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Cabra

La chèvre blanche – La cabreta blanca

Légende proposée par Sèrgi Rossèl, de Cabrairets.
La Cabreta Blanca de Cabrairet, légende quercynoise imitée du roman du XIV siècle", par Edouard Forestié, (1884) sagèl de la biblioteca de Montalban 1971
Il s'agit d'un ouvrage qui figure dans le fonds ancien de la bibliothèque de Cahors. L'expression "imitée du roman" signifie que l'auteur de la publication a, en 1884, imité la façon d'écrire l'occitan du Moyen-Age, la langue romane ou roman.

Nous en transcrivons ci-dessous le texte
avec la graphie actuelle de l’occitan.

En l’an mil e tres cent quaranta,

La vèspra del gaug Nadalet,
Jos lo tuc desrocat ont canta
La cavèca de Cabrairet,

Lo Céle en la comba brumava,
E lo temps èra mòlt escur,
Lo troneire al cèl aclapava…
En aquela nuèg de malur,
Lo Sénher de Biro sopava,

Dins la grand sala del castèl,
La cançon de Rotland trobava
Un estranh bèl menestrèl.

En aquela fèsta tan bèla
Foron cavalièrs e donzèls,
E mai d’una gentil donzèla
Fasiá lusir sos negres uèlhs.

La taula èra belcòp ondrada
D’enaps, de gobèls esmalhats,
De vaissèla d’argent daurada,
Plats e cofinèls d’aur talhats.

En los grasals èron becadas,
Galinas, lèbres e cabrits,
Pinhonat, ostias dauradas,
E moras, e rasims confits.

A la nuèch prima, una vasala
Venc a la pòrta del castèl,
E fo menada dins la sala ;
Mandava parlar al donzèl :

«Que vòls-tu, paura filheta ?»
Çò ditz lo Sénher de Biro
«Ma mairina, la Marieta,
«La mai besonha del Biro,

«Auei, de ser, es plan malauta,
«Palaticada de sos braçes,
«E lo servent non farà fauta
«De li prendre, se non pòt pas

«Pagar la talha aquesta prima,
«un tròç de casal arrasat
«Que ten en la darrièira cima
«De la comba del mas d’Arsat.

«Sénher, mandi pietat per ela
«En trabalhant vos pagarai
«Lo dèime de la paura vièlha
«E per vos io Dieu pregarai.»

En aiçí com ditz la paureta.
Ela plorava tot sos uèlhs,
E tremolava aquí soleta
Entre tant de joves donzèls.

Biro se leva de cadièira
E ven per li far un potet,
Li disent a la pregadièira :
«Non crenhes pas, te farai dret.»

Ela lo crei, sa jòia es granda,
E non gausa pas dire : «non»
Mas al bon Dieu se recomanda
Per lo pregar de far perdon.

Lo desleial que vei sa mena,
Amoros, lo sang al cap d’uèlh,
En un petit retrait la mena
De la granda tor del castèl.

Aicí, Biro li ditz : «Marieta,
«te donarai un anèl d’aur,
«un frachís, una centureta,
«per aver de tu, sens paur,

«Alegria, puèi avinensa,
«E puèi amor. De Cabrairet
«Io te farai dòna mestressa
«Se tu vòls ausir mon preg.»

La filheta es mòlt rancurada
Quand lo vei tant encalanat,
E de grand temor alenada,
A genolhs li manda pietat ;

«Sénher, per una onesta filha,
«Mai val lo casal que l’castèl,
«E com ditz ma mairina vièlha
«Presi l’onor mai que l’joièlh.

«L’esquila tinda la primièira
«De la messa de mièja nuèch :
«Laissatz m’anar, que soi tardièira,
«Me cal montar entrò al puèg.»

Lo trafar ritz de sa demanda…
Adonc Marieta, pregant Dieu,
Per la fenèstra qu’ela alanda,
Montant s’avalitz dins lo riu !…

Lo Céle en la comba brumava,
E lo temps èra mòlt escur…
Mas Nòstre Sénher, que velhava,
En aquela nuèch de malur,

Mandèt dos ángels en la tèrra,
Que portèron son arma al cèl…
Biro fo nafrat a la guèrra,
Al cap d’an, dejós son castèl.

Òm vei, despuèi, una cabreta,
Blanca coma un petit anhèl,
Que, desconorta, pais l’erbeta,
Es l’arma de Biro l’crudèl,

Que deu montar a la nuèch prima ,
La vèspra del gaug Nadalet
Entrò cinc cents ans a la cima
Del puèg agut de Cabrairet.

Adaptation en français, dépourvue de prétention littéraire, destinée à éclairer le sens pour les lecteurs qui ignorent l’occitan écrit : Légende de la chèvre blanche

Voici maintenant des extraits du spectacle son et lumière “La légende de la chèvre blanche” qui est réalisé par les habitants de Cabrerets dans les ruines du château du diable, au pied de la falaise, le long du Célé, chaque année depuis 1996 à l’occasion de la fête locale. Jouée en français et à plusieurs voix, cette version fournit une adaptation du texte occitan dont nous ne donnons pas la traduction mot à mot.

Les murs parlent, Ecoutez leur voix,
Elle évoque la mémoire des seigneurs de Cabrerets.

– Mon nom est Waïffre, duc d’Aquitaine. J’ai construit ce château en l’an de grâce 745.
Ma forteresse mesurait alors 90 m de long sur 30 m de hauteur, avec des murailles de plus de six pieds d’épaisseur. Elle était flanquée de deux tours carrées.
Sur la falaise, j’avais fait peindre un dragon, un diable rouge qui vomissait des flammes sur les assaillants.
Pour avoir combattu pour l’indépendance de l’Aquitaine, je fus mis à mort par Pépin le Bref en l’an de grâce 768.
Oyez, oyez, bonnes gens, ce qui se passa en ces temps là, la nuit de Noël de l’an de grâce 745.

Dans la plus grande salle, illuminée par les flammes ardentes de l’énorme cheminée, le seigneur faisait ripaille avec ses chevaliers, ses vassaux et ses compagnons d’armes.
Tous étaient revêtus de leurs plus riches parures. Les plats étaient en or et les coupes ciselées. L’air résonnait de rires et de badinages.
Soudain la grande porte s’ouvrit.

Un archer parut, poussant devant lui une jeune bergère. Elle est vêtue de toile grossière, ses mains sont calleuses et ses pieds nus.
C’est une fille de serf, mais elle est belle. Sous les hardes, on devine un corps parfait. A sa vue, il se fait un grand silence.

Frappé par son charme, le seigneur lui parle ainsi :
– Oh, Oh ! que veux-tu, belle enfant ? Que puis-je faire pour toi, approche, approche, que l’on te voie mieux !
– Je demande secours pour ma grand-mère, la Jeanneton, qui est paralysée et mourra de faim si vous ne l’aidez !
– J’aiderai la vieille et te couvrirai de bijoux si tu veux bien être ma maîtresse et celle de Cabrerets !

Le seigneur s’approche de Mariette. La pauvre fille devine son intention, inspirée par le diable du lieu. Elle veut s’enfuir, mais la porte est fermée.
Alors, tandis que les convives rient grossièrement, elle bondit vers la fenêtre et se jette dans les eaux glacées et tumultueuses du Célé.
Dans le silence revenu, on entendit un faible cri :
– Jésus, Marie…

Puis la rivière se referma sur la douce Mariette. Son corps ne fut jamais retrouvé.
On dit que, la nuit même, deux anges furent envoyés par Dieu pour conduire au ciel l’âme pure de la bergère.
Le lendemain, toute la contrée fut couverte d’ennemis. Le château fut assiégé par des hordes venues d’on ne sait où.
Le seigneur vit périr tous ses guerriers et ses gardes. Il vit sa forteresse brûler et tomber en ruine.

Dans les campagnes environnantes, ce n’était que terreur et désolation.
Frappé à mort, le seigneur connut le même sort que la bergère : on jeta son corps dans le Célé.
Le diable hante désormais les ruines de la forteresse. D’aucuns y voient l’ombre du seigneur qui périt si misérablement il y a bien des siècles.
Mais depuis lors, en ces lieux, par les nuits de pleine lune, si d’aventure vous vous promenez le long du Célé, vous apercevrez parfois, tout en haut, dans les rochers, une chevrette blanche se détachant sur l’arête.

On ne sait où elle va. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle est blanche et que nul ne peut s’en approcher.
C’est, disaient nos pères, l’âme de Mariette, à qui Dieu permet chaque année de revoir les lieux d’où elle s’est envolée, un soir de Noël.

Commentaires : On notera, chose normale dans les légendes, des différences entre les deux versions :
 dans celle en occitan, le seigneur est "Biron", alors que ce nom n'apparaît que bien plus tard, au XVI° siècle, et encore à propos d'un autre château de Cabrerets ;
 en occitan, la chèvre incarne l'âme en peine du seigneur, et non celle de la jeune-fille.
En outre, il faut ajouter que cette légende, comme beaucoup d'autres, est assez répandue et connue en d'autres lieux sous des formes variables. En particulier, pas très loin de Cabrerets, celle du saut de la monina.
 
padirac

Saint Martin et le Diable

Il fait nuit noire sur le causse.

Saint Martin, découragé de n’avoir trouvé âme qui vive susceptible de monter tout droit au Paradis, chevauche tristement sa vieille mule.

Soudain, au bord d’un gouffre, apparait Satan, ricanant, la besace pleine d’âmes de quercynois damnés. S’apercevant que Saint Martin, lui, a les mains vides, il propose un marché à Saint Martin outré – “On ne pactise pas avec le diable.” répond ce dernier, et n’écoutant que son courage, le saint homme éperonne sa mule et, d’un bond prodigieux franchit le gouffre.

De saisissement, Satan, déséquilibré, disparaît dans les profondeurs de l’abîme, tandis que Saint Martin s’éloigne tranquillement dans la nuit du Causse. On peut encore voir, dit-on, l’empreinte du sabot de la mule sur la roche au bord du gouffre !

Est-ce réellement à Padirac ? Il y a tant de gouffres dans le Quercy …

Manoir de Mordesson

La légende de Bertheline de Mordesson

Texte publié en 1942 à Saïgon dans “l’écho d’extrême-orient” Yves Desjeux

” Sur la verte colline, en un vol de batailles,
Le vieux Manoir, jadis, a connu les fureurs ;
Les cris des chevaliers, et le sang des entailles,
Ont rougi ses vieux murs, de leurs rouges clameurs.
Joseph de Salvagnac

 

Lorsqu’il mourut, aux environs de 1360, Guarin de Castelnau, seigneur de Gramat, Loubressac, Lavergne, Prangères et autres lieux, laissait pour unique héritière une jeune fille de 18 ans répondant au nom de Bertheline. Pour supporter les charges d’une si vaste seigneurie Bertheline dut ajouter à la beauté et à la noblesse de sa naissance, les qualités de courage et d’audace qui font l’honneur du sexe fort . Les temps étaient durs ; l’anglais ravageait la Guyenne et le Quercy et les troupes de Jehan Chandos traînaient le massacre et le pillage sur leurs traces.

A la sombre forteresse de Castelnau, aux cinq puissantes tours de son château de Gramat, Bertheline préférait les agréments plus champêtres de sa baronnie de Prangères. Là, parmi les bois de châtaigniers, sur les hauteurs qui dominent le petit lac et d’où la vue s’étend très loin vers la cité de Gramat, les baronnies de Lavergne et Bio, et vers le couchant jusqu’aux gorges de l’Alzou et au-delà de Notre Dame de Rocamadour, Guarin de Castelnau avait fait construire le manoir de Mordesson.

