retrouve ainsi les valeurs alphabétiques des 11 signes : 7 rendent des consonnes, 4 des voyelles.

Les Hiéroglyphes

Stèle de Nèfertiabet, bas-relief Gizeh (2590 avant JC) – Musée du Louvre

Cependant, en comptant les 1419 signes de la pierre de Rosette, pour rendre les 486 mots grecs, il déduit que les hiéroglyphes ne pouvaient transcrire uniquement des mots. En comparant des relevés provenant d’Abou Simbel, du temple de Ramsès II et du temple de Amada en Nubie, il arrive à la conclusion que l’écriture est à la fois symbolique, figurative et alphabétique dans un même texte, une même phrase ou un même mot.

Le 27 septembre 1822, Champollion fait l’exposé de ses découverte à l’Académie réunie en assemblée extraordinaire. En 1823 il publie son Panthéon égyptien, puis un an plus tard Le précis du système hiéroglyphique des Anciens Egyptiens.

En 1824 il part pour un long périple en Italie, où il étudie dans tous les musées et les bibliothèques, les papyrus, les obélisques et collections rapportées de l’expédition de Bonaparte. A la demande de Champollion, le roi Charles X achète la collection d’antiquités égyptiennes du consul Henry Salt.

En 1826 il est nommé conservateur de la section égyptienne du Musée du Louvre, et il assure un cours public et gratuit d’archéologie. En 1827, Champollion embarque enfin vers la Vallée du Nil pour un voyage de dix-huit mois. Il reviendra avec des masses de notes, documents, textes et récits.

En 1826, Champollion est nommé conservateur du département d’égyptologie du musée du Louvre. En 1827, Champollion embarque enfin vers la Vallée du Nil pour un voyage de dix-huit mois. Il reviendra avec des masses de notes, documents, textes et récits.

A son retour en 1830, il est élu à l’Académie des inscriptions et Belles Lettres et reçoit en 1831 la chaire d’égyptologie créée pour lui au Collège de France. Il fait paraître quatre volumes de dessins relevés et croquis Ls monuments d’Egypte et de Nubie. Il écrit sa Grammaire égyptienne et son Dictionnaire égyptien, mais meurt à 42 ans, le 4 mars 1832 d’une attaque d’apoplexie sans avoir pu l’éditer.

Son frère Jacques-Joseph se charge d’éditer la Grammaire égyptienne en 1836, le Dictionnaire égyptien en écriture hiéroglyphique et les monuments de l’Egypte et de la Nubie en 1841. A son tour il meurt en 1867.

François de Salignac de Lamothe-Fénelon

François de Salignac de Lamothe-Fénelon dit FÉNELON, prélat et écrivain français est né au château de Lamothe-Fénelon (canton de Payrac, Lot) en 1651.

Philosophe, poète, évêque, il a laissé cinquante-cinq ouvrages, dont deux au moins le placent au premier rang de nos gloires littéraires.

A l’âge de douze ans, il vient suivre des cours à l’Université de Cahors. Après des études de belles-lettres et de philosophie, il se rend à Paris en 1665, pour achever plus rapidement sa formation.

Éprouvant un vif désir d’entrer dans la carrière ecclésiastique, il choisit de continuer ses études au séminaire de Saint-Sulpice. Il est ordonné prêtre à Sarlat le 17 avril 1677. (La lettre d’ordination est signée François, évêque de Sarlat).

Son goût passionné pour l’éloquence, le porte à devenir bientôt le prédicateur du jour. Tout en s’attirant l’admiration d’un public, il acquiert de nouveaux titres à l’estime de ses supérieurs. L’archevêque de Paris le nomme, en 1678, directeur des Nouvelles Catholiques, institution destinée à la rééducation de jeunes filles protestantes converties au catholicisme.

Protégé de Bossuet, doté d’une grande habilité dialectique, il commence à écrire quelques traités, comme les Dialogues sur l’éloquence en 1681 Il écrit en 1687 son Traité de l’éducation des filles, pour les huit filles du duc de Beauvilliers, dans lequel il professe des idées pédagogiques très modernes par leur tolérance. Cet écrit attire sur lui les regards du Roi : en 1689, Louis XIV, poussé par des courtisans amis de Fénelon, nomme ce dernier précepteur de ses petits fils, le Duc de Bourgogne et le Duc de Berry.

