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Catégorie : Occitanie

Onomastica – Onomastique

Généralités sur la Toponymie et la Patronymie (Onomastique)

La patronymie a pour objectif d’étudier les noms de famille et leur signification. La réalisation de cet objectif a un intérêt historique indiscutable : nos noms de famille portent la marque des civilisations passées. Elle peut contribuer à donner une idée de la société, de ses structures et de son évolution.

– Tous les patronymes ont une signification. Les hommes ne se sont jamais désignés par des suites de syllabes dénuées de sens. Si un patronyme semble n’avoir aucun sens c’est parce qu’il a subi des transformations ou parce qu’il vient de mots oubliés ou encore qu’il est issu d’une langue dont nous avons perdu la clé.

– La patronymie est avant tout une branche de la linguistique. Pour expliquer les noms de personnes, il importe avant tout de faire une déduction linguistique correcte.

– Un nombre considérable de patronymes sont des toponymes : les hommes se désignent souvent par le nom de leur maison ou par le nom de leur localité d’origine. Statistiques par catégories de noms Les patronymes peuvent se répartir en catégories. Sommairement, on peut distinguer: les noms de baptême ou prénoms devenus patronymes; les noms d’origine (région, ville ou village d’origine); les noms de métiers; les surnoms et sobriquets; les noms de maisons. Par noms de maison, il faut entendre tous ceux qui désignent la maison par une caractéristique queIconque tirée de son statut social, de son aspect, de son environnement géographique ou végétal (ainsi Castagné est un nom de maison, la maison étant ici désignée par l’arbre qui la signale aux regards). On s’aperçoit que ces diverses catégories sont diversement représentées selon les aires culturelles: ainsi, en pays d’oïl, la proportion des noms de métiers et de sobriquets est considérablement plus grande qu’en pays occitan. En pays basque, la presque totalité des patronymes sont des noms de maisons.

Histoire du nom de famille

Article de Michel Grosclaude

A quelques nuances près le système de désignation des individus est le même dans tous les pays européens.. Chacun d’entre nous a d’abord un ou plusieurs noms individuels, (en français prénom, en allemand Vornamen, en anglais christian name, en castillan nombre de pila). Nous avons ensuite un nom de famille que nous appelons patronyme car, le plus généralement, il indique notre filiation en lignée paternelle. II ne saurait être question ici de faire une histoire des anthroponymes.
On se contentera de rappeler un certain nombre de données élémentaires. D’abord, il semblerait que la plupart des peuples n’aient connu à I’origine que le nom individuel: remarquons qu’un nom individuel seul est largement suffisant dans des sociétés de petite dimension où on ne risque pas les confusions. Ainsi, les Hébreux de la Bible ne sont désignés que par un nom individuel (Gédéon, Samson, David, Sarah, Judith). Ce nom a un sens objectif (Adam: I’argile, la terre; Josué: Yahweh sauve) ou imaginé selon les conceptions onomastiques de l’époque (ainsi Moïse qui, à en croire le rédacteur de l’Exode, signifierait ” sauvé des eaux “).
Un système un peu plus complexe consiste à ajouter au nom individuel le nom du père accompagné d’une mention (suffixe ou préfixe) signifiant ” fils de “. Ce système a dû être assez largement répandu si nous en jugeons par les traces qui en subsistent à l’état de fossiles dans les patronymies actuelles. Ainsi le nom-suffixe anglais -son (Johnson, fils de Jean; Peterson, fils de Pierre); le nom-suffixe scandinave -sen (Andersen, fils d’André); la terminaison slave -itch (Mikhailovitch, fils de Michel) ou le mot sémitique ben (Ben Gourion, Ben Youssef).
Chez les Grecs de I’Antiquité, le nom individuel a été d’abord accompagné d’un nom suffixé marquant I’appartenance à une dynastie noble (Les Atrides: la famille d’Atrée). Puis, très vite à l’époque classique, pour les citoyens libres, on imagina un système à trois noms: nom individuel, mention de la filiation et indication du dôme (circonscription géographique): ainsi le nom complet de I’orateur Démosthène était: Dèmosthenès Dèmosthenous Paianieus (Démosthène, fils de Démosthène du dôme de Péania). Les noms individuels étaient soient des surnoms, soit des métaphores (Démosthène, dêmos-sthenos, la force du peuple; Platon, Platon, large d’épaules; Andreas, andreios, viril; Basile, basileus, roi; Anatole, ana-tolê, le levant. Georges, geôrgos, le travailleur de la terre).
Dans l’aristocratie romaine, on passa d’un système à deux noms à un système à trois, puis parfois à quatre. D’abord le nom individuel ou prénom (Marcus, Caïus, etc) accolé au gentilice ou nom de la gens (grande famille ou clan). Puis très vite, pour éviter les homonymies il fallut y adjoindre un surnom individuel le cognomen: ainsi l’écrivain Cicéron se nommait en entier Marcus Tullius (de la gens Tullia) Cicero (cognomen signifiant ” pois chiche ” sans doute à cause d’une verrue). Mais le cognomen devint héréditaire et se mit à désigner les familles restreintes à l’intérieur de la grande famille ou gens. On fut alors souvent contraint de lui adjoindre un second surnom (exemple: Publius Cornelius Scipio Africanus).

L’arrivée du christianisme bouleverse ce système en important la philosophie biblique du nom. Le nom d’un homme, dans la Bible, n’est pas une simple étiquette, mais fait partie de son être. Donner un nom à un homme c’est prendre possession de son être: c’est pourquoi chaque fois que Dieu choisit un homme pour le charger d’une mission, il lui donne un nom nouveau. Ainsi Abram devient Abrahaml. Ainsi fait Jésus-Christ quand il choisit ses disciples: ” Tu es Simon, fils de Jonas, désormais tu seras appelé Céphas, c’est-à-dire Pierre “‘. C’est pourquoi chez les premiers chrétiens, le changement de nom devient le signe de l’appartenance à Jésus-Christ. Comme l’eau du baptême, il matérialise l’accès à une vie nouvelle. Ce sont donc les Anglais qui sont dans la vérité historique quand ils appellent le prénom ” Christian name “. Avec le premier christianisme, on retrouve donc le système du nom individuel unique. Mais remarquons que ce nom nouveau imposé à tout converti n’est pas nécessairement un nom tiré de la tradition scripturaire biblique. II suffit que le converti ait un nom nouveau, fût-il tiré de la mythologie païenne.

Plus tard, I’Eglise fera exception à cette règle, tout au moins pour des personnages illustres: Clovis est sans doute le premier à avoir été baptisé sous son propre nom. Un autre bouleversement important du système anthroponymique apparaît en Occident avec les invasions germaniques. C’est ici qu’il convient de mettre en lumière un étonnant paradoxe de l’Histoire. Les envahisseurs germaniques (et spécialement les Francs) qui imposèrent leur aristocratie militaire au monde occidental, et en particulier à la Gaule, ne sont pas parvenus à imposer leur langue. S’ils y étaient parvenus, nous parlerions une sorte d’allemand.

Par contre, ils nous ont imposé leur système anthroponymique, si bien qu’à partir du 10è siècle les noms individuels germaniques sont majoritaires dans la plus grande partie de l’Europe occidentale. Quantité de ces noms germaniques sont encore des prénoms courants actuellement et nombre d’entre eux sont devenus des noms de famille: Bernard, Raymond, Roger, Arnaud, Gérard, Louis, Rolland, etc.

Cette mode des noms germaniques s’explique par trois facteurs combinés: d’abord la volonté d’imiter l’aristocratie qui était germanique; ensuite l’accord entre le système chrétien du nom individuel unique et le système germanique; enfin la pauvreté imaginative du fonds onomastique latin ou de ce qu’il en restait (Primus, Secundus, Tertius, Ouartus, etc.).
Ces noms germaniques sont toujours composés de deux parties (deux substantifs ou un substantif et un qualificatif): Bern-hardt (ours dur); Ragin-Mund (conseil et protection). L’onomastique occitane a incorporé cet apport germanique exactement comme l’a fait l’onomastique française. On est autorisé à supposer qu’à l’époque où ces noms germaniques se répandirent, c’est-à-dire vers le 10è siècle leur sens n’était déjà plus compris par les populations qui les adoptaient et même qu’ils n’étaient peut-être plus compris par les Francs eux-mêmes. À partir du moment où la société se structure mieux, où il devient nécessaire d’établir des recensements, où donc les écrits se multiplient, il devient nécessaire de donner à chacun un nom complémentaire. Cette nécessité est d’ailleurs accrue par la pauvreté du stock des noms individuels.