C’était un rude homme le vieux Guarin. Mais les délicatesses de l’amour paternel et le sens du beau se rencontrent aussi chez les âmes rudes. Rien n’avait était négligé à Mordesson pour que l’enfance de Bertheline fut ensoleillée et charmée de tout ce que la nature et l’industrie des hommes peuvent apporter de beauté et de douceur de vivre. Aussi la jeune fille y passait-elle tout le temps que lui laissait l’administration de son vaste domaine.

Bertheline ne connut pas ces difficultés qui font trop souvent le malheur des dynasties quand les charges viennent à en retomber sur des épaules trop faibles. On se souvenait des vertus du vieux Guarin et l’on conservait à son héritière, la même fidélité loyale, avec, en plus, l’admiration que l’on a pour une jolie fille, douce et bonne. Jamais le grand et bel Amaury de Valon, seigneur de Lavergne et de Thégras, ni Jehan de Miers , que l’on appelait ” le brave “, ni Amidieu de La Rocque, réputé pour son exquise courtoisie, jamais cette fleur de la chevalerie n’eut voulu profiter de ces circonstances pour briguer un pouvoir tombé aux mains d’une femme ; ils se fussent crus déshonorés et malheur à quiconque oserait porter la main sur leur charmante suzeraine, car leurs épées et leur sang étaient garants de leur loyauté.

C’est pourquoi dans cet après-midi de juin 1369 ils étaient réunis à Mordesson, dans la salle du Conseil, autour de la robe blanche de Bertheline. On avait signalé dans la région l’approche des anglais, et toutes les forteresses de la seigneurie étaient garnies d’hommes d’armes. Mais c’était sur Mordesson que se dirigeait Jehan Péhautier capitaine de cinquante lances, parce que le château n’ayant pas de remparts, il pouvait s’emparer facilement de l’héritière de Guarin de Castelnau. Bertheline s’entretenait avec chacun comme un chef et comme un ami. Amaury de Valon, Jehan de Miers et quelques autres seigneurs renouvelaient leurs serments de loyaux services ; mais nul n’espérait autre chose que porter haut sa bravoure et son honneur, car ils savaient le cœur de Bertheline promis au jeune vaillant Bertrand de Terride, puissant en Périgord.

Il y avait aussi, près de leur suzeraine, les consuls de Grandes : Jean Cornilh, Jean de Merle, puis Hugues Orliac qui portait un jeune taureau sur ses épaules aux fêtes de la dîme, Bénédict Lafont, Bartolomé Darnis réputé pour sa connaissance des coutumes et des lois romaines, et enfin Antoine Bergonhos dont la richesse était l’occasion d’un proverbe. Tous étaient là, près de Bertheline parce que la vie, l’indépendance et la fortune de tous étaient en cause.
– Madame, dit Amaury de Valon, si vous le permettez, nous chanterons la chanson du Chêne et du Gui.
Bertheline rougit légèrement, car la chanson était d’elle. Les vois fortes et timbrées se mêlèrent à la sienne , et la mélodie jaillissait cristalline et fraîche comme les sources de l’Alzou , car, comme elles, elle s’exhalait du terroir.
” L’ennemi ! Voilà l’ennemi ! ” Le guetteur descendit de la tour ; il avait vu les cinquante lances de Jehan de Préhautier étinceler sur les glèbes du Causse-Nu, et l’on entendait les truands crier de joie dans l’espoir d’un triomphe facile. Mordesson n’avait pas de remparts.
Déjà Jehan Préhautier, le fer au poing avait pénétré dans la salle du Conseil, laissant sa horde dans la cour intérieure
” – Quel est le Maître de céans ? ” rugit-il ! .
La jeune fille s’avança :
” – Je suis Bertheline de Mordesson, seule héritière de Guarin de Castelnau. Que me voulez-vous ?
Le soudard perdit sa morgue. Le charme d’une femme est une arme redoutable pour les plus fiers soldats, parce qu’ils n’en rencontrent pas souvent sur leur chemin. Mais Jehan de Préhautier rêva d’une aventure singulière : sa voix rude prit des intonations plus douces et refoulant les injures qu’il s’apprêtait à dire, le routier chercha des termes dont il n’était pas coutumier :
” – Je suis Jehan Préhautier, dit-il, capitaine de cinquante lances pour très haut et très puissant seigneur Jehan Chandos La valeur de ceux qui combattent sous la bannière de messire Saint Georges n’est plus à dire et l’on sait quelles ruines ensevelissent à cette heure ceux qui leur ont résisté. Mais c’est un autre sentiment que j’apporte dans cette enceinte.
Ce cœur qui ne frémit jamais dans les plus terribles rencontres, je le dépose à vos pieds, Madame, et pour peu que vous l’acceptiez, les gens d’armes qui vous défendent compteront cinquante lances de plus dans votre parti. ”
” – Vous outragez, capitaine ! La fille de Guarin de Castelnau ne donnera pas sa main à un coureur d’aventures qui n’a de sang à son blason que celui de victimes innocentes.
Vous ignorez sans doute que le sang des Castelnau s’est mêlé à celui du Roi des Cieux en coulant aussi sur la Terre Sainte ! C’est là qu’il a gagné ses titres de noblesse. Et vous, capitaine, de combien de quartiers s’honore votre maison ? ”
Jehan Préhautier blêmit. C’était lui rappeler qu’il n’était qu’un capitaine d’aventure et que jamais le crime pour lui ne s’était distingué de la geste. Il voulu prouver qu’il connaissait aussi les bonnes manières de la chevalerie :
” – Votre injure appelle vengeance, Madame. Désignez donc parmi les vôtres , celui qui m’en rendra raison ”
” – Mes partisans sont de bonne lignée, capitaine, et nul ne dérogera. N’attendez donc point les honneurs d’un combat singulier avec un sang plus noble que le votre. ”
” – Çà , Madame, vous m ‘en rendrez compte vous-même ! Je veux vous enfermer dans les prisons de votre château ! ”
” – Il n’est point de prisons à Mordesson, capitaine. Sans doute en eut-on construit si l’on avait songé qu’un capitaine de mauvaise rencontre s’aviserait un jour de tenir ici le langage d’un truand. ”
” – Vous m’outragez encore, dit Jehan Préhautier au comble de la rage, mais prenez garde qui si truand suis, ne porte la main sur vous ! ”
” – Vous m’avez outragée d’abord, capitaine, réclamant ma main pour prix de votre trahison. Mais ce n’est pas un tel paiement qu’il faut aux gens de votre espèce : c’est trente deniers. ”
Jean Préhautier se fut lancé sur elle. Mais déjà Amaury de Valon levait son épée. Préhautier prit du champ :
” – A moi compagnons, cria-t-il, et mort de sang ! ”
Les truands se ruèrent dans l’enceinte, et les paisibles murailles du plus pacifique des castels, résonnèrent du tumulte des grands combats. Les injures des soudards se mêlaient aux défis des chevaliers, les épées s’entrechoquaient avec les masses d’armes, les pertuisanes recherchaient les défauts des cuirasses et les fentes des bassinets, et sur les tapisseries faites pour la joie des regards, le sang des hommes se mêla aux riches couleurs de l’art.
Bertheline, derrière le rempart des poitrines loyales, était agenouillée devant une effigie de Notre Dame de Roc Amadour :
” – Bonne Dame, disait-elle, voyez ici combatre vos gentils seigneurs : Amaury de Valon qui richement dota le sanctuaire et Jehan de Miers qui prit la bannière des pèlerins et Amidieu de La Rocque qui bellement chante le cantique à l’office de la Mère-Dieu. Bonne Dame soyez en leur garde. ”
Maître Jehan Cornilh qui est sage et de bon conseil s’approcha d’elle :
” Madame, dit-il, il convient fuir ! Quand truands sont plus de trois pour un, oncques chevalier ne l’emporte. Il convient fuir, Madame, pour le salut de votre baronnie ! ”
” – Fuir, Maître Cornilh ? Les Castelnau ont quelques fois péri sous le nombre, mais jamais montré le dos ! ”
” – Votre vie n’est point votre, Madame, reprit sévèrement Jehan Cornilh. Vous la devez à votre baronnie. Il convient fuir, que je vous dis ! ”
Bertheline fit un grand signe de croix sur Maître Cornilh. Mais il ne disparut pas avec cette odeur de souffre qui caractérise les créatures du Malin et Bertheline comprit alors qu’il était de bon conseil. Elle disparut par la petite porte de la tour, sortit du Manoir, par la poterne qui n’était point gardée et s’enfuit par le sentier du lac.
” – Messire, dit un truand à Jehan Préhautier, la Dame de céans s’est échappée par la poterne ! ”
” – Mort de sang, hurla le capitaine ; en selle compagnons et rattrapons-la ou j’y perdrais mon âme ! Mort de sang, mort de sang ! ”
La poursuite fut infernale. Le sentier qui conduit au lac, à peine large pour Bertheline, fut le tombeau d’un grand nombre. Les cavaliers se heurtaient dans le torrent de la chevauchée, se brisant entre eux, tombant sous le flot des bêtes ou se broyant contre le tronc des chênes. Les injures se mêlaient aux cris désespérés, les blasphèmes et les hurlements se noyaient dans le fracas des cuirasses.
” Mort de sang ! Mort de sang ! ” hurlait Péhautier, mais le sang ruisselait des siens et la mort planait sur lui-même.
Légère comme les biches de la forêt, adroite comme elles, Bertheline avait gagné le lac quand les truands étaient à peine en selle. Là, à l’orée du chemin de Darnis, elle se heurte à l’Archange Saint Michel. Du moins, elle le crut, tant la splendeur du blanc cheval d’armes n’avait de comparable que l’éclatante armure du chevalier.
” Voilà, pensa-t-elle l’archange des combats que m’envoie Notre Dame de Roc Amadour.. ”
Sans mot dire le beau chevalier l’enleva de terre et la plaçant en croupe, piqua des deux en direction de Roc Amadour. A peu de distance le vacarme des poursuivants faisait trembler la forêt. Les imprécations de Jehan Préhautier parvenaient aux oreilles des fugitifs, mais le cheval de l’archange bondissait comme dans les miracles, rapide et léger comme le cheval de Dieu.
On traversa Darnis, puis Saint Germain de Rignac dont le moutier abrite des Saints, puis l’on s’engagea dans le petit sentier rocailleux qui mène à la Roque du Souci. Tout à coup Bertheline se rappela le gouffre sans fond vers lequel ils allaient tout droit et sa frayeur était grande. Mais un archange ne périt pas comme un simple mortel et sa Foi était encore plus grande que sa frayeur. Le blanc cheval galopait, museaux fumants, étincelant des quatre fers à l’allure du vertige et fonçait droit vers l’abîme.
Le cavalier céleste se signa en piquant des deux, le cheval s’envola dans les airs pour retomber de l’autre coté du précipice laissant l’empreinte de ses sabots dans la pierre. Et Bertheline sut que Madame Marie l’avait en garde. Mais emporté dans la violence de la chevauchée, Jean Préhautier et ce qui restait de ses cinquante lances furent se briser dans la Roque du Souci dans un tumulte effroyable d’os broyés et de blasphèmes. ” Mort de sang ! Mort de sang ! criaient-ils encore ; mais déjà avec leurs voix leurs âmes se perdaient en Enfer !
Les fugitifs, miraculeusement sauvés s’étaient arrêtés pour remercier Notre Dame de Roc Amadour Le chevalier sauveur souleva la visière de son heaume et Bertheline poussa un cri…
” – Bertrand ! C’était vous ! Oh ! Bertrand !…
” – Oui, Madame, c’est bien moi Bertrand de Terride qui loue le Ciel parce qu’il ma donné en vous sauvant la vie, de mériter ce cœur que vous m’avez promis. En apprenant que l’anglais ravageait les plateaux du Quercy, sans plus tarder suis venu car vous étiez en grand danger et perte certaine. Et m’en voyez heureux , Madame, comme oncque chevalier de bon encontre ne put l’être jamais ! ”
Arrivés à Roc Amadour les deux jouvenceaux s’en allèrent trouver Madame Marie en son sanctuaire, et prièrent longuement. Belle était leur prière et leurs voix montaient le long du rocher béni vers la Vierge Noire , au milieu de la fumée des cierges et de l’odeur de l’encens. Messire Rogier de la Roque qui est premier chapelain de Notre Dame en son sanctuaire de Roc Amadour, entra dans la chapelle.
” – Messire, dit Bertheline, voici Bertrand de Terride que je choisis comme époux devant Dieu. ”
” – Messire, dit Bertrand de Terride, voici Bertheline de Castelnau que je choisi comme épouse devant Dieu. ”
” – Soyez unis ! ” répondit Messire Rogier de la Roque, premier chapelain de Notre Dame, en son sanctuaire de Roc Amadour.
Et cela se passait un jour de juin 1369.

