Jean-Victor Frond naît le 21 novembre 1821 à Montfaucon du Lot. Sur sa famille et de son enfance nous n’avons que très peu d’informations. Ses parents étaient cultivateurs et il avait, semble-t-il, plusieurs frères et sœurs. Il a, vraisemblablement, fait sa scolarité au petit séminaire local, établissement qui, quelques années plus tard devait accueillir un autres célèbre élève : le Cadurcien Léon Gambetta

Engagé en 1839, Jean-Victor Frond fait sa carrière dans l’armée comme sous-officier jusqu’en 1847, date à laquelle il est nommé sous-lieutenant. En mai 1850, il rejoint les rangs des Pompiers de Paris et participe à la réorganisation de ce corps en rédigeant une importante étude, la première du genre, sur l’organisation des secours contre l’incendie en France.

Lorsque survient le coup d’Etat du 2 décembre 1851, Paris s’embrase Le 4 des barricades sont dressées. La troupe intervient. Frond et ses hommes éteignent les incendies au milieu des émeutes(1). Mais Victor est opposé au coup de force de Louis-Napoléon. Le 10 décembre, sur décision du Président de la République, sa mise en non-activité par retrait d’emploi est prononcée. Quelques jours plus tard, il est arrêté, et conduit devant le conseil de guerre pour avoir « failli à son devoir et à l’honneur en abandonnant ses hommes pendant les événements ». On l’accuse d’avoir incité ses hommes à incendier les quartiers occupés par la troupe avec des pompes remplies d’essence de térébenthine. Condamné, il est déporté comme 10.000 autres, en Algérie, au bagne agricole de Lambessa. Mais, bénéficiant de complicités, il s’en évade, en septembre 1852, et se réfugie en Angleterre où il se consacre à la cause républicaine. Il y refuse la grâce de l’Empereur dont il dit avoir « devancé l’offre » en s’évadant. Il est contraint, du fait de ses positions très marquées, de se réfugier au Portugal, à Lisbonne où il apprend le métier de photographe.

De là, il s’exile au Brésil, muni de lettres de recommandation de son ami Victor Hugo, qui le soutient. En 1857, il possède un atelier de photographe mondain à Rio de Janeiro, où il bénéficie de l’appui de personnalités proches du pouvoir. Il met alors au point un projet d’inventaire photographique qui va faire date dans l’histoire du Brésil.

De 1859 à 1862, il parcourt le pays pour un travail documentaire unique, Le Brésil pittoresque. C’est à partir des lithographies tirées de ses photographies originales que l’on connaît son œuvre. Elles furent réalisées vers 1860 par l’excellent graveur parisien Lemercier. Pour écrire le texte de son livre, il fait venir, de Paris à ses frais, au Brésil, Charles Ribeyrolles (2), autre ami de Victor Hugo, publiciste reconnu et, comme lui, antibonapartiste acharné et d’origine lotoise.

Les thèmes abordés par Frond sont multiples mais c’est surtout le travail et la vie quotidienne des esclaves travaillant dans les fazendas qu’il privilégie, leur consacrant un quart des photographies de son ouvrage. Il déclare avoir accompli ce travail pour « mettre à jour l’histoire du Brésil, ses beautés, ses grandeurs … » ainsi que pour « payer une dette à l’hospitalité brésilienne ». Frond, pour cette œuvre que certains qualifieront de luxueuse et très ambitieuse, a d’ailleurs bénéficié du patronage de Pedro II, Empereur du Brésil, et des sommes, conséquentes, qu’il lui attribue pour ses dépenses. Malheureusement, à ce jour, les tirages originaux de cette œuvre monumentale ont presque tous disparu. Il est probable que près de 150 photographies originales ont servi au travail du lithographe. Sept d’entre-elles ont été retrouvées il y a quelques années à peine, en mauvais état. Le livre Le Brésil pittoresque ne reprend d’ailleurs pas fidèlement les photographies de Frond, des éléments (personnages principalement …) ont été rajoutés par les ateliers de Lemercier. Mais ces libertés prises par le lithographe restent minimes et l’esprit dans lequel elles ont été prises a été respecté.