Chez les nobles, ce nom complémentaire est tout naturellement le nom du fief. Les clercs sont signalés par un qualificatif propre à leur état. Quant aux paysans, le nom complémentaire est parfois le nom de la villa, plus généralement le nom du casas exploité. Le nom du casas, donc de la maison, devient le nom du chef de famille qui y habite ainsi que celui de sa femme, de ses enfants et de tous ceux qui vivent sous son toit. C’est pourquoi, il peut donner l’impression d’être un véritable ” nom de famille ” héréditaire au sens où nous l’entendons aujourd’hui. II n’en est rien car ce nom ne s’attachait aux individus que dans la mesure où ceux-ci occupaient la terre qu’il désignait.

Que l’homme laisse sa terre pour une autre et il change aussitôt de nom: un cadet qui quittait sa maison natale et qui épousait une héritière n’était plus désigné par le nom de sa maison d’origine mais par celui de la maison de sa femme chez qui il venait habiter. Un homme pouvait donc porter un nom qui n’avait jamais appartenu à aucun de ses ascendants: le nom d’une maison acquise récemment par achat ou de toute autre manière. En somme, les modes de transmission du nom étaient exactement les mêmes chez les nobles et chez les paysans: dans toute la chrétienté occidentale, un noble prenait le nom de son fief et quand il vendait son fief, il vendait le nom avec Chez les habitants des villes, le nom complémentaire était soit un nom de métier, soit un nom permettant de situer la maison (près de la tour, à côté de l’église, de l’autre côté des fossés, etc.), soit encore un nom d’origine indiquant la localité d’où venait le nouveau poblan.

Le nom de famille tel que nous le connaissons aujourd’hui résulte de la transformation lente du nom complémentaire en nom héréditaire et non pas, comme on le croit trop souvent, d’un décret du pouvoir politique. Sans doute, pour la France, on invoque souvent l’Édit de Villers-Cotterêts qui instaura l’obligation de l’état civil. Mais l’Édit de Villers-Cotterêts ne fit que sanctionner et, tout au plus, régulariser, un état de fait: en effet, déjà sous le règne de Louis XI, il fallait une autorisation royale pour changer son nom patronymique. En fait, les noms complémentaires, qu’ils soient noms de fief, de Casas, de métier ou autre ont commencé à évoluer en noms de famille héréditaires à partir du 14è siècle. II n’empêche que la coexistence des deux systèmes de désignation (nom de maison et nom de famille héréditaire) fit que la plupart des gens furent désignés par deux noms, I’un et l’autre pouvant être utilisés dans des actes officiels: ce qui crée évidemment bien des difficultés pour qui veut identifier un personnage.

Per ne saber mai – Bibliographie

Bibliographie Dictionnaire étymologique des noms de famille gascons, Michel Grosclaude, Radio Païs RN 117 64230 POEY DE LESCAR, 1992, reprint 1999 Gramatica occitana (segon los parlars lengadocians), Loïs Alibèrt, C.E.O. (Centre d’Estudis Occitans), Montpelhièr 1976. Dictionnaire occitan-français (d’après les parlers languedociens), Louis Alibert, I.E.O. (Institut d’Estudis Occitans), Toulouse 1977. Lou Tresor dóu Felibrige, Frederic Mistral, data, reedicion C.P.M. (Culture Provençale et Méridionale) 1979. Dictionnaire latin-français, Félix Gaffiot, Hachette, Paris 1934. Toponymie occitane, Bénédicte et Jean-Jacques Fénié, Sud Ouest Université 1997. Etudes de linguistique romane et toponymie, Ernest Nègre, Collège d’Occitanie, Toulouse 1984.

La graphie occitane

La graphie occitane  

Référence Gaston Bazalgues

Pour écrire leur langue issue du latin populaire parlé, les premiers scribes occitans ont dû adapter le système orthographique du latin problème commun à toutes les langues romanes (français, italien, espagnol, catalan, …). Ce système orthographique sera celui de l’occitan jusqu’au 15e siècle. Après la croisade contre les albigeois, l’occitan est peu à peu chassé de l’école et de la vie administrative. L’édit de Villers-Cotterêts l’interdit officiellement en 1539. Les occitans parlent toujours leur langue, mais perdent leur système orthographique. s’ils veulent écrire dans leur langue, ils n’ont comme référence que le système du français. Chaque auteur occitan essaye de l’adapter à à sa langue revenue à l’état sauvage et ainsi naissent ce qu on appelle les graphies patoisantes de la langue d’oc. Cela jusqu’au XIXe siècle.

Des tentatives de normalisation graphique se multiplient. Originaire des Alpes de Provence, Honnorat propose dans son dictionnaire (1840) un système orthographique très proche de celui des troubadours et qui tout en respectant les dialectes permet leur intercompréhension. Ce système d’abord salué par Roumanille sera rejeté par ce dernier qui imposera une graphie française et rhodanienne à l’ensemble occitan. Cette graphie félibréenne (du nom de l’école littéraire d’Avignon dont Roumanille est, en 1854, un des fondateurs) est à tort parfois appelée mistralienne, Mistral ayant accepté ce système avec difficulté.

La graphie félibréenne est donc celle de la Renaissance littéraire occitane du XlXe siècle, avant tout localisée en Provence. Elle ne résout pas les problèmes posés par l’éparpillement dialectal et les autres régions occitanes entrant dans la Renaissance ne peuvent l’accepter. Les languedociens dès 1896 reprennent et modernisent la graphie des troubadours grâce aux travaux du limousin Joseph Roux puis de l’Escola occitana de Antonin Perbosc et Prosper Estieu, fondée en 1919.

En 1930 La Société d’Études Occitanes la vulgarise encore et Louis Alibert la perfectionne en 1935 dans sa grammaire puis dans son dictionnaire publié après sa mort en 1966 par l’lnstitut d’Études Occitanes.

De nos jours la graphie occitane permet de lire les troubadours dans leur texte; elle est celle des auteurs modernes, des chanteurs aussi. La graphie félibréenne subsiste aussi en Provence.

L’alphabet occitan

L’alphabet comprend 23 lettres.

A a    B be   C ce   D de    E e   F èfa  G ge   H acha  I i  J gi  L èla  M èma  N èna  O o

P pe  Q cu   R èrra  S èssa  T te  U u  V ve  X icsa  Z zèda

La prononciation des voyelles

L’occitan n’est pas une langue unifiée comme le français écrit. Il a une prononciation très diversifiée. Nous donnons ici une prononciation languedocienne centrale.  a et à se prononcent comme dans le mot français chat caval se lit kabal (cheval) cantaràs se lit kantaras (tu chanteras)

a marque du féminin

– se prononce a dans les articles définis la, las, les articles contractés, les possessifs ma, ta, sa.
– se prononce o partout ailleurs. la porta se lit la porto (la porte)

a et á en finales de verbes se prononcent o parla se Iit parlo (il parle) podiás se lit poudios (tu pouvais) parlan se lit parlon (ils parlent),

o pouvant être remplacé par ou (parloun) à la 3e personne du pluriel.

á et à portent toujours l’accent tonique.

e n’est jamais muet comme en français.

e et é se prononcent comme dans le mot français blé negre se lit nègre (noir) pél se lit pél (cheveu)

è se prononce comme dans le mot français mer lèbre se lit lèbré (lièvre)

é et è portent toujours l’accent tonique.

i se prononce généralement i comme en français ric se lit rik (riche)

o et ô se prononcent ou lo lop se lit lou loup (le loup) renós se lit rénouss (hargneux)

ò se prononce o la mòstra se lit la mostro (la montre)

ò et ó portent toujours l’accent tonique.

u se prononce comme dans le mot français mule segur se lit ségur (sûr)

u se prononce ou après voyelle sauf s’il porte un tréma paure se lit paouré (pauvre) diurn se lit diurn (diurne).