Cette légende a été rapportée au début du siècle dernier par l’Abbé Bargues, curé de Prangères, à Yves Desjeux qui l’a transcrite pour sa pérennité.

 

LA CHANSON DU CHÊNE ET DU GUI .

Elle tremblait, la terre
Quand marchaient nos aïeux

Ils n’aimaient que la guerre
Ne craignaient que les cieux.
A Rome désarmée
Ils dictèrent les lois
En y jetant le poids
De leur vaillante épée.
Vaincus parfois, pour l’esclavage,
Non, jamais ! ils ne furent prêts.
Pour échapper à cet outrage
Allant dans leurs sombres forêts
Fer en main ils touchaient l’emblème.
De leur rude pas
Ils volaient de nouveau dans les combats suprêmes,
Pour n’être point soumis.
Qui donc leur forgerait leurs chaînes
A ces fils du Quercy ?
Ils étaient forts comme leurs chênes.
Et toujours verts comme leur gui !
César, aux lois de Rome
Voulut nous asservir,
Mais la Gaule eut un homme
Et qui savait mourir !
Héroïque Luctère
Redouté du vainqueur
Entends la Gaule entière
Te dire avec son cœur
La mort ! mais non pas l’esclavage !
Pour lui nous ne sommes pas prêts
Pour échapper à cet outrage
Allons dans nos sombres forêts
Là, nous contemplerons l’emblème
De notre fier pays.
Nous mourons s’il le faut dans les combats suprêmes
Pour n’être pas soumis.
César nous forgerait des chaînes
A nous , fils du Quercy !
Nous sommes forts comme des chênes
Et toujours verts comme leur gui !
Aujourd’hui, l’Angleterre
Veut te donner sa loi,
Et pense par la guerre
Avoir raison de toi.
De toi, terre des braves
De toi ,terre des forts !
Ah ! brise ses entraves
Affronte mille morts.
Oui ! la mort ! jamais l’esclavage
Pour lui nous ne sommes pas prêts !
Pour échapper à cet outrage,
Allons dans nos sombres forêts.
Là, serrant dans nos bras l’emblème
De notre cher pays
Nous mourrons s’il le faut dans les combats suprêmes,
Pour n’être pas soumis.
L’Anglais nous forgerait des chaînes,
A nous fils du Quercy !
Nous sommes forts comme nos chaînes,
Et toujours verts comme leur gui !

Le hameau de Toulousque

Je tiens de ma grand mère de Mercuès, décédée en 1967, et qui habitait la maison que j’habite maintenant, une légende sur ce hameau perdu entre Bouydou et Mercuès. Il avait nom : Toulousque ; il comptait une quarantaine de maisons ; aujourd’hui, ce ne sont plus que des ruines, vestiges d’un village abandonné, déserté par des habitants ruinés par la crise du philoxera.

C’est actuellement une très jolie promenande à faire à pied en partant au niveau de la D911 sous le château après les arcades, et qui rejoint Bouydou et Auzole. Auparavant, ce fut un hameau florissant où la vie était douce et les vignes prospères. On pouvait y fêter Noël en famille, à la chaleur d’un bon feu, à la lumière des bougies.

Voici la légende que me contait ma grand-mère : Par un soir de noël, très froid et étoilé, quand toutes les maisons de Toulousque brillaient de mille feux et que leurs occupants dégustaient dans la joie, les plats chauds et fumants du réveillon quercynois, un pauvre mendiant, transi et fatigué, s’en vint frapper à l’huis de ces foyers heureux.
A chaque porte close, il répéta humblement sa prière :
– “Ayez pitié ! Ne me refusez pas le vivre et le couvert en cette nuit de Noël ! Il fait si froid dehors.”
En vain supplia-t-il, gémit-il, pleura-t-il ; nulle porte deavnt lui ne s’ouvrit à ses cris. Pas un être vivant n’eut pitié.
Frissonnant, désespéré, il chercha la chapelle ; la porte était fermée. Alors, il se laissa tomber sur les marches du porche, maudissant dans la nuit, le village et tous ses habitants. On retrouva, au matin, son corps gelé et recroquevillé.
Commencèrent alors les malheurs du hameau de Toulousque. Un mal mystérieux s’y répandit qui décima petit à petit la population. Plus personne ne voulut venir habiter ce village maudit.
Et si, le soir de Noël, aux alentours de minuit, vous montez à Toulousque, vous pourrez, parait-il, entendre le mendiant supplier, pleurer et gémir en demandant de l’aide.

Légende rapportée par un habitant de Mercuès

L'ouysse

La fée de la rivière Ouysse

Un cheval, un jeune et beau cavalier sifflotant sur le chemin de Thémines, voilà comment commence mon histoire. Une vieille “fatsilière”, noire et ridée, une de ces antiques fées gauloises, l’arrête en saisissant la bride de son cheval. La vieille réclame un baiser.

– “Ne la contrarions pas”, se dit le chevalier. Il en est aussitôt récompensé car la vieille fée satisfaite lui tend alors une superbe turquoise.
– “Donne-la à la dame de tes pensées et quand tu seras en danger, la pierre pâlira et conduira ta mie, saine et sauve, là où tu seras.”

Le chevalier des Arnis, puisque tel est son nom, s’empressa d’obéir à la “fatsilière” bienfaisante et passa la bague au doigt de sa fiancée Gayette.A quelques temps de là, par un chaud après-midi d’été, il voulut se désaltérer dans les eaux fraîches et limpides de la rivière Ouysse. C’est alors qu’une force inconnue l’entraîna vers le fond et qu’il se trouva bientôt au milieu d’ondines forts jolies entourant un trône où siégeait la plus belle d’entre elles.
– “Je suis la fée de l’Ouysse” dit-elle.
– “Tu es mon prisonnier ; à moins que tu ne me donnes un baiser, qui, seul, pourra rompre le sortilège qui me tient enfermée ici.”
– “Dame, je ne trahirai pas ma mie !”
– “Eh bien ! qu’on l’enferme !”
Et le chevalier se retrouva au fond d’une prison sombre et humide. C’est alors, qu’au doigt de son amie, la turquoise pâlit et qu’une force magique la guide vers la rivière puis l’entraîne jusqu’au fond. A sa vue, la fée de l’Ouysse entre dans une violente colère et, comme la jeune fille ose lui réclamer son fiancé, elle la fait jeter avec lui au fond du même cachot. Il faut vous dire que cette fée de l’Ouysse, malgré sa très grande beauté, était une mauvaise fée punie par la reine des fées, pour avoir usé de ses pouvoirs fort méchamment.
Elle avait, en effet, causé la mort d’un jeune homme et de sa fiancée parce qu’il avait osé dédaigner son amour. Depuis, la reine des fées la tenait enfermée sous l’eau, sans voir le jour, aussi sa colère était-elle grande et ne laissait place à aucune pitié pour les deux jeunes gens. Ceux-ci, persuadés qu’ils ne pourraient l’infléchir, entreprirent de s’enfuir de leur sombre cachot ; mais en vain ; la méchante fée les rattrapa et lance au poing voulut tuer le chevalier désarmé. Mais, sa fiancée, courageusement, s’interposa. La fée, stupéfaite, d’un tel courage, attendrie par cette preuve d’amour, lâcha sa lance. Le chevalier, soulagé, heureux qu’elle ait ainsi épargné son amie, lui donna aussitôt un baiser spontané et reconnaissant.

Le maléfice avait pris fin ; la pitié avait pénétré dans le coeur de la fée de l’Ouysse qui pouvait enfin ressortir à l’air libre, jurant qu’elle ne recommencerait jamais, tandis que les jeunes gens, heureux, s’en allaient vers leur bonheur terrestre.

Epée de Rocamadour

L’épée de Rocamadour

C’est dans la geste du roi, composée au Xème siècle, que l’on retrouve la «chanson de Roland». Ami d’Olivier, frère de sa fiancée la belle Aude, Roland est comte de la Marche de Bretagne, et surtout neveu de Charlemagne.

Quand ce dernier passe les Pyrénées pour aller lutter contre les Sarrasins en Navarre, Roland commande l’arrière garde qu’attaquent les Sarrasins au col de Ronceveaux, suite à la trahison de Ganelon.

Roland et ses hommes résistent jusqu’au dernier. Blessé à mort, il sonne enfin dans son olifant, appelant Charlemagne à son secours. La légende veut que Roland ait aussi tenté de casser sur un rocher son épée Durandal pour qu’elle ne tombe pas aux mains des Sarrasins, mais c’est le rocher qui se brisa.

La légende raconte que Roland ne réussissant pas à briser son épée Durandal, pria l’archange Saint Michel de l’aider à la soustraire aux infidèles. Roland la lança de toutes ses forces vers la vallée. Durandal traversant les airs sur des kilomètres, vint se planter dans le rocher du sanctuaire de Rocamadour.

Elle y est encore, vieille et rouillée, fichée au dessus de la porte de la chapelle Notre Dame

La truffe

L’omelette

Non ce n’est pas une recette, mais bien un conte du Quercy qui va vous expliquer l’origine de la découverte de la truffe.
Dans les champs d’une ferme du Quercy Blanc entre Lalbenque et Concots, une pauvre orpheline pleure un impossible amour pour le Prince d’Aquitaine qui en tombe malade. Quand, soudain, son attention est attirée par une jolie petite mouche, colorée et agile, qui s’affaire dans l’herbe rase du Causse. Intéressée, elle la suit dans ses pérégrinations.
“Que peut-elle bien chercher ?”, pense-t-elle tout haut. Et, ô miracle ! La mouche-fée répond :
“La perle noire du Causse, la truffe, mon enfant. Gratte ; elle est là.”
TruffeEt la jeune fille met au jour une superbe truffe, odorante à souhait, qu’elle s’empresse, sur les conseils de la fée, d’aller cuisiner.
Et, c’est une superbe omelette aux truffes, appétissante et dégageant un subtil parfum, que l’orpheline peut alors présenter au prince malade et triste qui retrouve aussitôt appétit et santé.
“Jeune fille, tu me rends la vie. Veux-tu bien m’épouser ?”
“Sûrement, noble Sire, c’est mon voeu le plus cher, mais je suis pauvre et orpheline.”
“Qu’à cela ne tienne, je suis riche pour deux.”
Ils se marièrent, ils furent heureux et bien sûr, ils eurent beaucoup d’enfants …