L’ex-sapeur-pompier, républicain et rebelle, était devenu ainsi le plus grand peut-être des premiers photographes paysagistes du Brésil.

Il retourne en France, en 1866 et, en tant qu’auteur et éditeur, débute un immense travail biographique intitulé Panthéon des illustrations françaises au XIXe siècle.

En septembre 1870, à la chute du Second Empire, Jean-Victor Frond est réintégré au bataillon de Sapeurs-Pompiers de Paris où il est promu capitaine, quelques mois avant de faire valoir ses droits à la retraite.

Il reste beaucoup à dire et à découvrir sur cette étonnante personnalité qui s’éteindra en 1881, à Varredes, commune de Seine et Marne. Les différentes demandes faites auprès de la mairie de cette commune pour mieux connaître les dernières années de la vie de Jean-Victor Frond n’ont, malheureusement, pas trouvé d’écho. Peut-être des lecteurs pourront-ils apporter leur pierre à l’édifice. Qu’ils en soient remerciés.

Jean-Michel RIVIERE

1 A signaler qu’en 1851, Gustave Courbet, peintre renommé, obtint du ministère de la Guerre l’autorisation de réaliser une toile représentant les pompiers partant au feu. Pour ce projet monumental (3,88 m sur 5,80 m), il s’installa dans la caserne de la 4e compagnie de sapeurs-pompiers de Paris, 24 rue de Poissy, où il se lia d’amitié avec le sous-lieutenant Victor FROND. Ce dernier lui servit de modèle pour représenter l’officier qui, au premier plan du tableau de Courbet, doigt pointé en avant, dirige les secours.

2 Ecrivain, journaliste et propagandiste républicain, Charles RIBEYROLLES naît près de MARTEL en 1812. Après des études classiques on le retrouve Directeur du journal républicain La Réforme. Après les évènements de juin 1849, il s’exila en Angleterre pour éviter la répression. Il vécut à Jersey jusqu’en 1855. En 1858 ou 59, alors qu’il vivait plutôt mal à Londres il reçut commande du texte d’un livre sur le Brésil qui accompagnerait un album d’illustrations lithographiées à partir des photographies de son compatriote Victor FROND. Il partit pour le Brésil où il publia en 1859 le premier des trois tomes du Brésil Pittoresque, un in-quarto sur deux colonnes, le Français à gauche et la traduction portugaise en vis-à-vis. Le tome 1 résume l’histoire du Brésil depuis l’arrivée des Européens. Le tome 2 décrit le voyage, la ville de RIO et une partie de la province. Le tome 3 devait traiter de BAHIA et de PERNAMBUCO, mais RIBEYROLLES meurt le 1er juin 1860 à RIO de JANEIRO avant de le terminer.

Sources biographiques

  • Lygia SEGALA. (Colloque international « Voyageurs et images du Brésil » Paris 2003.)

    Pol BRIAND. (http://www.capoeira-infos.org)

    Didier ROLLAND. (Revue HISTORIA)

    Bia et Pedro CORREA do LAGO. Brésil, les premiers photographes d’un empire sous les tropiques. Gallimard.

    Correspondance de Victor HUGO – 1836-1882 Paris Calmann Lévy.

Note de l’auteur : C’est ma rencontre avec Lygia Segala alors stagiaire brésilienne de l’ENA à la Préfecture du Lot en 1994, qui m’a permis de découvrir l’existence de Jean-Victor Frond. A cette époque j’ai accompagné Lygia à la recherche de ce photographe, à Montfaucon particulièrement, où elle avait pu retrouver sa trace grâce à l’aide de Mme Gary.

Merci à Jean-Michel Rivière qui nous fait connaître ce nouveau personnage en ce temps où nous fêtons le Bicentenaire de la photographie