La prononciation des consonnes

Nous n’indiquons ici que ce qui différencie l’occitan du français.

b et v ont une prononciation à peu près identique et proche du castillan b vaca se lit bako (vache)

g se prononce dj devant e et i gelada se lit djélado (gelée) ginèsta se lit djinèsto (genêt)

g se prononce tch en fin de mot après voyelle estug se lit éstutch (étui)

h remplace souvent f en gascon. C’est une aspiration la hèsta: la fête, la fèsta (fèsto) en languedocien, etc.

j se prononce dj joc se lit djok (jeu)

m en fin de mot se prononce souvent n cantam se lit cantan (nous chantons)

n en fin de mot ne se prononce pas pan se lit pa (pain)

r est presque toujours « roulé »; il ne se prononce pas en finale de verbe à l’infinitif, en fin de mot parfois parlar se lit parla (parler)

Tableau récapitulatif des principaux faits de prononciation

a marque du féminin se prononce o
e n’est jamais muet
o et ó se prononcent ou
ò se prononce o
ch se prononce tch
lh et nh équivalent à ill et gn du français gn se prononce n redoublé
r de l’infinitif n’est jamais prononcé

L’accentuation

Les mots terminés par une voyelle ou une voyelle suivie de s ont l’accent tonique sur l’avant-dernière syllabe fenèstra, negresa, espatla
Les mots terminés par une consonne autre que s ou par une diphtongue ont l’accent tonique sur la dernière syllabe cantar, jamai, pauruc
Cas particulier des mots terminés par une voyelle suivie de n:
1 ) si ce sont des verbes, ils ont l’accent tonique sur l’avant dernière syllabe cantan, legisson
2) partout ailleurs l’accent tonique tombe sur la dernière syllabe: fenestron (petite fenêtre)

Les mots qui font exception à ces règles portent un accent graphique: l’accent aigu. Les voyelles portant un accent grave sont toniques penós (pénible), espés (épais), de galís (obliquement) cantarà, la pòrta, la lèbre.

Les parlers occitans

Nous ne savons pas grand chose des dialectes occitans du Moyen-Age et ne connaissons qu’une langue unifiée alors par l’écriture. Dès que l’écriture a été abandonnée, les anciens dialectes ont dû se développer et l’occitan moderne n’est donc pas une langue homogèneL’occitan parlé dans le Lot fait partie du Nord languedocien à la limite du limousin et de l’auvergnat. La langue parlée, le carcinol se rattache au languedocien du Nord, pas loin du limousin et de l’auvergnat

Les grands dialectes occitans sont indiqués sur la carte ci-dessous

Le parler quercynois

Le parler carcinòl fait partie du dialecte languedocien de la langue occitane, ou langue d’oc. Voici quelques particularités du parler quercynois :

Dans les monosyllabes le a se prononce souvent o : lo can ( le chien) lou co, lo pan (le pain) lou po, plan (beaucoup) plo, la (article féminin) lo.
Au milieu d’un mot, le a peut se transformer en un son proche du o : la campana (la cloche) lo compono, la cadièra (la chaise) lo codièro.
Les pluriels des verbes en -an se disent souvent on : parlan (ils parlent) porlon, cantan (ils chantent) konton, parlaràn (ils parleront) porloron , cantaràn (ils chanteront) contoron.
Les consonnes finales parfois ne s’entendent pas : Cajarc kodjar, Lauzés lawzé, Gramat groma, mancat (manqué) monka, bastit (bâti) bosti.
Les c et p de la fin d’un mot, et aussi les -ch et -eg (qui font tch d’habitude) deviennent un t : lo ròc (rocher) lou rot, lo lop (le loup) lou lout, estrech (étroit) éstrét, lo puèg (la colline) lou pèt.
Dans l’est du Quercy, le l qui est devant une consonne devient un w : l’alba (l’aube) l’albo o l’awbo.
Le pronom personnel neutre, qui s’écrit o, se prononce souvent zou, et z’ devant une voyelle : o farai (je le ferai) zou faray, o aviá vist (il l’avait vu) z’abio bist.
Mais surtout ceux qui parlent occitan doivent toujours essayer de retrouver leur façon personnelle de prononcer.
Les zones de l’occitan carcinòl sont marquées sur cette carte (le contour représente le département du Lot)

carcinol

D’après Poulet et Krispin, dans Los parlars carcinòls, Cercle occitan de Figeac, IEO du Lot, 1991

 

Les origines de la langue occitane

La langue d’oc est l’une des huit langues romanes issues du latin et non pas “un vulgaire patois, une sous-langue parlée par des paysans ignares”

LES ORIGINES  D’après Maryse Rouy

Le latin pour origine

Pendant les premiers siècles de notre ère, en raison de la domination romaine, toute une partie du monde méditerranéen se rassemble en une vaste communauté linguistique qui durera aussi longtemps que se maintiendra l’unité de l’empire. Le latin, comme langue parlée, disparaît après le VIe siècle ou, plutôt, se transforme en un certain nombre de parlers nouveaux : l’espagnol, le portugais, le français, l’occitan, l’italien le catalan et le roumain.

En Gaule, les Francs installés au nord de la Loire fondent, sous Clovis, un royaume qui sera le berceau de la France. Leur influence linguistique se limitant à cette partie du territoire déterminera l’actuelle division de la France en parlers d’oïl et parlers d’oc, ces deux mots signifiant oui dans chacun des deux idiomes.

Pourquoi occitan ?

Les occitans ne se sont pas d’abord définis par leur langue mais par leur civilisation qui a donné à l’europe les troubadours, l’idée que les hommes sont égaux en droit, une tolérance raciale et religieuse et un nouvel amour qui voit la première promotion morale et sociale de la femme. Occitan est un néologisme créé par la chancellerie française royale à la fin de la croisade contre les albigeois. L’occitanie désigne l’ensemble des terres sur lesquelles on parle la langue d’OC. au départ il s’agit d’une création coloniale du Roi de France. L’occitan est le terme qui s’est imposé récemment pour désigner les parlers d’oc, c’est-à-dire l’ensemble des parlers de type méridional situé, en France, au sud d’une ligne approximative Gironde-Alpes et auquel on ajoute le val d’Aoste, en Italie.

Il existe six dialectes occitans qui sont : le provençal, le languedocien, le gascon, le limousin, l’auvergnat et le vivaro-alpin.

L’âge d’or des troubadours

A la fin du XIe siècle, tandis que la chanson de geste, où dominent les thèmes guerriers, s’épanouit dans le Nord de la France encore frustre, règne dans le sud, une civilisation plus riche, plus raffinée, plus élégante. C’est là que l’inspiration lyrique confère une dignité nouvelle au thème de l’amour qu’elle transforme complètement : l’amant se présente en soupirant, se proclame le vassal de sa dame, et fait l’amour le but de sa vie. Tel Bernard de Vendatour, troubadour du XIIe siècle qui chante : “Que vaut la vie sans amour? Ne sert qu’à ennuyer les gens.”

Né dans l’aire linguistique d’oc, probablement en Limousin, ce genre nouveau, que l’on appelera la poésie courtoise parce qu’elle s’adresse à un public de cour, se propage rapidement, non seulement dans toute la partie méridionale de la France actuelle, mais également en Italie, en Espagne et au Portugal. Cette société tolérante, dans un monde qui l’est peu, accepte et encourage la propagation du catharisme. Cette attitude provoque une réaction violente : une croisade lancée par le pape Innocent III et menée par les rois de France.

Dite des Albigeois, cette croisade, dont le prétexte est la lutte contre l’hérésie, aboutit à la conquête des régions du Sud par la France, en 1229, et au déclin de la civilisation et de la littérature méridionales, une fois éteints les derniers feux de la révolte exprimés dans les poèmes polémiques, les “sirventès”

Le Félibrige et le déclin

La colonisation des régions conquises ne se fait pas sans peine : de nombreuses révoltes éclatent, mais elles sont réprimées dans le sang et n’aboutissent pas. La langue occitane reste parlée, mais la langue écrite, celle de l’administration devient peu à peu celle du pouvoir : le français. Au début du XVIIe siècle, on assiste à une forte recrudescence de créations occitanes: oeuvres carnavalesques, théatre, satires, noëls, spectacles de rue. Mais le classicisme et le pouvoir absolu de Louis XIV consomment l’aliénation culturelle: des Académies locales, filiales de l’Académie Française, sont créées dans le but de répandre le français. Les enfants de la société nantie sont éduqués en français par les Jésuites. Cependant la langue d’oc continue d’être parlée par tout le corps social et, si on ne l’écrit plus, on réédite les écrits du début du siècle qui ont un public nombreux.