Les origines de la truffe version Martel

Vous pensez bien qu’il a fallu un fameux coup de baguette magique pour faire jaillir de la terre ingrate du Causse, ce diamant noir qu’est la truffe.
Il faut se reporter loin en arrière ; du temps où, dans les chaumières Quercynoises, on devait se contenter comme repas, l’hiver venu, de quelques châtaignes.
C’est ainsi qu’un soir, froid et pluvieux, dans une chaumière caussenarde, près de Martel, un pauvre paysan regardait tristement ses enfants, malingres et chétifs, jouer sagement devant l’âtre, tandis que sa femme, déjà ridée et épuisée par les rudes travaux des champs, ravaudait leurs vêtements usés.
Un coup bref, frappé à la porte, le fit sursauter et plus encore le fait que la porte s’ouvrit d’elle-même et qu’une vieille femme, courbée sur un bâton, grelottante et édentée, demanda humblement l’hospitalité.
L’homme se leva vivement, fit entrer la vieille femme et referma la porte.
“Entrez vous mettre au chaud, bonne vieille, mais la chère sera maigre ; nous n’avons que des châtaignes à partager avec vous ce soir.”
“Vous n’avez que des châtaignes, mais un grand coeur, dit la vieille ; aussi je veux vous aider. Voici quelques graines. Semez-les dès le printemps au pied de vos chênes. A l’automne, vous pourrez alors récolter un champignon odorant et savoureux qui fera votre richesse, car je ne le donne qu’à vous. Prenez-en grand soin !”.
truffeEt la vieille disparut dans une pluie d’étincelles.
Le brave homme fit tout ce que la fée – car c’en était une évidemment – avait ordonné et , à l’automne suivant, il eut une magnifique récolte : de gros champignons noirs, ronds comme des oeufs et dégageant un parfum exquis. La truffe était née !
Et avec elle, richesse et prospérité régnèrent bientôt dans le village car le paysan n’avait rien perdu de sa bonté, même s’il était devenu riche et avait pu s’offrir terres et château alentour. Hélas ! Il n’en fut pas de même pour ses enfants qui n’héritèrent que de sa fortune, pas de sa bonté. Détestés des villageois, avares et cupides, ils osèrent refuser, un soir d’hiver, l’hospitalité à une pauvre vieille, épuisée et transie.
C’était la bonne fée que leurs parents avaient si bien reçue du temps de leur pauvreté. La porte du château étant restée fermée à ses prières, elle leva son bâton et fit disparaître la fière demeure tandis que les châtelains étaient changés en truies.
Et, c’est depuis ce jour-là, qu’on ramasse les truffes, sur le Causse de Martel, à l’aide de truies, aujourd’hui, cependant, bien souvent remplacées par des chiens.

Lac de St Namphaise

La légende de St Namphaise

Selon la tradition, Saint Namphaise apparaît en Quercy à la fin du 8e siècle. C’est alors un preux guerrier, un compagnon de Charlemagne qui, lassé de la guerre et de ses massacres, a décidé de se retirer en religion et de devenir ermite. Venu dans le Quercy, il cherche alors dans les vastes solitudes boisées un lieu propice à la méditation et à la prière. Il le trouve d’abord à Lantouy, près de la vallée du Lot où il fonde un monastère, mais très vite sa popularité l’accable et il abandonne les lieux.

Un couvent de religieuses lui succédera qui aura un destin tragique : les nonnes tombent dans le paganisme et sacrifient des enfants aux dieux des abîmes. Le couvent est rasé et les nones dispersées. Saint Namphaise séjourne alors au monastère de Marcilhac, dans la vallée du Celé, mais, d’où il s’enfuit en quête d’une plus grande solitude. Il la trouvera sur les hauteurs de Quissac, dans une grotte, près d’une petite colline nommée l’ouradour qui sans doute est une déformation du mot latin oratorium : petite chapelle.

Là, dans les solitudes ventées et surchauffées du Causse, il trouve sa voie qui le réconcilie avec les hommes : il va creuser des lacs. C’est en effet à lui que la tradition attribue l’origine de ces centaines de bassins, de tailles et de profondeurs diverses, qui parsèment le Causse. Saint Namphaise vieillit lentement, devenu le patron des bergers et des troupeaux. Jusqu’au jour où sa route croisa un taureau furieux. Ce dernier chargea et Saint Namphaise n’eut que le temps de jeter le plus loin possible son marteau de mineur. Il tomba à Caniac, la paroisse voisine, où on éleva une église pour recueillir la dépouille de l’ermite. Saint Namphaise y repose toujours dans la crypte et guérit les épilepsies pour peu que l’on passe à genoux sous les piliers de son tombeau.

Ecuelle de Capdenac

L’écuelle de Capdenac

“J’ai insisté pour que cet article, soit publié, d’une part à cause du symbolisme chrétien, dont l’écuelle constitue un précieux témoignage, et aussi pour l’éclairage qu’elle apporte sur la présence des Cathares à Capdenac.”  Danielle PORTES Historienne des religions  Paris IV-Sorbonne

C’est au début des années 1990, que fut retrouvée à l’occasion de travaux de réfection des rues de Capdenac le haut, une très jolie écuelle, qui porte en son fond en ornement, un poisson assez naïvement représenté. C’est mon frère Julien et moi-même qui somme à l’origine de cette belle découverte faite dans la rue de la commanderie, proche de notre boulangerie familiale.

Ecuelle de Capdenac

Ecuelle de Capdenac

Nous conservâmes pendant longtemps ce fabuleux vestige à notre domicile, avant d’en faire don à l’Office du Tourisme, que le présente aujourd’hui dans son musée situé au premier étage du donjon de Capdenac.

Ce vestige fascina pendant longtemps toute ma famille, et il est donc logique que je tente de faire connaître le résultat de mes recherches, ainsi que mes conclusions, qui ne sont peut être pas définitives.

Le poisson représenté au fond de cette écuelle nous ramène obligatoirement au symbolisme sacré. En effet, il fut le symbole utilisé par les premiers chrétiens, comme signe de reconnaissance durant la persécution que leur firent subir les Romains.

En grec, le mot poisson se dit IXOYC (ICHTHYS). Disposé verticalement, ce mot formait un acrostiche (mot grec signifiant la première lettre de chaque ligne ou paragraphe). Le nom grec du poisson fut donc utilisé pour désigner les mots suivants : I : Iesous : Jésus  CH : Christos : Christ  TH : Theou : de dieu Y : Yios : le fils  S : Soter : le sauveur

Interprété comme acrostiche, ICHTHYS signifiait donc littéralement : « Jésus Christ, fils de Dieu, notre Sauveur ». Le simple symbole d’un poisson, représentait ainsi un véritable résumé de la foi chrétienne. On le retrouve sur de nombreux monuments funéraires des IV premiers siècles de notre ère, comme dans les catacombes à Rome. Les textes juifs, également annonçaient que le Messie viendrait de la mer sous la forme d’un poisson. La représentation des chrétiens, était donc la suite logique donnée aux écritures saintes.

C’est vers les IV-Vème siècles, que fut délaissé ce symbole. L’Eglise, qui possédait maintenant le pouvoir, préféra prendre comme nouveau symbole la « croix latine » comme signe et symbole de la chrétienté. L’Eglise fraîchement installée mena une lutte sans merci contre les anciennes croyances, la croix représentée la passion du Christ, c’était un objet unique, que le Messie lui-même avait transporté, alors que le poisson se rapportait aux forces naturelles, autorisant de multiples interprétations.

De plus le poisson était utilisé comme symbole dans plusieurs religions antérieures au christianisme, en sanscrit, le dieu de l’amour se nommait « celui qui a le poisson pour symbole ». C’est donc l’Eglise elle-même qui préféra abandonner le symbole qui unifia pendant longtemps les premiers chrétiens, qui transportèrent leurs nouvelles idées au milieu de populations hostiles.

L’écuelle retrouvée à Capdenac date des environs des XII-XIIIème siècles, et à cette époque, un nouveau mouvement vit le jour, et se répandit particulièrement en Occitanie, dont Capdenac faisait partie, dépendant directement du comte de Toulouse. Les membres de ce mouvement, nous les appelons aujourd’hui Cathares. Leur façon de vivre et de pratiquer leur religion se rapprochait des premiers chrétiens, et se détachait de l’Eglise de leur temps, qu’ils disaient corrompus et avide de richesses et d’honneurs. Les Cathares furent persécutés comme les premiers chrétiens, mais eux le furent par d’autres chrétiens.

Ce symbole pourrait tout à fait avoir été remis au goût du jour par les cathares, ce symbole désignant les premiers chrétiens, les chrétiens purs, qui comme les Cathares, avaient abandonné toute possession de richesses matérielles. Les Cathares peuvent tout à fait être associés aux premiers chrétiens, et le symbole du poisson aussi.

René Nelli, répertoria les objets présumés remonter à l’époque Cathare. Ce rigoureux professeur Carcassonnais considéra comme probablement cathares les symboles religieux datés du XI-XII-XIIIème siècles et dont les exemplaires sont trouvés avec une fréquence notable sur les sites cathares.Or déjà deux poissons furent inventoriés, un à Ussat, et un autre gravé sur un galet à Fontvieille dans le Gard. Ce même auteur nous signale que le scribe du rituel Cathare dit de Lyon fait souvent figurer au bas des pages, l’emblème du poisson.

L’écuelle de Capdenac pourrait donc s’avérer comme avoir appartenu à la communauté Cathare, ce qui en ferait une découverte assez exceptionnelle. Il ne faut pas oublier que Simon de Montfort assiégea par deux fois la place de Capdenac durant sa croisade menée contre les hérétiques Cathares, et que Bertrand de la Vacalerie, qui ne fut rien d’autre que l’ingénieur en machine de guerre qui apporta son aide aux Cathares de Montségur, venait du lieu dit « la Vacalerie » de .Capdenac. A suivre…

Mathieu MARTY

Les croix de pierre du Quercy Épigraphie, iconographie (*)

 

(*) Communication présentée lors des Rencontres archéologiques  de Saint-Céré, le 28 septembre 1998 et publiée dans : Annales des Rencontres (1999 – texte malencontreusement tronqué) et B.S.E.L., Tome CXXI, Avril-Juin 2000 (texte intégral). Nous reproduisons ici, le texte du B.S.E.L. 

 

Les croix de chemins sont indissociables de nos paysages quercynois. Mais des croix on en dressait aussi sur les places des bourgs et des hameaux (1) comme au milieu des cimetières. Objets de dévotion, la plupart étaient autrefois le but de processions pour les Rogations (2) et les principales fêtes religieuses.

Seules les croix de pierre retiendront ici notre attention. Indépendamment de leur signification symbolique, commune à l’ensemble des calvaires, elles présentent un double intérêt. D’une part elles nous documentent sur l’activité et le savoir-faire des maçons et tailleurs de pierre (3) de nos villages. D’autre part leur étude contribue à nous éclairer sur certains aspects des mentalités populaires de leur époque.

Encore faut-il que ces modestes monuments lapidaires soient parlants, autrement dit qu’ils nous livrent des inscriptions ou un décor interprétables par tout observateur attentif. C’est pourquoi nous avons laissé de côté les innombrables croix ou calvaires anépigraphes et aniconiques.

Il convient de noter que la majorité des croix de pierre ornées se situent sur les Causses de Limogne et de Gramat. La présence d’un calcaire de bonne qualité et relativement facile à travailler n’est pas étrangère à cette particularité.

 

EPIGRAPHIE

 

 

 

La date

C’est l’élément qui permet de situer l’objet dans le temps. Elle est presque toujours gravée, même si le décor est en relief. Pour certaines c’est le seul signe d’identification, à l’exclusion de toute inscription et de tout décor, telle une croix d’Issepts qui serait à notre connaissance la plus ancienne millésimée (1602). Du début du XVIIe siècle sont aussi des croix de Bio (1607), Montfaucon (1619), Cahors-La Rozière (1621), Limogne (1625). Toutes sont postérieures aux guerres de Religion qui ont probablement vu la destruction quasi systématique de la plupart des calvaires (4).