Fénelon rentre à l’Académie française en 1693. C’est dans cette intention de “perfectionner l’âme des princes” qu’il écrira son : Abrégé de l’histoire des anciens philosophes et ses Dialogues des morts (publié en 1712).

Louis XIV le nomme archevêque de Cambrai. En 1697, dans son ouvrage L’explication des Maximes des Saints, il défend le quiétisme contre Bossuet. Les deux grands prélats, naguère amis, se livrent désormais des combats théologiques.

Les Aventures de Télémaque (publiées en 1699), déplurent à Louis XIV qui, se déclarant pour Bossuet, exile Fénelon de sa Cour, le prive de ses titres et pensions, et sollicite la condamnation de son livre auprès du pape Innocent XII. L’ouvrage est en effet condamné en 1699, mais les raisons de cette condamnation ne sont pas toutes religieuses, les vues politiques très avancées de Fénelon y sont sûrement aussi pour beaucoup.

Le roi n’aime pas Fénelon qui écrit des ouvrages où il montre qu’il espère voir réformer le gouvernement de la France. Il meurt dans son diocèse de Cambrai en 1715.

Jean-Baptiste Bessières

Jean-Baptiste BESSIÈRES,
maréchal de France, duc d’Istrie
Prayssac, 1768 – Rippach (Saxe), 1813

Jean-Baptiste Bessières est né à Prayssac le 6 août 1768. Après des études au Collège royal de Cahors, où il est très bien noté, il se destine à faire des études de médecine à Montpellier, pour succéder à son père dans sa charge de chirurgien-barbier.

Mais sa famille étant subitement ruinée, le jeune Jean-Baptiste reste à Prayssac où il s’initie au métier avec son père.

Envoyé par ses concitoyens dans la garde constitutionnelle de Louis XVI en 1791, garde à cheval en avril 1792, licencié le 5 juin, entré dans la légion des Pyrénées, devenue le 22ème Régiment de chasseurs à cheval, le 1er novembre 1792, il connaît un avancement qui n’a rien de vertigineux surtout pour un garçon instruit.

A l’armée des Pyrénées, il gagne ses grades de lieutenant et de capitaine avant de passer en Italie et de servir sous Bonaparte comme commandant des guides. D’une très grande bravoure, il est plusieurs fois cité pour ses exploits.

C’est la campagne d’Italie qui va le mettre en pleine valeur : un rare coup de main devant Crémone le signale à l’attention du général en chef Napoléon-Bonaparte qu’il ne quittera plus guère et qui lui donne à former, organiser, commander la Compagnie des Guides (qui deviendra la Garde Impériale). Chef de brigade le 9 mars 1798, Bessières fait merveille en Égypte, où il participe avec Murat et Lannes à la victoire d’Aboukir.. Bonaparte l’emmène avec lui lorsqu’il quitte l’Égypte en catimini.

Lors du coup d’État de Brumaire, tandis que Murat chasse les députés, Bessières assure la protection de Bonaparte. Murat comme Bessières sont originaires du Lot, mais de tempérament opposé, Murat hâbleur et fonceur, Bessières taciturne et réfléchi, tous deux d’un égal courage.

L’inimitié entre ces « pays » si différents se renforcera lors du mariage de Caroline Bonaparte, Bessières ayant soutenu la candidature malheureuse de Lannes contre Murat. Nommé commandant des grenadiers à cheval de la garde consulaire, Bessières charge à Marengo. Promu général de brigade un mois plus tard, général de division en 1802, fait maréchal d’Empire le 19 mai 1804, le même jour que Murat ; en 1805, Bessières marche sur l’Autriche à la tête de la cavalerie de la garde impériale.

Sa charge à Austerlitz est un des temps forts de la bataille. A Eylau, c’est encore son intervention et celle de Murat qui emportent la victoire. En 1808, Bessières part pour l’Espagne et gagne la bataille de Medina del Rio Seco (14 juillet 1808). Rappelé par l’Empereur pour la guerre contre l’Autriche, il écrase la cavalerie ennemie à Landshut (21 avril 1809).