Au XVIIIe et jusqu’au milieu du XIXe siècle se succèdent les périodes de stérilité et les périodes de renouveau. L’Occitanie, victime de la volonté centralisatrice issue de la révolution et perpétuée par les divers régimes qui l’ont suivie est une réalité linguistique, mais n’a pas d’existence administrative ni politique. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle un mouvement occitaniste dont Frédéric Mistral est la figure la plus représentative, le Félibrige, a un gros impact sur la vie littéraire occitane.

Mais ses membres ne portent pas sur le plan politique leur rêve nationaliste et fédéraliste. Ils ne se soucient pas de l’enseignement primaire, croyant qu’apprendre aux enfants à lire les almanachs félibréens suffirait pour sauvegarder la langue. Conséquemment , ce mouvement qui a provoqué un renouveau littéraire indéniable, n’a pas empêché l’occitan de pâtir gravement de l’avènement de l’enseignement obligatoire vers la fin du siècle.

Scolarisation et francisation allant de pair, l’occitan devient hors la loi à l’école. Les instituteurs se font les exécutants zélés d’une politique d’élimination de l’idiome vernaculaire: ils apprennent aux enfants à avoir honte de la langue de leurs parents. Le français est présenté comme un moyen d’ascension sociale ce qui explique la faible résistance à l’entreprise de francisation. Ce travail de propagande est complété auprès des jeunes gens par le service militaire obligatoire.

La reconquète ?

Après 1965 la culture occitane sort du ghetto intellectuel. L’Institut d’estudis occitans devient un organisme de rencontre et de réflexion. Un nouveau départ est possible grâce aux travaux de Louis Alibert, artisan de la renaissance linguistique, de Robert Lafont, théoricien de l’occitanisme progressiste et de quelques autres. On assiste à une explosion nationaliste dans laquelle les jeunes tiennent une place importante. La chanson ne se cantonne plus dans le folklore: elle devient revendication culturelle et politique. Nous retiendrons les noms des interprètes les plus connus: Claude Marti, Mans de Breich, Patric, Los de Nadau, Daumas, Tocabiol, Jacmelina, Maria Rouanet…

Malheureusement, de moins en moins de jeunes comprennent et parlent la langue. Sans une reconnaissance de l’occitan avec enseignement de la langue à l’école et création de médias, dans quelques décennies, il ne sera plus connu que de quelques universitaires ou de quelques “vieux fossiles” que l’on montrera aux touristes…

Uc de Saint-Circ, un père de la Renaissance Italienne

Uc de Saint-Circ est né à Thégra à la fin du XIIème siècle. Son père, petit vavasseur (1), avait dû quitter son château de Saint-Cirq (graphie actuelle) situé sur l’actuelle commune de Couzou, sans doute ruiné par Henri Court-Mantel lors du sac de Rocamadour en 1183. Pour éviter une copropriété des biens familiaux (selon la coutume occitane, cadet d’une nombreuse fratrie, il était copropriétaire de ses biens avec ses frères) ses frères l’envoient étudier à Montpellier où on le destinait à l’état de Clerc.

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Château de Saint-Cirq (graphie actuelle)

Rappelons que Montpellier, alors sous la domination des rois d’Aragon et de Majorque, était une ville universitaire très importante où se retrouvaient de nombreux quercynois. Inversement, les professeurs de Montpellier enseignaient à l’Université de Cahors. Dans la capitale culturelle des rois d’Aragon où l’apport scientifique des musulmans et des juifs est important, Uc a pu acquérir, au moins en partie, les trois premières branches du savoir, le trivium : grammaire (latin classique), rhétorique et logique. Mais il ne devient pas clerc, il se fait jongleur et entre au service du comte de Rodez, du vicomte de Turenne et du bon dauphin d’Auvergne. Il sert de lien entre ces trois puissantes. Très tôt, il devient troubadour, nous dirions aujourd’hui, auteur-compositeur, un intellectuel profane du Moyen Age.

On le retrouve en Gascogne, auprès de Savaric de Mauléon, de la comtesse de Bénauges, en Poitou puis en Aragon et en Castille. En Provence enfin, d’où il gagne la Marche de Trévise vers 1220. Là il prend épouse et dernière date connue de sa vie, est accusé d’hérésie et d’usure en 1257 (Cathare ou bien Cahorsin ?). En Italie du nord, son rôle est fondamental dans la gestion de la Renaissance. Exilé, faidit, il apporte à sa patrie d’adoption le texte troubadouresque. Sur place il crée des vidas, premières biographies de troubadours marquées par la nostalgie d’un temps heureux, d’un pays perdu et remis dans le droit chemin obscurantiste par la ruée des croisés. C’est le point de départ, en Europe, de la critique littéraire en langue vulgaire et de la nouvelle en prose. Il y a un suivi des vidas au Novellino anonyme puis à Boccace et jusqu’à nos jours.

Uc est ainsi devenu, en Italie, un poéticien, un maître du trobar et plus encore, selon l’expression de Robert Laffont : « Le grand témoin de l’Occitanie en Italie ». Il ne nous reste qu’une cinquantaine de textes écrits par Uc et trois musiques qui permettent d’entrevoir un musicien de talent. Son œuvre est un « roman vécu ». Enfin, nous savons depuis peu, grâce aux travaux de Saverio Guida de l’université de Messine, qu’Uc de Saint-Circ et Uc Faidit sont une seule et même personne. Uc Faidit écrit vers 1240 le Donatz proençals, une grammaire, un traité de versification suivi d’un dictionnaire des rimes. Deux versions : une en oc et l’autre en latin. L’ouvrage est novateur (les exemples sont créés et non empruntés) et permettra à Dante, en différenciant le volgare du latino, de promouvoir l’italien moderne.

Depuis quelques années, l’Association Thégra Animation fait revivre Uc de Saint-Circ à travers un son et lumière retraçant sa vie et lui a consacré un colloque en 1998. Un cd de Gérard Zuchetto a été enregistré dans l’église de Thégra.

D’après : Anthologie des Poètes du Quercy, par Gilles Lades, éditions du Laquet et Encyclopédie du Lot, Bonneton.

(1) VAVASSEUR, subst. masc. C’était le vassal d’un autre vassal, ou celui qui tenait un fief d’un vassal qui relevait lui-même d’un seigneur. D’autres historiens entendent que Vavasseur était une dignité immédiatement au-dessous de celle de baron.
Cabra

La chèvre blanche – La cabreta blanca

Légende proposée par Sèrgi Rossèl, de Cabrairets.
La Cabreta Blanca de Cabrairet, légende quercynoise imitée du roman du XIV siècle", par Edouard Forestié, (1884) sagèl de la biblioteca de Montalban 1971
Il s'agit d'un ouvrage qui figure dans le fonds ancien de la bibliothèque de Cahors. L'expression "imitée du roman" signifie que l'auteur de la publication a, en 1884, imité la façon d'écrire l'occitan du Moyen-Age, la langue romane ou roman.

Nous en transcrivons ci-dessous le texte
avec la graphie actuelle de l’occitan.

En l’an mil e tres cent quaranta,

La vèspra del gaug Nadalet,
Jos lo tuc desrocat ont canta
La cavèca de Cabrairet,

Lo Céle en la comba brumava,
E lo temps èra mòlt escur,
Lo troneire al cèl aclapava…
En aquela nuèg de malur,
Lo Sénher de Biro sopava,

Dins la grand sala del castèl,
La cançon de Rotland trobava
Un estranh bèl menestrèl.

En aquela fèsta tan bèla
Foron cavalièrs e donzèls,
E mai d’una gentil donzèla
Fasiá lusir sos negres uèlhs.

La taula èra belcòp ondrada
D’enaps, de gobèls esmalhats,
De vaissèla d’argent daurada,
Plats e cofinèls d’aur talhats.

En los grasals èron becadas,
Galinas, lèbres e cabrits,
Pinhonat, ostias dauradas,
E moras, e rasims confits.

A la nuèch prima, una vasala
Venc a la pòrta del castèl,
E fo menada dins la sala ;
Mandava parlar al donzèl :

«Que vòls-tu, paura filheta ?»
Çò ditz lo Sénher de Biro
«Ma mairina, la Marieta,
«La mai besonha del Biro,

«Auei, de ser, es plan malauta,
«Palaticada de sos braçes,
«E lo servent non farà fauta
«De li prendre, se non pòt pas

«Pagar la talha aquesta prima,
«un tròç de casal arrasat
«Que ten en la darrièira cima
«De la comba del mas d’Arsat.