L’implantation de croix s’accélère vers la fin du XVIIe siècle, puis s’intensifie au cours du XVIIIe et jusqu’à la Révolution. On connaît même une croix de Belfort-du-Quercy datée de 1793, ce qui est un cas assez exceptionnel. En application des lois en vigueur, d’innombrables croix ont été brisées pendant la période révolutionnaire. Dans de nombreuses paroisses, elles ont été cachées et sont réapparues dès le rétablissement du culte. On trouve des croix datées de 1797 (Goujounac), 1801 (Varaire, Lacamdourcet, Lavergne, Camy-Luzech), 1802 (Belfort-du-Quercy, Fontanes-Lalbenque), 1803 (Carlucet) (5).

Tout au long du XIXe siècle on voit une intense floraison qui se tarit avec le début du XXe. La plus récente croix datée serait à Laramière (1931).

Quelques croix portent deux dates, celle de l’érection et celle de la restauration. Calvignac possède un spécimen affichant trois millésimes (1728, 1838, 1866).

On relève de rares dates libellées en chiffres romains, toutes de la fin du XVIIIe (6).

Le titulus (I.N.R.I.)

Abréviation de Iesus Nazarenus Rex Judaeorum (Jésus de Nazareth roi des juifs). Ce “sigle” figure sur la plupart de nos croix depuis le XVIIe siècle (7). Le titulus est généralement inscrit sur la partie supérieure du bras vertical, plus rarement au centre du croisillon. C’est dans certains cas l’unique inscription visible (Cremps, Francoulès, Lunegarde, Saint-Privat de Flaugnac). Le tailleur de pierre ne sachant souvent ni lire ni écrire, il arrive que le titulus soit incomplet ou à peine ébauché.

Le monogramme du Christ (IHS)

Ces trois lettres résument la formule Iesus Hominum Salvator (Jésus Sauveur des Hommes). Le H est parfois surmonté d’une petite croix ; il est éventuellement représenté seul, le I et le S étant oubliés.

Le monogramme peut être associé au titulus (Limogne 1660, Beaumat 1676, Esclauzels 1683…). Il est alors tracé le plus souvent au centre du croisillon et se substitue à l’image du Christ. De rares croix portent le monogramme sans le titulus : Reilhaguet (1634), Capdenac-le-Haut (1667), Saint-Pierre-Toirac (1723), Cours…

Comme le titulus, le monogramme fait son apparition sur les croix quercynoises au XVIIe siècle (8).

Le monogramme de la Vierge

Il se compose des lettres M et A, séparées ou entrelacées. Seul ou associé au monogramme du Christ, il est fort peu utilisé : Sarrazac (1666), Rocamadour (1762), Carennac (1861). Une croix de Rudelle (1692) porte sur la traverse l’inscription Marie en toutes lettres, et sur la face d’une croix de Soulomès (XIXe) on lit Jésus Marie à l’exclusion de tout décor.

Noms et initiales

On trouve de temps à autre le nom, ou le nom et le prénom du donateur, c’est-à-dire de la personne qui a fait exécuter la croix.

Exemple : Iean Rescosseri noter a faict fair (Lalbenque, 1668). (9)

Le donateur peut être le maçon ou le tailleur de pierre lui-même qui mentionne parfois sa profession.

Exemple : Portal masson (Varaire, 1784).

Mais nom et prénom se résument souvent à des initiales. Il arrive que deux ou plusieurs personnes s’associent pour partager la dépense (Lalbenque 1769, Limogne 1868).

Inscription diverses

En dehors des mentions rappelant qu’une croix a été érigée à l’occasion d’une mission ou d’un jubilé (10), on relève de-ci de-là quelques inscriptions pieuses :

– Sta Maria Mater Dei ora pro nobis (Belfort-du-Quercy, 1793).
– Jésus Christ crucifié (Parnac, Cels, 1776).
– O crux ave (Gignac, XIXe).
– O crux ave spes unica (Promilhanes, 1826).
– Je vous salue ô croix notre espérance (Issendolus, Gabaudet).
– Noli me tangere (Belmont-Sainte-Foi, XVIIIe) (11).

Les longues inscriptions sont rares en raison de la surface disponible restreinte (12). Peut-être aussi parce que beaucoup de tailleurs de pierre, illettrés, éprouvaient des difficultés à graver un texte, même avec un modèle. Certaines inscriptions sont d’ailleurs absolument indéchiffrables. Dans la première hypothèse elles sont libellées sur le socle , mais elles restent exceptionnelles. En voici quelques exemples :

– In cruce protectio ab hostibus (Cieurac, cne de Lanzac).
– Pensez à la mort et vous ne pécherez pas (La Ponchie, cne de Cahus).
– Le 1 mai 1856. Penser à la mort. Pécheur Jésus est mort pour nous (Miran, cne de Luzech).
– Limite du Tarn-et-Garonne/Lot (Vidaillac, 1906). Ici le monument tient lieu de borne départementale.

Les très rares croix commémorant un fait divers (crime ou accident), toutes du XIXe siècle, portent rarement une épitaphe. Celle-ci figure généralement sur le socle, mais on peut citer quelques exceptions :

– A Loubressac, sur la face de la “Croix d’Hélène” (13) on peut lire : A la mémoire d’Hélène Bombezy morte martyre en ce lieu en 1844.
– A Crayssac (D 6) : 1855, Ici a péri M. Duburgua, priez pour lui.
– Aux Arques (D 13) : Gizard Jean-Louis, priez pour lui, 1866.
– A Douelle (D 8) : Ici a péri Rigal Jean Pierre Depeyrot de Douelle âgé de 69 ans (le reste de l’inscription figure sur le socle : par accident d’un cheval le 20 mai 1863, priez pour lui).

ICONOGRAPHIE

Figurations humaines

Le Christ

C’est l’image emblématique, en plus ou moins fort relief, qui figure sur de nombreuses croix (14).

De facture souvent naïve, il est représenté de différentes façons. Les bras sont soit tendus horizontalement (à la manière des Christs romans), soit levés, plus ou moins écartés, parfois presque verticaux à la mode janséniste. Sur une croix de Vidaillac (XVIIIe s.) le Christ a les bras abaissés, presque pendants.

Les pieds sont presque toujours séparés (là encore selon les modèles romans), mais ils peuvent aussi être posés l’un sur l’autre. Les doigts des mains et des pieds sont quelquefois dessinés. La tête est droite ou légèrement penchée. Les yeux, le nez, la bouche, la chevelure, sont parfois sommairement figurés. Les hanches sont habituellement ceintes du perizonium.

La Vierge

Seule ou portant l’enfant Jésus, elle apparaît sur plusieurs calvaires, au dos de la croix, faisant pendant au Christ représenté sur l’autre face (Montvalent, Prangères, cne de Gramat). On la trouve également sculptée sur le fût, les mains jointes, dans un décor en forme de niche (Aujols, Belmont-Sainte-Foi, Cahors-Saint-Cirice, Cieurac, Lalbenque, Laramière). A Aujols et à Cremps on voit deux croix de facture semblable où les pieds de la Vierge reposent sur une coquille (celle de Cremps est datée de 1748, l’autre est probablement de la même époque).

Deux croix méritent une mention spéciale pour leur originalité. La première est à Prayssac (Meymes). Sur une face : le Christ. Sur l’autre : une tête posée sur un corps cylindrique ressemblant à un enfant emmailloté ; représentation fruste et schématique de la Vierge, drapée de la tête aux pieds dans un vêtement aux plis enserrant le corps et couronnée d’un demi-disque horizontal. La seconde se trouve à La Masse (cne des Junies). D’un côté : un ostensoir. Au revers : la même silhouette “emmaillotée” qu’à Prayssac, mais ce sont deux têtes, de même grosseur, qui émergent du vêtement, sous le même type de couronne. Là, le tailleur de pierre a voulu montrer une Vierge à l’Enfant, entortillée dans une longue robe aux plis obliques. Ces deux exemples sont à rapprocher d’une croix plus petite, sans doute une ancienne croix de chemin, conservée à Castelfranc. Sur une face est sculpté le Christ. Sur l’autre une Vierge à l’Enfant d’une facture identique à celle de La Masse, mais ici la tête de l’enfant est très logiquement plus petite que la tête de la mère. Castelfranc se situant à 2,5 km de Prayssac et à 3 km de La Masse, on est tenté de proposer un même “atelier” pour les trois œuvres. Seule la croix de La Masse est datée (1820).

Autres personnages

Sur le fût de la croix, au lieu de la Vierge, on voit quelquefois un personnage debout, généralement vêtu d’une sorte de blouse paysanne qui pourrait aussi bien passer pour une chasuble (Belmont-Sainte-Foi 1733, Saint-Géry 1777…). Il s’agit vraisemblablement de l’image du donateur.

A Cremps on a une croix de 1855 dont le Christ est absent, remplacé par un ostensoir, mais où figurent une Vierge à l’Enfant et deux personnages inattendus occupant les bras de la traverse : à gauche un prêtre en chasuble, à droite un évêque mîtré tenant une crosse.

A Cieurac, comme à Prangères (Gramat), deux petites silhouettes, très schématisées, se tiennent aux pieds du Christ. Il faut y voir apparemment la Vierge et saint Jean.

A Prudhomat (Pauliac) ce sont deux anges sonnant de la trompette qui encadrent le Christ en croix.

A Crayssac (Mas de Bastide), un cavalier chevauche une monture.

Les “têtes”

On remarque sur quelques croix des têtes isolées qui font penser aux “têtes coupées” de l’iconographie gauloise (15), de même que certains personnages figurés sur les fûts évoquent les sujets représentés sur les stèles funéraires gallo-romaines.

Ainsi trois têtes font partie du décor sur la base d’une croix de Lalbenque. Sur une croix de Laramière (1668) on n’en compte pas moins de cinq (une sur chacun des trois bras du croisillon, plus une sur chaque face latérale du montant). Chaque tête est sobrement animée par des incisions figurant les yeux, le nez et la bouche.

A noter aussi une tête en saillie, seul ornement figurant sur le montant de la croix du cimetière d’Artix à Sénaillac-Lauzès (1837) et une autre au dos d’une croix de Latouille à Latouille-Lentillac (1819).

On ne sait exactement quelle signification attribuer à ces emblèmes “céphaliques”. Peut-être figurations réductrices de personnages non identifiables (saints, donateurs ?) que le tailleur de pierre renonçait à sculpter en entier.

On peut signaler encore le thème de la “tête de mort” gravée au centre d’une croix de Varaire (1844) accompagnée de trois paires de tibias croisés. On la retrouve, sculptée sur deux croix, sans doute de la même main, à Carlucet (Graule-Basse) et à Saint-Projet. Mais là, placée sous les pieds du Christ, elle symbolise le Golgotha, nom de la colline de Jérusalem où se déroula la Crucifixion (en hébreu golgotha signifie “le crâne”).

La main

Nous ne connaissons qu’une seule représentation de la main isolée, censée désigner la dextre bénissante du Seigneur (Baladou). A ne pas confondre avec la main rappelant le soufflet infligé à Jésus au cours de la Passion (Felzins).

Symboles religieux

La croix

On a là le signe le plus simple, figuré en principe au centre du croisillon, lorsque le tailleur de pierre ne se hasarde pas à façonner l’image du Christ. Croix latine, rarement grecque, pattée ou non, parfois fleurdelisée.

L’ostensoir

C’est le motif symbolique le plus répandu. Il apparaît vers 1740. On le voit au centre de la croix, à la place du Christ, ou sur le fût. Son dessin varie selon l’habileté du lapicide. Il peut se réduire à une gravure constituée d’une simple croix grecque inscrite dans un cercle et portée par une tige filiforme reposant sur un support triangulaire (Lalbenque, 1761). Toujours stylisé mais plus élaboré, il se garnit de stries rayonnantes et se couronne d’une petite croix (Saint-Hilaire-Lalbenque, 1879). Les ostensoirs sculptés en relief se rapprochent des modèles observés, avec la lunule centrale (destinée à recevoir l’hostie), la hampe ornée d’un nœud médian et un pied en demi-lune ou mouluré.