A Wagram, son cheval est fauché par un boulet. Duc d’Istrie depuis mai 1809, il passe quelques mois en Espagne en 1811. A la tête de la cavalerie de la garde impériale. Il fait la campagne de Russie. Son principal fait d’armes est le dégagement du quartier général de l’Empereur, attaqué par 8 000 cosaques à Maloiaroslavets, les 24-25 octobre 1812.

Quand débute la campagne de Saxe en 1813, l’Empereur lui confie toute la cavalerie de l’armée, mais Bessières est tué parmi les premiers près de Weissenfells, le 1er mai 1813 par un boulet de canon, lors d’une reconnaissance la veille de la bataille de Lützen. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Etoile, sur le coté est.

Bessières a été un des plus habiles lieutenants de Napoléon, un homme de guerre de premier ordre, doté d’une probité et d’un dévouement rares.

D’après Sophie Villes :
La Mémoire Vive ou l’histoire du Collège Gambetta et de ses grands hommes“, 1998 (PAE Collège Gambetta, Cahors)

Costard trois pièces

Costard trois pièces

par Bernard Davidou

C’était au temps ou l’informatique était un art pratiqué par des hommes qui connaissaient l’ordinateur qu’ils utilisaient dans ses moindres recoins. Certains étaient de vrais artistes qui se passionnaient pour leur machine et étaient capables d’accéder aux endroits les plus protégés du logiciel de base que le constructeur livrait avec celle-ci et qui s’appelle le système d’exploitation.

Ils étaient amoureux de leur « bécane » au point que quelques extrémistes passionnés du « bit » (binary digit pour les spécialistes) préférèrent divorcer que renoncer à passer leurs nuits à mettre au point des programmes, dans l’ambiance climatisée de la salle machine, bercés par le ronronnement de l’imprimante ou du lecteur de cartes perforées.

Il y avait, au début des années soixante-dix, à Rodez, un directeur d’une administration qui, tardivement, contracta ce virus.

Au terme de brillantes études de droit, il avait obtenu son doctorat avec félicitations. Au moment de rentrer dans la vie active, il aurait préféré faire de la poésie ou bien approfondir la connaissance qu’il avait déjà acquise de l’occitan. Les nécessités de la vie matérielle et les mondanités coûteuses de sa femme l’obligèrent à y renoncer. Il devint fonctionnaire ce qui lui permit de gagner correctement sa vie tout en préservant du temps libre pour l’une et l’autre de ses passions. Après quelques années horribles à Paris, il eut enfin l’opportunité de revenir dans son Rouergue natal avec le titre envié de directeur pour le département de l’Aveyron.

Il accueillit le premier ordinateur dans son service avec scepticisme. Après quelques mois il en reconnaissait l’intérêt pour produire plus vite et plus sûrement les divers documents, tableaux croisés et statistiques que ses subordonnés devaient fabriquer sous sa responsabilité. Bien que littéraire et donc plus enclin à la rêverie qu’à la rigueur nécessaire à ces machines, il était cependant tenté de chercher à comprendre son fonctionnement. C’est lorsqu’il reçut son IBM Série3 qu’il décida de voir comment ça marchait.

La machine avait été livrée, installé et mise en route par un jeune ingénieur technico-commercial frais émoulu d’une école renommée et du centre de formation d’IBM. Cheveux courts, sourire perpétuel, ni barbe ni moustache et l’obligatoire costume trois pièces cravate étaient les standards de présentation de ces promotions de jeunes. Ils rentraient à vingt trois ans, après une sévère sélection sur tests et entretiens, chez le premier constructeur d’ordinateurs au monde, à cette époque, comme on rentre en religion. Ils avaient foi en leur entreprise, persuadés d’être l’élite et assurés d’y passer toute leur vie professionnelle. Celle-ci en salaire et primes diverses, savait récompenser leur dévouement mieux que tous les autres employeurs.