«Sénher, mandi pietat per ela
«En trabalhant vos pagarai
«Lo dèime de la paura vièlha
«E per vos io Dieu pregarai.»

En aiçí com ditz la paureta.
Ela plorava tot sos uèlhs,
E tremolava aquí soleta
Entre tant de joves donzèls.

Biro se leva de cadièira
E ven per li far un potet,
Li disent a la pregadièira :
«Non crenhes pas, te farai dret.»

Ela lo crei, sa jòia es granda,
E non gausa pas dire : «non»
Mas al bon Dieu se recomanda
Per lo pregar de far perdon.

Lo desleial que vei sa mena,
Amoros, lo sang al cap d’uèlh,
En un petit retrait la mena
De la granda tor del castèl.

Aicí, Biro li ditz : «Marieta,
«te donarai un anèl d’aur,
«un frachís, una centureta,
«per aver de tu, sens paur,

«Alegria, puèi avinensa,
«E puèi amor. De Cabrairet
«Io te farai dòna mestressa
«Se tu vòls ausir mon preg.»

La filheta es mòlt rancurada
Quand lo vei tant encalanat,
E de grand temor alenada,
A genolhs li manda pietat ;

«Sénher, per una onesta filha,
«Mai val lo casal que l’castèl,
«E com ditz ma mairina vièlha
«Presi l’onor mai que l’joièlh.

«L’esquila tinda la primièira
«De la messa de mièja nuèch :
«Laissatz m’anar, que soi tardièira,
«Me cal montar entrò al puèg.»

Lo trafar ritz de sa demanda…
Adonc Marieta, pregant Dieu,
Per la fenèstra qu’ela alanda,
Montant s’avalitz dins lo riu !…

Lo Céle en la comba brumava,
E lo temps èra mòlt escur…
Mas Nòstre Sénher, que velhava,
En aquela nuèch de malur,

Mandèt dos ángels en la tèrra,
Que portèron son arma al cèl…
Biro fo nafrat a la guèrra,
Al cap d’an, dejós son castèl.

Òm vei, despuèi, una cabreta,
Blanca coma un petit anhèl,
Que, desconorta, pais l’erbeta,
Es l’arma de Biro l’crudèl,

Que deu montar a la nuèch prima ,
La vèspra del gaug Nadalet
Entrò cinc cents ans a la cima
Del puèg agut de Cabrairet.

Adaptation en français, dépourvue de prétention littéraire, destinée à éclairer le sens pour les lecteurs qui ignorent l’occitan écrit : Légende de la chèvre blanche

Voici maintenant des extraits du spectacle son et lumière “La légende de la chèvre blanche” qui est réalisé par les habitants de Cabrerets dans les ruines du château du diable, au pied de la falaise, le long du Célé, chaque année depuis 1996 à l’occasion de la fête locale. Jouée en français et à plusieurs voix, cette version fournit une adaptation du texte occitan dont nous ne donnons pas la traduction mot à mot.

Les murs parlent, Ecoutez leur voix,
Elle évoque la mémoire des seigneurs de Cabrerets.

– Mon nom est Waïffre, duc d’Aquitaine. J’ai construit ce château en l’an de grâce 745.
Ma forteresse mesurait alors 90 m de long sur 30 m de hauteur, avec des murailles de plus de six pieds d’épaisseur. Elle était flanquée de deux tours carrées.
Sur la falaise, j’avais fait peindre un dragon, un diable rouge qui vomissait des flammes sur les assaillants.
Pour avoir combattu pour l’indépendance de l’Aquitaine, je fus mis à mort par Pépin le Bref en l’an de grâce 768.
Oyez, oyez, bonnes gens, ce qui se passa en ces temps là, la nuit de Noël de l’an de grâce 745.

Dans la plus grande salle, illuminée par les flammes ardentes de l’énorme cheminée, le seigneur faisait ripaille avec ses chevaliers, ses vassaux et ses compagnons d’armes.
Tous étaient revêtus de leurs plus riches parures. Les plats étaient en or et les coupes ciselées. L’air résonnait de rires et de badinages.
Soudain la grande porte s’ouvrit.

Un archer parut, poussant devant lui une jeune bergère. Elle est vêtue de toile grossière, ses mains sont calleuses et ses pieds nus.
C’est une fille de serf, mais elle est belle. Sous les hardes, on devine un corps parfait. A sa vue, il se fait un grand silence.

Frappé par son charme, le seigneur lui parle ainsi :
– Oh, Oh ! que veux-tu, belle enfant ? Que puis-je faire pour toi, approche, approche, que l’on te voie mieux !
– Je demande secours pour ma grand-mère, la Jeanneton, qui est paralysée et mourra de faim si vous ne l’aidez !
– J’aiderai la vieille et te couvrirai de bijoux si tu veux bien être ma maîtresse et celle de Cabrerets !

Le seigneur s’approche de Mariette. La pauvre fille devine son intention, inspirée par le diable du lieu. Elle veut s’enfuir, mais la porte est fermée.
Alors, tandis que les convives rient grossièrement, elle bondit vers la fenêtre et se jette dans les eaux glacées et tumultueuses du Célé.
Dans le silence revenu, on entendit un faible cri :
– Jésus, Marie…

Puis la rivière se referma sur la douce Mariette. Son corps ne fut jamais retrouvé.
On dit que, la nuit même, deux anges furent envoyés par Dieu pour conduire au ciel l’âme pure de la bergère.
Le lendemain, toute la contrée fut couverte d’ennemis. Le château fut assiégé par des hordes venues d’on ne sait où.
Le seigneur vit périr tous ses guerriers et ses gardes. Il vit sa forteresse brûler et tomber en ruine.

Dans les campagnes environnantes, ce n’était que terreur et désolation.
Frappé à mort, le seigneur connut le même sort que la bergère : on jeta son corps dans le Célé.
Le diable hante désormais les ruines de la forteresse. D’aucuns y voient l’ombre du seigneur qui périt si misérablement il y a bien des siècles.
Mais depuis lors, en ces lieux, par les nuits de pleine lune, si d’aventure vous vous promenez le long du Célé, vous apercevrez parfois, tout en haut, dans les rochers, une chevrette blanche se détachant sur l’arête.

On ne sait où elle va. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle est blanche et que nul ne peut s’en approcher.
C’est, disaient nos pères, l’âme de Mariette, à qui Dieu permet chaque année de revoir les lieux d’où elle s’est envolée, un soir de Noël.

Commentaires : On notera, chose normale dans les légendes, des différences entre les deux versions :
 dans celle en occitan, le seigneur est "Biron", alors que ce nom n'apparaît que bien plus tard, au XVI° siècle, et encore à propos d'un autre château de Cabrerets ;
 en occitan, la chèvre incarne l'âme en peine du seigneur, et non celle de la jeune-fille.
En outre, il faut ajouter que cette légende, comme beaucoup d'autres, est assez répandue et connue en d'autres lieux sous des formes variables. En particulier, pas très loin de Cabrerets, celle du saut de la monina.
 
Lac de St Namphaise

La légende de St Namphaise

Selon la tradition, Saint Namphaise apparaît en Quercy à la fin du 8e siècle. C’est alors un preux guerrier, un compagnon de Charlemagne qui, lassé de la guerre et de ses massacres, a décidé de se retirer en religion et de devenir ermite. Venu dans le Quercy, il cherche alors dans les vastes solitudes boisées un lieu propice à la méditation et à la prière. Il le trouve d’abord à Lantouy, près de la vallée du Lot où il fonde un monastère, mais très vite sa popularité l’accable et il abandonne les lieux.

Un couvent de religieuses lui succédera qui aura un destin tragique : les nonnes tombent dans le paganisme et sacrifient des enfants aux dieux des abîmes. Le couvent est rasé et les nones dispersées. Saint Namphaise séjourne alors au monastère de Marcilhac, dans la vallée du Celé, mais, d’où il s’enfuit en quête d’une plus grande solitude. Il la trouvera sur les hauteurs de Quissac, dans une grotte, près d’une petite colline nommée l’ouradour qui sans doute est une déformation du mot latin oratorium : petite chapelle.