L’image de l’ostensoir, comme ultérieurement celle du calice, paraît en relation avec le renouveau de la dévotion au Saint-Sacrement animée par les confréries présentes dans la quasi-totalité des paroisses du diocèse.

Le calice

Au XIXe siècle le calice accompagne parfois l’ostensoir (Laramière, Saillac, Vidaillac…). A Promilhanes il y a deux croix qui représentent sur une face l’ostensoir et sur l’autre le calice avec l’hostie.

Le ciboire

On n’en connaît qu’un spécimen, voisinant avec l’ostensoir, à Pontcirq (Valdié, 1771).

Le cœur

C’est un motif assez fréquent. Il est quelquefois dessiné renversé, la pointe en haut, sans que ce détail ait une signification particulière. Sur les croix il est considéré comme le symbole de l’amour de Dieu ou la marque de la dévotion au Sacré-Cœur. Celle-ci connut un large développement à partir du XVIIe siècle(16).

Le cœur se rencontre seul, accompagné d’un ou deux autres cœurs, ou encore associé à d’autres motifs.

Les instruments de la Passion

Ils ont la faveur des lapicides expérimentés. Il peut s’agir d’un seul élément, comme par exemple la couronne d’épines schématisée, ordinairement au centre du croisillon, par un cercle simple, double ou torsadé.

Les autres objets les plus fréquemment représentés sont le marteau et les tenailles. Mais on trouve aussi l’échelle (17), les trois clous de la crucifixion (18), la lance et le porte-éponge (19), le fouet de la flagellation et la main du “soufflet” (20), l’aiguière de Ponce Pilate (21), le calice qui a recueilli le sang du Christ, les trente deniers de Judas (22).

Les chandeliers

Portant un cierge, ils encadrent une croix ou un ostensoir : Laramière (1760), Puyjourdes (1760), Crayssac (1762), Lamagdelaine (1893)…


Motifs végétaux

Rosaces diverses, fleurs à six pétales (23), rameaux (24), fleurs de lis (25), gerbe de blé (26). L’exemple le plus remarquable est une croix de Ginouillac (1826) dont la face est entièrement décorée de branches feuillues.


Autres motifs

Associés ou non à d’autres sujets, on peut rencontrer ici ou là des motifs variés, peu répandus, à connotation symbolique ou purement décoratifs. Citons les motifs circulaires (cercles simples ou concentriques, rouelles), la spirale (27), le triangle, emblème de la Trinité (28), la tiare et les clés, symboles du Saint-Siège (29). Il faut ajouter à cette énumération le motif de la “virgule”. Il figure sur chacun des bras latéraux de la croix de Pissepourcel à Aujols, de part et d’autre de l’ostensoir. A Padirac, ce sont quatre virgules assemblées par la pointe qui forment une figure communément appelée la “croix basque” (30).

Représentations animales

La colombe du Saint-Esprit figurée à l’intérieur de la couronne d’épines, se voit sur deux calvaires semblables, à Carlucet (Graule-Basse) et à Saint-Projet.

Des lions, visiblement inspirés du bestiaire héraldique, sont sculptés sur deux croix, également proches par leur style : une à Lalbenque, l’autre à Cieurac. Sur la première ils sont affrontés, sur la seconde ils sont répartis sur les faces latérales de la hampe (31).

Le serpent a inspiré les tailleurs de pierre de Carlucet et de Saint-Projet (il s’agit sans doute du même artisan), mais on le trouve aussi à Reilhac (1836) et à Montet-et-Bouxal (Bouxal, XIXe). A Douelle (1873), le serpent est symboliquement enchaîné, mis hors d’état de nuire par le sacrifice du Christ. Personnification de Satan, et symbole du péché originel, il est habituellement sculpté sur le fût de la croix, la tête en bas, présentant la pomme de la tentation à laquelle Eve ne sut pas résister.

Le coq, plus ou moins bien dessiné, figure deux fois sur un calvaire de Pontcirq (Valdié, 1771). A Limogne (1755) et à Vidaillac (1832), il trône sur le bras vertical. A Cénevières (1826), il s’exhibe au milieu du croisillon, à la place du Christ et dominant l’ostensoir. Le coq est considéré à la fois comme le signe de la vigilance chrétienne face aux forces maléfiques (à la manière du coq des clochers) et comme un rappel du reniement de saint Pierre (il se rapporte alors au thème de la Passion).

Dans le genre volatile, on a un aigle “empiétant un foudre” sur une croix de Cremps (32).

Pour essayer d’être complet, nous mentionnerons quelques quadrupèdes. A Pontcirq (Valdié) c’est un cheval qui caracole. A Crayssac, au revers du croisillon, on peut reconnaître une chèvre, un cheval (ou une mule) et un autre équidé portant un cavalier.

Et pour faire bonne mesure, nous ajouterons un poisson, vieux symbole paléochrétien du Christ (Douelle, 1873).

Observations générales et cas particuliers

Compte tenu du nombre de croix disparues, et en se basant uniquement sur celles qui subsistent et sont bien datées, on peut constater que les exemplaires du XVIIe siècle portent peu d’inscriptions et n’offrent que de rares décors. Il faut attendre le XVIIIe pour trouver un assortiment significatif d’œuvres ornées.

Si la plupart des croix présentent un décor très sobre, certaines nous révèlent une iconographie particulièrement intéressante. Nous rappellerons seulement quelques exemples déjà cités.

Une croix d’Esclauzels (1761), une autre de Crayssac (1762) et une troisième de Felzins (1768) arborent chacune une belle collection d’instruments de la Passion. Les superbes calvaires de Lalbenque et de Cieurac (1842) accumulent figures et symboles. Il en est de même des calvaires de Carlucet (Graule-Basse, 1788) (33) et de Saint-Projet qui, avec le Christ et le Paraclet, mettent en évidence le serpent de la Genèse, associant ainsi le péché originel et la rédemption. La croix de Carlucet a de plus une curieuse particularité : sous chaque bras est suspendue une petite pierre polie. Ce détail inhabituel ne laisse d’ailleurs pas d’intriguer (34).

On peut aussi mentionner, parmi les œuvres atypiques, le calvaire de Montanty à Gramat (1859) montrant sur la croix les instruments de la Passion et sur le socle un bas-relief représentant deux convives attablés se partageant un chevreau. Si on cherche un sens symbolique à cette scène inattendue, on peut imaginer une évocation de la Cène réduite à deux personnages. La facture est naïve mais assez réaliste.

 

EN GUISE DE CONCLUSION

 

 

 

Nous venons d’examiner un aspect particulier du travail de nos tailleurs de pierre. Ceux-ci, il faut le dire, ont aussi exercé leur talent sur des linteaux de portes, de fenêtres ou de cheminées que nous avons eu l’occasion d’étudier naguère. Là l’épigraphie est pauvre, mais les décors sont relativement fréquents et variés. On y retrouve un certain nombre de motifs et symboles que nous avons répertoriés sur les croix.

Certes la comparaison des croix du Quercy avec les calvaires bretons nous incite à la modestie. De même nous reconnaissons volontiers que l’activité des tailleurs de pierre-sculpteurs de l’Auvergne, du Rouergue, du Gévaudan… a dépassé en quantité, et souvent en qualité, la production de nos artisans quercynois. En revanche, si on jette un regard sur d’autres régions, on s’aperçoit que nos compatriotes méritent une place plus qu’honorable parmi leurs confrères du Midi ou d’ailleurs.

Cela dit, les croix de pierre restent les témoins majeurs d’un art populaire disparu qui a su traduire simplement mais avec sincérité les croyances religieuses de nos aïeux. Nul ne contestera la nécessité de les recenser, de les entretenir et de les protéger du vol et du vandalisme. Ne serait-ce qu’au nom de la conservation de notre patrimoine culturel.

Pierre Dalon, vice-président de la Société des Etudes du Lot

Notes

1 – On n’en trouve guère, et sauf exceptions elles sont sans intérêt, dans les agglomérations urbaines.

2 – Héritières des Robigalia romaines, les cérémonies des Rogations se célébraient depuis le Ve siècle. Pendant les trois jours précédant l’Ascension, on se rendait en procession aux diverses croix de la paroisse et on y priait pour l’abondance et la protection des récoltes.

3 – En général ces deux métiers se confondaient, surtout en milieu rural.

4 – Parmi les rares rescapées on connaît la croix du parvis de l’église de Beauregard (autrefois sur la place de la halle), le calvaire du cimetière de Puy-l’Evêque et la croix du cimetière de Thégra. Elles ne portent aucune date mais on les attribue à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle.

5 – Cette croix de Carlucet est la seule datée selon le calendrier républicain (An 11).

6 – A Esclauzels, le tailleur de pierre (un certain Courrejou, connu par ailleurs) a daté quelques croix MDCCLX et MDCCLXI.

7 – On sait que lors de la crucifixion cette inscription avait été apposée par dérision au-dessus de la tête du Christ.

8 – Remplaçant le Chrisme d’origine paléochrétienne, le nouveau monogramme est apparu en Quercy vers la fin du XVe siècle sous l’influence des Franciscains avant d’être largement répandu au XVIIe siècle par les Jésuites. Une autre interprétation, plus ancienne, fait de I.H.S. l’abréviation du mot grec IHSOVS.

9 – Un notaire de ce nom est attesté à Lalbenque à cette époque.

10 – Mission : suite de prédications organisées dans une paroisse pour l’instruction des fidèles et la conversion des pécheurs. Jubilé : indulgence plénière accordée par le pape pendant une “année sainte”.

11 – Paroles de Jésus lors de son apparition à Marie-Madeleine après la Résurrection.

12 – A Limogne (Ferrières-Bas), la totalité de la face antérieure de la croix est occupée par l’inscription ainsi répartie : INRI/souvenir de la Mis/sion/des/ pères/ capu/cins/ 1868. Cette mission a particulièrement marqué la paroisse puisqu’on y relève au moins quatre croix datées pour la rappeler.
La “croix” de Prudhomat, taillée en forme de losange et inscrite sur la totalité de sa surface, que l’on cite parfois, est une stèle funéraire réemployée comme croix de chemin.

13 – En bordure du vieux chemin de Padirac.

14 – A Capdenac (1667) et à Cremps (1900) on peut voir le Christ traité presque en ronde bosse, d’une facture très rustique.

15 – On en trouve en particulier sur des croix de la Haute-Auvergne où elles sont considérées comme des survivances de l’art celtique par l’intermédiaire de l’art roman.

16 – A la suite des visions de sainte Marguerite-Marie à Paray-le-Montal.

17 – Facile à dessiner, l’échelle est parfois le seul instrument figuré : Varaire (1784), Beauregard (1787), Tour-de-Faure (1834), Aujols (1847), Crayssac (1850).

19 – Un bon exemple à Lavercantière (Saint-Martin-le-Désarnat).

20 – Felzins (1768).

21 – Esclauzels (1761), Crayssac (1762).

22 – Felzins (1768), Lentillac-Saint-Blaise (1708).

23 – La fleur à six pétales (qu’on qualifie aussi d’étoile) est un vieux motif, tantôt décoratif, tantôt assimilé à un symbole solaire comme la rouelle de l’iconographie celtique.

24 – Le rameau vertical est éventuellement interprété comme le symbole de l’arbre de Vie ou de l’arbre de Jessé.

25 – Motif ornemental ou symbolique. Dans ce dernier cas, la fleur de lis peut être vue, soit comme un des attributs de la Vierge, soit comme l’emblème de la Royauté (ce qui n’est pas incompatible).

26 – Aujols.