Basé à Toulouse, rue Bayard ou était installé la direction régionale d’IBM, non loin des locaux de « La Dépêche », qui l’une et l’autre ont déménagé depuis vers les zones « high-tech », Christian TAURINES-PONCHARD, vivait mal son premier poste d’ingénieur technico-commercial au fond de notre province. Il attendait avec impatience que la direction du personnel lui accorde la mutation au siége parisien afin qu’il puisse enfin assouvir son immense ambition. N’aimant pas la campagne, il avait hâte de retrouver son appartement du 16ième arrondissement. Il était mal à l’aise avec ce directeur, que l’on disait très brillant et qui citait ses classiques ou bien déplaçait un rendez-vous au prétexte que ce jour-là « il tuait le cochon » et n’était pas disponible.

Le directeur était amusé par ce jeune qui avait l’age de sa fille et il l’invita à déjeuner au restaurant de « la tour mage » en lui disant : « Nous sommes en Occitanie ici et je vais vous prouver qu’on y mange aussi bien qu’en France » . Lorsqu’ils furent installés, dans cette maison réputée, sous le clocher de la cathédrale, il le fit parler. Après avoir avalé sans lui prêter attention un magnifique tripoux rouergat arrosé d’un somptueux vin de Cahors « domaine Eugénie », il dit son ambition et sa foi dans son employeur. Il conclut en disant « nous sommes le plus grand constructeur d’ordinateurs car nous sommes les meilleurs, vous avez fait le meilleur choix possible et IBM ne laisse jamais son client en panne ». Bercé par le ronronnement du ventilateur et déjà sous le charme de la digestion qui commençait, aux frais de l’administration, le directeur suivait avec amusement son discours.

Après le café, il continua en expliquant que, pour des raisons de rapidité, le tutoiement était de rigueur entre collègues même ne se connaissant pas. Il décrivit comment chaque agent était nommé, en abrégé par un « trigramme ». Cette habitude, souvent utilisée par les entreprises anglo-saxonnes, consistait à prendre la première lettre du prénom, la première et la dernière du nom lorsqu’il est simple ou la première lettre des deux premiers noms lorsqu’il est composé comme le sien: Ainsi, Christian TAURINES-PONCHARD, était-il désigné par CTP dans toutes les notes, documents ou compte-rendus qui le concernaient.

Le directeur avait l’habitude de rester tard le soir à son bureau. Dans la quiétude enfin retrouvée des grands bâtiments de la cité administrative déserte, il signait son courrier, préparait la journée suivante ou … relisait ses classiques et rêvait.

Ce soir-là, après le départ de ses subordonnés et du jeune ingénieur, il se remémorait avec délectation le tripoux et le discours de Christian avec amusement. Il se promit de vérifier si le mot « trigramme » existait dans le dictionnaire. Au fait, pensa-t-il subitement CTP, … CTP …, Christian ? ? ?, il n’arrivait plus à retrouver les deux noms accolés qui indiquaient une naissance bourgeoise. Il se souvenait simplement que le premier nom était d’origine terrienne et vraisemblablement rouergate ou quercynoise. Soudain un éclat de rire muet le secoua : CTP, CTP … Costard-Trois-Pièces, c’était amusant !

Il se ressaisit en pensant qu’il n’était pas très charitable envers ce jeune. Il décida que, vu l’écart d’age, il pourrait toujours se permettre de l’appeler Christian s’il ne retrouvait pas sa carte de visite.

Il ouvrit le manuel d’auto-formation à l’IBM série 3 en version anglaise, qu’il lui avait discrètement subtilisé et commença à l’étudier.

Comme prévu par le contrat de location de l’ordinateur, Christian passait une journée par mois, à Rodez, dans son service. Il consacrait la matinée à étudier la liste des anomalies de fonctionnement que la machine avait détectées et répertoriées dans sa mémoire. Il faisait ensuite les ajouts, modifications et améliorations du logiciel que , quelque part dans le monde, la compagnie avait décidé pour tous les ordinateurs du même type . Puis il lançait les programmes de test des différentes fonctions et organes périphériques. Invariablement, le système lui répondait le message en anglais qu’il attendait et Christian notait dans la « check-list » la conformité constatée. Vers midi le directeur venait s’assurer que tout allait bien et très souvent, quand son agenda le permettait, l’emmenait découvrir un nouveau restaurant ou une nouvelle spécialité. L’après-midi était réservée à l’assistance des programmeurs à qui il apprenait les astuces techniques et … les incitait à faire le plus de choses compliquées possible afin de saturer la machine et obliger ainsi son client à passer au modèle au-dessus.