Là, dans les solitudes ventées et surchauffées du Causse, il trouve sa voie qui le réconcilie avec les hommes : il va creuser des lacs. C’est en effet à lui que la tradition attribue l’origine de ces centaines de bassins, de tailles et de profondeurs diverses, qui parsèment le Causse. Saint Namphaise vieillit lentement, devenu le patron des bergers et des troupeaux. Jusqu’au jour où sa route croisa un taureau furieux. Ce dernier chargea et Saint Namphaise n’eut que le temps de jeter le plus loin possible son marteau de mineur. Il tomba à Caniac, la paroisse voisine, où on éleva une église pour recueillir la dépouille de l’ermite. Saint Namphaise y repose toujours dans la crypte et guérit les épilepsies pour peu que l’on passe à genoux sous les piliers de son tombeau.

La legenda del Pont de Valandre

Sul Poun de Balandré, que lou diable a bastit   Et qu’un ange, dempuèy, tres cots a benezit   (Jansemin – Las Papillotos)
Patric DELMAS Felibre Majoral Cigalo de la Tour Magno

La decision de bastir un pont qu’encambariá Olt al ponent de la vila de Caurs, foguèt presa en 1306, per dos membres del conselh de la ciutat. Doas annadas aprèp, al tindinar de las campanas e davant una revolunada de monde, se pausèt la primièra pèira. L’avesque espandiguèt sa benediccion e recitèt tot çò que sabiá de pregàrias.

Foguèt un grand regaudiment e de brindes sens nombre.Totes risián, totes cantavan. Las farandolas se desplègavan dins las carrièras e long dels barris. Era nuèit que la fèsta durava encara…

Al temps que parli, arquitectura e aisidença senhorejavan d’un biais incontestat dins la vila afortunada. S’i fasiá grand comèrci de vins, de lanas e de fustas. Banquièrs als dets crocuts o cambiaires, coma se disiá alavetz, fasián flòri. Caurs èra a sos grands jorns. Dardalhava de tota sa bèla influéncia. A ! lo polit temps, l’urosa vila !

Jos l’aflat de son enfant, Joan Dueze que en 1316 devenguèt lo papa Joan XXII, la situacion s’esperlonguèt encara un brieu de temps. Lo pontife sobeiran s’empleguèt a ne far una plaça de primièra fòrça. Cambièt l’escòla catedrala en una vertadièra Universitat amb sas quatre Facultats e los mèmes privilègis que las Universitats de Tolosa e de París. Tot anava de çò melhor. Un brave temps tirava per totes.

La vida anava son camin. E per tot dire, aprèp un afogament sens pausa, lo vent virèt. La construccion del pont, comencèt a rebalar. Se desalenava. Semblava pas que s’acabèsse jamai. Lo quite esper d’una entrelusida èra plan teunhe… Los carcinòls se fasián a l’idèa, de veire lo trabalh daissat en plan. Qun despièch ! N’avián vergonha. L’enveja de rire ne trapava cap pus ! Sadols de tirar a tengut los ardits del borsicòt, los senhors cridavan a la falsièra.

De rondinaments grèus, venián d’una vila malcontenta e despacientada.

Aquel pont novèl es una font d’enganas… cridavan d’unes. Marcamal se passeja ! Aquò’s pro endurat e la bonda de la paciéncia finirà per petar… Es l’ora de brandir lo baston !

Çò disián encara los mai enmaliciats.

S’es pas malurós… Aquò èra de preveire. Mas tanben, prenon pas jamai conselh de nosautres los ancians ! rebecavan los vièlhs en espatlejant.

D’alègra e jaurèla qu’èra, la vila venguèt mens avenenta. Semblava acomsomida dins sa glòria perduda. Se podiá pas mai daissar córrer las causas, que de rambalhs èran totjorn de crénher. Tanben, dins la paur de trebolums, se tenguèt una amassada publica. Foguèt enfuocada quicòm. Los notables, aquel jorn d’aquí, cerquèron los mejans d’apasimar una justa colèra e lo biais de superar un aflaquiment, que durava que tròp.

D’òmes de pensada e de rason deliberèron. Afortiguèron que la reputacion de la vila èra a patir. Faguèron valer pr’aquò, tot lo partit que se podriá tirar de l’acabament d’aquela besonha ; clau de l’avenir per las generacions novèlas … La resulta foguèt la que se deviá esperar : Se decidiguèt de far bugada de tot çò vièlh, e de remandar còp sec, lo mèstre d’òbra, qu’èra pas mai l’òme de la situacion. Rai aquò ! Passava per dich, que lo paure bogre, anava solet a l’abeurador… Un anar plan pauc presat, que fasiá japar. Ara, la construccion del pont se deviá de prene lo pas sus tot. L’interès superior de la ciutat fasiá comand !

Un matin de genièr, los eveniments s’abrivèron. Se presentèt un mèstre peirièr novèl. Compahon del dever, semblava pas aver freg als uèlhs. Afortiguèt, per qual voliá l’entendre, pas téner a la comanda. Se diguèt d’aussada tanben, per se venjar d’un pretzfach, que tant fasiá parlar e desparlar lo monde. Son biais avenent e franc agradèt e semblava pas nascut de la darrièra pluèja. Del còp, los consols se pensèron qu’aviá un passat pro ric d’esperiment, per balhar fisança. Li daissèron tota la còrda volguda. Mas, en li donant plan a comprene, qu’auriá d’acabar, abans las vendémias venentas. A tot pèrdre.

Obratz a vòstra idèa … Mas en cas de mancaments, mèfi !  Son pas aquí paraulas getadas al vent. Tenètz vos aquò per dich !

Lo mèstre perièr assentiguèt. Coma que ne vire, lo pretzfach seriá complit. En temps e en ora. Cò prometut serà tengut çò faguèt, un pauc crestaquilhat, en se virant cap a las autoritats que l’enrodavan. Avètz pas besonh de vos far de pensaments, Ne serà coma l’entendètz. Deguèsse i pèrdre la vida !

Lo pichon pòple, la mina regaudida, piquèt de las mans. E dins la seguida, los notables, en plen acòrdi, portèron per escrit las condicions. Per sagelar la pacha, los protagonistas, amb solemnitat, se tustèron dins la man. Lèu, borgeses e mercants, tota la sanflorada de la contrada, en granda tenguda, lo venguèron saludar e portar sos vòts de capitada. Se prenián a esperar mai. Mas, èra pas mestièr de parlar mai que de rason, que lo temps èra comptat. Demorava encara belcòp a far. Caliá tirar davant !

Lo mèstre novèl se perdèt pas en alonguís. Era pas òme de las bracejadas. Dins l’afar d’un res, destrièt las prioritats. Se botèt a l’òbra amb la caninor que devinatz e una volontat vertadièra, de cambiar lo fons de las causas. D’ausida, faguèt pròvas de sas bèlas capacitats e d’un sens agut de las realitats. Aviá lo biais, pas que per la paraula, de butar fèrme lo monde e de los far córrer a son pas. Se daissava pas desvirar de son camin e cap de dificultat semblava pas demesir se fe. Remenava cèl e tèrra. Teniá d’empusar un escapolon d’obrièrs causits que menavan a tengut, de blòcs de pèiras. Anava de l’un a l’autre, gaubejant la règla o la tipla, escalant d’un empont a l’autre.Tot èra planièr e se debanava del melhor. Peirièrs, fustiers, terrassièrs, frairalament mesclats, cadun de son costat, butava un prètzfach sens dèca e sens plànher sa pena. Las apavesons asseguradas, los pilars montavan e las arcas puntejavan. Lèu, segur, per la davalada venenta, lo pont de Valandre seriá mèstre de l’azuèlh. Amodariá l’admiracion de totes. Amb aquela realisacion, la vida del mèstre peirièr prendriá virada. Un vent de glòria bufariá per el. Pro per encantar l’anar d’una vida e marcar lo temps de sas piadas. Rassegurats, los consols d’eles, sospiravan prigond, pas malcontents de veire un tal cambiament. Per lo primièr còp dempuèi fòrça temps, la vila tornava trobar bonur e activitat.