27 – La spirale passe notamment pour symboliser le cycle de la vie et de la mort. Une croix de Couzou (Lapannonie, 1846) comporte un décor simplifié : au centre une spirale et sur le fût six “écots” alternés dont le sens reste inexpliqué (sauf à représenter le tronc d’arbre ébranché avec lequel avait été faite la croix du Golgotha).

28 – Saint-Martin-le-Désarnat, cne de Lavercantière.

29 – Pestilhac, cne de Montcabrier (1874).

30 – Certains auteurs comparent ce motif à la svastika, vieux symbole solaire celtique, comme la rouelle. Très répandue au Pays Basque, la virgule, seule ou “en croix”, passe généralement pour un signe apotropaïque. Tout à fait exceptionnel sur nos croix de chemins, ce motif se trouve par contre sur de nombreux linteaux disséminés en Quercy ainsi que sur des monuments funéraires de Cazals et de Marminiac.

31 – Le lion est un symbole ambivalent qui peut, par exemple, représenter aussi bien le Christ que le démon.

32 – Cette croix datant de 1855, on peut penser que le tailleur de pierre (ou plutôt son client) tenait à afficher des opinions bonapartistes. De même qu’ailleurs la présence de fleurs de lis, en particulier sous la Restauration, pouvait exprimer l’attachement à la monarchie.

33 – Cette croix ne porte pas de date, mais on sait par un document conservé aux archives diocésaines (Ms A 74) qu’elle a été sculptée en 1788.

34 – On pourrait y voir, à l’imitation des croix wisigothiques, la figuration symbolique de l’alpha et de l’oméga. Pour notre part, nous y verrions plutôt une représentation des “pierres du tacou”, ces talismans que l’on pendait jadis au cou d’une brebis pour protéger l’ensemble du troupeau contre les maladies et les sortilèges. Dans les étables et les bergeries elles passaient également pour protéger de la foudre. A ce propos on peut se reporter à une communication de Pierre Soulié dans le Bulletin de la Société des études du Lot (4e fascicule 1976, p. 305).

 

Bibliographie

Dalon Pierre, Les croix de pierre sur le Causse de Limogne. Bull. de la Société des études du Lot, 3e fascicule 1976.

Girault Jean-Pierre et Billiant Pierre, Les croix de chemins et de villages dans le Haut-Quercy (région de Martel, Souillac et Vayrac). Annales des Rencontres archéologiques de Saint-Céré. N°4, 1995.

Blaya Nelly, Les croix de Rogations. Quercy-Recherche, n°64, 1986.

Dalon Pierre. L’art lapidaire dans l’architecture rurale du Quercy (XVIe-XXe siècle). Bull. de la Sté des études du Lot, 3e fascicule 1986.

Baudoin Jacques, Les croix du Massif Central. Editions Créer, 1989.

La gare-musée de Cajarc

Certes, la gare de Cajarc n’a que peu de rapports avec celle de Perpignan, « centre du monde » jadis célébré par Dali. Pourtant un homme et une association se battent pour conserver les traces d’un passé pas si lointain : le premier train a sifflé le 14 juillet 1886, le dernier autorail régulier s’est arrêté en 1980. Presque un siècle, gros morceau de mémoire encore vive pour le petit peuple proche de la rivière.

chateau_eau_cajarcJacques Faure, cheville ouvrière des « Amis du rail » de Cajarc, regrette la disparition de l’ancienne lampisterie et des instruments, pompe à vapeur actionnée par une chaudière type « machine fixe », qui servait à remonter l’eau du milieu du Lot pour remplir le château d’eau. Ce dernier, lui, est toujours debout et depuis peu inscrit à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Remis en état par les bénévoles de l’association, il est escorté des fontaines ou grues hydrauliques qui servaient à faire le plein des machines à vapeur. A deux pas, sur une voie de service, un vieux et rare exemplaire de grue 6 tonnes attend les énergies qui lui rendront sa jeunesse.

pompeLors de l’opération Portes ouvertes dans les monuments historiques du 27 septembre 92, ce petit musée en plein air a connu un gros succès, grâce à quelques attractions complémentaires : une draisine à bras pour inspection de la voie du siècle dernier (1885), une collection d’affiches anciennes, de nombreuses lanternes rutilantes, etc…

Dans les locaux de la gare sont entreposés quelques signaux et instruments qui, pour les générations à venir, seront certainement objets de surprise et de réflexion par leur nature marquée d’ingéniosité plus ou moins archaïque: la double pendule de quai, plusieurs modèles de lampes, un projecteur de chantier à acétylène articulé pour travailler dans les tunnels, la boîte noire ou « mouchard » qui équipait déjà les locos à vapeur et enregistrait les vitesses et freinages du convoi, la cloche d’annonce dont le son lourd et voilé fait surgir des images ferroviaires ; selon M. Faure, cette alarme aurait peut-être pu éviter l’accident de Flaujac. Un poêle à charbon type Paris-Orléans, un poste de téléphonie inter-gares à manivelle complètent cette petite exposition dont les encombrantes vedettes sont stationnées à Brive : les deux autorails anciens devenus pièces de musée, restaurés par l’association nationale Régiorail dont Jacques Faure est le correspondant local.

C’est avec ce matériel roulant que Régiorail se prépare à organiser sa saison touristique 1993. L’ouverture de la ligne est prévue pour le 1e’ mai, après un gros travail de nettoyage, défrichage et pose de quelque 140 panneaux par une trentaine de bénévoles. 60 à 80 voyages pourraient être proposés sur 6 mois, dans un autorail d’une centaine de places ; une collaboration avec les loueurs de bateaux est envisagée pour mettre en place des circuits complets. Les samedis et dimanches il est question de faire circuler des trains réguliers, ainsi qu’en semaine à la demande pour les groupes. Affaire à suivre, lorsque sera établi le programme définitif.

Michel Camiade  Dire Lot N° 39, 1993

Le chemin de fer dans le Lot, quelques jalons d’histoire

Gare de Capdenac en 1911 avec sa marquise d’origine

En 1780, les ” voitures de messageries ” reliaient Cahors à Paris en douze jours. En 1814, amélioration déjà notable, il ne fallait plus que 90 heures de malle-poste.

La diligence de 1840 avait ramené le même parcours à 60 heures. Ce voyage ne devait d’ailleurs pas manquer de pittoresque. L’entrepreneur avait en particulier obtenu le droit de percevoir un supplément pour atteler une paire de boeufs de renfort en tête de sa voiture pour monter la côte de Souillac. La vitesse du convoi devait en éprouver quelques conséquences.

ÉTAT DES VOIES FERRÉES DANS LE LOT

VOIES NORMALES :

Ouverture Ligne Longueur Fermeture Type de voie
1862 Brive – Capdenac 80 kilomètres VU
1866 Figeac – Aurillac 15 kilomètres VU
1869 Cahors – Libos 48 kilomètres 1971 VU
1884 Cahors – Montauban 35 kilomètres VD
1886 Cahors – Capdenac 70 kilomètres 1980 VU
1889 Souillac – Saint-Denis-près-Martel 22 Kilomètres 1979 VU
1891 Saint-Denis-près-Martel – Aurillac 55 kilomètres VU
1891 Brive – Cahors 90 kilomètres VD
1902 Gourdon – Sarlat 10 kilomètres 1938 VU
Sans rails Cahors – Moissac 30 kilomètres

VOIES ÉTROITES :

1906 Biars-sur-Cère – Saint-Céré 10 kilomètres 1934 VU

LONGUEUR TOTALE DU RÉSEAU LOTOIS EN 1930 : 368 kilomètres
LONGUEUR TOTALE DU RÉSEAU LOTOIS EN 1996 : 260 kilomètres

Source : Dire Lot, N° 57 – 1996

L’APPARITION DU CHEMIN DE FER

La première gare de Cahors construite en 1868-1869

Dans les années 1850, la France entière avait été saisie de la fièvre du chemin de fer; mais il fallut attendre jusqu’en 1862 pour voir réaliser la première ligne pénétrant dans le Département du Lot, celle de Brive à Capdenac. L’itinéraire de Paris à Toulouse s’établissait alors par Limoges, Périgueux, Brive, Capdenac, Lexos et Montauban, soit 850 km au lieu des 713 par la ligne directe actuelle. En 1866, la ligne de Figeac à Aurillac venait se greffer sur la relation Brive-Capdenac. Ce fut la seconde pénétration ferroviaire dans le Département.

La troisième, ouverte le 20 décembre 1869, devait relier Monsempron-Libos à Cahors, inaugurant ainsi le premier itinéraire par fer entre Paris et Cahors via Limoges et Périgueux. La gare construite à cette époque existe encore, le bâtiment en est situé Avenue Jean Jaurès. Il est d’ailleurs toujours connu sous la désignation ” d’ancienne gare “. Actuellement, il abrite la médiathèque du Pays de Cahors.

La distance de Paris à Cahors par le seul itinéraire existant alors était de 658 km. Le prix des billets s’établissait à 73,70 F en première classe, à 55,25 F en seconde et à 50,55 en troisième. Il s’agissait évidemment de francs or.

En partant de Paris à 13h40 par un train qui comportait des 2ème et 3ème classes, on parvenait à Cahors le lendemain matin à 11h05 après avoir changé de train à Monsempron-Libos à 9h30. Mais un train beaucoup plus rapide, ne comportant que des 1ère classes, partait de Paris à 19h45 et permettait de retrouver à Monsempron-Libos la même correspondance de 9h30 le lendemain matin.

Un train dit “de nuit” comportant les trois classes partait enfin de Paris à 21h30 et permettait d’arriver à Cahors le lendemain soir à 19h52.

Pendant quatorze ans, cette ligne devait restait le seul contact de Cahors avec le réseau général. Mais d’autres projets allaient voir le jour.

En 1884 s’édifiait la nouvelle gare, celle que nous connaissons encore aujourd’hui. Le 10 avril de la même année, on procédait à l’inauguration de la ligne de Cahors à Montauban, établissant ainsi la relation qui est restée la plus directe avec Toulouse.

Le 14 juillet 1886 voyait ensuite la mise en service de la ligne de la haute vallée du Lot, de Cahors à Capdenac. Mais il fallut attendre jusqu’au 1er juillet 1891 pour voir ouvrir la section de ligne de Brive à Cahors réalisant l’itinéraire le plus direct entre Paris et Toulouse.

Désormais, l’essentiel du réseau était en place dans le département du Lot. Pour être complet, il suffirait de mentionner la réalisation des sections de Cazoulés à Saint-Denis près Martel en 1889 et de Gourdon à Sarlat en 1902 (ligne fermée en 1938).

Chemin de Fer Touristique du Haut Quercy Photo : Viaduc des Courtils (Lot), 2002 (P. Danjou)

Le 14 juillet 1886 voyait ensuite la mise en service de la ligne de la haute vallée du Lot, de Cahors à Capdenac. Mais il fallut attendre jusqu’au 1er juillet 1891 pour voir ouvrir la section de ligne de Brive à Cahors réalisant l’itinéraire le plus direct entre Paris et Toulouse.

Désormais, l’essentiel du réseau était en place dans le département du Lot. Pour être complet, il suffirait de mentionner la réalisation des sections de Cazoulés à Saint-Denis près Martel en 1889 et de Gourdon à Sarlat en 1902 (ligne fermée en 1938).

Peu avant la guerre de 1914, le train le plus rapide reliant Cahors à Paris partait de Cahors à 1h28 pour arriver à Paris-Austerlitz à 10h22. Il effectuait donc le trajet en 8h54. Il y avait alors cinq trains directs dans chaque sens mais ils ne comportaient la plupart du temps que la première classe. Les voyageurs de seconde et de troisième classe ne pouvaient prétendre emprunter que les seuls trains omnibus. C’était, en ce cas-là une véritable expédition. L’un d’entre eux partait de ParisAusterlitz à 23h09 pour arriver à Cahors à 15h57 le lendemain. Après dix minutes d’arrêt, il reprenait vaillamment sa route sur Toulouse où il parvenait à 19h51.