Au bout de deux mois le directeur avait fini son auto-formation et savait réaliser des programmes et accéder à tous les recoins de la mémoire de la machine. Il lisait le binaire dans le texte. Après deux mois de plus et quelques nuit de travail, il pensait comme la machine, en binaire et était capable d’anticiper son comportement. Il ne disait rien de sa nouvelle passion. Ses informaticiens, qui soupçonnaient quelque chose, comprirent lorsqu’ après la compilation d’un programme, alors qu’ils attendaient le message anglais habituel « End of Compile OK », ils virent arriver « es acabat tant millour ». L’histoire fit le tour du service : Le Directeur avait « cassé » le compilateur. Il avait pénétré le saint des saints de la machine et avait changé le message anglais d’origine par celui en occitan qui signifiait que l’opération de compilation était terminée et que l’on pouvait s’en réjouir. Il avait réussi son coup la nuit précédente, à minuit vingt exactement, et, très fier de son exploit, caressé les boutons du pupitre de commande de la bête. Celle-ci, domptée, vaincue, avait répondu par une rafale de clignotements de son voyant lumineux « power on » puis s’était assoupie au pied de son maître.

Désormais les programmeurs ne disaient plus « Mon programme est compilé » mais « Mon programme es acabat » aussi naturellement qu’ils se disaient « Adiou » en se quittant le soir.

Lorsque Christian revint pour la prochaine maintenance, il posa sa mallette « Sansonnite » et sa montre « Seiko Quartz » sur la tablette du pupitre de l’ordinateur et ouvrit son stylo « Mont-Blanc ». Il déroula les divers contrôles prévus. Comme d’habitude, excepté pour le café de dix heures, personne ne vint le déranger. A midi trente il semblait soucieux et conversait depuis une demi heure déjà au téléphone. Ce jour-là, le directeur avait décidé de s’offrir un nouveau « tripoux rouergat », et était impatient d’aller déjeuner. A treize heures, redoutant que le restaurateur ait épuisé le plat, il ouvrit la porte de la petite salle machine et considéra la mine défaite de Christian :

– « Enfin que se passe-t-il, vous avez l’air d’avoir un sérieux problème ! »

– « En effet, Monsieur le directeur, j’ai un message inconnu. J’ai mis l’assistance technique de Paris sur le coup et on interroge les américains. Avec le décalage horaire ils dorment mais on est allé les réveiller».

Chaussant ses grosses lunettes le directeur regarda par-dessus l’épaule du jeune homme et sourit en reconnaissant son œuvre.

Il se mit au pupitre de l’ordinateur et en trois opérations rapides rétablit la situation.

Majestueusement il rangea les lunettes dans leur étui et lança à la secrétaire qui grignotait du bout de ses petits doigts aux ongles outrageusement peints sa salade dans une barquette translucide :

– « Sylvie, quand ces messieurs d’IBM Paris rappelleront, dites leur que le problème est résolu grâce à CTP. Notez bien s’il vous plait : C comme Christian, T comme TAURINES et P comme PONCHARD. Dites aussi que pour le remercier je l’emmène déjeuner ».

Puis se tournant en souriant vers le jeune et talentueux ingénieur il ajouta:

– « Mon cher Christian j’ai noté que vous aviez aimé notre tripoux rouergat, allons voir à la tour mage s’ils l’ont réussi aujourd’hui. »

Il était treize heures trente et, journée continue oblige, les salariés revenaient de la cafétéria. En croisant les deux retardataires dans le couloir ils se dirent que l’après midi risquait d’être courte car le Directeur avait un repas d’affaire dont la conclusion devait être bien engagée en faveur de l’administration, car il était hilare.