Foguèt un matin del mes de març que quicòm comencèt a se desmargar dins la suauda existéncia del obrador. Venguèt una plan marrida passa, ont tot anguèt al revèrs. Un matin, un jove manòbra, pres d’un lorditge, resquilhèt cap primièr, de la bèla cima d’un enart. Se venguèt desclucar, davant la còla espaventada. Aquela disparicion causèt un rebotge grand. Un malur ven pas jamai sol. Aital, cap al mème temps, la pluèja tombèt sièis jorns de reng. La ribièra venguda gròssa, carregèt d’aigas rotjas, color de sang. Gastèt restancas e paissièras, semenant espant e desolacion sus son passatge. Ne caliá pas mai, per arrancar la vila a sa serenitat e despertar la mesfisança. Long de las ribas d’Olt, ara, las paraulas venián bassas. De rumors rebalavan. Lo ser, a la chut chut, se parlava de mascariás celestialas, d’aflats malefics o del marrit uèlh… Mandèron quitament d’òmes de glèisa en procession, per despossedar lo luòc que semblava maldich.

Lo temps passava : los jorns e las setmanas. Se caliá rendre a l’evidéncia. L’obrador n’acabava pas de caumar. Se mudava en una cachavièlha que se pòt pas dire. Crentuts e descorats, lo gròs dels obrièrs, n’èra aquí a virar la vèsta. La disciplina aviá d’èsser mantenguda e lo mèstre peirièr, ensajava ben de tornar botar son monde a la rega. Pena perduda ! Res non i fasiá. Era gaireben tot sol ara, per far front. Cossí amagar l’afrosa realitat ? Aquel pont semblava vertadièrament, aclapat pel pes de la fatalitat. Giblat per lo malsòrt, ne’n finissiá pas d’espandir secrets e mistèris…

Las relacions coma plan pensatz, s’anivolèron. Aquò menèt la colèra dels consols que butats per l’impaciéncia, parlèron gròs e li desgrunèron un polit rosari ! Era de bon comprene… Aviam pas besonh d’aquela. Saique aquel ventabalòfa, nos aurà vendut del vent !

Vesètz pas lo camin enregat… Amb el, las causas an pas melhor virat e avèm pas ganhat res a cambiar !  Bramèt un desgordit. Puèi, d’ajustar las ussas fronsidas e los braces al cèl : Li farem veire que sèm pas de la mena dels galejaires. Es pas mesolha de sambuc que lo sang dels Carcinòls ! Recamparà lèu sas pelhas aquel d’aquí tanben…

Las protestacions gisclavan de pertot. Lo fuòc coava e lo mèstre peirièr dançava sus la brasa… Coma i pregavan una explicacion, baissèt lo cap e per se donar la mina de quicòm, causiguèt de plaidejar paciéncia. Mas la vertat, clara coma lo jorn, sautava als uèlhs. Cada jorn que passava ne portava confirmacion. La fiertat li aviá enneblada la rason. Lo còr macat de repentida, podiá pas agachar son trabalh inacabat, sens ne sentir un defèci prigond. E ara, se vesiá lo paure el, beure lo calici de las umiliacions… Podiá pas mai tornar enré o se desdire pr’aquò… Cossí trapar una pòrta de sortida onorabla ?

Anavan los jorns e las setmanas. Comptàvem, lo 21 del mes d’agost. Las vendémias se sarravan. A la dicha de totes, serián aborivas. L’ora picariá lèu e totara, se proclamariá lo ban. De l’autre man de la ribièra, sus los tèrmes vesins, lo rasin amadurava. S’espompava a la raja d’un solelh escosent. La vila tota, èra ja en combor. A cada cantonada, barricaires e codaires aprestavan fustalha e tinas desgombiadas. Aut la malhuca e los talhafons ! Los vinhairons tot petaçar descas e embuts, cridavan a plec de gargamèla dins la lenga del terrador :

« Lo vin carcinòl es vin d’alertadura 
Verturós coma la tèrra e la solelhadura
Garissent l’ama e lo còrs de tota macadura. »

Ni per s’afanar mai que de rason, semblava plan perduda la partida. Lo mèstre peirièr aviá pas pus lo temps de se revirar. Per totes, èra vengut segur que seriá pas respectada, la pacha. Una realitat grèva, que pesava de tot son pes. Vergonha e pentiment emmantelavan nòstre òme. Era aquí coma perdut.. Capejava en silenci, l’agach perdut. La cara malandrosa, l’uèlh febrós e d’idèas sornas dins son cap. Se daissava pauc a pauc, ganhar per una fonsa desesperança. Non pas pecaire qu’agèsse paur de la mòrt, qu’èra un òme de dever. Mas uèi, èra un òme, macat dins sa fiertat de mascle e son orgulh. E, aquel mancament li pesava.

Envescat dins lo dobte, n’èrem venguts a un punt, ont quicòm se deviá caplevar. Ne caliá finir d’un biais o d’un autre. Nòstre òme i podiá pas pus téner e romiava d’idèas negras, de totas menas. Puèi, la lutz venguèt a la longa. Una idèa plan curiosa, per tot dire… Un ser, en secrèt, prenguèt sus el, d’anar en consulta en çò d’una fachilièra. O faguèt pas sens trantalhar. Mas aviá pas mai la causida… Se metiá sus lo compte d’aquela vièlha masca, una sica saca de causas que passavan l’entendament e que vos fasián quilhar la borra… Plan sovent, jogava de son poder subrenatural. Era aquí benlèu, la garantida segura de trobar responsa a son problèma. Encorat per l’escuresina, de resconduda, quitèt l’ostal. Lo còr quichat e l’ama dolenta, dins lo grand silenci de la nuèit, ganhèt lo vilatge vesin. Quauques canhòts japèron, mas degun, dubriguèt pas ni pòrta ni fenèstra. Mai d’un còp pr’aquò, li semblèt d’èsser espinchat e segut… Passava lis e caminava sens bruch, al grat de la fortuna del moment.

Al cap de doas oras d’una escorreguda malaisida, dintrèt dins l’ostal de la fachilièra. Un ostal cavat dins la ròca, acatat de boissons negres e de l’èdra que ne’n desmargavan las parets. Prestissiá mòl. Per un pauc, i auriam barrat lo cuol amb un cese… Demorava clavat sens gausar bolegar. Un còp de mai, un temps d’espròvas se sarrava per el. La rondas e los siscladís de las ratapenadas atissadas, li donavan a pensar qu’èra venguda sa darrièra ora. Se recomandèt als Sants del Paradís. Mescresents o devòts, aital fasèm totes, quand la paur vos aganta… La teunha flama d’un calelh i fasiá lum. Les secondas s’engrunavan longas. Tot d’un còp, la fachilièra se trobèt de cara, davant el, sens que l’agèsse vista ni mai ausida arribar. Plegada de vielhum, de negre vestida, rebalava una camba macada en s’apiejant sus un pal. Son uèlh gastat, desondrava una cara rufada e òrra qu’auriá espantat lo còr lo mai tanat.

« Ome ! Sabi pro çò que te mena aicí.  Amai lo reboliment, e las pensadas que te grèvan uèi. Mon uèlh acostumat, se pòt pas daissar enganar… » diguèt ela.

Puèi, en trastejant dins l’escurina, agantèt sa gimbla e un libre de mascariás que los fulhets n’èran ratugats a mièjas. L’espepissèt gaire de temps, tot prononciar de paraulas d’incantacion. Torciguèt la mirgola e afortiguèt de sa votz raufelosa : « M’es pas donat a ieu de te tirar d’aquel embolh.

Lo Diable el sol, n’ es capable. Pr’aquò, se te balha un còp de man, auràs de te plegar a sas volontats. A totas sas volontats… Fauta d’aquò, tastaràs pas lo vin novèl…»

Un rifanhadís seguiguèt aquelas paraulas, e la masca s’avaliguèt coma un fum. Nòstre òme demorèt aquí, un briu, dins sas pensadas. Arribava pas mai a destriar çò que veniá de viure e çò que l’esperava… L’idèa de requerir lo Diable, li agradava pas qu’a mièjas. Segur, l’afar èra riscat. Mas en se rasonant de son melhor, se pensèt que podiá pas daissar s’escantir lo darrièr rai d’espèr que li demorava. Caliá ne’n passar pr’aquí.