Brochure “P-O Midi,” 1935, publiée par les Chemins de Fer Paris-Orléans et Midi.

Les prix n’avaient pas beaucoup évolué depuis 1869, mais l’itinéraire étant plus court, il s’en était suivi 67,10 F en première classe pour aller de Cahors à Paris, 45,30 F en seconde et 29,50 F en troisième. II est vrai que les annonces publicitaires de l’indicateur de l’époque nous font part de la pension complète dans un hôtel de premier ordre au prix de sept francs par jour tout compris.

Après la guerre de 1914, la plupart des trains comportaient les trois classes de voitures, mais ils étaient devenus moins nombreux et plus lents. Entre Cahors et Paris, il n’y avait plus que trois express par jour dans chaque sens aux horaires d’été de 1920, encore le plus rapide d’entre eux mettait-il 9h52 pour effectuer le parcours.

Cette période devait s’achever avec les derniers travaux d’implantation ferroviaire consacrés à la ligne de Cahors à Moissac. La concession en avait été prononcée en 1883 mais l’infrastructure ne devait être terminée qu’en 1931. Cette ligne, dont le tracé et les ouvrages d’art sont toujours visibles, ne devait jamais être posée. Elle a été déclassée en 1941.

L’ÉVOLUTION DU CHEMIN DE FER JUSQU’A NOS JOURS

Le courant dominant des échanges économiques qui traversent le Lot se situe sur un axe nord-sud. II l’emporte et de très loin sur le courant est-ouest.

Dès son inauguration, la ligne la plus importante du département a donc été la section de l’artère Brive Montauban. Elle l’est toujours restée depuis lors.

Cette ligne pénètre dans le Lot peu avant Gignac Cressensac, effectue une rapide incursion en Dordogne à Cazoulés, repasse dans le Lot et n’en ressort qu’aux environs de Mompezat.

C’est un parcours dont le tracé et le profil sont particulièrement difficiles. Les conditions d’exploitation s’en sont toujours ressenties et tous les efforts du chemin de fer ont toujours tendu à atténuer dans toute la mesure du possible les obstacles imposés par la géographie.

 

Dans cet ordre d’idée, l’une des principales réalisations a été l’électrification de cette double voie. Les travaux en furent réalisés pendant la dernière guerre. Le premier train d’essai de la traction électrique devait circuler sous l’action des groupes de Résistance. A la libération, elle devait être totalement interrompue.

Dès l’ouverture de la section Brive-Cahors, la ligne de Monsempron-Libos à Cahors avait perdu l’essentiel de son trafic de transit. Elle n’a plus conservé aujourd’hui que son petit trafic local aussi bien voyageurs que marchandises.

Par contre, la ligne de Cahors à Capdenac a toujours assuré un courant de trafic en transit assez conséquent. Des trains, de marchandises pour la plupart, circulaient de nuit, assurant le contact entre le bassin de l’Aveyron et la grande ligne électrifiée. Le trafic voyageurs, lui, était purement local et d’ailleurs très faible.

Après la libération, moment où Cahors avait connu un isolement ferroviaire à peu prés complet, les cheminots s’étaient trouvés aux prises avec des problèmes apparemment insurmontables. Tout devait pourtant aller très vite.

Le 22 septembre 1944, un premier autorail, avec transbordement à Orléans, reliait Paris à Toulouse. L’itinéraire de ce voyage était encore plus complexe que celui de 1862. Il s’établissait par Vierzon, Montluçon, Guéret, Brive, St Denis près Martel, Souillac, et Cahors. Le trajet total ne demandait pas moins de 15h15. Le premier train devait reparaître le 9 octobre 1944.

Deux ans plus tard, aux horaires du 7 octobre 1946, deux trains express reliaient Cahors à Capdenac et Cahors à Monsempron-Libos. Sur cette dernière ligne, on trouve même alors un train direct aller-retour franchissant six établissements sans arrêt.

Cinq ans plus tard, en 1951, trois trains rapides ou express circulent entre Cahors et Paris (quatre au cours des mois d’été). Le plus rapide effectue le parcours en 7h37. Dans le même temps, le nombre des dessertes quotidiennes entre Capdenac, Cahors et Monsempron-Libos s’élevait à cinq allers-retours. Le trafic ne devait d’ailleurs pas justifier par la suite cette expérience d’accroissement des fréquences.

motrice_capitole    

Par train, le Capitole relie Limoges à Paris en 2 heures 50, soit une douzaine de liaisons ferroviaires chaque jour. Toulouse se trouve à 3 heures 20… Les 600 km sont parcourus en 5h55 ! Par contre, le développement constant du trafic devait conduire à augmenter progressivement le nombre des dessertes sur la ligne principale. Cahors est actuellement relié à Paris par cinq trains quotidiens (six en été) dans le sens nord-sud et sept trains (neuf en été) dans le sens sud nord. Quatre d’entre eux étaient les fameux ” CAPITOLE ” effectuant les 600 km du parcours en 5h55 à 122 km l’heure en moyenne.

Vapeur en gare de Cajarc  

Pour être moins spectaculaire, les transports de marchandises ont, eux aussi, bénéficié de nombreuses améliorations. Un wagon de fruits partant de Cahors à 14 h est mis à disposition de son destinataire aux halles de Rungis le soir même à partir de 22 h ou à Düsseldorf peu après minuit. Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres.

Vapeur en gare de Capdenac                                        

Le chemin de fer est maintenant lancé dans l’aventure industrielle de notre temps. II doit évoluer très vite et modifier parfois certaines de ses structures qui paraissent les, plus solidement acquises.

Cent ans ont passé depuis le jour où le premier train atteignit Cahors. Cette époque est déjà bien lointaine. Les besoins économiques exprimés ne sont plus les mêmes, les développements de la technique ont conduit à repenser entièrement la plupart des problèmes. Le chemin de fer ne pouvait évidemment rester étranger à cette évolution. II n’en est d’ailleurs encore qu’aux tous premiers pas des mutations profondes qui vont faire de lui l’outil dynamique de cette fin du XX siècle, toujours placé à la pointe du progrès technique et de l’efficacité.

D’après J. MATTEI – Bulletin Municipal de Mercuès, juillet 2003.


Quelques liens

L’association Mémorail – Quercy Vapeur située à Saint Géry
dans la vallée du Lot près de Saint-Cirq Lapopie, vous accueille pour une détente en famille. 

Association des cheminots et amis du rail du Pays de Cajarc. Elle pour principal objectif de sauver la ligne qui relie Cahors à Capdenac.

Chemin de fer du Haut Quercy. Le dernier train à vapeur et sa voie unique entre Martel et Saint-Denis lès Martel

Le Quercy.Net nouveau est arrivé !

Voilà quelques mois maintenant que nos concepteurs et rédacteurs s'étaient mis au travail pour redonner une seconde jeunesse au portail internet du Quercy.

La maquette est achevée et le gros travail de récupération de tout le contenu accumulé depuis 1998 bien avancé, même s’il nous reste encore beaucoup de pages à transférer.

La librairie Quercynoise est en place, les galeries photos rénovées, les rubriques patrimoines et contes et légendes récupérées.

Nous espérons que nous apprécierez votre nouveau Quercy.Net , n’hésitez pas à nous faire part de vos remarques et suggestions.

La pierre martine

le dolmen de la Pierre Martine

Ce dolmen, le plus visité et le plus monumental de tout le Quercy, est aussi le lieu d’une bien curieuse légende due à une particularité de la dalle supérieure.

En effet cette pierre, lourde de plusieurs tonnes, oscillait sur une simple pression de la main. Une sorte de balançoire, venue de la nuit des temps, mais qui n’a pas survécu à la brisure centrale de la dalle sous son propre poids.

Ce qui a obligé les spécialistes à poser, sous les deux extrémités du dolmen, une borne en béton pour soutenir l’édifice. Et donc aujourd’hui, le dolmen ne branle plus, comme disaient joliment les textes d’antan.

Cette curiosité, qui en a intrigué plus d’un, a fini par donner lieu à une légende mettant en scène Saint Martin, l’évangélisateur des Gaules. Une légende qui remonte loin, puisque dès le 14e siècle le lieu-dit s’appelle déjà, en occitan, La Martina.

Selon la tradition orale, Saint Martin traversait un jour le Causse quand on vint l’avertir qu’une pierre fort ancienne était devenue le lieu de rendez-vous de tous les diables de la contrée.

En effet cette pierre merveilleuse avait un pouvoir : elle montait et descendait comme une balançoire. Et les diables, quand ils avaient fait bonne provision d’âmes humaines venaient là, les nuits de clair de lune, mener sabbat sur la pierre, provoquant émoi et terreur dans toute la région. Saint Martin se rendit aussitôt sur place et dès qu’il aperçut, à la tombée de la nuit, les diables mener grand train sur la pierre merveilleuse, il pria Saint Eutrope, le patron des écluses, de verser sur ce lieu, des trombes d’eau bénite.

Un orage éclata et la pluie du Seigneur frappa la pierre sèche Causse. En un instant, tous les diables furent lavés et étrillés avant de disparaître, furieux, dans les entrailles de la terre. Ainsi naquit la légende de la Pierre Martine.

La légende de Catus

La légende de Catus d’après une étude de Mr l’Abbé Lacoste, obligeamment communiquée par Monsieur Courtil et relevée dans une publication sur le Prieuré de Catus dont l’auteur est Monsieur de Valon Ludovic.

Il existe non loin de Terrier un gouffre de forme circulaire de 25 m de diamètre sur 15 m de profondeur dominé par une excavation : c’est la grotte du chat. Jadis les habitants de la contrée ne passaient sur ce point qu’en tremblant, tant était vivace le souvenir d’un événement singulier et tragique dont le lieu fut le théâtre.

La légende raconte : A une époque reculée, un énorme chat sauvage avait choisi cette grotte pour son repaire. Il faisait de nombreuses victimes et terrorisait le pays. On ne parlait partout que du redoutable animal. La désolation était telle que le seigneur de l’endroit résolu de faire périr le monstre. Il promit, à celui qui le tuerait, sa fille en mariage et la moitié de sa seigneurie.

Voici qu’un jeune et beau cavalier, fort, courageux et décidé se présente au seigneur qui l’embrasse, lui donne un superbe cheval et l’arme de pied en cap. La belle héritière l’admire et craint pour ses jours. Le cavalier part, s’avance dans la grotte, faisant retentir les échos du galop de son coursier. Le chat l’entend, sort de sa retraite et bondit sur le jeune homme ; mais avant que le monstre ne l’étreigne, le cavalier lui enfonce l’épée dans le ventre jusqu’à la garde.

Notre héros, couvert de sang et chargé de son trophée revenait en toute hâte au castel, quand, fou d’orgueil et ivre de joie à la pensée de la récompense il s’écrie : « Que Dieu veille ou non, la fille du seigneur est à moi. » A peine eut-il proféré ce blasphème que le cheval s’abat, et lui-même tombe mort. La chute fut si violente que les genoux du cheval, le casque du cavalier et la tête du félin laissèrent leur empreinte sur le rocher.

Les habitants de Terrier montraient, il y a encore quelques années aux curieux ces empreintes que le temps et la circulation avaient laissé perdurer jusqu’à ce que les travaux prescrits par la DDE détruisent ces “témoignages”. Le hameau le plus voisin, singulière coïncidence, s’appelle « le cavalier » et l’endroit ou se trouvaient les traces portait le nom de « lo Piado » qui signifie dans le patois local, empreinte du pied. Ce serait de ce fait étrange, perpétué par la légende, que le nom de Catus (Chat en latin ) aurait été donné au bourg voisin, qui prit naissance dans la vallée du Vert.

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