Bernard DAVIDOU (réécrit en 06/2004, premier texte en 93)

Je dédie cet amusement à mon ami Jacques F., éminent spécialiste de l’ IBM 38, quand nous étions jeunes ! !

Le martien

Le martien de la combe de la croix
par Bernard Davidou

Parfois, les soirs d’été après le repas, je prends ma canne et je me laisse porter par mes pas. Tout en remuant les pensées de la semaine, je rends visite à mes amis les chênes, j’écoute le vent et essaye de surprendre les biches ou sangliers qui sont très nombreux dans nos bois.

Je devine sous le tapis végétal, les traces de nos prédécesseurs, murettes, gariottes ou chemins abandonnés, pampres attestant la présence d’une ancienne vigne et j’imagine les hommes qui depuis les soldats sur la voie romaine à nos jours se sont succédés sur cette terre ingrate où je suis né et je retournerai.

Un jour mes pas me conduisirent dans la combe de la croix (sur la commune de Calamane) où je m’assis sur une souche pour profiter des dernières couleurs du ciel. Devant moi s’étendait une petite clairière.

Tout était calme et le jour finissait doucement, me permettant de retrouver l’équilibre après une semaine dans la fébrilité de Toulouse. Dans le cours de ma rêverie je me remémorais les propos de mon ami Daniel à qui j’avais fait lire quelques jours auparavant une de ces petites histoires où, sur une page maximum, je raconte un souvenir ou invente une histoire autour de celui-ci.

« C’est bien toi ! Tu es toujours tourné vers le passé de ton village natal. » Je n’ai jamais eu d’autre ambition ce faisant, que de m’évader d’un « comité stratégique de direction » ou d’une réunion de type « brain storming » décidée par le président sur le conseil cher payé d’un consultant, (comme Daniel), extérieur à l’entreprise qui avait la faveur très éphémère du précédent.

Cependant, Daniel avait raison et comme je regrettais de ne pas être né plus tard, au cœur d’une ville tentaculaire, dans un appartement aseptisé et ripoliné et une famille sans passé, ne faisant aucun cas de ces absurdités. La vie eut été plus simple, je n’aurais eu que l’avenir à assumer.

J’en étais là de mes pensées lorsque je pris conscience de sa présence attentive mais discrète. Il m’observait sans bouger depuis quelque temps certainement, car les grillons et les oiseaux dont j’avais inconsciemment noté le silence subit peu de temps auparavant avaient repris leurs chants.

C’était un petit homme vert de la tête aux pieds, affublé d’une antenne sur le casque et d’un giro-phare que – me dit-il plus tard – les règles de la politesse martienne obligent à éteindre quand on veut engager la conversation.

Nous nous saluâmes fort civilement et je l’invitai à prendre place à côté de moi sur mon tronc d’agar. Après quelques banalités sur le temps sur terre, la dernière histoire de Bouvard aux grosses têtes, il me demanda de reprendre le cours de mes réflexions qu’il avait suivi car il accédait sans peine à la longueur d’onde de celles-ci, comme celles de tous les autres humains: Il avait été programmé pour cela avant son départ de sa base cosmique, (baptisée «Aldous Huxley » en hommage à notre écrivain visionnaire,) dont il me montra la direction dans le ciel.

Peu soucieux de trouver un allié à Daniel et un second détracteur de mes rêveries, je refusai de les poursuivre et lui demandai de me parler de lui et de ses souvenirs de jeunesse.

Il se figea dans un garde-à-vous impeccable et éructa une bordée de x d’y de z et de t suivie d’un numéro qui correspond à son nom mais contient aussi toute l’information utile pour le joindre et le réparer quand c’est nécessaire. Il me parla un peu de sa naissance qui résultait d’une manipulation de cellules « in vitro » dans le laboratoire central (1), mais fût incapable de m’en dire plus sur ce qu’avait été son enfance ou l’histoire de sa famille.