Lo temps del tèrme s’aprochava. A grandas cambadas. S’agissiá ara, de precipitar las causas. L’espèra per nòstre òme, foguèt pas de durada. Los esperits malefics, se sap pro, an d’aurelhas que rebalan pertot… Lo lendeman a jorn falit, coma per una misteriosa endevenença, del temps que passejava sa pena solet, long de las ribas, se levèt una rispa que l’estrementiguèt. Puèi, una mena de liuç davalèt del cèl e lo tron esclapetèt. Lo mèstre peirièr, lo buf copat ne foguèt coma assucat. Sabiá pas pus ont èra. Sentiguèt coma una preséncia escura que l’enrodava. Dins un revolum d’aiga trebola, tot d’un còp, vegèt espelir, una bèstia banuda que revertava fèrme lo Diable, amb sa coa en fichoira e una forca bèla de las puas de fèr. Lo mèstre peirièr, l’emocion primièra passada, se dubriguèt francament. L’ora de las confidéncias èra vengut. Lo Diable que lo vesiá venir dempuèi plan temps, se risiá ja d’aurelha… E sens esperar mai, i anèt de sa proposicion. Mercandegèt l’arma del mèstre peirièr en escambi de l’acabament del pont !

Estabosit per çò que veniá d’entendre, lo paure malurós sarrèt las maissas. Sabiá pro que d’aquel mercat ne podiá pas far l’estalvi. Era lo prètz a pagar. Aquí tot.Tanben, al bon voler del Diable, valiá mai consentir o seriá perduda l’escomesa. Erèm al picar de la dalha. Demorava pas qu’una setmana, abans l’entamenada de las vendémias. Lo jorn tant crentat vendriá lèu … Vai coma aquò. L’afar es entendut çò diguèt lo mèstre peirièr, que se donava pas encara perdut.

Mas o sabes ben, al temps que tira, degun dona pas res per res… Tanben, per paga, un còp lo pont acabat, auràs de complir una darrièra causa per ieu. Venguèsses a te copar lo nas, tendrá pas mai la nòstra pacha…E aital, serem quitis !  Lo Diable, pres de ressabuda, demorèt un moment soscaire. L’estuflet copat, engolèt son escupit. Puèi, rondinèt quauquas paraulas entre las dents. Mas, acostumat qu’èra a racar pas jamai, davant res, diguèt :  Qué vòls que siá per ieu, una espròva de mai o de mens ? Aital se vòls. Sarrem nos las mans. E prometèt de se’n téner ric a ric a la paraula donada. Puèi, pleguèt los trastets en li cridant al morre d’un biais trufandièr :

Acabarai a la fin de la setmana. Lo trabalh es pas res, per aquel que lo sap prene. E sus aquela, son rire se degalhèt dins la nuèit… Semblava pas de bon, mas lo lendeman quand lo solelh se levèt, se trachèron lo monde, d’un cambiament vertadièr e prigond. Ne’n revenián pas. A costat del mèstre peirèr, un inconegut menava las manòbras a la buta-buta e d’un biais mèstre. Fasiá mai que si podá. Atissat al trabalh, s’afanava de brandir la tibla e de córrer pertot, sens fin ni pausa. Deçà-delà … d’amont-d’aval… davant-darrièr. Cò que fins ara, èra pas que mascanha e trima, èra complit en mens de temps que ne’n cal per o dire. Obrièrs e badaires, cresián de somiar. Asondavan de jòia. Podètz pensar se parlavan lo monde…Lo pont, gaireben acabat, se destacava dins lo cèl. S’agissiá ara, de capelar de lausas, las tres torres e de pasimentar lo camin de dintrada. De besucariás pas mai…

Tanben, lo ser, lo rapaton arribèt, content que jamai. Se bregava las mans e cantava ja victòria.  Passat pertot, me’n soi plan tirat çò faguèt un pauc bavard. Deman, coma previst, l’afar s’acabarà a mon avantatge … Mas lo mèstre peirièr finaudèl, copèt broncament : Pas tant viste ! Es pas encara al cap de la rega.

Veses amont, aquel obrièr pincat, qu’es prestir lo bard dins un nauc. A carga per tu, de li far passar l’aiga que li fa de besonh. E los uèlhs beluguejant de malícia, li un parèt un crivèl per n’assegurar lo carreg… E ara se pensèt : A tu de jogar !

Lo diable agantèt l’aplech grasilhat e quitèt de rire. Enrabiat, davalèt a broa de ribièra. Trempèt lo crivèl e, a tot trac, se roncèt cap a la torre. Regolant de susor, anava de l’un a l’autre mas l’aiga tota, passava per la tela d’aram, abans qu’arribèsse a la cima… Se rebutèt pas e li tornèt mai d’un còp. De badas. Ni per damnejar, res a far ! Tengut de reconéisser se desfacha, abandonèt, al mièg dels rires nècis e dels escarniments. Cabussèt dins Olt, en deslargant una cordelada de renècs.

Lo ser, del temps que lo mèstre peirièr, l’èime en patz se daissava anar a la contemplacion del talhièr de construccion, s’avisèt qu’una pèira cantonada de la torre centrala, i èra pas mai. La trobèt al pè de l’edifici que rebalava. L’espepissèt pel menut e causa estranha que li balhèt carn de galina, i destrièt dessús, cinc graufinhadas. Se pensèt còp sèc, que lo diable arput, n’aviá pas encara acabat amb son òbra malfasenta. Lo moment èra vengut de li copar definitivament camin.

Dich e fach. En luòc e plaça de la dicha pèira, ne’n faguèt botar una autra, mas raportada aquesta, de Tèrra Santa, per un crosat. Puèi, lo mèstre peirièr e mai el, barbotegèt quauques patèr borruts. D’aquel biais, podiá pas, la pèira, escapar de cap de manièra, a la proteccion del Bon Dieu…La velha de l’inauguracion, lo Diable, a jorn falit, escalèt de resconduda, fins a la torre. Mandèt mai la man, per desrabar sens consideracion, l’objècte. Mas quand foguèt per la levar, aquí que demorèt calhat. Se brandiguèt, arpategèt, e se torcegèt d’ora de temps. De badas.

Lo lendeman, quand lo gal amodèt son quiriquiquí, lo pont de Valandre se mastava subrebèl. Los comptes aital reglats, lo mèstre peirèr se senhèt e plorèt de jòia e d’amaisament. L’istòria a pas gardat memòria de son nom. Al bèl contrari, es lo Diable, que a daissat e daissa encara, son estampadura, dins l’èime dels Carcinòls. Avètz pas qu’a levar e virar los uèlhs, cap a la torre centrala, lo veiretz. Palaficat dins la pèira, per sempre mai…

 

Patric DELMAS  Felibre Majoral  Cigalo de la Tour Magno

Les fées et les sorcières – Fadas e fachilieras

Dans nos campagnes reculées, on croyait aux fées et aux sorcières. Celles-ci ne sont autre chose que les fées des Gaulois.Les récits relatifs à des génies femmes ayant une sorte de puissance diabolique occupent une très grande place. De génération en génération, la croyance veut que des génies secourables ou malfaisants président à tous les actes de la vie.

Des fées approchent des berceaux, armées d’une baguette magique, et donnent à l’enfant d’heureuses qualités ou lui jettent un mauvais sort. Elles se présentent dans une brillante jeunesse ou une vieillesse difforme. Elles dansent parfois à la clarté de la lune sous la forme de vieilles femmes, se mêlent en certains cas à la tempête; elles volent aussi sur les nuages.

Dans des communes du département, on montre encore de nos jours telle ou telle grotte ou fontaine, tel ou tel bois ou arbre des fées. A Labastide-du-Vert, il y a une très belle fontaine, dans le bourg, appelée la Font de las Fadas (pr.lo foun de los fados).

A Bélaye, près de la Combe-Layroune, qui aurait été un refuge de brigands, était situé le Bois des Fatsilières, dont le nom demeure encore; devant Bélaye, un peu au-dessous du village de Charrou, il y a un autre bois des Fées. La croyance aux fées devait être bien profonde dans cette localité puisque deux bois, à très peu de distance, portent le nom de Fées.

Les craboullières

Sur la commune de Cabrerets, canton de Lauzès, département du Lot, dans le bois près du Suquet, à quelques encablures des maisons de Baux et Mongirou, une pancarte est fixée sur le tronc d’un arbre : LES CRABOULLIERES.

Vous transcrivez immédiatement en occitan las cabrolièras [loy kroboulièroy] et vous reconnaissez la racine cabròl [lou krobol] c’est-à-dire le chevreuil. Il est tentant d’interpréter las cabrolièras comme un lieu où se tiennent les chevreuils.

En tout cas, c’est un encouragement, et tout particulièrement pour les chasseurs, à utiliser ce mot occitan lo cabròl à la place du français chèvre qui est complètement inapproprié.

Article Serge Roussel – Photographie de Jérémie Nègre

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