Il semblait gêné d’aborder ce sujet, comme s’il était obscène ou injurieux d’évoquer tout ce qui a trait à la mémoire. Pressé par mes questions, je compris par ses réponses que le mot « mémoire » n’avait pas, chez lui, le sens que nous lui donnons. Il s’agissait pour lui d’un terme technique qui désignait l’information que le laboratoire central installait dans chaque individu. Celle-ci était limitée au strict nécessaire pour le bon fonctionnement de la machine ultra-sophistiquée qu’il était.

Je n’insistai pas sur ce sujet. Après un moment de silence qui nous permit d’apprécier la féerie du crépuscule qui s’installait, il en vint à ce qui était son objectif en venant vers moi. Peu de temps auparavant, sur ordre du grand ordonnateur d’Huxley, il avait récupéré deux de nos compatriotes « le bombé » et «le glaude », afin de produire sur sa planète la fameuse soupe aux choux décrite par René Fallet.

Sa seconde mission, aujourd’hui, consistait à trouver la boisson qui serait digne d’accompagner ce plat qui, depuis lors, faisait fureur sur mars. Sans hésiter et avec le prosélytisme que j’ai toujours manifesté pour notre noble breuvage, je lui suggérai le vin de Cahors. Je lui conseillai aussi, pour les soifs d’entre les repas, un fond de verre de cet excellent « ratafia » que fabrique mon Beau-Frère, René.

Malgré le nombre respectable de méga-hertz de son unité centrale il eut du mal à prononcer correctement ce mot et s’amusait à le répéter comme un parisien en vacances chez nous. Il voulut goûter l’un puis l’autre puis l’un puis recommencer revenant sur le premier et ne souvenant plus du second qu’il fallait regoûter…

Verre après verre, il appréciait de plus en plus les deux nectars. Il avait du mal à comprendre comment, des terriens aussi en retard sur le plan technique, avaient acquis une avance aussi considérable dans ce domaine œnologique précis. Je lui expliquai le long travail de mémoire qui, depuis Noé, l’antiquité, les romains, le bon roi Henri, jusqu’à mon oncle Robert et maintenant son fils, avait abouti au produit parfait qu’il appréciait tant et qui pouvait accompagner la fameuse soupe aux choux pour laquelle René Fallet avait oublié d’indiquer la boisson.

La nuit avançait, les merles s’étaient tus et les hauteurs de Saint-Pierre LaFeuille, à l’est, commençaient à rosir. Il décida de repartir en emportant une de mes bouteilles « Domaine des Tilleuls 1985 » qui fait l’orgueil de mon Tonton et la joie de son neveu.

Je l’accompagnai jusqu’à sa soucoupe qui, malgré l’aube naissante, illuminait toute la clairière. Après un dernier signe d’adieu de son bras manipulateur robotisé, il mit le contact, tira sur le démarreur, tira sur le démarreur, … tira sur le démarreur, … agita ses antennes avec colère et dit quelque chose que je ne compris pas mais qui ne devait pas être très joli, … tira à nouveau sur le démarreur … mais rien ne vint.

Alors, et là Daniel ne me croira pas quand il me lira, mais je jure que c’est la vérité : M’arc-boutant sur le tronc d’Agar, sur les pampres de vigne et sur la gariotte en ruine, j’ai poussé son magnifique vaisseau jusqu’à ce qu’il démarre enfin dans un énorme nuage bleuté d’ozone malodorant.

Depuis cette soirée, je n’ai pas revu mon martien. Je sais qu’il reviendras’approvisionner (celui qui a goûté à nos produits ne peut pas les oublier) et que je ne le suivrai pas puisque les vignes sont dans les environs de Cahors et pas ailleurs. Je regarde souvent le ciel étoilé en pensant à lui et certains soirs il me semble y voir un point vert qui scintille.

(1) L.C.A.H.F.T. Laboratoire Central d’Approvisionnement en Humanoïdes à Flux Tendu (« just in time » pour ceux qui préfèrent)

PS : Je dédie cet amusement à Daniel SANSEIGNE, Consultant en Knowledge Management, spécialiste de la mémoire des entreprises. Avec mes amitiés. Par ailleurs, Daniel, diplômé des Eaux et Forêts est un éminent amateur de « ratafia ».

Bernard DAVIDOU Juillet 200

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